SECTION I
Des colonies grecques antérieures à la prise de Troie.
S !• Des rcacétieos. S
Les plus anciennes colonies grecques dont nous ayons connaissance sont celles de Peucéiius et d'OEnolms. Ils étaient frères et Ois de Lycaon , comme je Tai prouvé chapitre x , § i. On ignore les motifs qui les portèrent à quitter TArcadie pour s'établir dans un pays lointain. Quoi qu'il en soit, ils passèrent en Italie ', dix-sept générations avant la prise de Troie, c'est-à-dire Tan 2S77 de la période julienne , 4857 ans avant Tère vulgaire.
Peucctius aborda^ au-dessus du promontoire d'Iapygie , et s'éiant fixé en ces lieux , il donna le nom de Peucétiens à ceux qui l'avaient accompagné. Il est presque impossible de déterminer ^ les bornes du pays qu'occupèrent les Peucétiens. Cti peuple ayant été détruit, ainsi que les Daun'ens, ou s'étant incorporé avec d'autres, le pays entier, si Ton en excepte la Messapie , fut compris sous le nom d'Apulie.
S IL Des Œnotrlens.
^notrus ^ avait avec lui des forces plus considérables que Peucéiius ^ il les mit à terre ^ au fond du golfe Ausonien, chassa les Ausoniens, et s'empara de Tisthme qui est entre ce golfe et le golfe Scyllétique , ou Seyllaceus. Cet islhme ^ a une demi-journée de long; Strabon 7 lui dotme 4C0 stades; ce qui s'accorde parfaitement avec Pline , qui lui attribue ^ vingt milles, à huit stades par mille. Le golfe Ausonien, ainsi nommé des Ausoniens qui habitaient sur ses bords» est appelé golfe ^ Napétinus par Antiochus, fils de Xénophanes, qui avait écrit sur la fondation de ritalie. Il fut nommé Laméticus ** , de la ville de Lamétos "; Térinœus'%de celle de Térina, fondée '' parlesCrotoniates; et Hipponiates '^, de celle dllip-
* Dionys. Halic. Ant. Rom. , lib. 1 , S xi.
> M., ibid.
* Strab. , lib. Ti, pag. 454.
* Dionys. Halic, lib. i , § xi.
> Id. , ibid.
* Aristotelis Polit., lib. tu, pag. 193, lin. 17 et 18 ex édit. Aldi.
' Strab, , lib. vi , pag. 591, B.
^ Plin. lib. m , cap, x , pag. t65 , lin. 6.
' Strab. , lib. VI , pag. 391 , B. Dionys. Halicar. Antiq. Koin. , lib. I , s xxxv.
<' Aristot. Polit. , lib. tu , pag. 495 , lin. 17.
" Scholiast. Lyoophronis ad t. 1085.
'* PUo. , lib. III, cap. T. pag. 158; cap. x, pag. 465*' . " Scymni Cahii Orbis Descrip. , T. 506.
'4Strab.,lib.vi>p«g.594.
ponium , fondée ' par les Locrîens, et depuis nommée Yibo Yalentia ' par les Romains.
Ce fut cet islhme dont les OËnotriens chassèrent les Ausoniens, et dont ils s'emparèrent à leur arrivée. Les OËnotriens, s'élant beaucoup multipliés, s'étendirent ' dans la suite jusqu*à Métaponte , de là jnsqu'à Tarente ^ et Posidonia ou PaBsluni, et vinrent après dans le Latium , d'où ils chassèrent » les Sicules , de concert avec les Opiqnes ou Ombrices. C'est l'opinion de Philistus de Syracuse. Hellanicas de Lesbos ne nomme, ainsi que Thucydides ^ , que les Opiques ou Ombrices. Denys d'Halicarnasse prétend au contraire que ce furent les Aborigènes et les Pélasges qui chassèrent les Sicules de la Tyrrhénie; mais comme il assure, $ xiii, que les OËnotriens étaient les mêmes que les Aborigènes , on voit qu'il s'accorde en partie aveô Philistus. Le sentiment de Denys d'Halicarnasse me parait préférable en entier, parce qu'il est le mieux suivi , et c'est celui que j ai adopté, chap. viii , § vi ; chap. xv, sect. i , § iv,
S III. De la colonie envoyée en Tbessalie.
La The.:sa1îe est une vaste plaine environnée de toas côtés par des montagnes escarpées; les eanx, qni coulaient perpétuellement de ces montagnes, ne trouvant point d'issue , avaient entièrement couvert ce pays , et en avaient fait un lac immense. Un tremblement de terre ayant séparé FOssa defOlympe, les eaux s'écoulèrent dans la mer, et les plaines de Tbessalie demeurèrent à sec. Un habitant de ces montagnes apporta cette nouvelle à Pélasgns, roi d'Arcadie. Ce prince se rendit dans le pays nouvellement découvert, avec un grand nombre de ses sujets. Je n'en dirai pas davantage ici, l'ayant fait assez amplement, chap. viii; $ 11, chap. x, § m.
S IV. De la colonie d'fivandre. *
Evandre ^ était Thomme le plus prudent et le plus excellent guerrier qu'il y efit alors en Arcadie. Deux partis s'étant s élevés dans le pays , ils en vinrent anx mains; celui qui eut le dessous prit pour chef Evandre et passa avec lui en Italie. Fannus régnait alors chez les Aborigènes. Ces peuples étaient, suivant Caton et Sempronîns 9, Grecs d'origine ; et comme il parait que la plus ancienne colonie que les
* Strab., lib. vi, pag. 595; lin. uU. Scymni Cliii Orb. Descript. , T. 507.
* Id., ibid., pag. 594. Plin., lib. m, cap. v, p. 458. ■ Id., ibid., pag. 594 sub flnem.
4 Dionys. Ualic. Antiq. , lib. 11 , S i-
' Id. Antiq. Rom. , lib. i , S xm.
•Thucydid.jlib. Ti, S ".
^ Pansan. Arcad., sivc lib. tiii, cap. 45, pag. 668, 689,
* Dionys. Halic, Ant. Rom., lib. 1 , § xxxi. 9 Id., ibid. , lib. i , $ ^iii et seq.
PAR LARCHER
Grecs aient envoyée dans ce pays est celle d'OEnotriis,Denys d'Halicaraasse en conclut que les Aborigènes sont OËnotriens. Il le prouve encore par d'autres raisons qu'il serait trop long de rapporter, et sur lesquelles on fera bien de consulter son ou- Trage. Je reviens à mon sujet.
Faunus s'élait rendu célèbre ' par sa prudence et par faCtivilé avec laquelle il exécutait les projets qu'il avait conçus; il reçut Evandre avec humanité, parce qu'il ne le voyait pas assez accompagné pour se faire craindre, et il accorda aux Arcadiens autant de terre qu'ils en voulurent. Evandre ' bâtit une ville près du Tibre, et la nomma Pallanlium, du nom du village d'Arcadie dont étaient originaires la plupart de ceux qui l'avalent accompagné. Les Romains changèrent depuis ce nom en celui de Palatium, en retranchant deux lettres. Slrabon ^met ce récit au nombre des fables. Les Romains n'en avaient pas la même opinion ; car Antonin-le-Pieux, voulant consacrer la mémoire de cette origine de Rome, élevai le village de Pallanlium en Arcadie au rang de ville et accorda à ses habitajits la liberté et l'exemption de tonte espèce de tribut. On peut ajouter à cette preuve une autre qui me parait encore plus forte. Les fêtes qu'instituèrent les Arcadiens se célébraient * encore à Rome du temps de Denys d'Halicarnasse , et l'on y observait les mêmes rites qu'en Arcadie. Les Romains ne connurent les Grecs et les Arcadiens que plusieurs siècles après la fondation de leur ville. Gomment donc auraient-ils eu connaissance de ces rites , et pourquoi les avaient-ils adoptés ? C'est ce dont on ne rendra jamais raison , si l'on n'admet pas la colonie arcadienne , à moins qoe l'on ne dise que ces fêtes furent apportées en Italie par les OËnotriens , qui étaient passés dans ce pays environ 567 ans avant la prise de Troie ; mais, dans ce cas, il faudrait prouver que ces fêtes étaient déjà instituées en Arcadie avant le départ d'OEnotrus. Si elles Teussent été , OEnolrus les aurait apportées avec lui, et il s'en serait conservé des traces dans les différents pays de Tltalie qui furent occupées par les OËnotriens; cependant il n'en reste aucune , et les Romains forent le seul peuple qui les observa. Si Strabon eût pesé ces raisons , je suis persuadé qu'il n'eût pas mis cette colonie an rang des fables.
Evandre passa en Italie 60 ans e avant la prise de Troie, comme l'attestent les Romains; Aurélins Victor, qui a écrit sur les origines de sa nation ap>
* Dionys. Halic. Ant. Rom., lib. i, S nxi, p. 24, lin. 58. 9 Pausan. loco laadalo.
* Strab. , lib. v, pag. 552 , B.
* Pausan. looo laudato.
' Dionys. Halic, lib. i , § xuii et xuui ^ Id. ibid. , lib. i , xxxi.
puie ce récit de son témoignage. Régnante Fauno ', dit-il, ante amws circiter sexaginia quam JEneas in Italiam deferretur, Evander^ Arcas^ Mercurii et Carmeniis nymphœ Jîlius , simid cum maire eodem venit.
On ignore quel fut le père d'Evandre. II passait * pour être le fils de Mercure : peut-être lui donna-t-on ce dieu pour père, parce qu'il 3 fit connaître aux sauvages babi(an(s de l'Italie les arts utiles ; parce qu'il leur donna des lois , et parcequ'il leur apprit l'usage des lettres grecques, qui n'étaient connties des Arcadiens que depuis peu de temps. D'autres assurent < qu'il était fils d'Echémus et de Timandra. Cet Ecliémus était roi des Tégéates; car Pausanias observe* que sa femme se nommaiiTimandra : mais ce ne peut être ce prince qui fut son père; car il tua Hyllus^ dans un combat particulier, l'an 5424 de la période julienne, 4290 ans avant Tère vulgaire, comme je l'ai prouvé chapitre xvi. Echémns ne pouvait pas avoir plus de 40 ans lorsqu'il accepta le déQ d'Hyllus , qui était dans la force de l'âge. Si Evandre eût été son fils, il n'aurait pu avoir alors plus de six à sept ans, et 26 à 27 lorsque Troie fut détruite. Cependant l'on a vu qu'il avait fondé sa colonie 60 ans avant la prise de celte ville.
Je ne pousserai pas plus loin mes recherches pour découvrir quel fut son véritable père. Elles seraient vraisemblablement en pure perte ; et cet objet est d'ailleurs peu important. Il suffit d'avoir prouvé que les Arcadiens envoyèrent une colonie en Italie 60 ans avant la prise de Troie, et qu'Evandre en fut le chef.