CXLIV. Ces prêtres me prouvèrent donc que
HISTOIAE D'HÉRODOTE.
tous ceux que représeutaiem ces statues » bien loin d'avoir été des dieux , avaient été des pi- Tomis ; qu'il était vrai que, dans les temps antérieurs à ces hojiimes , les dieux avaient régné en É{;ypte , qu'ils avaient habité avec les hommes , et qu'il y en avait toujours eu up d'entre eux qui avait eu la souverainepuiss^nce; qu'OruSy que les Grecs comment Apollon, fut le dernier d'entre eux qui fut roi d'Egypte, et qu'il ne régna qu'après avoir ôtéla couronnç à Typhon. Cet Orus était fils d'Osiris , que nous appelons Bacchus.
CXLV. Parmi les Grecs*, op regarde Hercules, Bacchus et Pan co^imeles plus nouveau^ d'enlre les dieux. Chez les Égyptiens , au contraire , Pan passe pour très-ancien; on le met même au rang des huit preuners dieux. Hercules a place parmi les dieqx du second ordre , qu'on appelle les douze dieux , et Bacchus parmi ceux du troisième y qui ont été engendrés par les douze dieux.
J'ai fait voir ci-dessus combien les Égyptiens comptent eux- mêmes d'années depuis Hercule jusqu'au roi Amasis. On dit qu'il y en a encore un plus grand nombre depuis Pan, et que c'est depuis Bacchus qu'on en trouve le moins, quoi- (]ue, depuis ce dernier jusqu'à ce prince, on compte quinze mille ans. Les Égyptiens assurent ces faits comme incontestables, parce qu'ils ont toujours eu soin de supputer ces années et d'en tenir un registre exact. De Bacchus, qu'on dit être né de Sémélé, fille de Cadrons, il y a jusqu'à moi environ mille soixante ans; depuis Hercules, fiUd'Alcmène, près de neuf cents ans; et Pan, que les Grecs disent être fils de Pénélope et de Mercure, est postérieur à la guerre de Troie, et on ne compte de lui jusqu'à moi qu'environ huit cents aps.
CXLVI. De ces deux sentiments, chacun est libre d'adopter celui qui liji paraiua le plus vraisemblable : je me contente d'exposer le mien. Si ces dieux avaient été connus en Grèce, et s'ils y avaient vieilli, tels qu'Hercules, fiis d'Amphitryon, Bat chus, fils de Sçmelé, et Pan, fils de Pénélope, on pourrait dire aussi, quoiqu'ils ne fussent que des hommes, qu'ils éi;iienl en possession des noms des dieux nés
< LlIerculM égyptieo 8'appelait Chon on Som: Fao , Meodèf.
^1 iv. ^-o
dans les siècles précédents. Les Grecs assurent qu'aussitôt que Bacchus fut né, Jupiter le rçar ferma dans sa cuisse et le porta à Nyse, viUe d'Ethiopie, au-dessus de l'Egypte ; i l'égard dç Pan , ils ne sauraient dire en quel endroit il fut transporté apjès sa naissance. Il qie paraît par conséquent évident que les Grçcs ont appris plus tard les noms de ces dieux que ceux des autres, et qu'ils ne datent leur naissance que du temps où ils en ont ouï parler. C'est aussi le sentiment des Égyptiens.
CXLVH. Je vais raconter maintenant ce qui s'est passé en Egypte, de l'aveu unanione des Égyptiens et des autres peuples , et j'y joindrai des choses dont j'ai été témoin oculaire.
Après la mort de Séthos, qui était en oiém^ temps roi et prêtre de Vulcain , les Égyptiens recouvrèrent leur liberté ; mais , con^me ils ne pouvaient vivre un seul mon^enx sans rois , ils en élurent douze , et divisèrent toute TËgypte en autant de parties qu'ils leur assignèrent. Ces douze rois s'unirent entre eux par des mariages, et s'engagèrent à ne se point détruire , à ne point rechercher d'avantage au préjudice les uns des autres, et à entretenir toujours entre eux une étroite amitié. Le but de ce traité était de se fortifier et de se prénaunir contre tout danger, parce que , dès le commencement de leur règne , un oracle leur avai^ prédit que celui d'entre eux qui ferait des libations dans le temple de Yulcain avec une coupe d'airain aurait l'euipire de TÉgypte entière. U$ tenaient en effet 4eurs assemblées dans tous les temples.
CXLYHL Us voulurent aussi laisser, à frais communs , un monument à la postérité. Celte résolution prise, ils firent construire un labyrinthe un peu au-dessus du lac Mœris^ el assez près de la ville des Crocodiles. J'ai vu ce bâtiment, et l'ai trouvé au-dessus de toute expression. Tous les ouvrages, tous les édifices des Grecs ne peuvent lui être comparés, ni du coté du travail ni du côté de la dé|)ense; ik luii sont de beaucoup inférieurs. Les temples d'ÉpI^èse et de Samos méritent sans doute d'être admirés ; mais les pyramides sont au-dessus de tout ce qu'on peut en dire, et cl^acune en particulier peut entrer en parallèle avec plusieurs des plus grands édifices de la Grèce. Le labyrinthe remporte ipéme sur les pyramides. 11 est com*
m NT.
EUTERPE. ^ LIVRE II
sr
posé de douze cours enviroDuées de murs , i (kmt les portes sont à Topposite TuBe de Tautre, six au nord et six au sud, toutes contiguës; une même enceinte de murailles qui règne eu dehors les renferme; les appartements en sont doubles ; il y en a quinze cents sous terre» quinze cents au-dessus » trois roilk en tout. J'ai visité les appartements d*en haut ; je les ai parcourus ; ainsi j'en parle avec certitude et comme témoin oculaire. Quaiit aux appartements souterrains, je ne sais ce qu'on m'en a dit. Les Égyptiens gouverneurs du labyrinthe neperaiirent point qu'on me les montrât, parce qu'ib «enraient, me dirent-iis, de sépulture ani crocodiles sacrés, et aux rois qui ont fait bàiir emièreuient cet édifice. Je ne parle donc des logements souterrains que sur le rapport d'autrui ; quant à ceux d'en haut, je les ai vus et les regarde comme ce que les hommes ont jamais fiait de plus grand. On ne peut en effet se lasser d*admirer la variété des passages tor- UiettX qui mènent des cours à des corps de logis et des issues qui conduisent à d'autres cours. Chaque corps de logis a une multitude de chambres qui aboutissent à des pastades. Au sortir de ces pastades, on passe dans d'autres bâtiments , dont il fout traverser les chambres pour entrer dans d'autres cours. Le toit de tous ces corps de logis est de pierre » ainsi que les murs qni sont partout décorés de figures eu bas-relief. Autour de chaque cour règne une colonnade dé pierres blanches parfaitement jointes ensemble. A l'angle où finit le labyrinthe s*élève une pyramide de cinquante orgyies f sur laquelle on a sculpté eu grand des figures d*animaux« On s'y reud par ua souterrain.
CXLIX. Quelque magnifique que soit oe labyrÎDihe , le lac Moeris , près duquel il est si<> tué 9 excite encore plus d*ad«iiration. Il a de tour trois mille six c^ts staides» qui font soixauie schènes, c'est-à-dire autant de circuit que la côte maritime de l'Egypte a d'étendue. Ce lac , dont la longueur va du nord au midi , a ciaqaaute orgyies de profondeur à l'eadroit ou il est le plus profond. On l'a creusé de main d*hoBune , et lui-aiéme il en fournil la preuve. On voit en effet, presque au milieu du lac, deux pyramides qui ont chacune cinquante orgyies de hauteur au-dessus de Teau» et aih
tant au-detsMf . Sur Tme et sur Tanlre est un colosse de pierre assis sur an trône. Ces pyramides ont par conséquent chacune cent orgyies: or, les cent orgyies font juste un stade de six plèthres ; car i'orgyie a six pieds on quatre coudées , le pied vant quatre [palmes et la coudée six.
Les eaux du lac Monris ne viennent pas de source ; le terrain qu'il occupe est extrêmement sec et aride : il les tire du Nil par un canal de communication. Pendant six umîs elles coulent du Nil dans le lac » et pendant les six autres mois, du lac dans le fleuve. Pendant les six mois que l'eau se retire , la pèche du lac rend au trésor royal un talent d'argent chaque jour ; mais , pédant les six autres mois que les eaux coulent du Nil dans le lac , elle ne produit que vingt mines.
CL. Ce lac forme un coude à l'occident, et se porte vers le milieu des terres , le long de la montagne , au-dessus de Hemphis , et se décharge , au rapport des habitants du pays , dans la Syrte de Libye par un canal sonter* rain. Coonne je ne voyais nulle part la terre qu'il a fallu tirer pour creuser ce lac , et que j'étais cnrieux de savoir oti elle pouvait éire , je m'en informai aux habitants du pays les plus voisins du lac. Ils nae dirent où on I avait por* tée, et j'eus d'autant moins de peine à les croire, que j'avais ouï dire qu'il s'était fait quelque chose de semblable à Ninive, ville des Assyriens. En effet des voleurs, cherchant à enlever les trésors immenses de Sardaoapale , roi de Ninive , qui étaient gardés dans des lieax souterrains , commencèrent , dès la maison qu'ils habitaient, a creuser la terre. Ayant pris les dimensions et les mesures les plus justes , ils poussèrent la mine jusqu'au palais du roi. La nuit venue » ils portaient la terre qu'ils en avaient enlevée dans le Tigre^ qui coule le long de Ninive : ils continuèrent ainsi leur entreprise jusqu'à ce qu'ils eussent atteint leur but. On fit , à ce que j'ai ouï dire , la même chose en Egypte, avec cette différence qu'on ne creusait pas le bassin du lac la nuil, mats en plein jour. A mesure qu'on le creusait, on en portait la terre dans le Nil, qui la dispersait. Ce fut ainsi , s il faut &i croire les habitants du pays , qu'on creusa ce lac.
CLL Les douze rois se conduisaient aveu
justice et équité. Au bout d'un oertain temps , après avoir ofFert des sacrifioes dans le temple de Yulcain, comme, le dernier jour de la fête , ils étaient sur le point de faire des libations, le {^rand-prétre leur présenta des coupes d*or , dont ils avaient coutume de se servir en cette occasion ; mais il se trompa pour le nombre, et au lieu de douze coupes, il n'en apporta que onze pour les douze rois. Alors Psammiticbus, qui se trouvait au dernier rang, voyant qu'il navait point de coupe comme les autres, prit son casque qui éiait d'airain , et s'en servit pour les libations. Tous les autres rois étaient aussi dans l'usage de porter un casque, et ils ravalent alors en tète. Ce fut donc sans aucun mauvais desstàn que Psammitichus se servit du sien : mais les autres rois ayant réfléchi sur son action , et sur l'oracle qui leur avait prédit que celui d'entre eux qui ferait des libations avec un vase d'aîiain deviendrait'^un jour seul roi de toute l'Egypte, examinèrent ce prince, et, ayant reconnu par ses réponses qu'il n'avait point agi de dessein prémédité, ils crurent qu'il serait injuste de le faire mourir ; mais ils le dépouillèrent de la plus grande partie de sa puissance, et le reléguèrent dans les marais, avec défense d'en sortir ei d'entretenir aucune correspondance avec le reste de l'Egypte.
GUI. Ce prince s était auparavant sauvé en Syrie , pour fuir la persécution de Sabacos , roi d'Ethiopie, qui avait fait mourir son père Nécos. Les habitants du nome Saïtes le rappelèrent lorsque Sabacos abandonna l'Egypte à l'occasion d'une vision qu'il avait eue. Depuis il fut élevé sur le trône ; mais les onze rois le reléguèrent dans les marais pour avoir fait des libations avec son casque. Ce fut son second exil. Sensible à cet outrage, et résolu de se venger des auteurs de son exil , il envoya à Buto consulter l'oracle de l^tone, le plus véridiquedes oracles d'Egypte. Il lui fut répondu qu'il serait vengé par des hommes d'airain toiiis de la mer. D'abord il ne ptit se persuader que des hommes d*airain vinssent à son secours; mais, peu de temps après, des Ioniens et des Carîens qui s'étaient mis en mer pour pirater I s'étant vus obligés de relâcher en Egypte , deaoendii*ent à terre, revêtus d'armes d'airaiu. Un É{j[yptten courut en porter la nou-
asse av. i.-c.
comme jusque alors cet Égyptien n'avait jamais vu d'hommes armés de la sorte , H lui dit que des hommes d'airain sortis de la mer pillaient les campagnes. Le roi, comprenant par ce discours que l'oracle était accompli , fit alliance avec les Ioniens et les Gariens , et les engagea par de grandes promesses à prendre son parti. Avec ces troupes auxiliaires, et les Égyptiens qui lui étaient restés fidèles , il détrôna les onze rois.
CLIII. Psammitichus, devenu mattre de toute l'Egypte, construisit à Hemphis les portiques du temple de Yulcaîn , qui sont du côté du midi. Vis-à-vis de ces portiques il fit faire à Apis un bâtiment , où on le nourrit quand il s'est manifesté. C'est un péristyle orné de figures , et soutenu de colosses de douze coudées de haut qui tiennent lieu de colonnes. Le dieu Apis est celui que les Grecs appellent en leur langue Epaphus.
CLiy. Psammitichus reconnut les services des Ioniens et des Gariens par des terres et des habitations qu'il leur donna vis-à-vis les uns des autres , et qui n'étaient séparées que par le fleuve. On les nomma les Camps ^ Il leur donna avec ces terres toutes les autres choses qu'il leur avait promises ; il leur confia même des enfants égyptiens , pour leur enseigner le grec; et de ces enfants qui apprirent alors cette langue sont descendus les interprètes qu'on voit actuellement en Egypte.
Les Ioniens et les Gariens habitèrent longtemps les lieux ou Psammitichus les avait placés. Ces lieux sont situés près de la mer, un peu au-dessous de Bubastis, vers l'embouchure péliisiaque du Nil : mais dans la suite le roi Amasis transféra ces étrangers à Memphis, afin de les employer à sa défense contre les Égyptiens. Depuis leur établissement en Egypte, les Grecs ont entretenu avec eux un commerce si étroit, qu'à commencer du règne de Psammitichus, nou« savons avec certitude tout ce qui s'est passé dans ce pays. Ce sont en effet les premiers peuples étrangers que les Égyptiens aient reçus chez eux. On voyait encore de mon temps, sur le territoire d'oii on les avait tirés, et leurs ports et les ruines de leurs maisons. Ce
veiie à Psammitichus dans les marais; et droits de ce nom.
« Sr/MtToirfSa oufra. U y aralt en Egypte piuiears en-
SI7if.J.-€.
EUTERPE, - LIVRE II
Alt ainsi que Psammitichas se rendit maître de rÉgypie.
CLV. Quoique j'aie déjà beaucoup parle de Foracle de ce pays , je ne laisserai pas de le fiaûre encore, parce quil le mérite. H estoon- 9xré h Latone» dans une grande ville située Ters Tembouchure sébennytique du Nil. On la rencontre en remontant de la mer par cette bouche du fleuve.
Cette ville s'appelle Bnto. Je Tai déjà nommée. On y voit plusieurs temples, celui d* Apollon et Diane» et celui de Latone • oit se rendent les oracles. Ce dernier * est grand ; ses por* tiques ont dix orgyics de haut. De tout ce que je vis dans renceinie consacrée à Latone, le temple ' de la déesse me causa la plus grande surprise. Il est d'une seule pierre en hauteur et en longueur ; les côtés en sont égaux. Chacune de ses dimensions est de quarante coudées. Une autre pierre , dont les rebords ont quatre coudées, lui sert de couverture.
CLYI. De tout ce qu'on peut voir aux envinms de l'enceinte consacrée à Latone, rien de plus admirable, à mon avis, que ce temple. L'île Cbemmis occupe le second rang; elle est dans on lac profond et spacieux, près du temple de Litone à Buto. Les Égyptiens assurent que cette Se est flottante ; pour moi , je ne Tai vue ni flotter ni remuer, et je fus fort surpris d'entendre dire qu'il y eût réellement des lies flottantes. On voit dans celle-ci une grande chapelle d'Apollon y avec trois autels. La terre y produit sans cnitore quantité de palmiers, et d'autres arbres tant fruitiers que stériles. Voici, selon les É^ryptiens, la raison pour laquelle elle flotte.
Latone , l'une des huit plus anciennes divinités, demeurait à Buto, og est maintenant son oracle. Isis lui ayant remis Apollon en dépôt, file le cacha dans cette tie, qu'on appelle aujourd'hui nie flottante , et qui autrefois était une et immobile; elle le sauva dans le temps mémie qu'arrivait Typhon, qui cherchait partout le fils cTOsiris; car ils disent qu'Apollon et Diane sont nés de Bacchus et d'Isis , et que Latone fut leur nourrice et leur conservatrice. Apollon s'appelle Orus en égyptien ; Cérès, bis; et Diane, Babasfis.
« n t'agitkl de foula l'eDoeiiiteMeMe.
* Ceit le temple proprement dit.
iEschyle , fils d'Euphorion , s'est emparé de cette histoire, et c'est d'après die qu'il rapporte dans ses vers que Diane était fille de Cérès. Cette opinion lui est particulière , et ne se remarque dans aucun poète précédent.
CLYll. Psammitichus régna en Egypte cii^ quanie-quaire ans; il fit le siège d'Azotus, ville considérable de Syrie, et le continua vingtneuf ans, jusqu'à ce qu'elle fût prise. De toutes les villes que nous connaissons, c'est la seule qui ait soutenu un si long siège.
CLYIII. Il eut un fils appelé Nécos, qui fut aussi roi d'Egypte. Il entreprit le premier de creuser le canal qui conduit à la mer Erythrée. Darius, roi de Perse, le fit continuer. Ce canal a de longueur quatre journées de navigation, et assez de largeur pour que deux trirèmes puissent y voguer de front. L'eau dont il est rempli vient du Nil , et y entre im peu au-dessus de Bubastis. Ce canal aboutit à la mer Erythrée , près de Patumos , ville d'Arabie.
On commença à le creuser dans cette par* tie de la plaine d'Egypte qui est du côté de l'Arabie. La montagne qui s'étend vers Memphis , et dans laquelle sont les carrières , est au - dessus de cette plaine et lui est contiguê. Ce canal commence donc au pied de la montagne; il va d abord pendant un long espace d'occident en orient; il passe ensuite par les ouvertures de cette montagne , et se porte au midi dans le golfe d'Arabie.
Pour aller de la mer septentrionale * à la mer australe ^, qu'on appelle aussi mer Erythrée , on prend par le mont Cashis qui sépare l'Egypte de la Syrie : c'est le plus court. Deoette montagne au golfe Arabique, il n'y a que mille stades; mais le canal est d'autant plus longqu'il fait plus de détours. Sous le règne de Nécos , six vingt mille hommes périrent en le creusant. Ce prince fit discontinuer l'ouvrage sur la réponse d'un oracle, qui l'avertit qu'il travaillait pour le barbare. Les Égyptiens appellent barbares tous ceux qui ne parlent par leur langue.
CLIX. Nécos, ayant donc abandonné l'entreprise du caoal , tourna toutes ses pensées du côté des expéditions miliiaires. Il fit faire des trirèmes sur la mer septentrionale * , et dans
• Mer Méditerranée.
* Mer Rouge.
^ Mer Méditerranée.
90 HISTOIRE D'HÉRODOTE
le golfe Arabique sur Ja mer Erythrée. On voit encore aujourd'hui les chantiers où on les construisît. Ces flottes lui servirent dans l'occasion. Nécos livra aussi sur terre une bataille contre les Syriens, près de Magdole ; et, après avoir remporte la victoire, il prit Gadytis, ville considérable de Syrie. 11 coosacra à Apollon rbabit qu'il avait porté dans ces expéditions, et renvoya aux Branchides, dans le pays des Milésiens. Il mourut ensuite , après avoir régné seize ans en tout, et laissa la couronne à Psammis son fils.
GLX. Sous le règne de ce prince , des ambassadeurs arrivèrent en Egypte de la part des Eléens. Ces peuples se vantaient d'avoir établi aux jeux olympiaues les règlements les plus justes et les plus beaux , et s'imaginaient que les Egyptiens même , quoique les plus sages de tous les hommes , ne pourraient rien inventer de mieux. Étant donc arrivés à la cour et ayant expliqué le sujet de leur ambassade , le roi convoqua ceux d'entre les Égyptiens qui passaient pour les plus sages. Ceux-ci assemblés , les Eléens leur exposèrent tous les régler ments qu'il leur avait paru convenable de faire, et leur dirent qu'ils étaient venus savoir si les Égyptiens pourraient en imaginer de plus justes. Les Égyptiens , ayant délibéré sur cet exposé , leur demandèrent si leurs concitoyens étaient admis à combattre à ces jeux : les Eléens ayant répondu que cela leur était permis ainsi qu'au reste des Grecs, les Égyptiens leur dirent que ce règlement violait entièrement les lois de l'équité, parce qu'il était impossible qu'ils ne favorisassent leurcompatriote au préjudice de l'étranger; mais que, s'ils voulaient
8HIAT.J.-C.
bat naval ; mais enfin la fortune devait cesser de le favoriser. Je rapporterai ici en peu de mots à quelle occasion ses malheurs commencèrent , me réservant à en parler plus amplement quand je traiterai des affaires de Libye.
Apriès ayant envoyé une armée contre les Gyrénéens , reçut un éhec considérable. Les Égyptiens lui imputèrent ce malheur et se révoltèrent contre lui , s'imagînant que de dessein prémédité il les avait envoyés à une perle certaine, afin de les faire périr sans ressource et de régner avec plus d'autorité sur le reste de ses sujets. Les troupes qui étaient revenues du combat et les amis de ceux qui y avaient perdu la vie , indignés contre le roi , se soulevèrent ouveriement.
GLXIL Sur cette nouvelle , Apriès envoya Amasis pour les apaiser. Ge seigneur les alla trouver ; mais tandis qu'il les exhortait à rentrer dans le devoir, un Égyptien, qui était derrière lui , lui couvrit la tête d'un casque en lui disant que c'était pour le mettre en possession de la couronne. Amasis montra dans la suite que cela ne s'était pas fait contre son gré, car les rebelles ne l'eurent pas plus tôt proclamé roi qu'il se prépara à marcher contre Apriès. Sur cette nouvelle , ce prince dépécha Patarbémis, Fun des hommes les plus distingués parmi ceux qui lui étaient restés fidèles , avec ordre de lui amener Amasis en vie. Patarbémis étant arrivé au camp des rebelles , appela Amasis : celui-ci , qui pour lors était à cheval, le traita d'une manière méprisante, et lui ordonna de rapporter à Apriès l'accueil qu'on lui avait fait ; et comme Patarbémis ne laissait pas de le prier de se rendre auprès du roi qui
proposer des jeux où la justice fût observée, et | le mandait , Amasis lui répondit qu'il s'y dispoque si c'était là le sujet de leur voyage en ! sait depuis long-temps ; qu' Apriès n'aurait pas Egypte , on leur conseillait d'en établir où les Sujet de se plaindre de lui, et qu'il irait le trouver
étrangers eussent seuls le droit de combattre , et où il ne fût pas permis aux Eléens d'entrer en lice. Tel fut le conseil que les Égyptiens donnèrent aux ambassadeurs d'Élée.
incessamment en bonne 'compagnie. Patarbémis s'apercevaot de ses desseins , et par sa réponse et par lespréparatifsqu'illui voyait faire, partit en diligence pour en donner au plus tôt
GLXL Psammis ne régna que six ans; il avisau roi.Aussiiôtqu'Aprièslevitrevenirsans mourut aussitôt après son expédition d'Éihio- I Amasis, illui fit couper le nez et les oreilles dans pie. Son fils Apriès lui succéda. Ce prince fut, i le premier mouvement de sa colère , et sans se après Psammitichus son bisaïeul, le plus heu- ' donner le temps de la réflexion. Un si honteux reux des rois ses prédécesseurs. Il régna vingt- traitement, fait à un homme de cette distinction, doq ans, pendant lesquels il fit une expédition , irrita à un tel point ceux d'entre les Égypoontre Sidon » et livra au roi de Tyr un corn* * tiens qui tenaient encore pour lui , que sans
sn AT. j.-c.
EUTERPK. ~ UVm IL
pmlre de t^ops Ui (Ki^B^ntdo pAtétf AflM|^ sis et se donnèreiit à Uii.
CLXIQ. Sur. cette nouvelle » Apriès fit prendre les arn^es à ses groupes auxiliaires çc marcha contre les Ëçyptieos. Il partit de Saïa, où il avait yn ^aud et ^yerb^ parais , à la téie de trente iqille boj(^ine$ » tant Carieas ^uloniens , pour aller r^vire ]fis rebelles. Aw^m marcha de son çùi^ £^veç se^ trouppç con^ç \i^ étrangers. L» deu^i ^nu^es sç reopputrèrç^t
à MoinemplMSt ^i $e dis(^$^rient à iiyr^ ba* taille.
CLXI V. lies EçypUep9 sont partages ^ ^pt classes : Içs pr^jtrçs , Içs gens de gyerre, les boii* via^ , les pprcbers , les marchands » le^ uiterprètes , les pUoites ou geQs de mer ; il& tir^ kars noms de leurs professiojas : ceu;^ qui «jû* vent le métier des arjQaçss'appçIlcaDit Qailt^wi^ et Hermoiybies. Voici les nomes ou * proviii* cesqa'ib habiteiat; ^outç VÉgyp^ ^> (Uvisée en nomes.
CLl^Y- Les nomes dçs 0Qrmoty]t)ies sont Bnsiris , Sais » Ghenuois , Psyprénoûs , Tile fv(>r sopitis, et la nioiljjé de Naiho. Ces nomes fournissent au pln^ cent soixante mille Qermoty-r bies ; ils sont tous consacrés à la profession des armes , et pas m n'exerce d'art inëç«wique.
CLXVI. Les Galasiries occupent les nojnies de Thèbes , de Bubastis» d'Aphthis , de Tanis, de Mendès, de Sébennys^ d'Aibribis , de Pharbaethis , de Thfliuis , tf Onuphis, d'Anysis , dç Myecphoris , Ue située vis-à-vis de Bubastis. Ces nomes fournissent , lors<p*ils soot le plu^ peaplés » deux cent ci^quaiue mjllç homves. Il ne leur est pas penoods Qon plus d*exercer d^auire métier que celui de la guerre; le .fils y succède à son père.
CL^lYU. Je f0 saurais affirmer si les Grecs tiennent cette coutume des Egyptiens parce «laejela trouve étabUe parqai les ïbracçs, les Scythes , les Persiçs, les Lydi^s , en un mot parce que, chez la plupart des barbares, c^w
* rai ajoulé ce mot > afia d'expjlqaar ce qoe c'était qa'oD Dome. flett bien étonnant que M.' Goguet ait avancé dam fcm exceflent oaTrage nir l'origine des' lois, des arts cidessacneea,tu, p. «4, iiola,9ia te iBn^e de nome, eocacré à désigner les différents caolpiisé^rÉgJlHe, fut imeoté par ley Greçi, toi9«tt'JUI^ sfl ftiriyU npQ^pa maares lie oe pays souf Alexandre.
qui j^K^ef^iit les arts mécaniques « atmène leurs enfants, sopt regardés coBime les derniers des citoyens » au lieu qu'on estime comme les plus nobles ceux qui ^'exercent aucun art OKécaaique , et principalement ceux q«ii se sont consacrés k U profession des armes. Tous les Grecs ont ^ élev^ dsus ces priocîfies , et particulièrement les liaoédémoniens : fem ex* cepte toutefois les CorintlMens > qui font beau? coup de cas des artistes*
GLXVUI. Chez )ss Sgf ptiens « les «ens de guerre jouissent seuls » à l'exeepiion des prêtres , de certaines marques de distioction. Qft -donnait k cl^cun douse aroures exemples de toute charge et redevance. L*aroure est un» pièce de terre qui contient cent coudées d'Egypte ef toi^t sens » et la coudât d'E^pse est égdlc à ceUe de Samoa. Cette portion de te^re leur éuût à tous partiieulièrement afiec«tée ; 9^is ils jouissaient tour i tour d'autres avanta£;es. Tous les ans miUe Galasiries et mille Hermotybies allaient servir de gardes as rgî : pendant leur service, outre les douze aroures qu'ils avaieat , on leur dommit par jour à chacun cinq mines* de pain , deux mioesde bo^uf et quatre ariistères de vin*
CLXIX. Apriàs , à la tête des troupes auxiliaires » et A;nasis. , avec tons les Égyptiens » s'était rendus à Qfomemphis « en vinrent aux maiuSf Les étrangers combouirentcûuragsqse» mei^i; mais comme ils étaient beaucoup infériçuis aa nombre à leurs ensemîs , ik furent défaits. On di4qu' Apriàs s'était perauadéqnun difBu même t'aurait pu le détcâner, tant il s'i-» mopW'^ a¥oir dftsrmi sa puissance. Il fut nésnmmm viÎBCii, et , ayant été pris , on le conduisit à Sais» dans le palais qui kiî avait ap* partemi peil de temps aoparavant , mais qui pour lors appartenait à Amasis. 11 y vécut qifteir que temfis, et Amasis en prit btaipeonp de soin; maÎ9 enfo tes Égyptiens ayant reproché à cehiirci qa'ill agî^^sait contre toute jnstice en laissant vivre leur plus grand enoe^û et le sien , il leur abandonaa. œ prince infortuné. Ils ne l'eu^ renjt pas plnstàt en Içus pownoiry qa ils l'éiranr* glères4» Cto te «nil ensuite dons le tombeau éè ses ancêtres ^ dont la sépulture, est dans Ven*
' 4 liT. 4 onoes 4 gros , 44 grains de pain ; une livre I II oDceiS sros32 gi^nnsde bœar.
HISTOIRE D'HÉRODOÏE.
070 A? . S^rC*
ceinte consacrée à Minerve » près du temple, à gauche en entrant. I^es Saîtesont enterré dans cette enceinte tous les rois originaires du nome de Sais. En efFet , on y a placé le monument d'Amasis; mais il est plus éloigné du temple que celui d*Apriès et que ceux de ses pères. Dans la cour du lieu sacré est une salle de pierre ornée de colonnes en forme de palmiers, avec d'autres ornements: dans cette salle est une niche avec une porle à deux battants ; c'est là qu'on a placé son cercueil.
CLXX. On montre aussi à Sais le sépulcre de celui que je ne me crois pas permis de nommer en cette occasion ; il est dans Tenceinte sacrée » derrière le temple de Minerve , attenant le mur de ce temple » dont il occupe toute la longueur. Il y a dans la pièce de terre de grands obélisques de pierre , et près de ces obélisques , on voit un lac dont les bords sont revêtus de pierre. Ce lac est rond , et , à ce qu'il m'a paru , il n'est pas moins grand que celui de I>ék>8 , qu'on appelle Trochoide.
CLXXI. La nuit, on représente sur ce lac les accidents arrivés à celui que je n'ai pas cru devoir nommer. Les Égyptiens les appellent des mystères. Quoique j'en aie une très-grande connaissance , je me garderai bien de les révéler ; j'en agirai de même à l'égard des initiations de Cérès , que les Grecs appellent Thésmophories , et je n'en parlerai qu'autant que la religion peut le permettre. Les filles de Danaûs apportèrent ces mystères d'Egypte et les enseignèrent aux femmes des Pélasges ; mais dans la suite , les Doriens ayant chassé les anciens habitants du Péloponnèse , ce culte se perdit, excepté chez les Arcadiens • qui , étant restés dans le Péloponnèse et n'ayant pu en être chassés , furent les seuls qui le conservèrent.
CLXXII. Apriès étant péri de la sorte, Amasis, de la ville de Siuph (^), dans le nome Saîte , monta sur le trône. Au commencement de son règne les peuples en £aiisaient peu de cas , et n'avaient que du méprb pour lui à cause de son peu de naissance ; mais il sut dans la suite se les rendre favorables par son adresse et son habileté.
Parmi une infinité de choses précieuses qui
' PUtoo dit qa*U étaU de Stfi, in TIm, p. 21, E.
hii appartenaient, on voyait un bassin d'or ou il avait coutume de se laver les pieds, lui et tous les grands qui mangeaient à sa table. II le mit en pièces , et en fit faire la statue d'un dieu , qu'il plaça dans l'endroit le plus apparent de la ville. Les Égyptiens ne manquèrent pas de s'y assembler et de rendre un culte à ce simulacre. Amasis , informé de ce qui se passait, les convoqua et leur déclara que cette statue , pour laquelle ils avaient tant de vénération, venait du bassin d'or qui avait servi auparavant aux usages les plus vils, c lien est ainsi de moi , ajouta -t- il : j'étais plébéien ; mais actuellement je suis votre roi ; je vous exhorte donc à me rendre l'honneur et le respect qui me sont dus. > n gagna tellement par ce moyen l'affection de ses peuples , qu'ils trouvèrent très-juste de se soumettre à son gouvernement.
CLXXni. Voici comment il réglait les affaires : depuis le point du jour jusqu'à l'heure où la place est pleine , il s'appliquait ù juger les causes qui se présentaient. Le reste du temps, il le passait à table, où il raillait ses convives et ne songeait qu'à se divertir et qu'à faire des plaisanteries ingénieuses et indécentes. Ses amis, affligés d'une telle conduite , lui firent des représentations, c Seigneur , lui dirent-ils , vous ne savez pas soutenir Thonneur de votre rang , et vous vous avilissez. Assis avec dignité sur votre trône, vous devriez vous occuper toute la journée des soins de l'état : les Égyptiens reconnaîtraient à vos actions qu'ils sont gouvernés par un grand homme , et votre réputation en serait meilleure; mais votre conduite ne répond pas à celle d'un roi. — Ne savez- vous pas, leur répondit Amasis, qu'on ne bande un arc que lorsqu'on en a besoin , et qu'après qu'on s'en est servi on le détend? Si on le tenait fou* jours bandé il se romprait, et Ion ne pourrait plus s'en servir au besoin. Il en est de même de l'homme : s'il était toujours appliqué à d s choses sérieuses , sans prendre aucun relâche et sans rien donner à ses plaisirs, il deviendrait insensiblement, et sans s'en apercevoir, fou ou stupide. Pour moi, qui en sais les conséquences, je partage mon temps entre les affaires et les plaisirs, i
CLXXIV. On dit qu'Amasis , n*étant encore I que simple particulier, fuyait toutes les occu«
^nit.i.-c.
EUT£RPE. —LIVRE II
pQtions sérieases , et n'aimait qu*à boire et à pbûsaater. Si l'argent lui manquait , et qu*il ne pût satisfoire son goût pour la table et les plai- Ân , il avait coutume de voler de côté et d'autre. Ceux qui le soupçonnaient d'avoir pris leur argent le menaient» lorsqu'il venait i le nier , i Foracle du lieu, qui souvent le convainquait, et souvent aussi le renvoyait absous. Lorsqu'il fiit sur le trône» il méprisa les dieux qui Taraient déclaré innocent , ne prit aui;un soin de leurs temples, ne songea si à les réparer ni à les orner, et ne voulut pas même y aller offrir des sacrifices, les jugeant indignes de tout coite , parce qu*ils n'avaient que de (aux orades : il avait au contraire la plus grande vénération pour ceux qui l'avaient convaincu de vol, les regardant comme étant véritablement dieux, elne rendant que des oracles vrais.
CLXXV. Il fit bâiir à Sais , en Ihonneur de Hinenre, le portique de son temple; édifice d^ d'admiration, et qui surpasse de beaucoup tons les autres ouvrages de ce genre» taoc par sa hauteur et son étendue, que par la qualité et la grandeur des pierres qu'on y employa. Il y fit placer des statues colossales et des andro-sphinx d'une hauteur prodigieuse. On apporta aussi par son ordre des pierres d'une grosseur démesurée , pour réparer le tem|de.pn en tira une partie des carrières qui sont près de Memphis , mais on fit venir les plus grandes de la ville d'Éléphantine , qui est éloignée de Sais de vingt journées de navigation.
Hais ce que j'admire encore davantage, c'est un édifice d'une seule pierre qu'il fit apporter d'Éléphantine. Deux mille hommes, tous bateliers, furent occupés pendant trois ans à ce transport. Il a«n dehors vingt-une coudées de 'ong, quatorze de large et huit de haut. Telles sont les dimensions extérieures de cet ouvrage monolithe. Sa longueur en dedans est de dixhait coudées, plus vingt doigts ; sa largeur, de douze coudées, sa hauteur de cinq. Cet édifice est pbcé à l'entrée du lieu sacré. On ne l'y fit point entrer , disent les Égyptiens , parce que pendant qu'on le tirait l'architecte, fatigué et ennuyé d'un travail qui lui avait coûté tant de temps y poussa un profond soupir : Amasis, regardant cela comme un présage fâcheux, ne Tonlut pas qn'on le fit avancer plus loin. Quel-
ques-uns disent aussi qu'un de œux qui aidaient à le remuer avec des leviers fut écrasé dessous, et que ce fut pour cela qu'on ne l'introduisit pas dans le lieu sacré.
CLXXVI. Amasis fit aussi présent à tous les autres temples célèbres d'ouvrages admirables par leur grandeur : entre autres il fil placer à Memphis, devant le temple de Vulcain, le co« losse de soixante et quinze pieds de long qui est couché sur le dos. On voit sur le même fondement deux statues colossales debout, de pierre d'Ethiopie, l'une d'un côté du temple » l'autre de l'autre; chacune a vingt pieds de haut. Il y a à Sais un autre colosse de pierre de la mémo grandeur que celui de Memphis et dans la même attitude. Ce fut aussi ce même prince qui fit bùiir à Memphis ce vaste et magnifique temple dlsis qu'on y admire.
GLXXVII. On dit que l'Egypte ne fut jamais plus heureuse ni plus florissante que sous le règne d' Amasis, soit par la fécondité que le fleuve lui procura, soit par l'abondance des biens qua la terre fournit à ses habitants , et qu'il y avait alors en ce pays vingt mille villes toutes bien peuplées.
Ce fut aussi Amasis qui fit cette loi , par laquelle il ^tait ordonné à chaque Égyptien de déclarer tous les ans au noroarque * quels étaient les fonds dont il tirait sa subsistance. Celui qui ne satisiaisait pas à la loi , ou qui ne pouvait prouver qu'il vivait par des moyens honnêtes, était puni de mort. Solon l'Athénien emprunta cette loi de TÉg) pte et l'établit à Atliènes, oii elle est toujours en vigueur , parce qu'elle est sage et qu'on n'y peut rien trouver à reprendre.
CLXXYIII. Amasis témoigna beaucoup d'amitié aux Grecs, et en obligea plusieurs. U permit entr'au très aux Grecs qui allaient en Egypte de s'établir à Neucratis. Ôwkni à ceux qui ne voulaient pas y fixer leur demeure , et qui n'y voyageaient que pour desaffaires decommerce, il leur donna des places pour élever aux dieux des temples et des autels. Le plus grand temple que ces Grecs aient en Egypte, et en même temps le plus célèbre et le plus commode, s'ap-
' Lat provinoei d*£s7pte t'tppelaient nomet, et lé gouTemenr , ou priodptl magiltrat de dMCDM de cet profiucei, nonurque.
pelle Hellénion ^ Les villes qoi le firent Mtir à frsis communs forent , du côté des Ioniens , Chies, Tëos, P^iocée, Clazomènes; du côté des Doriens, Rhodes, Cnide, Haficarnasse, Phasélis; et de celai des Ëolîens , la seule ville de Myti- Kne. L'Hellënîon appartient à toutes ces viUëS : elles ont droit d'y établir des juges. Tontes les antres vflles qui prétendent y avoir part s'attribuent un droit qu'elles n'ont pas. Les Ëginëtes ont eepcndant bâti, pour eux en particulier , un temple à Jupiter les Samiens à lunon, et lesMtlésîensà Apollon.
GLXXIX. Naocratis était autrefois la seule vflte de commerce qu'il y eût en Éjjypie. Si un marchand abordait une autre bouche du Nil que la Canopique , il fallait qu'il jurât qu'il n'y était point entré de son plein gré, et qu'après avoir fait ce serment, il allât se rendre avec le même vaisseau â Tembouchure Ganopfque ; ou du moins si les vents contraires s'y opposaient, il était obligé de transporter ses marchandises dans des baris , autour du Delta, jusqu'à ce qu'il arrivât à Naucratis. TcHes étaient les prérogatives dont jouissait cette ville.
CLXXX. Le feu prit fortuitement à Tancien temple de Delphes, et il fut brûlé. Les Amphictyons ayant fait marché à trois cents talents pour bâtir le temple actuel, les Delphiens, taxés ' à la quatrième partie de cette somme, firent une quête de ville en ville , et en rapportèrent de grands présents. Ceux qu'ils reçurent en Egypte ne furent pas les moins considérables. Amasis leur donna mille talents d'alun, et les Grées établis en Egypte leur en donnèrent vingt mines.
CLXXXI. Ge prince contracta amitié avec les Cyrénéens, et fit avec eux une alliaûce offensive et défensive; tl résolut encore de prendre une femme de leur ville , soit qu'il eût du goût pour les Grecs, soit qu'il voukit donner auxGy-
' C'est-à-dire temple grec.
* Les 300 talents font la somme de t,620/)00 Ur. de notre momiaie, lonmie pitMligiense en ce temps-là.
HISTOIRE D^RODOTÉ. syoàt.j.-^.
rénéens ce tâiboignage de son affection. II épousa Lndkcé , que les uns disent fille de Battus fils d'Arcésilas , les autres de Gritobule , homme distingué parmi ses concitoyens. Amasis n'était point homme pour elle , quoiqu'il le fût pour les autres femmes. Cet état ayant duré ait temps assez considérable, cLadicé, lui dit-il^ vous ave2 employé des charmes contre moi » mais sachez que rien ne peut vous soustraire à la mort la plus cruelle qu'on puisse foire souffrir à une femme.» Quelque chose que pût dire cette princesse, Amasis ne s'apaisa point. Elle eut recours à Yënus, et fit vœu dans son temple de lui envoyer une statue à Gyrène, si la nuit suivante Amasis pouvait être content. C'était en effet le remède au malheur dont elle était menacée. Aussitôt qu elle eut fait ce vœu Amasis fut heureux avec elle, et son bonheur ne fut jamais interrompu, aussi l'aima-t-il tendrement. Ladicé accomplit son vœu ; elle fit faire une statue, et l'envoya à Gyrène, où elle Subsiste encore à présent ; elle regarde le dehors de la ville. Cambyses s'étant rendu maître deTÉgypte, et ayant appris de cette princesse elle-même qui elle était, il la renvoya à Gyrène sans lui faire aucun mal.
GLXXXn. Amasis fit aussi en Grèce plusieurs offrandes : il envoya à Gyrène une statue dorée de Atinerve, avec son portrait ; à Minerve delà ville de Linde , deux statues de pierre, et ua corselet de lin qui mérite d'être vu ; au temple de Junon, à Samos, deux statues de bois qui le représentaient. On les a placées dans le grand temple derrière les portes , où on les voit encore maintenant. Il fit ces présents à Samos par amitié pour Polycrates, fils d^Ajax. Ce ne fut pas le même motif qui l'engagea à envoyer des présents à Linde, mais parce qu'on dit que les filles de DanaiJs étant arrivées dans cette ville en fuyant les fils d*Égyplusj elles firent bâtir le temple de Minerve qu'on y voit aujourd'hui. Telles sont les offrandes d* Amasis. Il est le premier qui se soit rendu maître de l'ile de Gypre , et qui Tait forcée à lui payer tribut.