‹ Choix des historiens grecsChapitre 213 sur 286 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des rois de Lydie.

Il serait trop long et trop ennuyeux de parler de tous les écrivains qui ont fait menilon des rois de Lydie. Je me bdmerai aux plus distingués parmi les modernes, et même je ne présenterai que le résultat de leurs calculs, sans m'assojettir à discuter leurs opinions, à moins qu'elles ne soient fondées sur des autorités qui rendent cette discussion nécessaire» parce que ce travail exigerait une dissertation dans les formes, et que les bornes de cet ouvrage me forcent d'être concis.

La prise de Sardes par Cyms est le grand pivot sur lequel roule la chronologie des rois de Lydie de la famille des Héraclides, qui commença à Agron et £nit en Candaules , et de celle des Mermnades , qui commença à Gygès et finit à Crésus. Il s'agit donc de déterminer Tannée et le temps de Tannée où cette ville fut prise. Usher ' , archevêque d'Armagh , la met en 4166 de la période julienne , 548 ans avant Jésos-Christ , et il s'appuie principalement sur Solin et Eusèbe; Simson ' la quatrième année de la cinquante - huitième olympiade, c'est-à-dire en 4469 de la période julienne , 545 ans avant Jésus- Christ; car je ne m'arrête point à ce qu'il fait correspondre la quatrième année de la cinquante-huitième olympiade à Tan 545 avant Jésus -Christ, parce qu'on sait qu'il a placé la première année de notre ère la quatrième année de l'olympiade 404 , quoique, selon Topinion commune, elle soit de Tan-

* Uaserii Annal, veter. et novi Teslam., pag. 76. 'Simaoni Cbronic. Catbolic. ad ann. M. 3,460, pag.

CHHONOL.

née suivante , et parce qu'il n*a pas compté Tannée de la naissance de Jésus-Christ pour une année avant notre ère, quoique celte année fût révolue, puisque Jésus- Christ est né vers la fin. Telle est la raison du peu d'accord qu'on remarque dans cet auteur entre les olympiades et les années avant notre ère. Mais y pour en revenir à la prise de Sardes, le P. Pélau ' la met en 4470 de la période julienne, 544 ans avant Jésus^Christ, et la pi'emière année de la cinquante-neuvième olympiade ; M. le président Bouhier > la même année ; M. Fréret ^ Tan 545 avant notre ère , sans spécifier si c'est la troisièoie ou la quatrième année de la cinquante-huitième olympiade; M. Desvigoolcâ ^ en 44 06 de la période julienne , 548 ans avant Jésus-Christ, de même qu'Usher. Mais, n'osant se fier à cette daie, qui est cependant appuyée des témoignages de Solin et d'Ëusèbe, il croit qu'on pourrait la reculer de deux ou trois ans. Enfin le P. Corsini • place la prise de celte ville la troisième année de la cinquante-neuvième olympiade, c'est à-dlre Tan 4472 de la période julienne, 542 ans avant Jé<»ua-Christ.

Je pense que ce savant est de tous les modernes celui qui recule le plus cttte prise. Il se fonde sur les Marbres de Paros , qui s'exprhnent ainsi : « De- » puis ^ que Cyrus a pris la ville de Sardes, et a fait » prisonnier Crésus, que la pythie avait trompé , il » y a 278 ans. » Ce savant n'a pas fait atientionqiie la date élait effacée, et qu'elle n'avait été rétablie que par la conjecture des éditeurs. M. Cbandier , à qui le public est redevable de la dernière édition de ces Marbres , peu touché des raisons de ses devanciers, a substitué 285; ce qui doime Tau 540 avant notre ère. Mais comme il n'a point accompagné son édition de commentaires, j'ignore les motifs qui Tont déterminé. Le P. Corsini ne pouvait se dissimuler que celte époque élait mutilée. Aussi continue-t-il : a L'auteur ? de la Chronique, ayant placé le com- » mencement du règne de Crésus dans la première » année de la cinquante-sixième olympiade, a oonsé- 9 quemment, et très-bien, mis la fin de ce règne et i> la victoire de Cyrus la troisième année de la cin- » quante-neuvième olympiade. » C'est une nouvelle méprise du P. Corsini, d'autant plus grave, qu'il est impossible de tirer ce sens de cette époque , qui

* Petav. de Doclrinâ Temporum , vo!. ii , pag. 307.

* Recherches et Disseri. sur Hérodote, chap. v.

* Mémoires de TAcadéraie des Belles- Lettres , tom. v , Mém. , pag, 274.

* Chronologie de THistoire sainte, tom. ii , li?. f ,chap. xtv, ^ VI , pag. 554.

> Fasti Attici , tom. m , pag. 4 13.

* Mannora Oxon. £poch. 43.

' Fasti Attici , tom. ni , pag. 1 13.

H80 . CHRONOLOGIE

est la qnarante-deaxième, et qui est également mutilée. La voici telle qu'elle se trouve dans l'édition de M. Chandier, qui 1 a revue avec soin sur les Marbres mêmes, àf ou k^^cm^.... Aff(«7..«. AcAfOf d... AÀAAii. êipxovxoi LHv^<Ji roXt Sïî/aou. Les éditeurs oot suppléé les lacunes de cette manière : Af ou K^e«ro( il

aXt^vtiocv Eu9i/î>î;ttoy, « Depuis que Çrésus a envoyé » d'Asie à Delphes, il y a 292 ans, Eulhydémus » étant archonte à Athènes. » Je suis persuadé que cette époque est bien rétablie. Mais , sous quelque point de vue qu'on l'envisage, elle ne regarde et ne peut regarder que l'année où Crésas envoya des présents à Delphes, et non le commencement de son règne. Les Marbres ne pouvant servir à prouver, ni le commencement, ni la fin de ce règne, il faut recourir à d'autres autorités.

Solin p^ace * la prise de Sardes en la cinquantehuitième olympiade, sans en déterminer l'année. M. Desvignoles * prétend qu'il a voulu parler de la première année de cette olympiade : « car , ajoute- » t-il , quand les anciens auteurs nomment simple- » ment une olympiade, pour Tordinaire ils enten- 1» dent la première année. » Cela est vrai en général de la plupart des auteurs : mais Solin ne s'astreint pas rigoureusement à cette règle, et se contente d'indiquer vaguement lolympiade , sans presque jamais en spécifier Tannée. Suivant Ëusèbe % Grésus fut fait prisonnier la première année de la cinquante-huitième olympiade ; mais , peu d'accord avec lui-même, il recule de deux ans la prise de Sardes, qu'il place la troisième année de la cinquantehaitième olympiade, c^est-àdire, on dans les six derniers mois de Tan 4168 de la période julienne, 546 ans avant Jésns-Christ, ou dans les six premiers mois de l'an 4469 de la période julienne , 545 ans avant Jésus- Christ. Sosicrates de Rhodes* assure que Périandre mourut 40 ans avant Crésus , et un an avant la quaranle-neuvième olympiade. Que Sosicrates se soit trompé ou non sur l'année de la mort de Périandre, c^est une question que je n'examine point ici. Il n'en résulte pas moms qu'il croyait qu'il était mort 40 ans avant que Crésus eût été lliit prisonnier, et en la quatrième année de la qaarante-hnîtîème olympiade , et qtie Crésus avait été détrèné en la quatrième année de la cinquantehuitième olympiade. Or, cette année répond aux six

« Solooi Polybîst., cap. i, pag. 8, C. s Chronologie de l'Histoire sainte, tom. ii. liy. v, chap. XIV, S VI, 554 s Eiueb. Chronic. Canon. , pag. 165.

* lùèvtxpaTnç 2tf fvivi itpéxtpov Kpelvqu rtUvxiîvai durbv ireat rtTreLpdxovva, xeà M itph -nit Tcoooc^axoor^i (w^xn); ^Au/Air<o<Spf. Dîog. Laert. In Periandro, lib. i, S«0m. ^» pag. 60,

D*HÉRODOtE ,

derniers mois de l'an 4469 de la période jnii^nii6 ^ 545 ans avant Jésus-Christ , t\ aux six premiers mois de Tan 4470 de la période julienne, 544 ans avant Jésus-Christ. Il s'agit donc de détermifier le temps de Tannée où Cyrus s'empara de la capitale de la Lydie.

Crésus ', après la bataille douteuse qui se doni|a dans la Ptérie, se retira à Sardes , afin d'y passer riiiver, et d'entrer en campagne an commencement du printemps, avec des forces plus considérables que celles qu'il avait auparavant. Il avait licencié les troupes de ses alliés, et leur avait recommandé , en les renvoyant, de se rendre auprès de lui le cinquième mois. li avait aus^i dépéché des ooorriers à Lacédémone et en Egypte , avec de pareils ordres. M4is Cyrus, rayant suivi de près , Ini livra bataille près de Sardes, et l'ayant battu, le força de se renfermer dans les murs de sa capitale, dont il forma sur-le-champ le siège. Quatorze jours après Sardes fut prise, et Crésus fait prisonnier.

Il est évident , d'après ce récit, que la bataille près de Sardes, et que la prise de cette ville , sont arrivées avant l'hiver, et au mois d'octobre. En effet, Crésus, en licenciant ses alliés, leur reoonmianda de se rendre auprès de lui le cinquième mois , afin de se mettre en çampagqe au eommenœment du printemps. Ils devaient donc éire à Sardes au oomme»cement de mars ; et lorsqu'il leur tenait ce langage on était à la lin de septembre, ou, au plys tard, an commencement d'octobre. IVIaintenant cette prise est, selon Sosicrates, comme on vient de le voir, de la quatrième année de la cinquante-huitième olympiade. Il s'ensuit donc que Crésus a été fait prisonnier vers le mois de septembre de Tan 4469 de la période julienne , 545 ana avant Jésus-Christ. Le combat dans la Ptérie est probablenient du conmencemen^ de l'été de la même année julienne , on peut-être de la fin du printemps.

Cependant M. de la Nanze ' retarde hi piise de Sardes jusqu'à Tan 544 avant l'ère vulgaire , etToiâ les raisons sur lesquelles U s'appuie. Pisistrate uaiir^ pa la souveraineté en 56Û. De 35 ans qu'il vécut après le eommancement de sa tyrannie, il en régna 17, et passa les 46 autres en difVérenis exils. Dci eea 46 ans, U en passa Sdans le premier exil, pnis^ne, selon Hérodote, il en pas^a 41 dans le seoond. àmA Pisistrate f^t rétabli pour la troîsièaie fois l'an 54S.

Rien de plus >uste qne oe calcul ; mais lorsque M. de la N«u9e en infère que Crésns fut i|it prisonnier l'an 544 , je me vois forcé d'abandonner am hypothèse. Pisistrate , dil> il , était d^ rét^ peor

* Uefodpt. « lilm 1, s iixu , etc.

* Mémoires de l'Aead^roie dsa Bellai-LaMrea, Mém. , pag. 564,

XSfà

t>AR UhCltER.

lu Inriiième Mb longue ÙtHù& éntoya demander | à 715 , qui es( Vêtmée 06 Gygès devint roi , on aura

<iea secours anx LacédémonieM , afin de réprimer la trop grande puissance deCyras , el il cite liéiodote, li^« 4 , $ Lxiv. Je ne puis mieux répondre à celte Qbieotion qu'eu me servant dea propres termes de l'illustre président Bonhier ' : « Grésos, dit-il , sons géant ( Hérod, 4 , $ lix , ete. ) à Taire la guerre à » Cyros , crut devoif , avant tontes cluises , redier- » eber l'amitié des principaux peuples de la Grèce , n et entre antres celle des Aihéniens, qn'il apprit être » alors soumis à la dominatimide Pisisirate. De là » rbistorien, prenant occasion de raconter la fortune » de cet usurpateur, expose tout de suite comment » il parvint à asservir sa patrie, <>omment il fat » ehassé peu après , puis rétabli , puis chassé de nou- » veau f et comment enfîn il s'en rendit maître une » troiiiième fols potir le reste de sa vie. Après qnoi , » Hérodote, reprenant le fil de son discours, retourne » à Grésns et à seê projets. »

C'est d'après cela que j'ai placé la députation de Grésus à Toraele de Delphes Tan 556 avant Tère vulgaire. L'alliance de Cri sus avec les Laccdémoniens , qui ne fut pas de beaucoup postérieure à la réponse de Toracle , dut précéder la seconde expulsion de Pisisirate , et par conséquent avoir lieu Tan 554. Le reste du règne de ce prince n'est susceptible d'aucune difficulté.

L'époque où Crésus fut fait prisonnier étant certaine , on ne peut douter en quelle année Gygès monta sur le trône. Eu effet , suivant Hérodote ', Grésus régna 4 4 ans et 44 jours , Alyaites 57 ans , Sâdyattes 42 ^ Ardys 49, et Gygès 58. Ces sommes réunies font 470 ans , qui , étant ajoutés à 545, donnent l'an 5090 de la période julienne , 745 ans avant Jésus-Christ , pour l'avènement de Gygès au trône. La famille des HéracUdps régna , selon Hérodote , 505 ans > qui , étant ajoutés à 74 5, donnent l'an 5494 de la période julienne, 4 220 ans avant Jcsus-Christ^ pour le commencement du règne d'Agron, premier roi de Lydie de cette maison. Mais ici le texte d'Hérodote présente une djfGculté dont les commentateurs ne se sont point aperçus, ou qu'ils ont négligée de dessein prémédité , parce qu'ils ne se sentaient pas en état de la résoudre.

Gel historien ' dit que les UéracUdes régnèrent 505 ans en vingt-deux générations. Ce texte est manifestement altéré , et voici comme je le prouve. Ou le nombre des générations est trop grand , on la somme des années que les Héraclides occupèrent le trône de Lydie est trop petite. Celte somme ne peut êtrç trop petite, puisqu'en i^outant ces 505 aiis

* Recherehss et Dl«ert. sur Hérodote, pag. «57.

* Herodot. , lib. r, S liVyXVi, xiv, uxivi. ']|fM>dol.,llb. 1,$ Vfff.

l'an 5494 de la période julienne , 4220 ans avant Jésus-Christ pour la première année do règne d'Agron. Si l'on ajoute 4 66 ans pour les einq générations qu'il y a d'Hercule à Agron , on aura, pour la naissance d*Hercule , Tan 5528 de la période julienne , 4586 ans avant Jésus- Christ; ce qui ne feit qu'une dîRërenee de deux ans entre l'époque de ta naissance d'Hercule , telle que la donne Hérodote lui-même. Far conséquent Terreur ne glt pas dans la somme des règnes ries Héraclides ; elle n'est que dans le nombre des générations.

Hérodote évalue ' lui-même trois générations à 400 ans; donc les virtgt-deux générations donneraient 755 ans, qui étant ajoutés à 745, qui est l'année où Gygès monta sur le trône, on aurait l'an 5206 de la période julienne, 4448 ans avant notre ère, pour la première année du règne d'Agron. Or, cette année précède de 66 ans Téftoque de la naissance d*Hercules, qu'Hérodote * met en 5550 de la période juienne , 4584 ans avant Jésus-Christ , comme nous ravims prouvé dans le chap. xiir, concernant Hf rcale. Que serait ce donc si Ton ajoutait à cette s:omme les cinq générations qui sont d' Agron à ce héros? Il faudrait encore ajouter 166 ans; ce qui ferait remonter Hercule 252 ans plu< haut que Tépoque donnée par Hérodote lui-même. l\ est donc évident que le te^cte de notre historien est altéré , 505 ans ne donnant que quinze générations , et qui!

faut lire ci/^ioam fintm ircvTffxedSixa y«vc^$ cftyl^fiy en la place de ces mots ôtpixvra /ikv ini $(w xoà iUùwi yntàç

«vapâv. Ce changement répand ^e la eiarté sur le texte de notre historien , et le met d'accord avec lui-même, non -seulement dans ce passage, mais encore dans tous les autres endroits de son histoire où il a eu occasion de parler d'I^ereule et de sa po:»térité.

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