CHAPITRE XIV
De la prise de Troie.
^ Herodot. , lib. i, $ ni.
' Primordia Gorcyrœ , pag. 49 et 50.
»**4iH*ê4*4
Le siège de Troie est un des événements les plus mémorables des siècles anciens. Les Grecs y acquirent tant de gloire, que les poêles, à l'envi les uns des autres , le célébrèrent dans leurs poéoies , et qu'ils en transmirent à la postérité les actions les plus éclatantes, ornées, ou, si l'on vent, déguisées par des fictions ingénieuses et brillantes , qui en rehaussèrent l'éclat. La prise de celle ville devint» entre les mains des historiens et des cbronologistes , une époque célèbre, qui leur servit à fixer les temps anléritrurs ou postérieurs au sac de cette ville. Mais, par un maiheur attaché aux siècles d'ignorance , il arriva que, lorsque les historiens commencèrent à en faire ui^age , on n'avait pas conservé le nombre d'années qui s'étaient écoulées avant on depuis celle époque. On n'avait alors pour se guider que des généalogies certaines de quelques grandes oiatsons dont l'origine remontait beaucoup plus liant que la guerre de Tioie , et qui ne s'éteignirent qae long* temps après , et dans des siècles très^oonus, Hérodote lui-même n'avait pas d'autre règle. Il emploie presque toujours les.générations pomme unemesore de temps , et il nous ' avertit que trois générations font uu siècle ou 100 ans. Quelquefois il accompagne ces générations de leur évaluation, quiesi toujours exacte , suivant sa méthode et celle des andeiis, d'en compter trois par siècle , à moins qu'il ne se soit glissé quelque erreur dans son texte, par la négligence des copistes. Quelquefois aussi il se qoutenie de donner un nombre d'années , sans y joindre les générations ) ou dévaluer le temps qui s'est écoulé depuis tel ou tel événement , jusqu'à l'année de sa naissance , ou celle de son voyage en Egypte, lesquelles étaient toutes les deux très -connues des Grecs. S'il a supprimé , dans ces occasions, le nombre des générations ^ il faut convenh que cehi lui est arrivé très- rarement, cl peut-être l'a-l-il fait afin de ne pas répéter perpétuellement celte expression; mais on. ne peut pas supposer qu'il n'eût pas le fil de ces générations, ou qu'il avait quelque autre inoyen plus sûr, et encore moins qu'il mettait ces dates an hasard, ou seulement sur des traditiona vagues et incertaines. Ou aura peut-être de la peine à se persuader qu'il existât dans ces anciens temps des généalogies assez suivies , pour pouvoir servir de base à un calcul chronologique; mais si l'on vient à considérer qu'il ne se passait pas une action remarquable , qu'on ne fmscrivit dans les fkstes de la ville qui avait doimé le jour à son auteur avec son
* Herodot.,lib.n,ciLn«
PAR LARCHER
nom et celui de son père , et qu'on ne le gravât sur le marbre et sur l'airain; qu'un particulier quelconque ne remportait pas un prix à un jeu public que son nom et celui de son père ne fussent gravés sur le irépied qui avait été le piix de sa victoire; que les dignités , les postes les plus éminents, dans la religion et dans le civil , étaient attachés à de certaines maisons , on cessera d'être surpris du soin religieux que prenaient les Grecs pour conserver leur filiation. Hérodote lui-même rapporte trois ' inscriptions gravées sur des trépieds , et qui existaient de son temps : la première , d'Amphitryon , père d'Hercules ; la seconde , de Sesus , fils d'Hippocoon. Ce Scaeus vivait du temps d'OEdipe, et (ùt tué avec son père ' par Hercule. Il était de la naissance la plus illustre , et tirait son origine ' de Deucalion , par Hellen , Mo\w et Périérè«. La troisième inscription était de Laodamas, fils d'Etéocles, roideThèbes. Il existe encore actuellement une inscription plus ancienne que celles-là sur le frontispioe du temple d'Onga{ c'est la Minerve des Béotiens et des Laconiens. Cette inscription porte que ce * temple , que l'on voit encore entier à Âmyclès , fut consacré à Onga par Eurotas, roi des Idéocratéens. Ces Ictéocraiéens étaient les anciens Laconiens, comme Ta très-bien expliqué Hésychius, de Fëdition d'Aide et de Schrevel. Meunins' s'était bien aperçu que c'était le nom que poruient les Laconiens, avant que Lacédémon, qui avait épousé Sparte , fille d'Eurotas, leur eût donné le sien. Feu M. Hemsterbuys était d'un autre avis, et lisait dans le teite d'Hésychius, TxTcv. Ax^Tce. dx«*vcf. Ainsi, selon ce savant, 2xTcu est un terme lacédémonien , qui signifie xpôtxtt, laugii, appnhensum sentit. Le dernier éditeurd*Hésychius a admis la note de M. Hemsterhuys; mais par une coupable uégligence , il a changé l'ancienne leçon ^ et a introduit dans le texte la prétendue cor* rection de ce savant. M. Rubnken, qui a rem le dernier volume après la mort de M. Alberti , et qui a joint à cette édition unauctarium emendaHoiiiiin, n'a rien <lit sur cette glose. L'inscription ^rapportée dans les mémoires de l'Académie des Belles- Lettres ^y prouve que les Laçons étaient anciennement appelés Ictéocratêens sous les rois prédécesseurs des Héraclides ; et quelques autres prouvent * qu'ils n'avaient point encore perdu cette dénomination
< Herodot. , lib. v , § lix , lx et lxi.
" Apollodor. de Diis, lib. m, cap. x. t( v.
> Id., lih. I , cap. vil , S ii , tit ; lib. m , cap. x , S iv.
4 Mémoires de l'Académie des iDscriptioos et Belles- Lettres « tom. XT, pag. 405.
'Meuraiof Misoellaoca Laoonlca, lib. m, cap. tiii.
^ Looo superius laudato.
^Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, tom. xv, pag. 400.
sons les premiers rois Héraclides. La première porte o v» ixxeoxpmiç et le nom d'Eurotas, qui consacra le temple d'Amyclès à Oga ou Onga , qui est la lli* nerve des Béotiens, et qui leur fut apportée par Gadmus. Quelques autres inscriptions mettent la chose hors de doute. Parmi celles qui ont été ap* portées par M. Fonrmont, et qui sont conservées à la bibliothèque du Roi , il y en a plusieurs où Ton remarque d'abord les noms des rois de Lacédémone, sous ces rois les noms des Pythii, et sous eeux-ci un cercle partagé en plusieurs cases. Chacune de ces cases contient une lettre, dont la réunion présente le mot A0cxffSa{/K^y(0>. Ce qui fait voir que c'était le sceau, pour ainsi dire, de Lacédémone. Dans les inscriptions de Sous et d^Echestratns, ce cercle , divisé de même en différentes cases , présente, par la réunion des lettres, lemot, ixTiox/sd^ctc ou *urioxpûroov qui doit être le nom qne portaient alors les Lacédémuniens , de même que AaxthatfAàvtwf est celui qu'ils portèrent depuis. Il ne peut donc y avoir de doute sur la leçon d'Hesychius, 'ixTcox^arcic; et M. Hemsterhuys me parait avoir taxé bien légèrement Meursius d'avoir été assez absurde pour imaginer un peuple d'Icteucratéens. Ces ia«criptions sont de la plus haute antiquité. Eurotas était le troisième roi de Lacédémone de la dynastie qui régna dans ce pays avant la conquête des Héraclides; et il esta présiunér qu'il était contemporain de Cranaûs, second roi d'Athènes, ou du moins qu'il le précède de très-peu , et qu'il est à peu près de l'an 5192 de la périodejuliennCy 4522 ans avant l'ère vulgaire. Sous était le second roi de la dynastie des Héraclides de la famille de Prodès, et Ëchestratos le troisième roi de la même dynastie, de la branche des Eurysthénides.
Si ces inscriptions se sont conservées jusqu'à nos jours , quoique quelques-unes remontent à plus de 5300 ans, on peut croire avec vraisemblance que dans les bebux temps de la Grèce , il en existait une suite non inlerrom|)ue , qui facilitait aux historiens la oonnaisfiance des anciens temps. Les particuliers d'une naissance distinguée conservaient avec soin leurs généalogies. Hécatée de Milet , historien qui a précédé Hérodote d*un petit nombre d'années, f<iisait remonter sa ' généalogie à seize générations*, et quoiqu'il crût on fit semblant de croire qne son seizième aïeul était un dieu , on ne doit pas imaginer que sa généalogie ne fût qu'un tissu de fables. Il faut absolument supposer que son quinzième aîèul était un personnage illustre, et peut-être le premier de sa race qui se.fdt distingué ; et comme on ignorait quel avait été son père , la vanité de cetie maison Ini avait fait imaginer qn'il devait sa naissance à un ditn.
* Herodot. , lib. ii , $ cxuir.
CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE
Toutes CCS généalogies furent recueillies avec le plas grand soin par les écrivains cycliques, sur lesquels on peut consulter M. Heyne '. Ces ouvrages étaient alors très-connus, et c'était dans ces sources que puisaient les poètes, et surtout les tragiques. Les historiens eux-mêmes, et d'au(n s écrivains en prose, ne dédaignaient pas de les consulter. En effet, dans quels autres écrits Diodoie de Sicile et tant d'autres auteurs auraient- ils pris ce qu'ils racontent des temps héroî(|ues , les inscriptions ne suftisani pas et n*étant pas a^sez détaillées pour en fonner un corps d'histoire complet? Ces écrivains sont malheureusement perdus , et il ne nous reste que les trois livres de la Bibliothèque d'Apoliodore, savant grammairien d'Athènes et disciple d' Aristarqne , dont la fin du troisième livre n'est point venue jusqu'à nous. Plusieurs savants , et Saumaise entre autres * , ont regardé cette Bibliothèque comme un abrtgé des ouvrages des auteurs cycliques.
Après avoir parié de la méthode employée par les anciens pour acquérir la connaissance des temps , je passe à fépoque de la prise de Troie. Hérodote , le plus ancien et le plus instruit des historiens grecs , nous apprend ' que Pan , (ils de Pénélope , ei»t né peu après la prise de Troie , et environ 800 ans avant lui. Comme c'est dans ton voyage d'Egypte qu'il s'exprime ainsi , il me parait évident qu'il veut parler de son âge actuel. Si l'on suit les détails de sa vie , il ne devait pas avoir alors plus de â4 ans. Cet historien était né l'an 4230 de la période julienne , 484ans avant notre ère. En voici la preuve. Pamphila, femme célèbre, qui vivait du temps de Néron, assure ^ qu'il avait 55 ans an commencement de la guerre du Péloponnèse. La première année de cette guerre est, de Tavende tous les historiens, de l'an de la période julienne 4283 , 45i ans avant notre ère. n était donc né Tan 4230 de la période julienne, 484ans avant notre ère, et il voyageait en Egypte vers l'an 4,254 de la période julienne, 460 ans avant l'ère chrétienne. Pan , étant né 800 ans avant cette époque , doit être de l'an 5454 de la période julienne, 4 ,260 avant notre ère. Comme ce demi-dieu est venu an monde environ 10 ans * après la prise de Troie , il faut fixer , selon Hérodote , la prise de cette ville l'an 5444 de la période julienne, 4270 ans avant notre ère.
M. le président Bouhier s'appuie des mêmes raisons, pour prouver* que Troie a été pri^e l'an 5,462
* ExGurs. I, adiib. iiiEoeidos.
a Salmasiui ad Solioi Polyb^stora , pag. 847. " Herodot. , lib. ii , .^ cxlt.
* Aal. Gell. ISoct. Attic, lib. sv, cap. xxiii.
• Herodot. , M), ii , S cxlv.
• Recherches et Dissertations sur Hérodote, cbap. xi , ag 124 et 125.
de la période julienne, 1 ,252 ans avant l'ère vulgaire. La raison de cette différence est que M. Bouhier suppose que Pan était postérieur de deux ans au commencement de la guerre de Troie , et antérieur de huit ans à la prise de cette ville. Cette supposition porte sur l'interprétation qu'il donne de ce passage d'Hérodote, D^Aaau irtû €9X1 tOv TpoitKÛv, qu'il
croit regarder le commencement de l'expédition contre Troie, au lieu qu'il ne concerne que la fin de cette expédition ; car les chronologistes ont toujours parié de la prise de Troie lorsqu'ils ont voulu fixer les époques avant cet événement; et il est naturel de penser que notre historien avait choisi cette époque remarquable dans l'ère grecque préférablement à une autre qui n'était pas en usage , quoiqu'elle ne fàt pas moins certaine.
M. Fréret part des^mémes principes que M. le président Bouhier et que moi-même , et cependant il ne s'accorde pas plus sur le résultat avec ce savant qu'avec moi , puisqu'il met ' la prise de cette ville Tan 5452 de la période julienne, 4282 ans avant notre ère. Voici sa preuve : c Hérodote e^t né Tan » 482 , puisqu'il en avait 55 la première année de la
» guerre du Péloponnèse Celte guerre avait com-
» mencé l'an 450, de l'aveu de tous les chronolo|ns- )» tes ; donc Hérodote était né Tan 482 ; donc la prise » de Troie , ou même la naissance de Pan , antéy> rieure à Hérodote de 800 ans, tombe, selon lui, à u Tan 1282 ou environ avant Jésus-Christ. »
En supposant , avec M. Fréret , que le commence* ment de la guerre du Péloponnèse est de l'an 450 avant Jésus-Chri^t , il faut nécessairement conclure qu'Hérodote était né en 485 avant Jésus-Christ, puisqu'il avait alors 55 ans. Mais cette guerre commença Tannée précédente , comme l'a démonUré le P. Pétau , liv. X , chap. xxviii , de son savant ouvrage de Dodrind temporum» Ainsi Hérodote était né , comme nous l'avons dit , l'an 484 avant Jésus- Christ. M. Fréret suppose ensuite que la^guerre de Troie et la naissance de' Pan "^ sont antérieures de 800 ans à Hérodote, quoique cet lûstorien dise positiveraent ' que Pan le précède de 800 ans, et que ce demi-dieu est postérieur de peu d'années à la prise de Troie, li y a grande apparence que ces méprises ont échappé à M. Fréret par la multiplicité de ses occupations et la nature de ce travail , où il est si fiicile de se tromper; et j'ai d'autant moins de peine à le croire que quelques lignes plus haut ce savant avait reconnu que la naissance de Pan était postérieure de dix ans à la prise de Troie. L'époque de la prise de cette ville se prouve en-
4 Mémoires de rAcadémie des Inscriptions et Belles- Lettres, lom. T. Mém., pag. 286.
* Herodot., lib. ii, $ cx|,T.
PAR LAHGHER.
oore par Tanteur de la Vie d'Homère, que l'on attribue communément à Hérodote^ mais qui n'est certainement point de cet historien. Quoi qu'il en soit, cet écrivain est très-ancien , «i l'on peut juger da temps où il a vécu par son style ; et il mérite , à l'égard de son ancienneté , beaucoup de confiance. Il met ' Homère 468 ans après la guerre de lYoie , et le passage de Xerxès en Grèce , 022 ans après Homère. Je n'examinerai point ^i cet auteur a tort on raison de plaqer ce poète à une si petiie distance de la guerre de Troie ; je remarquerai ^eulenlent qu'il ne peut être le même écrivain dont nous avons l'histoire en neuf livres, puisque celui-ci met HoQière 400 ans avant lui , c*est-à-dire 410 ans api es la prise de Troie. Mais celle énorme différence, qui décide irrévocablement qu'on a tort d'aturibuer cette vie à Hérodote , n'e&t point une raison suffisante pour ne pas adopter son calcul par rapport à la prise de cette ville. Il est certain qu'il pensait que Troie avait été saccagée 790 ans avant le passage de Xerxès en Europe. Or, en sait que ce passage eA de Tan 4â54 de la (lériode julienne, 480 ans avant Jésus-Cluist; donc, en retranchant 790 de 4254, et en les ajoutant à 480, on aura également 5444 pour la période julienne, et 4270 pour l'année avant Jésus- Christ.
Thucydide avait aussi la même opinion sur Tépaque de la prise de Troie. Il fait ' dire aux Méliens, la seizième amiée de la guerre dn Péloponnèse, (;ue leur île avait été fondée 700 ans auparavant. La seizième année de la guerre du Péloponnèse est incontestablement de Tan 4298 de la période julienne, 416 ans avant notre ère , puisqu'elle a commencé Tan 4283 de la période julienne, 451 ans avant l'ère vulgaire; donc la fondation de Mélo;> est de l'an 3,598 dé la période julienne , 4H6 ans avant noire ère. Conon ^ raconte que l'Ile de Mélos fut fondée en la troisième génération après la conquête da Péloponnèse par les Uéraclides -, donc celte conquête doit être placée en la troisième génération avant la fondation de Mélos. Deux générations faisaient , selon les anciens , 07 ans , et trois , 400 ans ; donc cette conquête doit être enire l'an 5499 de la période julienne, 4215 ans avant notre ère, et Tan 5552 de la même période, 4182 ans avant Jésus-Christ. J'ai prouvé y chap. xvi , concernant les Héraclides , par la fondation de l'ile Calliste , que la conquête du Péloponnèse par les Héraclides était de Tan 5524 de la période julienne , 1 190 ans avant l'ère vulgaire; donc cette conqtiête se trouvejusteen la troisième génération avant la fondation de Mélos, comme l'avait observé Conon. Thucydides ^ reconnaît, dans
* Anctor vitie Homeri , § xxzviii*
* Tbncydîd. , lib. t, § cm.
' CoooD. Marration. uiri;
* Thuqcdid. , lib. i , S xu.
im autre endroit de son histoire , qtie les Héraclide^ s'emparèrent dn Pélo|)onnèse 80 ans après la prise de Troie. Le Scoliaste de Thucydides ' place aussi le retour des Héraclides 80 ans après la prise de Troie, et leur première entreprise 20 ans avant le sac de cette ville. C'était aussi le sentiment d'Appollodore, d'Eratostliènes , de Velléius Patercolus, en un mot , de tous les Favants les pkis versés dans la connaissance des temps ; et ce sentiment s'accorde parfaitement avec l'époque de la naissance d'Hercu* les , rapportée par Hérodote , et avec ce que nous avons dit des Héraclides. Donc Troie fut saccagée , selon Thucydide , l'an 5444 de la période julienne , 4270 ans avant notre ère.
La même époque se prouve encore par la suite des roisd'Aibe , que nous ont conservée Tite-Live, Denys d'Halicarnasse et Ëusèbe. Les listes de ces auteurs offrent quinze prhices , qui se sont succédé de père en fils, en y comprenant Enée , qui ne fut point , il est vrai , le fondateur d'Alhe , mais le père d'Ascagne , qui la fonda. Si vous ajoutez Rhéa, fille de Numitor, détrônée par son frère Amulius, et mère de Rumulns , on aura , depuis la prise de Troie jusqu'à la fondation de Rome , quinze générations et demie, parce que les générations par les femmes n'éifuivalent qu'à des successions ou demi -générations. Cei quinze générations et demie donnent 540 ans. Rome a été fondée la troisième année de la sixième olympiade , l'an 5900 de la période julienne, 754 ans avant Jésus-Christ. Si Ton retranche 546 de 5900 , et si l'on ajoute cette somme à 754, qui sont les années juliennes et avant Jésus-Christ de la fondation de Rome , on aura l'an 5444 de la période julienne, 4270 ans avant notre ère pour le temps oùËnée s'embarqua, après le sac de Troie , afin de chercher un établissement en Italie.
Les général ions des rois d'Albe s'accordent donc avec les calculs précédents , et ajoutent un nouveaa poids à mes raisons.
Le sentiment d'historiens graves et instruits , tels qu'Hérodote et Thucydide, sans parier de l'auteur de la Vied'HcMnère, semblait devoir fixer Topinioa de leurs contemporains et de la postt^rité. Il y a grande apparence qu'il fut le dominant dans le siècle de ces historiens , et environ deux siècles après. Je ne puis imaginer que le désir de se singulariser ait engagé les écrivains postérieurs à s'en écarter. Ils avaient sans doute d'antres motifs, que je me propose d'autant plus d'examiner que personne ne s'est avisé jusqu'à présent de le faire , et que ce snjet est neuf et intéressant. Il est donc important de connaître les raisons qui ont déterminé les historiens et les chronologistes postérieurs à Hérodote et à Thucydi*
* Seboliast. Tbucydid. loco laudato.
^'^^ CHRONOLOGIE
des à se tracer une OMite différente de celle qu'avaient suivie ces écrivains célèbres. Le lecteur sera , par ce moyen , à poriée d'apprécier le travail des chronologistes modernes les plus distingués , qui ont pris pour guides Eratosthènes , Apollodore et Eusèbe, sans apporter d'autres raisons de la préférence qu'ils donnaient à ces auteurs que la célébrité dont ils jouissaient. Mais avant que d'en venir à cet examen, il est nécessaire d'exposer en peu de mois les diverses opinions des anciens sur l'époque de la prise de Troie , non suivant l'ordre de» tenaps où ces auteurs ont vécu , mats selon qu'ils plaçaient cette époque plus ou moins loin de notre temps. Noua avons déjà vu qu'Hérodoie Thucydi.ies et l'ancien auteur de la Vie d'Homère mettaient le sac de cette ville l'an 3444 de la période julienne, 4270 ans avant l'ère vulgaire.
^ Dicœarque éuit de Messène en Sidle. Il vivait Tan 4,592 de la période julienne, 322 ans avant notre ère, comme Ta prouvé M. Dodwell dans une disserution sur cet atiieur , qui se trouve au second volume des f elits-Géographes. Il florissait environ un siècle et demi après Hérodote. Cet auteur avait composé plusieurs ouvrages, et un entr'autres intitulé, Btoç'EXXd^t dé Slatu Gracia, sur lequel on peut consulter Suidas au mot Awaiap;^©^, avec la note de K'jster et Meursius dans sa Bibiiotlièque grecque, liv. m. LeScoliasle ' d'Apollonius de Rhodes die le premier et le second livre de cet ouvrage. Il est question, dans le passage emîNrunté du premier livre, de deux époques grecques, et je dois le rapporter par ceUe raison. Le passage du second livre sert à prouver que l'ouvrage dont il a extrait ces fragments est le même que celui qui porte pour titre Bw« 'e;;<43o;, D'ailleurs il est tellement altéré dans les éditions que j'ai cru devoir saisir celte occasion pour le rétablir. Je commence par le second.
♦»îffl 8rf b^ucLioLpy^oi iv Isinépc^ xuï E AA»jv«ou /8<«u Staoy- Xw«8t fit/it^Tnxévar xeec vé/toui dvrbv ÔiaBai kéytt^ âgre
/*»ï«rfv« xaTfltAfueiv T*}v tracT/9Mxv Wx>iv. Gc qui Kignifieralt quepicacarque avait écrit dans son second livre que Sésonchosis s'éiait exercé aux mœurs des Grecs. Mais Sésonchosis ignorait probablement qu'il y eût des Grecs au monde; et quand même il les aurait connus, quelle loi, quel usage aurait-il pu emprunter d'un peuple qui n'éUit pas encore policé? Je m'étais bien douté qu'il fallait supprimer la virgule et la conjonction x«t après Uuxépt^. et qu'il fallait mettre une virgule aprè^ /8to«, et entendre par ' HAA>}vao« fibç , l'ouvrage inti'nlé hioiiB.n<s^oi Mais sans un manuscrit précieux de la bibliothèque du Roi du quinzième siècle , et coté 2727, qui a confirmé ma conjecture, je n'aurais pu imaginer quel était le
* Scbol, Apollonii Rbod. ad lib. iv, v. 272 et 276.
DHÉRODOTE,
régime de /M/itAnx^yac Je vais , par cette| raison , rapporter le passage entier , tel qu'il se trouve dans
ce manuscrit. àuai»px9ç 8« <v a' fitrà rh ^Oolptloç xxi lQtlo$ Qpov, fiaaiXé» ftiai ytyûvivatléabtvrptV â«T< ycv<;« Baiùnb fitv rvii lt<t<»MrptZoi fiavtXiiotç p^ixpt tou UtiXou trij B* djtà xiii N«U«u figiodslxi fiixpi r^i « èXvfivlalo^ ivn wAffT. àç «vat rà TitiêvTOc è/4«0 irn B^^ç. xoel yo/ious lï Uyii" ^ualap^oç AuTQV rtBtuiévxt, KjvjS^va xaraXtliteiv r^v rarptàxv Trf^vïjv • toOto yajlt mxo àpy^v hvxt nXtovê^ixç. xï itpCiTOv lï iupr,xèvut Tmioiv imSxtvstv ôtvOpcanù*' dtXXoilk I raïtra. hi ilpov àvtxfépovvi x«i Tivro 8è *>3ffl ^ixatap^oç h
B EXXrivixoïf fihu }is9ûaTpiûi fUfitXTfixivgu, a Dicœarque » dît dans son premier livre que Sésostris régna » après Crus , fils d'Osiris et d'Isis; de sorte que » depuis le règne de Sésoalris jusqu^à celui de Nilus, » il y avait 2,500 ans ; depuis le règne de Nilus jus- »qu'à la première olympiade, 436 ans, en tout » 2,936 ans. Dicaîarque dit aussi que le même Sésos- » tris avait défendu par une loi d'abandonner la pro- V fession de son père; car il regardait ce changement » comme le principe de ia cupidité ; il dit également ^ qu'il avait montré aux hommes à monter à cheval; » mais d'autres attribuent cela à Crus. Dic«arqiie » dit au second livre de l'État de la Grèce, que Se- » sostris s'était occupé de ces choses. »
<• La virgule et la conjonction xa\ , ne sont point dans le manuscrit du roi , et ma conjt^ciure s'est vérifiée. 2* fit/AeXrixivui se Irouvc avoir un régime , tandis que les éditions lui en attribuent un qui est absurde. 3® Il y a dans les imprimés une transposition qui a donné lieu à ces fautes g^os^ières. 4" Les i^nprimés mettent Sésonchosis , quoiqu'il y ait dans le manuscrit Sésositis. Ce dernier mot doit être la vraie leçon , puisqu'il est question de ce prince dans le passage d'Apollonius de Rhodes , que ce Sco- , liaste enlreprenl d'expliquer. D'ailleurs ces princes sont différents l'un de l'autre dans Wanéthon '.
Mais pour en venir au livre de Dicsarque qui a donné lieu à cette digression , il paraît cenain que, quoique ce ne fût pas un ouvrage de chronologie, il renfermait cependant les principales époques de la Grèce , et cet écrivain les rapportait à des princes étrangers. Soit que Nilus, que le Synceile appelle aussi Phruron, fût le même que Protée; soit que ce fût un prince différent , si l'oa peut s*en rapporter au témoignage de Diodore de Sicile*, qui les distingue tous les deux, et les met à des intervalles considérables, on ne peut douter que Dict^earque ne regardât le règne de ce prince comme l'époque de la prise de Troie. L'attention de cet auteur à marquer la distance de ce règne à la première olympiade, qui était l'une des manières usitées pour d^eriniuer cette
< Syocelli Gbronogr. , pag. 39.
*Diodor'. Sical., ttb. i, S un, lxiii. Cet biflorien les place à huit générations l'un de l'autre.
PAR LARCHER
époque, rindique suffisamment. C'était aussi TopinioQ du chevalier Marsbam ', quoiqu'il ne la prouve (K>int. Il est donc constant que Diciearqoe mettait l'époque de cette prise l*an 3502 de la période julienne, 1212 ans avant notre ère.
' L'auteur de )a Chronique de Paros florissait Tan 204 avant l'ère vulgaire , c'est-à-dire 220 ans après la baissance d'Hérodote. Nous en avons la preuve^ en ce qu'il rapporte sa chronologie à Tarchontat de Diognète , qui était en celte année archonte éponyme. Il place ' la prise de Troie la yingt-deuxième aiinée du règne de Ménesihée , et Pan 945 de Père attique^ qui répond à Tan 5505 de la période julienne , 4209 ans avant notre ère. Cet écrivain se trompe évidemment ; car ayant ' fait commencer le siège de Troie en 954 de Tère attiqne, et la treizième année de Ménestbée, il aurait dû le faire Unir en 944 de la même ère , et la vingt-troisième année du règne de ce prince. Use serait alorsaccordé avec lui-même et avec leschronologistes, qui assurent que cet événement mémorable est de la vingt-troisième et dernière année du règne de Ménesthée. Comme il parait que telle a été Tintention de cet écrivain , je place ^ conformément à cette intention, la prise de Truie Tan 5506 de la période julienne , 1 208 ans avant Tère vulgaire.
Tjmée florissait Tau 4400 de la période julienne, 544 ans avant noilre ère, c'est-à-dire 470 ans après Hérodote. Il met, enire la prise de Troie et la pre* mière olympiade , un intervalle de 417 ans, comme nous rapprend ^ Censorino : car il est évidemment question dans le passage de cet auteur de Tépoque delà prise de Troie, quoique cette époque ait disparu par la négligence des copistes. M. Boiviu l'aîné s'est aperça qu'il y avait dans le texte de cet écrivain une lactme, et Ta parfaitement bien remplie. On peut ypir dans les Mémoires de TAcadémie des belles-lettres', le^ raisonsdontil appuie sa restitution. Mais si les bornes de cet ouvrage m'obligent d'y renvoyer les lecteurs , je ne crois pas devoir omettre le passage tel qu'il a été réiabli par ce savant, en mettant en romain ce qu'il a cru devoir ajouter. A priore sàlicet caiaclismo^ quem Ogygium dicunt, ad Inachi regnum, anni circUer .quadringenii, Hinc ad Cécropis primi regnum in Atticâ, anni qnoque circiter quadringenti. Hinc ad captam Trojam , anni pautô minus quadringentis. Mine ad olympiademprimam paulù plus quadringentis . Quos sotos^ quamvis mythici temporii postremos^ quidam cer-
* Ghrooicas Canon ^ etc., pag. 258.
> Marmora Oxonieni. Epocb. 25.
"Eadem. Epoeb. 24.
* CeDauriom é9 Di« fialati • VNh m*
'Méoioirei dç l' Académie des BeHes-Letlref « ton. ii, pag. 588.
Uns definire volueruniy et giitdem Sosibius scripsii esse CCCXCV Timœvs CCCXVII.
En siiivant la restitution de M. Boivin l'alné , Troie a été prise, selon rhistorienTimée, l'an 2524 de la période julienne , 4 4 05 ans avant l'ère vulgaire.
L'intervalle que suppose Velléius entre la prise de Troie et la première olympiade est de 415 ans, comme on le conclut de son récit. «Romulus, dit-il, « fonda la ville de Ronie en la sixième olympiade , et vingt-deux ans après l'institution de la première.» Sexia ' olympiadCy post duo et viginii annos quam prima consiiiuta fueraiy Romulus.»., Âomamurbem parilibus in palaiio condîdit. Cela se passa, ajoute Velléius, 437 ans après ta prise de Troie, td * actum post Trojam captam annis 457.
Si la fondation de Rome a eu lieu vingt-deux ans révolus après ta première olympiade, il s'ensuit que les fondements en furent jetés en la troisième année de la sixième olympiade, c'est à-dire l'an 5960 de la période julienne, 754 ans avant notre ère; et ce fut au mois d'octobre, comme Ta très-bien prouvé le savant P. Pétau ^ Mais comme la prise de Troie précède cette époque de 457 ans , il est évident que Yelléius pensait que Troie avait été détruite Tan 5525 de la période julienne, 4491 ans avant noire ère : donc l'intervalle entre la prise de Troie et la première olympiade est, selon Velléius, de 415 ans.
Ârétèsde Dyri*achium était un chronographe estimé. Censorin ^ le cite deux fois, et il est le seul écrivain ancien qui en parle. On ne peut juger, par le peu qu'il en dit, du temps où il a vécu. Vossius ^ a eu raison de le ranger dans la classe des auteurs dont le siècle est Incertain. Quoi qu'il en soit , ce chronographe pensait que l'intervalle entre la destruction de Trbie et la première olympiade était de 414 ans. Elle avait, par conséquent , éié détruite , selon le système de cet auteur y Pan 5524 de la période julienne, 4490 ans avant notre ère.
Apollodùre florissait vers l'an 4566 de la période julienne, 556 ans après la naissance d'Hérodote, il supp 'se ^ un intervalle de 408 ans entre la prise de Troie et la première olympiade : donc il place cette prise Tah 3520 delà période julienne, 44^4 ans avant notre ère.
Solinm et le sac de Troie un an plus tôt qu'A poliodore. Voici de quelle manière il s'exprime ^ : CoUaiis igitnr nostris et Grœcorum iemporibus ^ invenimus incipiente olympiade sepiimd Romam conditam,
* VeUeios Patercal. , lib. i, cap. viii , § iv, pag. 29.
* Id. , ibi(!,
' Petav. deDoctrinâTemporum, lih. ix, œp, uretLv. 4 Ceoaorio. de Die Natali, oap. xviii et zfi. '^ Votsios d^HUlortds Graeds, lib. m , pag. 530, ei edit. Logd. Batav.» 46)2, ln-4*.
«Pteé)r* 6ici4., ttb. i« Sv>pa«. 9.
' Solini Polybiitor. , cap. i, pag. 2, G.
CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE
annoposi Ilium captum quadringentesimo tricesimo tertio. Le commencement de la septième olympiade répond à l*an 5962 de la période juHenne , 752 ans avant notre ère : donc Troie a été prise Tan 5529 de la période julienne, 4 4 85 ans aVant Père vulgaire.
Denys d Halicarnasse plaçait celle époque la même année qn'Àpollodore, puisqu'il avance ' que Rome fut fondée la première année de la septième olympiade, 452 ans après le sac de Troie.
Era;o5(hènes ' est né Tan 4430 de la période julienne, 276 ans avant notre ère, et, par conséquent, 208 ans après Hérodole. Il était âgé de 80 ans lorsqu'il mourut. Cet auteur avait composé un trèsgrand nombre d'ouvrages, et un entre autres sur la chronologie. S. Clément d'Alexandrie nous en a conservé le passage suivant ' : aDe la prise de Troie » au retour des Héraclides, il y a 80 ans ; de là à la » colonie ionienne, il y a 60 ar:s; de là jusqu'à la lu- » telle de Lycurgue, 4 59 ans; de là à la première an - » née de la première olympiade, 408 ans.» Ces sommes réunies donnent 407 ans dlniervalle entre la prise de Troie et la première olympiade : donc Troie a été saccagée, selon le système d'Eratosthènes. Tan 5551 de la période julienne, H85ans avant notre ère. Cependant Denys d'Halicamasse 4 ayant dit que Calon avait placé la fondation de Rome 432 ans après la prise de Troie, ajoute que si Ton mesure ce temps selon la chronologie d'Ëratosthènes, cela se rapportera à la première année de U septième olympiade : donc Ëraiosihènes croyait, selon le témoignage de Denys d'Halicarnasse , qu'il y avait entre le sac de Troie et la première olympiade 408 ans d'intervalle , et conséquemment que Troie avait été prise Tan 5550 de la période julienne , 4184 ans avant notre ère. Cette dernière opin'on me parait la plus vraisemblable, parce qu'il est naturel de penser que si Apollodore , qui est postérieur à Eratostliènes, eût voulu s'écarter de cet écrivain , il ne 1 eût pas fait pour une difTérence aussi légère que celle d'une année. Quoi qu'il en soit de cette différence , elle est trop minutieuse pour s'y arrêter davantage.
Sobibitis, surnommé le Lytique , c'est-à-dire, qui résout une question *, vivait sous Ptolémée Philadelphe , vers Tan 4450 de la période julienne , 284 ans avant notre ère, et deux siècles après Hérodote. Cet auteur avait composé une chronologie , ou description ^ des temps, xp^vw àvayprfh^. Dans cette chronologie, il mettait ' un intervahe de 595 ans
* Dionys. Halic. Antiq. Rom., lib. i, S uxi, pag. 56.
* Suidas, voc. Eratosibenes.
> Gleraent. Alexaudr. Stromat. , Ijb, i , pag. 402.
* Dionys. Halic. Aotiq. Rom. , lib. i, S lxxit, pag. 59. " Athen. Deipnosoph. , lib. xi , pag. 495 , F.
* Clamentis Aleiandr. Stromat. , lib. i , pag. 999.
entre la première olympiade et la destruction de Troie. Il supposait, par conséquent, que cette ville avait été prise l'an 5845 de la période julienne > 4474 ans avant notre ère.
Le moine Georges, communément appelé le Syncelle, met * la prise de Troie Fan du monde 4550^ qui répond à l'an 4544 de la période julienne, 4470 ans avant notre ère. Mais il e^t à présumer qu'il $'e^t glissé une faute dans le texte de cet au* leur ; car il s'accorde avec Eusèbe sur la durée des règnes de tous les rois d* Athènes, si vous en exceptez ceux de Thésée et de Méncsthée. Il donne au premier 51 ans de règne, quoique Eusèbe ne luien assi* gne que 50, et au second 55, quoique les Marbres de Paros et Eusèbe ne lui en attribuent que 25. Soit que celle detnière faute vienne de l'auteur luir même, ou de st& copistes, elle a été réparée dans le règne suivant , où le Syncelle ne donne que 25 a 8 de règne à Démophon, quoique les autres chronologistes lui en donnent 55. En rétablissant le texte de cet auteur par celui d'Eusèbe , c'est à-dire en ne donnant que 25 ans de règne à Mêneslhée, de même que les Marbres de Pares et les auUes chrouologistes, et eu adnxettant avec ces mêmes chronologistes que Troie a été prise la dernière année de son règne , jl s'ensuivra que cet événement est, selon le Syncelle, de l'an 5554 de la période j-ilicnne, 1480 ans avant notre ère ; calcul qui ne diffère que de deux ans de celui d'Eusèbe. La raison de ce te différence vient de ce que leSyncelle donne 51 ans de règne à Tliésée, quoiqu-' Eusèbe luien assigneseulement 50, et de ce que le même Syncelle fait commencer le règne de Cécrops Tan du monde 5945, qui répond à Tan 5159 de la période julienne, 1555 ans avant
notre ère.
Eusèbe diffère de peu d'Apollodore , d'Eratos- Ihènes, de Denys d'Halicarnasse et de Solin. En effet, il fait correspondre la prise de Troie avec la dernière année de Mcnesthée, et avec l'au 855 de la naissance d'Abraham. La première olympiade est, selon cet auteur, de l'an 4244 depuis la naissance du même Abraham : donc il met entre la destruction de celle ville et la première olympiade un intervalle de 406 ans ; d'où il s'ensuit que cet écrivain supposait que Troie avait élé prise Tan 5552 de la période julienne, 4482 ans avant notre ère.
Toutes ces opinions jur l'époqne de la prjsc de Troie se réduisent à trois principales; celles d'Hérodote, des Marbres de Paros et d'Eratosihènes. Celle d'Hérodote a été adoptée par Thucydides et par Tauleur de la Vie d'Homère : d'ailleurs elle est confirmée par la »uile des rois d'Albe. Parmi les modernes , elle a été suivie par MM. Dodwell, Fréret et le prc-
< Censorin. de Die Piatali , cap. xxi, peg. 112, > Synœlll Chronogr., pag. M% et 175.
PAU LAIICIIEU.
sident Bouliier : le premier, dans ses Annales de * jusqu'à Tannée 264 avant notre ère, qui est celle où
Thucydides ; le second , dans le cinquième volame des Mémoires de l'Académie des belles-!ellres; et le troisième dans ses recherches et disseï talions sur Hérodote, quoique ces deux derniers savants se '«oient légèrement trompés, suivant la remarque' que j'en ai faîte un peu plus haut. Celte époque est, kelon cet historien , de Tan 5444 de la période julienne , 4270 ans avant notre èi e. Le témoignage de Thucydides, historien grave, exact et savant, joint à celui de Fauteur de la yie d'Homère, ^lui n'esi pas moins instruit, concourt a prouver la justo^se du calcul d'Hérodote. Si Ton ajoute à ces témoignages les preuves qui résultent de la généalogie d'Hercule d'un côté , et de celle des n«is d'Alhe de l'autre , je ne vois pas comment on peut s'y refuser , à moins qu'on n'apporte en fav. ur de quelque autre opinion des preuves assez fortes pour contrebalancer celles de cet historien ; et.dans ce cas, il ne faudrait admettre ni Tune ni Tautre de ces opinions, mais donner diverses chronologies ad<iptées à ces différents systèmes j ou si leurs preuves étaient meilienres que celles qui appuient le sentiment d'Hérodote , il ne faudrait pas halancer ù rejeter le sentiment de cet historit-n, et Ton devrait sVn tenir irrévocablement au leur. Mais malheureusement il ne nous est guère parvenu de ces écrivains que les dates des événements, et il est difficile de deviner les motifs qui les ont déierminéi:. Cette difficulté a sans doute détourné les modernes de Texamen de ces motifs. Mais quelle qu'elle puisse être , je ne crois pas impossible de les retrouver, du moins en paitie, et d'une manière suffisantepour juger de leur solidité. On ignore, et Ton ignorera probablement loiijonrs, en quel temps on commença à s'écarier de Topinion d'Hérodote et de Thucydides. Le premier qui Tait fait, du mo'n j parmi ceux qui sont parvenus jus(|u'à nous, est l'auteur de la Chronique de Paros. Il commence sa Chronique par la première année de Cécrops , et rapporte plusieurs époques de tous les rois d'Athènes, ju.«qu'à Démophon inclusivement, si vous en exceptez Cécrops ii, dont il ne parle point. Il fait ensuite mention de cinq archontes perpétuels, et de la vingt- unième année d'^chyle, célèbre par la foildatîon de Syraciise; de là il passe à la trentetroisième époque , où il est question de l'établissement de i'archontat annuel de Créon, premier ardionte annuel dont il Cixe l'année , et finit par l'époque soixante-dix-neuvièuie, après avoir rapporté les noms de tous les ar< hontes annuels de ces quarante-six époques , et les événements arrivés sous eux. La soixante dix neuvième époque est mutilée ; let quoique les Marbres en restent à cette époque, il est vraisemb'able que l'auteur les avait continués
* Cbap. XIV.
il écrivait. Ainsi il manque quatre-vingt-dix époques, y compris la soixante- di^neuvième , dont il reste trop peu de diose jM)ur qu*on puisse juger de ce qu'elle contenait.
L'attention de cet auteur à rapporter aux années des rois d'Athènes, des archontes perpétuels et des archontes annuels les principaux événements , prouve qu'il avait pris pour base de son calcul la chronologie alhénieune. Ménesthée finissait son règne lorsque Troie fut détruite ; et £<cliyle était dans la troisième année de son archontat perpétuel lorsque les olympiades furent instituées. Il s'agissait de déterminer cet intervalle. Il avait été rempli par six rois qui avaient succède à Ménestliée, et par onze archontes perpétuels qui gouvernèrent apr^ Codrus, le dernier de ces six rois. Ces rois ei ces archontes font dix sept pruices, parmi lesquels on trouve douze générations d'un côté , trois générations d'un autre, et deux successions, dont l'une est d'une famille étrangère. L'auteur de cesfastes s'euaperçutet voulut conséquemment prendre uâ terme moyen entre les successions et les générations. Les successions étaient alorsde 49 ans, comme elles le sont encore aujourd'hui dans les états qui n'ont point éprouvé de grandes révolutions, et Ton évaluait les générations à 55 ans. Le terme moyen était 24 ; mais il prit 25 et demi, parce qu'il y avait plus de générations que de successions. En multipliant ces dix-sept princes par 25 et demi , il eut 435 » lesquels étant ajoutés à 776 années de Tins: itution des olympiades, lui donnèrent 4 ,209 ans pour l'époqnede la destruction de Troie. Comme cette époque est précisément celle qu'il admet , il parait d'autant pins vraisemblable que telle est la méthode qu'il a suivie , que si l'on excepte le retour des Héraciides et un très-petit nombre d'autres événements dont lesannées étaient déterminées , non relativement à une époque primitive et certaine , mais à quelque autre fait remai-quable, dont la date était précaire, cela paraît, dis-je, d'autant plus vraisemblable, que les anciens n'avaient, jusqu'aux olympiades, d'autres moyens pour connaître les temps primitifs que les générations , ainsi que j'en ai fait la remarque un peu plus liant. Par exemple, ils savaient que la conquête du Péloponnèse par les Héraciides était postérieure de 80 ans à la prise de Troie. Mais l'époque de celte C4)nquêie n'avait rien de fixe et d'invariable, parce qu'elle dépendait ellemême de celle de la prise de Troie , que les uns fixaient d'une manière, et lea autres d'une autre ; car que cet auteur, oa tout autre, ail eu connaissance des annales du peuple doul il écrivait les fastes ou l'histoire , il faudra t supposer que ce peuple eâl eu , dans ers anciens temps, des annales, je veux dire une suite de faits historiques, rapportés année par
r,74 CHRONOLOGIE
année , avec les dates précises de ces fiiUs , jusqu'à rinslitution des olympiades; ce qu'on ne prouvera jamais. Mais si Ton entend par annales, des faits épars rapportés tantôt à Tannée de tel ou tel prince, et tantôt à tel prince seulement , sans spécifier Tannée de son règne , comme les Marbres de Paros nous fournisent des exemples de Tune et de Taulre manière; ou si Ton veut comprendre sous ce nom les généalogies des grandes maisons , qui se conservaient avec plus grand soin, et qui avaient été recueillies par les auteurs cycliques , il faut convenir que ces sortes d'annales ne conduisaient à rien de certain, et qu'il Tallail toujours recourir an calcul par les générations pour connaître les temps éloignes , et se contenter d'approximations pour ceux qui Tétaient moins, excepté lorsqu'il se rencontrait des circonstances qui déterminaient , ou la durée du règne de tel prince , ou Tannée de son avènement au trône , ou une année quelconque de son règne , ou enfin sa dernière année, parce que, dans ce dernier cas, on savait le commencement du règne de son successeur.
Si TauU-ur de la Chronique de Paros eût voulu se servir des rois d'Athènes pour remonter aux plus anciens temps de ce pay^^eide la Grèce entière, il est vraisemblable qu'il aiuait alors trouvé dans les généalogies de ces rois et des grandes maisons de ce pays des moyens infaillibles pour le faire avec succès ; moyens dont nous sommes privés actnellement. Mais quand même il n'aurait eu d'antres ressources que celles que nous avons , j'ose dire qu'en les employant avec plus de sagacité, il n'aurait pas commis les erreurs qu'on est en droit de lui reprocher, et que s'il n'eût iwint trouvé le vrai avec précision , 11 en eût du moins beaucoup approché. S'il eût en un peu plus de critique , il aurait fait attention que dans ces anciens temps les générations étaient de 55 ans, et que dans cette liste de princes, il y avait un très-grand nombre de générations et un très-petit nombre de successions. Il aurait donc dû prendre un terme moyen plus fort pour parvenir à son bnl. S'il eût évalué le règne de ces princes à 99 ans Fun portant Taulre, la somme totale des règnes de ces dix-sept prinees aurait été de 493 ans ; laquelle somme étant ajoutée à celle de 776 , époque de la première olympiade, lui aurait donné puur celle de la prise de Troie Tan 4269 avant notre ère, qui est, à nn an près , Tépoque que lui assigne Hérodote.
Mai «comme cette méthode est très-incertaine , et que le ternie moyen que Ton prend pour multiplier le nombre des générations et des successions doit nécessairement varier, selon qu'il y a plus on moins de générations tt plus ou moins de successions, je crois devoir me servir d'une autre qui ne soit pas sujette an même inconvénient, et qui firappe an but d'une manière plus certaine.
PHÉRODOTE,
Troie ayant été prise la dernière année dn règne de Ménesthée , et voulant découvrir combien il s'c^ écoulé d'aimées entre cette époque et celle de Tinstitution d«is olympiades , j'examine combien il y a eu dans cet intervalle de rois d'Athènes et d'arcbo^ tes perpétuels : je trouve six rois et onze archontes. Les cinq preipiers rois, Démophoi^, Oxyntès, Aphidas, 'Thymœtès et Mélanthus , ne doivent être comptés que pour trois générations. En effet, Aphi* das eut uq rè^ne très court , et mém^ il n'occupa k; trône qii'un an , si Ton en croit Ensèbe. Je m'ev rapporte , en cette occasion , d'autant plus volontiers à cet écrivain, que Thymœtès , frère d'Âphid^s et son successeur, à qui le mépae Eusèbe ne don^e que huit 4ns de lègne , éuit dans la force de l'âge lorsqp'il fut détrôné : car sans cela , le défi que lai proposa Xanthus n'aurait point été égal , et les Athé* niens n'auraient pu déposer ce prince à cause de «on refus sans la plus criante de tous les injiistioes. Mélapthus, à qui la couronne fut adjugée, était d'une famille absolument étrangère aux rois d'Athènes et descendait dç Nélée ' au sixième degré. Les rèj^nes de ces princes n'équivalent 4onc qu'à trois générations , et doivent être évalués à 400 ans. Codrus et les douze archoptçs suivants, dont Médon, le premier, était fils de Codrus, ne doivent être comptés que pour douze générations : \o parce qu'il ne s'agit point de délfsrminer Taniiée de la naissance de Codrus, mais celle de son avènement au trône; 2o parce que la première olympiade est de la troisième année de Tarchontat d'.£scbyle , douzième archonte* perpétuel. Douze générations ^ 55 ans, font 506 ans , lesquels étant ajoutés à 100 ans, durée des règnes des rob d'Athènes, depuis Tépoque de la prise de Troie jusqu'à Codrus exclusivement , et à 776 , qui est Tépoque 4e la première olympiade, on aura pour la dernière anx^ée dn règne de Ménesthée , ou la pri:>e de Troie , puisque le sac de cette ville coïncide avec la dernière apnée de ce prince ; on aura , dis -je , 4272 ans , qui est | à deox ans près , la date d'Hérodote.
On parviendrait au même bu$ ep procédant de celte manière. De Medon , premier archonte perpétuel , JM^u'à la troisième année d'iEschyle , qui est celle de Tinstilutlop des olympiades , il y a donse archontes perpétuels , qui se sont succédé de pèr« en lils , mais qui ne doivent être comptés que pour onze générations, parce qu'il n'est pas question d'avoir Tannée de la naissance de Médop, mais celle de son archontat , et parce que la première olym* piade est du commencement de Tarcltontat d'JEjr çhyle. 44 multipliés par 55 donnent 955. Ajoutez à cette somme : 4» 58 ans pour les règnes de BI^-
* Paono. Gorintbiac. sive lib. ii , cap. x? m , pag. 151 ,
PAR LARCHER
^anihus et de Codrus , oi)mtne je l'ai prouvé dans le chapitre ix, concernant la chronologie d'Athènes , 5 m ; 2o 80 ans pour le relour des Héraclides , vous aurez un intervalle de 501 ans entre la destruction de Troie et la première olympiade. Si vous ajoutez T76 , qui est l'époque de cette première olympiade , vous aurez 4277 pour l'époque de la prise de Troie , ce qui est à sept ans près celle que donne Hérodote.
Il soit de là que , quand même l'auteur de la Chronique de Paros , ou ceux qu'il a pris pour guides, n'auraient pas eu plus de ressources pour calculer ces anciens temps que nous n'en avons aujourd'hui , ils auraient dû , en ne s'allachant même qu'à la chronologie d'Athènes, se rencontrer, à peu de choses près , avec Hérodote et Thucydides , s'ils avaient employé avec dextérité les matériaux qu'ils avaient entre \és maîns. C'est faute de l'avoir fait qu'ils se sont écartés de la vérité. L'auteur de la Chronique de Paros suivait Dicaearque , qui vivait environ 58 ans avant lui, ou quelque autre écrivain que l'on ne connaît plus actuellement. J'ignore si cette Chronique fit quelque sensation dans le temps où elle parut , ou dans les siècles suivants. J'ai d'autant plus de peine à le croire , qu'on ne la trouve citée nulle ftart , et que sans les circonstances heureuses qui en procurèrent la découverte, elle serait encore ignoréede nos jours, et que peut-être on aurait fait servir le marbre sur lequel elle était gravée à la construction ou à la réparation de quelque édifice. Quoi qu'il en soit de la célébrité de cette Chro nique, elle fut bientôt éclipsée par celle d'Eratosthènes , qui naquit douze ans avant l'époque que Fauteur de celle de Paros prend pour le terme auquel il rapporte toutes ses autres époques, je veux dire en l'année 4458 de la période julieime , 276 ans avant notre ère. Il y a grande apparence que cet écrivain connaissait les Marbres de Paros, ou les auteurs d'après lesquels ils avaient été gravés. Mais soit que leur méthode lui parût vicieuse , soit qu'il voulût avoir la gloire de proposer quelque chose de neuf, il jugea à propos de s'en écarter. Je n'oserais avancer que le sentiment d'Hérodote et de Thucydides lui fût connu , parce que ces historiens n'en ayant pas fait une mention expresse danH leurs écrits, et ne~ l'ayant pas développé , on ne peut le découvrir que par induction ; et cela peut avoir été la raison qui ait empêché ce aentimenl de s'accréditer, et de devenir le prépondérant, comme l'autorité de ces historiens engage à croire qu'il aurait dû te devenir. Eratosthènes avaîtcomposé une Chronologie, connue sous le nom de Chronographies , c'est-à-dire, descriptions des temps. Denys d'Halicarnasse • en parle
* Dionyi. Halicaro. Antiq. Roman. , lib. i , $ lxxiv, pag. 59.
avec éloge, et assure que les époques ou canons de cet auteur sont sains, c'est-à-dire exacts. Seschronogra(»htes sontau&si citées par Plutarque ', saint Clément * d'Alexandrie, Tatien ', dans son discours aux Grecs, Censorin 4, Harpocration , au mot le Syncelle *, etc. Le même Eratosthènes avait aussi écrit une chronologie des rois de Thèbes en Egypte, ou plutôt il avait puisé dans les archives sacrées la connaissance de ces princes, et avait traduit en grec ^ ce qui les concernait, par ordre de Ptolémée , roi d'Egypte. J'ignore si ses Chronographies et sa Chronologie des rois d'Egypte sont deux ouvrages différents, ou s*ils faisaient un seul et même ouvrage, dans lequel il a compris la suite des rois d'Egypte. Je joins Apollodore à Eratosthènes , parce qu'il a suivi la même méthode que celui ci, et que le résultat est absolument le même. Je ne dissimulerai pas que cet auteur n^esl pas moins célèbre qu'Eratoslliènes, et que sou autorité n'est pasd'un moindre poids. Il vivait , comme je l'ai remarqué plus haut , vers l'an 4506 de la période julienne , 448 ans avant notre ère, puisqu'il a dédié sa Chroniffue à Atlale 7, surnommé Philailelplie , roi dePergame. Il ne nous est parvenu de cet auteur que sa Bibliotlièque en trois livres , reste précieux des auteurs cycliques , dont le dernier est malheureusement imparfait. Il avait écrit sa Chronique en vers iambes , afin qu'on pût se la graver plus facilement dans la mémoire. Elle comprenait depuis la prise de Troie ' jusqu'au règne d^Âttale , les piises des villes , les expéditions militaires, les colonies ou migrations des difTérents peuples , les expéditions des barbares , les opérations des armées navales , les combats, les traités d*alliance et de paix , les faits et gestes des rois , les vies des hommes illustres, la destruction des tyrannies, etc. indépendamment de Scyinnus de Chioç , dont je viens d'extraire ce qui regarde cette chroqique , Diodore de Sicile, Stfabon, Lucien , ÉtieQue de Byzauc^, Diogène de Laêrte , Aulu-Gelle , Eif^èbe et le Syncelle citent cet ouvrage avec éloge i 9t s'en servent pour fixer les dates des principaux événements qu'ils rapportent. Soit que cet écrivain n'ait fait que suivre Eratosthènes pour les faits antérieurs i sa naissance, et qu'il se soit contenté de continuer son ouvrage jusqii^à son temps ; soit qu'en suivant les principes et la méthode d' Eratosthènes, il se soit rencontré avec ce savant , on ne peut douter , par les fragments qqi
* Plutarch. in Lycorgo , pag. 59 , F.
> Clément. Alexand. Siromat. lib. i , pag. 599 et 402.
' Talîaous, $ xlviii ,^pag. 107 ; S xux. pa|[. 40S.
4 Ceoior. de Die Natali , cap. ui.
' Syncelli Gbrooogr. , pag. 194.
•Idem., pag. 91 et 147.
' Scynmi Chil Periegesis , v. 46 et seq.
»Id., Ibid.,v.22eta0q.
CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE
nous restent deTuneiderantre, quecesdeax chroniques ne fussent absolument tes mêmes , à celle différence près , qoe le passage de Scymnus de Chios, dont j'ai rapporté la substance , nous porte à croire qu'ApoUodore entrait dans de plus grands détails.
Apoilodore plaçait la prise de Troie Tan 3530 de la période julienne , 4 184 ans avant notre ère. a De » la prise de Troie * , dit-il , au retour des Hcra- » clides , il y a 80 ans. De ce retour à la première » olympiade , en calculant les temps des rois de La- » cédémone, il y a 328 ans. » Ces deux sonmies réunies font 408aus,lesquelles étant ajoutées à 776, qui est l'époque de l'institution des olympiades , donnent 4184 ans avant notre ère.
Voici la manière d'Eratosthènes : a C'est ainsi, dit » saint Clément d'Alexandrie', qu'il décrit les temps. » De la prise de Troie au retour des Héraclides , il y » a 80 ans. De là à la colonie ionienne, il y a 60 ans. » De là à la inlellede Lycurgue, il y a 150 ans. De là » à la première olympiade , il y a 408 ans. » Ces quatre nombres donnent 407 ans, lesquels étant ajoutés à 776 , on aura 4 483 , qui est , à un an près, le même que celui qui résulte du calcul d' Apoilodore. Je suis cependant fondé à croire qu'il ne différait en rien de celui de cet auteur , et je crois l'avoir suflisamment prouvé précédemment : d'où l'on peut conclure qu'il s'est glissé une légère erreur d'un an dans le texte de saint Clément d'Alexandrie. On ne sera point surpris ,*d'après cet exposé, que l'autorité de ces savants ait eotrainé les écrivains postérieurs , et que ces écrivains aient tous , plus on moins, marché <ar leurs traces. Mais celte autorité n'aurait jamais dû en imposer à qui que ce soit , et il aurait fallu examiner les raisons qui l'avaient déterminée. Si les anciens ne l'ont pas fait , les modernes ne paraissent pas non plus s'en être occupés , et les plus habiles d'entre eux ont adopté, fans le moindre examen , les dates rapportées dans les fragments épars de leurs chroniques. Peut-être aussi paraissait-il impossible aux Pétan , aux Usher , aux Simson , etc. , de découvrir les motifs qui avaient déterminé ces deux illustres écrivains , et par conséquent de les soumettre à leur critique. Cependant , avec un peu plus d'attention , lisseraient parvenus à cette découverte , et je ne doute point qu'après un sérieux examen de ces motifs , Ils n'eussent rejeté ces dates, qui portaient sur une base trop peu solide. Ce que ces savants n'ont point fait Je Tentreprends aujourd'hui; le public éclairé jugera du succès.
Eratosthènes et Apoilodore commençaient leurs chronoUtgies à la prise de Troie , sans doute parce que les temps antérieurs à cette époque leur paraissaient trop pen certains. Le passage de saint Clément
* Diodor. Sicnl. , lib. i , $ ?, pag. 9.
' Gleroentis Alex. Stromat. , lit>. i , pag. 402.
d'Alexandrie rapporté ci-dessus ne permet guère d'en douter par rapport à Ëratostliènes , et celui de Scymnus de Cliios ' le dit positivement. Cétait une opinion ' constante et universellement reçue , que les Héraclides étaient rentrés dans le Péloponnèse , et en avaient achevé la conquête 80 ans après la prise de Troie. Mais il était impossible de déterminer l'époque du sac de cette ville qu'on n'etlt fixé Tannée de ce retour relativement aux olympiades : c'est ce qu'entreprirent ces deux savants. S'il y avait eu dans leur siècle des annales de ces temps anciens , rien n'eût été si facile ; mais conmie il n'en existait point , suivant la remarque que j'en ai déjà faite , ils furent obligés de recourir au calcul des généra! îods, afin de découvrir la vérité , ou du moins d en approcher de très-près. Comme il s'agissait de fixer le retour des Héraclides , ils ne crurent pouvoir mieux dire que de prendre pour base de leurs calculs les rois de Lacédémone , qui remontaient , par une suite de générations non interrompues , jusqu'à Aristodémus, qui fil la conquête du Péloponnèse: c'e^t un fait dont on ne peut douter à Tégard d'Apollodore. a Du re- » tour des Héraclides, dit Apoilodore ' , jusqu'à la » première olympiade , en calculant les temps des » rois de Lacédémone , il y a 328 ans ». Il est impossible de se refuser au témoignage de Plutarque , qui assure la même chose d'Eratosthènes , auquel il Joint aussi Apoilodore. « Ceux qui calculent , dit ce p judicieux écrivain S les temps par la succession des » lOis qui ont régné à Laoklémone , teU qu'Era- » tosthènes et Apoilodore , etc. »
Arislo:lémus , qui conquit le Péloponnèse , mourut aussitôt après la naissance 4*Enrysthènes et de Proclès , ses deux fils jumeanx. Ces deux enfants furent les souches des deux familles r<jyales qui régnèrent conjointement à Lacédémone. Eratosthènes prit poor base lie sescalculs la première de ces deux maisons, je veux dire celle de^ Eurysthénides ou Agides , dont l'un des termes était Alcaménès , parce que les olympiades avaient été instituées la dernière année de son règne; et Tautre Hercule , souche de ces deux maisons. Comme il avait rempli son objet, qoi était de fixer Tépoque de la naissance de ce héros , celle de la prise de Troie et du retour des Héraclides , il ne parla ni des successeurs d'Alcaménèa , ni de la maison desProclidesou Eurypontides. Eosèbe «, qui ne remarquait plus, danftlaChronographie d'Ëratosthè-
' Scymni Chii Periegesia, v. 22.
> Thocydid, lib. i, $ xii, et ibi Schol. E^at06ttl^nes apad Clément. Alexandr. Stromat. , lib. i, pag. 402. Apoltpdor. , apud Diodor. Sicul., lib. i , S ▼, pag. O.Vell. Pater< cul., lib. 1 , cap. II. Easeb. et Syocell. in Chronogr.
* Diudor. Sical. « lib. i , $ ▼, pag. 9« . * Plutarcb. io Lycurgo, pag. 59, F.
' Eusebil Chronic. Canon , pag. 150.
PAR LARGUER
nés, de rois de Lacédémone après Alcaraénès, omit , à rimitation de ce chronologisle » les successeurs de ce prince ; et par une erreur inexcusable, il alla même jusqu'à dire que les rois de Lacédémone n'avaient subsisté que jusqu'à ce prince , c'est-à-dire qu'Ai* caménès est le dernier, oi /Lwitlxtftovlfav ^sudiU Sw$ tou
Ik Zc/ipxtasiv.
Si le Synceile ne nomme point les princes de la maison des Proclides, du moins convient-il de leur exislence. Mais il n'en soutient pas moins , contre la notoriété des faits et le témoignage de tous les écrivains , qu'Alcaménès ' fut le dernier prince de la maison des Eurysthénides ; ouroç riXsuz&iôç hrt x^a npâiTini oxiaç»
Comment Eusèbe et le Synceile seraient-ils tombés dans une erreur aussi grossière, si les chronograpbies d'ApoIiodore et d'Eratostbènes eussent nommé les autres rois de Lacédémone ? Cela ne peut se concevoir. La raison qui avait empêché ces deux derniers écrivains de placer dans leurs cbronograpbies les rois postérieurs à Alcaménès, c'est que ces chronographies faisaient , pour ainsi dire , deux corps d'ouvrage: l'un, raisonné et motivé, comprenait Te^pace de temps qui s'éait écoulé depuis la prise de Troie , ou peut-être même depuis la naissance d'Hercule, jusqu'à la première olympiade ; l'autre était un canon chronologique, où les événements étaient décrits année par année. Dans le premier il fallait mettre, si j'ose m'expliquer ainsi , l'échafaudage ; il fallait montrer la marche qu'ils avaient smvie, et développer les raisons qui les avaient déterminés : dans l'autre , je veux dire depuis la première olympiade , les événements eurent une date précise , parce qu'à cette époque Ton prit des moyens pour en conserver la mémoire , et que les jeux olympiques servirent de mesure pour les rapporter à des temps connus. On ne fut plus alors obligé de recourir à la règle des générations. La première partie, c'ést-à-dire la partie raisonnée , finissait à Alcaménès, parce que la première olympiade fut instituée la trente-septième et dernière année de son règne. Eusèbe et le Synceile négligèrent sans doute de jeter les yeux sur la seconde partie, ou canon chronologique; et ce fut cette négligence qui occasionna l'erreur inconcevable où ils tombèrent. Peut-être aussi cette seconde partie faisant un ouvrage très-distmct de la première, n'en enrent-ils aucune connaissance.
Mais il est temps d'examiner la manière de procéder d'Eratostbènes et d'Apollodore. Ils voulaient déterminer l'année de la conquête du Péloponnèse, relativement aux olympiades, et par une suite nécessaire, celle de la prise de Troie , puisque tons les historiens convenaient unanimement que le sac de cette
' Synoelli Gbronogr., pag. 185, C.
GHRON,
ville précédait le retour des Héraclides de 80 an? . Les olympiades furent instituées la dernière année d' Alcaménès , roi de Sparte, de la race des Eurysthénides. D' Alcaménès, en remontant jusqu'à Aristodémus qui conquit le Péloponnèse , il [y a dix générations; mais ils comptèrent aussi son fils Polydore, fils d' Alcaménès, qui lui succéda , parce qu'il était en âge de gouverner lorsque son père mourut. Cela fait onze générations. Du temps d'Eratostbènes et d' ApoUodore , les générations étaient de 50 ans. Les onze générations à 50 ans, l'une portant l'autre, donnent 550 ans. Si vous ajoutez 776, vous aurez,pour la conquête du Péloponnèse , l'an 5008 de la période julienne, i 106 ans avant notre ère. Si Ton eyonte ensuite 80 ans , parce que, de l'aveu de tous les chronologistes , et de celui-même d' ApoUodore I et d'Eratostbènes, la prise de Troie précède de ce nombre d'années le retour des Héraclides , on aura , pour l'époque de cette prise , l'an 5528 de la période julienne, 4486 ans avant notre ère; ce qui est , à deux ans près , l'époque qu'assignent à cet événement ces deux illustres écrivains.
On peut assurer, sans craindre de se tromper, que telle fut la méthode qu'ils suivirent. Mais cette manière de procéder est vicieuse. Ils ne firent pas attention que, dans ces anciens temps , les générations étaient plus longues, parce qu'on se mariait plus tard , et ils s'imaginèrent que ce qui s'observait de leur temps s'était toujours pratiqué. Hérodote est bien plus judicieux. Quoique les générations fussent évaluées de son temps et longtemps avant lui à 50 ans , cependant il remarque que les anciens n'en comptaient que trois par siècle; et cette observation suffit pour prouver que les générations étaient plus courtes dans le siècle où il vivait : car si c'eût été l'opinion générale de son siècle, que les générations fussent de 53 ans , je ne puis imaginer qu'il en eût fait la remarque. A quoi bon faire cette remarque, si tout le monde en eût été persuadé ? Mais l'usage de se marier tard n'existant plus, il fallait nécessairement qu'il fit connaître à ses contemporains qu'il calculait les temps anciens selon la manière des anciens, qui, se mariant tard, devaient avoir des générations plus longues que celles de son siècle , où l'on se mariait beaucoup phis tôt. Quoique Hérodote ne dise pas positivement que de son temps les générations fussent de 50 ans, on peut raisonnablement l'inférer de Tobservation que je viens de faire. S'il pouvait encore rester quelque doute, il serait trèsahé de le lever. Heraclite d'Ephèse ' florissait dans' la soixante-neuvième olympiade, en 4210 (f*^ la période julienne, 504 ans avant notre ère, par conséquent 20 ans avant la naissance d'Hérodote.
' Piogen. Laert., libt ix, segni, u
CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE
Ce philosophe * évaluait les générations à 30 ans. Quare , dit Censoriu % qui anuos triginia sœculum putaruni, mulium videntur errcase. Hoc enim iempus ytvt»* voeari Heraclitus auciw est. Quia orbis cetaiis in eo sit spatio. Orhem autem vo** cant œtatiSf dum natura homiiiis à semenU ad semeniem reveriitur. Cette opinion était si oniver'* sellement reçue, que la plupart des écrivains l'adoptèrent. Zenon , qui florissalt ^ l'an 4250 de la pé* riode julienne , 404 ans avant notre ère , était aussi de ce ^ sentiment ; et c'était aussi oelni de Denys d'Halicarnasse, qooîquM ne l'exprime pas en termes positifs; mais du moins l' infère- 1 -on de son récit; et cen est une conséquence nécessaire, comme l'a prouvé "^ Théodore Rickius* Ou peut joindre à ces témoignages ceux ' d'Artémidore, d'Hésychius, de Suidas, etc. Il est donc certain que dans le siècle d'Ëralosthènes , les générations étaient évaluées à 50 ans , et que cette méthode a été la base de soti calcul.
Avec un peu plus d'attention, il aurait évité cette erreur. Cependant s'il eût suivi Hérodote , qui compte trois générations par siècle , j'ose dire qu'ayant pris les rois de Lacédémone pour base de SiOn calcul , il serait tombé dans une erreur non moins grossière. C^était une maxime universellement reçue dans les premiers temps de la Grèce, qu'on ne se mariait qu'à 55 ans , et ensuite à 30 ans. 6e là les générations étaient évaluées à 55 ans et quelque chose , et dans la suite elles le furent à 50 ans. Mais les Lacédémoniens faisaient une exception à la règle générale. Lycorgue, dont toutes les institutions tendaient à former des soldais vigoureux , a voulant empêcher ? ses concitoyens de pren- » dre femme quand ils le jugeraient à propos, or- » donna qu'ils ne se marieraient que lorsque le corps » aurait acquis toute sa vigueur, regardant ce régie* » ment comme très-utile pour se procurer des en**
» fantS robustes : » o^Tronacû^xc rot , hitàxt ^^ùAtfcyTO exMTOL , yuvaUai otytadai , ira^cv iv àx/Kscî; i&v qu/jmxùêv TOWî y&ficvi KculcBon , xal toOto auufipov tJ iuyovi^ »o-
fiif;uv. Se n*ai trouvé nulle part l'âge précis où la loi permettait à Lacédémone aux hommes de se marier. Mais Aristote parait faire allusion à ce règlement dans ses Livres de la république. Ce philosophe a recueilli, dansée savant ouvrage, les meilleures institutions de la Grèce , et en particulier
* Plutarch. de del^tu oraculor.
« Geiuortn. de Die Nalali , cap. xvii , pag. 79.
* Diogen. Laert. , lib. ix , segm. 29.
* Gensorin. de Die Natalt , cap. xyii, pag. 80.
' Theoduri Rickii DisserUitio de primtâ Italias ootoois, cap. IV, pag. 416.
^ Artemidor. Oneirocrîtic. , lib. ii, cap. lxxv, p. 157. ' Xeoopboo,de Republicâ Liacedemon. , cap. i, $ vi.
celles de Lacédémone; et de ces diverses institutions il a formé un tout précieux. Entre autres sujets, il y traite de l'âge où l'on doit se marier ; et comme le règlement qu'il propose n'était observé dans aucun état connu de la Grèce , <iù l'on sait que les jeunes gens se mariaient à Tâge qu'ils voulaient , excepié à Lacédémone ' , il s'ensuit qu'il l'avait emprunté des lois de Lycnrgue. Il commence par d'excellentes raisons morales et physiques , qui doivent détourner les jeunes gens de contracter des unions prématurées ; et passant ensuite à l'âge convenable aux deux sexes , il ne veut point que les ' femmes se marient avant l'âge de 48 ans , et les hommes avant celui de 57, ou peu au-dessous: ^^h ràç /^h àpfi^xtt
It9p\rhv &XTUxafSex9c rrv iiXoqtxv ffvÇsuûvvyacc, xûùi ù* ènrà eoti rptdotovxa rj pnxfév 5 « parCC qUC , dit-il . à
cet âge, l'homme est dans toute sa vigueur, et qu'a^iparavant , le corps croit , et n'a point encore acquis toute sa force. » Or, on sait qu'à Sparte les rois n'étaient pas moins soumis aux lois que les derniers citoyens. Ainsi , les générations étaient à Lacédémone les mêmes pour les uns que pour les autres, c'est-à-dire de 57 ans, tandis qu'elles n'étaient anciennement que de 55 ans , et dans la suite de 50 dans le reste de la Grèce.
On peut m'objecter que ce règlement n'étant pas antérieur à Lycurgue,les générations des rois de Lacédémone qui ont précédé ce législateur ne doivent être évaluées qu'à 55ans, comme elles l'étaient alors dans le Teste de la Grèce. Cette objection aurait quelque force, si l'on pouvait prouver qu*avant la législation de Lycnrgue les usages reçus à Sparte fussent absolument contraires à ceux qui furent adoptés par ce législateur. Si tel eût été le cas , comment se persuader qu'il eût réussfà réformer Tétat , et qu'il fût parvenu à faire donner la sanction des lois à des établissemetiu qui contrariaient toutes les coutumes et tous les goûts des individus ? On connaît rattachement des peuples à leurs usages , même les plus frivoles. Il eût certainement révolté toutes les classes des dloyens. Il y avait sans doute alors à Lacédémone des cotitunies que Ton suivait , ou que l'on négligeait impunément, parce qae la loi n'avait point prononcé. Lycnrgue choisit parmi ces usages ceux qui lui parurent les plus raisonnables , ceux qui tendaient à former des citoyens vertueux , et à donner de la force an corps*, et il en emprunta quelques-uns de l'Ile de Crète , dont la législation passait pour excellente. Il est donc vraisemblable que Lyrcnrgue trouva éublie avant lui , et peut-être dès le temps de la conquête du Péloponnèse, là coutume de ne se marier qu'à 56 ans; mais qu'il lai
* Xenophon, de Republicâ Lacedaemoo. , cap. i, S vi. ' Aristotel. de Republicâ, lib. ?ii, cap. zti» p. 464 , G.
PAU LAIlCIlEn.
donna forée de loi, afin de réffriiuer la licence de i de compter \es générations reçue à Lacédémone ,
ceux qui la négligeaient, et afin d^ntretenir dans ia répul)llqne nn ordre constant et permanent. Cette vraisemblance se change en certitude, lofsqu'on considère que les deux maisons des rois de Lacédé* moiie ne fournissent chacune que onze princes, entre l'époque du retour des Iléraciides et celle de la première olympiade; tandis que, dans le même espace de temps , la maison de Mélanthus, qui régna à Athènes, en donne treize, et que celle
ils se seraient accordés avec Hérodote , Thucydidt- s, etc., sur la prise de la ville de Troie.
En multipliant par 57 les onze générations des rois de LacéJémone , depuis et compris Aristodémus jusques et compris Polydore, on aura 407 ans. SI l'on ajoute ensuite 776, ce résultat donnera le retour des Héraclides, et l'an 3551 de la période julienne , Il 83 ans avant riotre ère. Ajoutez maintenant à cette somme 80 ans , puisque tous les au-
d'Alétès , qui régna à Corinthe , et qui fut éteinte ■ teurs conviennent que ce retour est postérieur de
57 ans avant la première olympiade , en compte onze. Cette différence ne vient et ne peut venir que de ce qae les mariages étaient plus tardifis à Lacédémoue que dans le reste de la (Irèce.
On pourrait encore me faire une objt ction. Platon dit au quatr ème livre de ses L'iis : « On se ' mariera depuis l'âge de 50 ans jusqu'à 35.» ra/mrZv Si,
Celle objection esi fondée sur ce que l'on croit communément que Platon, qui fait en cent endr4)its l'éloge des lois de Sparte , n'a parlé , dans son Traité sur les Lois, que de ce pays , et qu'il a modelé sa République sur celle de Sparte. De là , il est aisé de conclure que Ton pouvait se marier à Lacédémone depuis 30 ans jusqu'à 55 ; ce qui détruit absolument ma précédente assertion. Il est vrai (jue Pla'on était grand admirateur des lois de Lycurgue,et qu'il a admis, dans sa République et dans son Traité d^s Loii^, plusieurs lois et coutumes en usage à Lacédémone : mais toutes celles dont il parle n'étaient point empruntées des Lacédémoniens. Il y en a plusieurs dans ces deux ouvrages qu'il avait puisées chez d'autres peuples } et il s'en trouve qui n'existaient nulle part , etqull ne devait qu'à lui-même et à ses propres réflexions. Il et tièsdifficile aujourd'hui de distinguer les unes des autres , parce que les traités nombreux sur les divers gouvernements de la Grèce ne sont point parvenus jusqu'à nous. Mais si tel n'eût point été le cas de ces deux ouvrages de Platon , comment eût-on osé avancer de son temps , ou peu après sa mort , que sa Républiqtse éuit un ouvrage idéal, imaginaire? En effet , si ses lois eussent été en vigueur à Sparte, on n'eût pas manqué de répondre que cette assertion é: ait dénuée de fondement, puis qu' il existait en Grèce un état où elles s'observaient avec la plus religieuse exaclitnde.
Après avoir prouvé qu'à Lacédémone les générations étaient de 57 ans, et qu'Eratosthènes et Apollodore, séduits par l'usage de leur siècle , les ont réduites à 50 , il ne me reste plus qu'à faire voir que si ces chroaologislei avaient adopté la manière
* Plat. Leg. IV, pag. 781 , A » B.
80 ans à la prise de Troie , et l'on aura l'an 5451 de la période julienne, 2265 ans avant notre ère; ce qui diffère seulement de sept ans de l'époque donnée par Hérodote , par Thucydides , par l'auteur de la vie d'Homère , et par la suite des rois d'Albe. II est certain qu'Eratosthènes et ApollvKlore n'avaient pas d'autres moyens que les générations pour parvenir à la comiaissance de cette époque. Il est encore certain que, voulant se servir à cet effet de la généalogie des rois de Lacédémone , ils devaient la calculer de la manière que je l'ai fait; et qu'en suivant Tusage reçu de leur temps dans les autres états de la Grèce où les générations étaient plus courtes, parce qu'on se mariait plus tôt, ils avaient abrégé ces anciens temps de 77 ans au moins. C'est à quoi n*ont pas pris garde les clironologistes modernes, qui , éblouis parla célébrité de ces deux illustres écrivains , ont cru ne pouvoir mieux faire que de les prendre pour guides , et de les suivre aveuglément.
Ce n'est ni le désir de me singulariser, ni l'enthousiasme qui saisit assez communément un traducteur pour un auteur qu'il chérit quelquefois à proportion de la peine qu'il a prise pour en éclaircir les difficultés , qui m'ont fait adopter l'opinion d'Hérodote et rejeter celle des autres écrivains. J'ai rapporté avec la plus grande impartialité les raisons des plus habiles clironologistes , et sans affaiblir aucun de leurs moyens. J'ai ex[ïosé les miennes avec candeur, et sans déguiser les endroits faibles. Le lecteur est maintenant en état déjuger; et je le supplie de peser les une^ et les autres dans une balance égale, et de ne. prononcer qu'après un examen mûr et rétléchi.