CHAPITRE XIX
D'Ésope.
HÉRODOTB parle, au second livre de son histoire , de la mort de ce fabuliste.. Il me parait , par cette raison , d'autant plus important d'en fixer bt date , que les chronologistes anciens et modernes se sont ou trompés, ou ne Tout point marquée avec assez de précision. Ce défaut a occasionné des erreurs qu'on n'a pu éviter qu'en tombant dans des absurdités, ou qu'en révoquant en doute des passages formels d'auteurs accrédités.
Il est impossible , faute d'anciens monuments , de déterminer l'année de la naissance d'Ésope. On sait seulement par ' Suidas' qu'il vivait en la quarantième olympiade, c'est-à*âire vers l'an 4004 de la période julienne , 620 ans avant notre ère. Il fut précipité, selon le même auteur, des rodies Pbaedriades en la cinquante-quatrième olympiade. Suidas se (rompe sur le nom dn rocher. Les roches Phaedriades étaient trop éloignées de Delphes. Le rocher du haut duquel on précipitait les sacrilèges était dans le voismage de cette ville , comme le dit * Lucien. Cela convient très -bien à la roche Hyampée, qui servit en cette occasion, ainsi que nous l'apprend * Plntarque. Cuper * pense que le nom de Phsdriades appartenait à tous les rodiers dont Del-
> Ariilot., PolHic., lib. v, cap. xii » pag. 41 1 •
* Saidas, voc. xtvmoç.
l ' Lueian.» ht Phalaride priore, S yi. Opemm, lora. ii , pag. 194.
^ Plntarob., de bis qui aero à Numioe paniiintnr, pag. 557; A Gonfer. Wewellng ad Diodor. Sic., tom. ii , pag. f04;ValckeiiaeradHerodot., Iib,vfir,Sxiiix, p.6S7.
' Cuper Oliaerrat., lih. it, cap. iv, pag. 400.
PAU LAUCHER.
phcs était environnée j mais il n'appaie son sentiment d'aucnne preuve : aossi celle opinion a-l-elle paru fort incertaine • à M. WesseJing, quoiqu'elle ne lui paraisse pas absurde. Eusèbe met la fin tragique de ce &buli8te la première année de la cinquantequatrième olympiade. Cest une erreur manifeste: Pisistrate n'était point encore tyran , et cependant Esope avait vu le commencement de cette tyrannie , puisque ce fût à cette occasion qu'il fit cette iàble , que rapporte Phèdre, et qui est la seconde du premier livre de cet auteur :
Atbenœ càm flouèrent lequis legibus , Procaz libertas dvitatem miseait, Frenumqae solvit pristioum Ucentia.
HIdc coDspiratis factioaum partibus, Ârcem tyraDani occupât Pisislratiu.
Cùm trittem servitatem fièrent AUici ,
JE9opo$ talem tum ftibellam retalif .
J'ai prouvé que Pisistrate s'était emparé de l'autorité souveraine sons l'archontat de Comias, et l'an 297 de l'ère attique, le septième mois de la quatrième année de la cinquante-quatrième olympiade, et le premier mois de l'an de la période julienne 4454, qui répond au premier mois de Fan 5e0 avant l'ère vnlgaire. Ésope ayant été témoin du commencement de la tyrannie de Pisistrate, comme le prouve la fable de Phèdre que je viens de citer , et ayant été précipité de la roche Hyampée en la cinquante-quatrième olympiade, comme le dit Suidas, ce dernier événement a dû nécessairement arriver le onzième ou douzième mois de la quatrième année de la cinquante-quatrième olympiade, le cinquième ou sixième mois de l'an 4154 de la période julienne, et la 560* année avant notre ère.
L'époque bien connue du commencement de la tyrannie de Pisistrate nous donne le moyen de concilier ce que disent Suidas et Phèdre au sujet d'Esope. Il est, par conséquent, inutile de reconrir au subterfuge employé par le P. Corsini , dans son * savant ouvrage sur les Fastes altiqnes. Il y soutient que les menées de Pisistrate étaient connues d'Esope longtemps avant l'exécution, et que ce fut à cette occasion que ce fabuliste adressa cet apologue aux Athéniens. Ce vers : Arcem iyrannus occupai PisistralMS, prouve évidemment que Pisistrate s'était emparé de la citadelle et de l'autorité souveraine ; etcenx-d: Cùm tristem tervitutem fièrent AtUci, jEtopus talem tum fabdlam retulit, ne prouvent pas moins clairement que, dans le temps que les Athéniens pleuraient amèrement leur servitude, Ésopç vivait encore.
* WeneliDg ad Diodor. Sic, llb. ivi, S ixviii, not. 6. ' Fatt. Atiic., toni. m , pag. 95.