POUR SERVIR A LA LECTURE D'HÉRODOTE
PAR LARGHER.
AYERTISSEMEOT.
Je n'avais point parlé dan» ma première édition de qoeSques fiiils rapportés par Hérodote, parce qu'ik m'avaient para peu importants; mais comme ces faits servent à lier entre eux les différents événements , je n'ai pas cra devoir les omettre , et je les ai placés selon Tordre des temps. On aura par ce moyen nne soite des fiiits précieux à ceux qui veulent envisager sous un seul et même point de vue rhîstoire de la Grèce.
J'ai lait aussi disparaître dans celle-ci quelques Inexactitudes qui s'étaient gUssées dans la première édition. Par exemple, j'avais mis la naissance d'Amphictyon , fils de Deucalion , l'an 4A34 avant notre ère; mais cette date ne pouvant s'accorder avec la Chronique de Parus, qui place le règne de ce prince aux Thermopyles , Tan 4258 de l'ère attiqne, qui répond à l'an ISZ2 avant la nôtre, puisqu'il n'aurait en alors que douze ans , j'ai avancé sa naissance de douze ans , sans être obligé de déranger les dates précédentes, et surtout celle de Deucalion, son père. Ce dernier avait , selon ce nouvel arrangement , vingt-sept ans lorsqu'il ent Amphictyon. Des raisons d'état , ou des circonstances particulières que nous ignorons , peuvent avoir engagé ce prince à se marier plus tôt qu'on ne le faisait communément en ces temps-là.
J'avais fixé Tépoque ou fleurit Archiloque , vingtsix ans trop tard. Je m'étais appuyé d'un passage corrompu de ' saint Clément d'Alexandrie. J'ai cru depuis qu'il était plus sAr de s'en tenir an témoignage * de Cicéron, qui la place sons le règne de Romains.
J'avais placé la naissance de Pindare l'an 549 avant 1ère cbrétienne, et la seconde année de la soixante-cinquième olympiade. Mais comme Suidas assure qu^il était né en la soixante-cinquième olympiade, et Plutarque dans les fêtes pythiennes; le
' Clément. Aleundr. Stromat., lib. i, pag. 596, * Cloer. Toicul. Quoit., lib. i, S it
savant P. Corsini ayant d'ailleurs prouvé ' que ces fêtes ce célébraient la troisième année de Tolympiade au mois munichion , qui répoud à notre mois d'avril, il s'ensuit qu'il était né dans le courant du mois d'avril, 5l7ansavant notre ère. Car la troisième année de la soixante-cinquième olympiade com* mençant au solstice d'été 518, il faut néces^iirement que le mois d'avril de la même année olympique corresponde avec le mois d'avril de Tan 51 T avant notre ère. Voyez les autorités sur lesquelles je m'appuie sous Tannée 4197 de la période julienne.
Je ne me suis pas contenté de rapporter dans cette édition tous les faits dont parle Hérodote; j'y en ai joint beaucoup d'autres , dont il n'est fali aucune mention dans cet historien, parce qu'ils forment un enchaînement historique précieux an lecteur. On aura , par ce moyen , une histoire presque suivie de ^*^SÏP^^9 depuis les temps les plus anciens jusqu'à la conquête qu'en fit Cambyses; des Lydiens, des Mèdes , des Babyloniens , depuis leur origine jusqu'au moment on ces peuples passèrent sous la domination de Cyras, et de celle des Perses, jusqu'à la conquête d'Alexandre.
On y a joint aussi les règnes des rois de Jnda et d'Israël, à cause de l'intime liaison qu'ont eue la plu-^ part de ces princes avec ceux d'Assyrie , de Babyloneetde Perse, et parce qu'Hérodote parle de la bataille de Mageddo, où Josias fut tué, et de la déroute de Sanacharib. Je n'ai pas cra pouvoir mieux déterminer tes années de ces princes qu'en suivant religieusement le savant P. Pétau , qui , lui-même, a pris pour guide la Sainte-Ecriture. Cependant je m'en suis quelquefois écarté, lorsqull m'a para que M. Desvignoles avait mieux rencontré.
Les Pélasges ont joué anciennement un rôle considérable , et Hérodote en fait lui-même assez souvent mention. Pavais négligé d'en parler dans ma première ^ition. Dans celle-ci, je ies ai suivis dans to\|(çg l^urt migratio|U|, depuis leur
' Fast. ^^^. , tom. ii , pag. 295. Diawrtal. ^gonistf^ c», \f , p^g. isl et wq., pag. 45 et 46. *
CHRONOLOGIE
origine jusqu'à lenr extinction. Gela était d'aatant plas nécessaire que ce sujet n'avait point été traité , à ce qu'il me semble, <l'un^ manière convevenable , et qu'il n'avait pas éié entité ions son vrai point de vue. Cette partie de Thistoire ancienne, m'a paru si importante , que j'en ai fait un article séparé dans mon essai de cbronqlogie.
On anra aussi tinè Histoire 'presqne suivie de la Grèce , depuis son origine jusqu'à l'extinction du royaume de Lacédémone. On y a ^t entrer principalement les colonies que les Grecs envoyèrent tant en Asie qu'en Afrique , les écrivains , et surtout les philosophes et les poètes qui se sont distingués et qui ont acquis à cette nation la supériorité sur toutes les autres , persuadé que ce canon en serait i>1us intéressant. lies archontes d'Athènes tenaient hn rang trop émineut pour qu'on les omit. On a donné,. par cette raison , une liste exacte tant de ceux qui furent perpétuels que de ceux qui furent décennaux et annuels. Quant â ces derniers , il faut se rappeler qu'ils entraient en charge au commencement de janvier, et, par conséquent, que la âurée de l'archontat correspondait avec une année eniière quelconque de la période julienne, ou une aiînéè quelconque avani Jésus-Christ. Il n'en était pas de même de ses rapports avec l'année olympique. Comme celle-ci commençait au solstice d'été, il est évident que les six premiers mois de l'archonte correspondaient avec les six derniers mois de Tannée olympique , et que les six derniers mois de l'archonte se rapportaient aux ^ix premiers de l'année olympique suivante. Faute d'avoir fait celle légère attention , les historiens et les chronologistes an'ciens ont répandu beaucoup d'obscurité sur les hits historiques. Les chnmoloçîstes modernes ne sont {^'exempts de ce défaut, et je ne connais ^ue P. Corsini , clerc régnUer des Ëcoles-Ï^ies , qui n'y ^ïi pas tombé. Dans liia premièriè édition , je if'ayais pas cru devoir m'astréindre à cette précision; ihais en ayant reconnu l'importance , je ne me suis rien permis dans celle-ci que fondé sur ks auto* ritéfi les plus graves.
Les Athéniens commencèrent constamment le^r afinëe aii mp's de janvier^ jusqu'au temps où \à réforme du calendrier par Melon eut lieu > l'an 421^2 de la période julienne , 432 ans ans avant notre ère* Elle commença alors avec rannée olympique. Le savant P. Corsini, qui jusqu'ici avait marqué exactement les différences de l'aniiée athénienne et de Tolympi^ue , n'a pas faijt attention qii'à lia rjéformç du calendrier par Mélpii , ce* deux années s'accordaient^ et il a continué à marquer des différences, qui n'existaient plus. On s'est bien gardé de le suiyn ça cel^, A cm\)^ de {a réforme de S}étoa , on a fait correspondra e^^niliçWPt Vw^^ athéniMiiM
DHÉRODOÏE,
avec Polympique. Cette réforme, ou, comme on l'appelle communément , l'institution de Tennéadécaétéride ou cycle de dix- neuf ans, est de l'an 4282 de la péHode julienne , 4S2 ans avant Tère chrétienne. On ne sera plus surpris qu'ayant placé là prise d'Athènes l'an 4510 de la période julienne, 404 ans avant notre ère, j'aie fait correspondre avec celle <hte 'l'aroiiciitât d'Alexias et \à quatrième année de la quatre-vingt-treizième olympiade, quoique les chronologistes mettent la plupart la prise de cette ville la première année de la quatrevingt -quatorzième olympiade. Atliènes fut prise l'an 4510 de la période julienne, 404 ans avant notre ère, au mois munichion, qui répond à peu près au mois d'avril. On était donc encore à la quatrième année de la quatre- vin^t-treiz|ème olympiade, et Alexias avait encore deux mois etjquel* qoes jours pour achever son archontat
J'ai placé la mort de Pythagore en 4204 , parce que la plupart des auteurs assurent que ce pliilosophe mourut l'année dans laquelle éclata la conspiration de Cylon contre les pythagoriciens. Or, l'on convient assez uuanunement que cette conspiration est de très peu de temps postérieure à la destruction de Sybaris par les Ccoluniates.
J'ai parlé sous l'année 4214 de la défense qui fut faite de représenter à Athènes des comédies, quoiqu'il n'en soit pas question dans Hérodote. J'espère qu'on me le pardonnera en &veur de la singularité du fait, qui est attesté par le scholiaste d'Aristophanes, sur le vers 07 des Ackarnesy et par Suidas au mot 'eutvauwk qui probablement s'est contenté de copier le scholiaste.
La licence des auteurs comiques avait été portée si loin , que je iie suis ps^ surpris de cette défense , qi^ fylievéjç^rois ^^ls après, sous l'archontat d'Elatbyménès^ c'est-à-dire en 4277, et dans le dernier semesti;e f^e ia troisième, ^née dç la quatre-vingtcinquième olympiade. Uqq didascalie, trouvée à Rome il y a quelqqes aqi^i^es , doium occasion à un ' savant italien , M. OderkQ, de,ré.!(qquçB celait en dou^e , parce qu'il est qiief^ion dai^s eeUe didascalie d'une pi^e de théâtre .qi^ rempor^ la ^îct#iiE^ sons l'ardiontat ^ de Théodore. Cfi arq^onte ei^ entre Moricbidès , qui dé^ndit 4e jouer ^ ooinëdies, «t Euihyménès, qui leva la défense. La vièapte dida^ scalie parle ^ au^si desColéophores, ou porte-crachef| pièce qui fut représentée sous l'archontat de Moricbidès.. M. OderiQo ^ convient qu'on peut répondre au suj^t des Cgléophorea., que çett^ comédie fat jouée au c^q[i<QÇjçinent40«Qnàrçt)<MiU(,etqaft
« OdciM de Marmoret BicMèrilil f plsCbta ; ptg, m.
* Id., tbid., pag. 67, lin. I.
' Id.,1bfd., pig. S7i Frâgnent. i, Kn. I^el 14» et p. gO.
* Id., ibid., pag. 4S. •*
PAR LARCHËR.
ce magistnit, offensé de la licence de cette pièce , proscrivît les comédies. Quant à l'autre pièce , qui fut jouée sons Théodore, oe savait est persuidé qu'elle détruit absulument rassertion do sebdiaste d'Aristophanes , et qu'il faut, on qnecescholiaste se soit trompé , ou que ce so|t f'anteur de la didascalie. Ce raisonnement ne me parait pas juste. Ces deux auteurs peuvent avoir raison tous les deux. La défense de Morichidès regarde lea comédies seulement , et non les p'èçes satrriqnes , qui étaient d'un genre très-différent de celui deâ comédies, comme on peut s'en convaincre par le Cydopé d'Euripides , drarale satirique , qui subsiste encore. Or la pièce qui fqt jouée sous l'arehontat de Théodore était de ce gepre. Quant au noiù de rarehonte qui pfoscxivit les comédies , il est écrit Myrichidès par ' Diodore d^ Sicile^ et Morichidès par le scholiâste d'Aristopbanès et par Suiîias. L'autorité de l'historien a prévalu sur celle dé ces deux ^ammairiens. L'on anrai^ dâ cependant fkire attention qne si oe nom Se trouvait ainsi écrit dans Diodore de Sicile, ce pouvait être une faute des copistes : et comme les copistes de Suidas et du sclioliaste d'Aristophanes pouvaient aussi s'être trompés , la question devait restée indécise. La didascalie dont nous parlons lève Ja difficulté en lisant Morichidès. Je sens, autant que qui qne ce soit^ le peu d'importance de cette question. J'ai cru cependant devoir m'y arrêter un moment, p^rce qu'il est plii9 utile qu'on ne le pensé communément de savoir comment on écrit les Boma propres, afin d'éviter tonte confusion. Le scholfaste «youte que cette loi fut en vigueur
> IKodor. Sicul.f li|i. xii» S inx, pag. 496.
toute cette année et les deux suivantes , sous les archontes Épigènes et Théodore , loy^tv Uîv»6v t% rèv
M. Oderico corrige inï rXauxiZou t< x»( esoZùpou Celte correction, autorisée par Diodore de Sicile, livre XII, § xxx, page 497, me parait évidente. Elle est d'ailleurs (iarvorisée par l'édition d'Aide , où on lit ' cTTt rxtvou T( xai &soltapou Dans les manuscrits on trouve beaucoup d'abréviations; un delta jnal &it a pu être pris pour un nu par un lecteur peu attentif. On sait aussi que les premières éditions représentent fidèlement les manuscrits d'après lesquels elles ont été liaiites ; ce qài les rend très précietises.
J^ai fait aussi mention de la fondation de Kôme et j*ai fait correspondre les aimées de Rômê avec eeiks de la période julienne , etc. , parce que cette fondation est un des événements les plus mé* morables de l'histoire , et parce qu'elle sert d'époque. L'avénément de Tarquin FAncièn au trône de Rome rend cette époque nécessaire, et j'ai fait voir que cet ' avènement servait à prouver en quelle annéeCypséiuss'était emparé de l'autorité souveraine à Corinthe, et par conséquent à déterminer le nombre de prylanes annuels' qui gouvernèrent ce pays après rabolilion de la royauté.
J'ai joint aussi l'ère de Nabopàssar, parce qu'elle est intimement liée avec l'année où les Babyloniens secouèrent le joug des Assyriens. En un mot, j'ai tâché de ne rien omettre d'nnportant , et dé rendre ce canon intéressant et utile. C'est le seul but que je me suis proposé.
■ AristophAii., ex edît. Aldi. Reglstr. x. i?, Hn. 5 et 4, à fine.
* Essai sur la Chronologie d'Hérodote, ebap. xviit.