‹ Choix des historiens grecsChapitre 4 sur 286 · CLIO · texte numérisé non relu

CLIO

En présentant an public ces recherches, flérodote d*Balicarnasse se propose de prësen-er de Vonbli les actions des hommes , de cdâirer les exploits des Grecs et des Barbares » et indëpeadamment de tomes ces choses , de déir-elopper les motifs qui les portèrent à se fiûrehguerre.

I. Les Perses les pins savants dans l'histoire de leur pays attribuent aux Phéniciens la cause de cette inimitié. Ils disent que ceux-ci étant Tenus des bords de la mer Erythrée sur les côtes de la nôtre , ils entreprirent de longs voyages sur mer , aussitôt après s*étre établis dans le pays qu'ils habitent encore aujourd'hui » et qu'ils transportèrent des mardiandises d'Egypte et d'Assyrie en diverses contrées, enure antresà Argos. Cetievillesurpassaitalors toutes celles du pays connu actuellement sous le nom de Grèœ. Us ajoutent que les Phéniciens y étant abordés , se mirent à vendre leurs marchandises ; que cinq ou six jours après leur arrivée , b vente étant presque finie , un grand nombre de femmes se rendit sur le rivage » et parmi elles la fille du roi ; que cette princesse, fille d'inachus, s'appelait 1o, nom que lui doonentaussi les Grecs. Tandis que ces femmes , coniinnent les mêmes historiens, achetaient HéaoDOTB,

près de la poupe ce qui était le phs de leur goût, les Phénidens, s'animant les uns les autres , se jetèrent sur elles. La plupart prirent la fuite; mais lo fut enlevée, et d'autres femmes avec elle. Les Phéniciens les ayant bk embarquer, mirent à la voile, et firent roaia vers l'Egypte.

IL Voilà, selon les Perses, en cela pend'ac* cord avec les Phàiidens, conmient lo passa en Egypte ; voilà le principe des violences ré^ dproqnes qui éclatèrent entre eux et les Grecs. Ib ajoutent qu'ensuite quelques Grées (ib ne peuvent les nommer , c'étaient peut-être des Cretois) abordés à Tyr en Phénicie, enlevèrent Europe , fille du roi : c'éuit sans doule user du droit de représailles ; ntius la seconde injustice ne doit , selon les mêmes hbtortens» être imputée qu'aux Grecs. Ils disent que ceuxd se rendirent sur un vaisseau long , è ifia, en Cobhide, sur le Phase, et qu'après avoir terminé les affaires qui leur avaient feit entreprendre ce voyage, ils enlevèrent Médée, fille du roi : que ce prince ayant envoyé nn ambassadeur en Grèce pour redemander sa fiUe et exiger réparation de cette injure , les Grées lui répondirent que , puisque les Clolchidiens n'avaient donné aucune satisfecUon de l'eniè-

vement d'Io^ils ne lui en donneraient point de lui de M édée.

III. I^ies mêmes historiens disent aussi que la seconde génération après ce rapt, Alexandre \ fils de Priam» qui en avait ^entindu parler, voulut par ce même moyen se procurer une femme grecque , bien persuadé que les autres n'ayant point été punis , il ne le serait pas non plus. Il ealeva, donc Qélène ; mais les Grecs, coniinaent-ils, s*étant assemblés, furent d'avis d'envoyer d'abord des ambassadeurs, pour demander cette princesse, et une réparation de cette insulte. A cette proposition les Troyens opposèrent aux Grecs Tenlèvement de Médée, et leur reprochèrent d'exiger une satisfaction , quoiqu'ils n'en eussent fait aucune , et qu'ils n'eussent point rendu cette princesse après en avoir été sommés.

lY. Jusque-là, disent les Perses , il n'y avait eu de part et d'autre que des enlèvemens; mais depuis cette époque , les Grecs se mirent toutikrbii dans leur tort , en portant la guerre en Asie , avant que les Asiatiques l'eussent déclarée à l'Europe. Or s'il y a de l'injustice , ajoutent^ls i à enlever des femmes , il y a de la folie à se venger d'un rapt^ et de la sagesse à ne s'en pas mettre en peine, puisqu'il est évident que , sans leur consentement , on ne les eût pas enlevées. Les Perses assurent que , quoiqu'ils soient Asiatiques, ils n'ont tenu aucun comple des femmes enlevées dans cette partie du monde; tandis que les Grecs, pour une femme de Lacédémone , équipèrent une flotte nombreuse , passèrent en Asie, et renversèrent le royaume de Priam. Depuis cette époque les Perses ont toujours regardé les Grecs comme leurs ennemis ; car ils s'arrogent l'em* pire -sur l'Asie et sur les nations barbares qui rhabitent, -et considèrent l'Europe et la Grèce comme un cootinent à part.

y. Tollé est la manière dont les Perses rap* portent ces événemeus , et c'est à la prise de Troie qu'ils attribuent la cause de la haine qu'ils portent aux Grecs. A l'égard d'Io, les Phéniciens ne sont pas d'accord avec les Perses. Ils disent que ce ne fut pas par un enlè* ventent qu'ils la menèrent en Egypte : qu'ayant eu commerce à Argos avec le capitaine du na-

* Priii.

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l|IOAV.,J.-«.

vire , quand elle se vit grosse , la crainte de ses parens la détermina à s'embarquer avec les Phéniciens , pour cacher son déshonneur. Tels sont les récits des Perses et des Phéniciens. Pour moi, je ne prétends point décider si les choses se sont passées de cette manière ou d'une autre : mais, après avoir indiqué celui que je connois pour le premier auteur des injures fiiites aux Grecs , je poursuivrai mon récit qui embrassera les petits états comme les grands, car ceux qui fleurissaient autrefois sont la plupart réduits à rien , et ceux qui fleurissent de nos jours étaient jadis peu de chose. Persuadé de l'instabilité du bonheur des hommes, je me suis déterminé à parler également des uns et des autres.

VI. Crésus était Lydien de naissance, fils d'Alyattes; et tyran "* des nations que renferme l'Halys dans son cours. Ce fleuve coule du sud , passe entre le pays des Syriens ^ et celui des Paphiagoniens, et se jette au nord dans le Pont-Euxin. Ce prince est le premier barbare , que je sache , qui ait forcé une partie des Grecs à lui payer tribut, et qui se soit allié avec l'autre. Il subjugua en efiet les Ioniens, les Éoliens et les Doriens établis en Asie » et fit alliance avec les Lacédémoniens. Avant son règne , tous les Grecs étaient libres ; car l'expédition des Cimmériens contre l'Ionie , antérieure à Crésus, n'alla pas jusqu'à ruiner des villes : ce ne fut qu'une incursion, suivie de pillage.

VU. Voici comment la souveraine puissance, qui appartenait aux Héradides, pnssa en la maison des Mermnades, dont était Crésus. Candaules, que les Grecs appellent Myrsile, fut tyran de Sardes. Il descendait d'Hercules, par Aicée, fils de ce héros; car Agron , fils deNinus, petit-fils de Bélus, arrière-petit-fiU d' Alcée , fut le premier des Héraclides qui régna à Sardes ; et Candaules , fils de Myrsus , fut le dernier. Les rois de ce pays , antérieurs

■ Les Grecs entendent par tyran , tout homme qui, obaDgeant la oonsUtntioii d'un état, t'en eit rendu le maître abfola, foit qu'il gouverne aelon lei rëglei de la justice, on qu'il ne suive que ses caprices. Ses descendants mêmes sont toujours regardés comme tyrans , ft moins que la nation ne consente librement à les reconnaître comme aairoif.

> liCi Leooo-Syriepa OU GappwJMeof,

CUO. - LIVRE I.

ï Agron , dfisoendaieni de Lydns , fils d* A.lys , qui douia le nom de Lydiens à tous les peuples de cette oonlrée , qu oa appdaît auparavant Késùena. Enfin les Héraclides , à qui ces prioeomienl confié l'adminisiratioii du gonver- Mment» et qui tiraient leur origine d*Hercules et d*iiiie esclave de Jardanus » obiiurent la royauté en vertu d'un oracle. Ils régnèrent de père en fils cinq cent cinq ans, en quinze génératioi» , jusqu'à Candauks , fils de Myr-

sus.

yilL Ce prince aimait éperdftmentsa femme a la regardait comme la plus belle des femmes. Obsédé par sa passion , il ne cessait d*en exagérer la beauté à Gygès , fils de Dascylus , un de ses gardes, qu'il aimait beaucoup, et à qui ilcomiDanîqoait ses affaires les plus imporuinte&. Peade temps après , Candaules (il ne poufait éviter son malheur) tint à Gygès ce discours, c II nae semble que tu ne m'en crois pas sur b beauté de ma femme. Les discours font moins d'impression que la vue des objets : liais dcmc ton possible pour la voir nue. —Que dites-vous, Seigneur, s'écria Gygès?

Y avez -vous réfléchi? Ordonner à un esclave de voir nue sa souveiaine! Oubliez* vous qa*une femme dépose sa pudeur avec ses vêtements. Les maximes de l'honnélelé sont connues depuis long-temps ; elles doivent nous servir de règle : or une des plus importantes est» que chacun ne doit regarder que ce qui lui appartient. Je suis persuadé que vous avez la plus belle de toutes les femmes; mais n'exigez pas de. moi Je vous en conjure, une chose malhonnête. »

IX. Ainsi Gygès se refusait à la proposition du roi y en craignant les suites pour lui-même. Rassure-toi, Gygès, lui dit Candaules : ne crains ni ton roi (ce discours n'est point un pi^e pour t'éprouver) ni la reine, elle ne te fera aucun mal. Je m'y prendrai de manière qu'elle ne saura pas mèoie que tu l'aies vue, Je te jdacerai dans la chambre où nous couchons , derrière la porte qui restera ouverte: la reine ne tardera pas à me suivre. A l'entrée est un si^e ou elle pose ses vêtements à mesure qu'elle s'en dépouille. Ainsi, tu auras tout le loisir de la considérer. Lorsque de ce siège elle s^avanoera vers le lit» comme elle te toaraera le dos, saisis

> ce moment ponr^ t'esquiver sans qo'ele té • voie. •

X. Gygès ne pouvait plus se reiîiser aut instances du roi : il se tint prêt à obéir. Gan** daules à l'heure du ooucher , le mena dans sa chambre, où la reine ne tarda pas à se rendre. Gygès la regarda se dédiabiller; et tandis qu'elle tournait le dos pour gagner le lit, il se glissa hors.de l'appartement; mais la reine l'aperçut en sortant. Elle ne douta point que son mari ne f&t l'auteur de cet outrage ; la pudeur l'empêcha de crier , et même elle fit semblant de ne l'avoir pas remarqué, ayant d^à conçu dans le fond du cœur le désir de se venger de Candaules ; car chez les Lydiens, comme chez presque tout le reste des nations barbares , c'est un opprobre, même à un homme, de paraître nu.

XL La reine demeura donc tranquille , et sans rien découvrir de ce qui se passait dans son âme. Mais, dès cpe le jour parut, elle s'assure des dispositions de ses plus fidèles officiers, et mande Gygès. Bien éloigné de la croire instruite , il se rend à son ordre, comme il était dans l'habitude de le faire toutes les fois qu'elle le mandait. Lorsqu'il fut arrivé» cette princesse lui dit : c Gygès , voici deux 1 routes dont je te laisse le choix : décide-toi 1 sur-lechamp. Obtiens par le meurtre de

> Candaules ma main et le trêne de Lydie , ou » une prompte mort t'empêchera d^ormais f de voir , par une déférence irréflédiie pour

> Candaules , ce qui t*est interdit. 11 faut que i l'un des deux périsse, ou toi, qui, bravant

> l'honnêteté , m'as vue sans vêtements, ou du » moins celui qui t'a donné ce conseil, i A ce discours Gygès demeura quelque temps interdit; puis il conjura la reine de ne le point réduire à la nécessité d'un tel choix. Voyant qu'il ne pouvait la persuader, et qu'il fallait absolument ou tuer son maître ou se résoudre lui<»même à périr, il préféra sa propre conservation, c Puisque , malgré mes réclamations , • diuil à la reine , vous me forcez à tuer mon » maître, je suis prêta prendre les moyens I d'y réussir. — Le lieu de l'embuscade, répon- » dit-elle, sera celui-là même d'où II m'a ex- « posée nue à tes regards , et le temps de Tati taque celui de son sommeil. •

XIL Ces mesures prises » elle retint Gygès ;

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nul moyen ponr lai de 8*ëchapper. Il fallait qu il périt Ini ou Candaules, A rentrée de la nuit 9 elle Tintroduit dans la chambre , Tanne d'un poignard» et le cache derrière la porte : à peine Candaulea était-il endormi. Gygès avance sans bruit, le poignarde, s'empare de son épouse et de son trône. Archiloque de Paros , qui vivait en ce temps-là, fiiit mentic» de ce prince dans une pièce qu'il a composée envers iambes trimètres.

XIII. Gygès étant monté de la sorte sur le trône , il y fut affermi par l'oracle de Delphes. Les Lydiens , indignés de la mort de Candaules , avaient pris les armes ; mais ils convinrent avec les partisans de Gygès que , si l'oracle le reconnaissait pour roi de Lydie, la couronne lui resterait, qu'autrement elle retournerait aux Héraclides. L'oracle prononça , et le trône fut, par ce moyen , assuré à Gyjgès. Hais la Pyihie ajouta que les Héraclides seraient vengés sur le cinquième descendant de ce prince. Mi les Lydiens ni leurs rois ne tinrent aucun compte de cette réponse , avant qu'elle eût été justifiée par l'événement. Ce fut ainsi que les Mermnades s'emparèrent de la couronne, et quils l'enlevèrent aux Héraclides.

XIV. Gygès, maître de la Lydie, envoya à Delphes beaucoup d'offrandes, dont une très-grande partie était en argent ; il y ajouta quantité de vases d*or, et entre autres six cratères d'or du pdds de trente talents, présent dont la mémoire mérite surtout d'être conservée. Ces offrandes sont dans le trésor des Corinibiens ; quoiqu'à dire vrai ce trésor ne soit point à la république de Corinlhe, mais à Cypsélus , fils d*Kétion. Gygès est après liidas, fils de Gordius, roi de Phrygie, le premier des barbares que nous connaissions qui ait envoyé des offrandes ù Delphes. Midas avait fait présent à ce temple du trône sur lequel il avait coutume de rendre la justice : cet ouvrage mérite d'être vu : il est placé dans le même endroit où sont les cratères de Gygès. Au reste , les habitants de Ddphes appellent ces offrandes en or et en argent, Gygadas, du nom de celui qui les a faites.

Lorsque ce prince se vit nudtre du royaume, il entreprit une expédition contre les villes de Milet et de Smyrne , et prit celle de Golophon. Mais comme il ne fit rien autre chose de mé-

morable pédant un règne de trente-huit ans, nous nous contenterons d'avoir rapporté ces faits , et n'en parlerons pas davantage.

XV. Passons à son fils Ardys. Ce prince lai succéda; il subjugua ceux de Priène, et entra avec une armée sur le territoire de Mifet. Sous ce règne, les Gimmériens, chassés de leur pays par les Scythes nomades, vinrent en Asie, et prirent Sardes, excepté la dtaddle.

XYI. Ardys régna quarante-neuf ans, et eut pour successeur Sadyattes son fils, qui en régna douze. Alyattes succéda à Sadyattes. U fit la guerre aux Hèdes etàCyaxare, petit-fils de Déjocès. Ce fut lui qui chassa les Gimmériens de l'Asie. Il prit la villede Smyrne , colonie de Golophon. U entreprit aussi contre Glazomènes, une expédition qu'il fut contraint d'abandonner, après avoir reçu un échec considérable. Il fit encore durant son règne d'autres actions, dont je vais rapporter les plus mémorables.

XVII. Son père lui ayant laissé la guerre contre les Milésiens , il ta continua, et attaqua Milet de la manière que je vais dire. Lorsque la terre était couverte de grains et de fruits, il se mettait en campagne. Son armée marchait au son du chalumeau, de bi harpe et des flûtes masculines et féminines. Quand il était arrivé sur les terres des Milésiens, il défendait d'abattre les métairies, d'y mettre le feu et d'en arracher les portes; il les laissait subsister dans l'état où elles étaient ; mais il feisait du dégât dans le pays, coupait les arbres, ravageait les bleds, après quoi il s'en retournait sans as»éger la place ; entreprise qui lui eût été inutile, les Milésiens étant maîtres de la mer. Quant aux maisons, Alyattes ne les faisait pas abattre, afin que les Milésiais, ayant toujours oà se loger, continuassent à aisemencer et à cultiver leurs terres, et qu'il eût de quoi piller et ravager lorsqu'il reviendrait dans leur pays.

XVIIL II leur fit de cette manière onze ans la guerre, pendant lesquels les Milésiens essuyèrent deux échecs considérables ; l'un, à la bataille qu'ils donnèrent dans leur pays, en un endroit appelé Liménéion; l'autre, dans la plaine du Méandre. Des onze années qu'elle dura, les six premières appartiennent au règne de Sadyattes, fils d' Ardys, qui dans ce tempslà ruinait encore en Lydie. Ce fut lui qui TaK

«fiV.

CLIO. — LIVRE !

iott, et qui entra alors, à la léte d'une armée, ém le pays de Milet. Alyattes poussa avec vignenr, les cinq années suivantes, b guerre que KA fère lai avait laissée, comme on l'a rapporté un pea plus haut. De tous les Ioniens, il B*y eut que oenx de Chios qui secoururent Itt habitants de llilet. Ib leur envoyèrent des troupes, en reoonDaissance des secours qu'ils en avaent reçus dans la guerre qu'ils avaient m^ soutenir contre les Erythréens *.

XIX. E<nfin, la douzième année, l'armée d* Alyattes ayant mis le feu aux blés, la flamme, poussée par un vent violent, se oommumqna au temple de Minerve, surnommée AsséÂne, et le réduisit en cendres. On ne fit d'abord ancone attention à cet accident ; mais Al^aes, de retour à Sardes avec son armée, étant UNDbé malade, et sa maladie traînant en loDgneor, il eut recours à l'orade de Delphes, SQÎt qn H eût pris cette résolution de lui-même, soie qu'elle lui eât été suggérée. Ses envoyés étant arrivés à Ddphes, la Pythie leur dit qu'elle ne lenr rendrait point de réponse qu'ils n'eussent relevé le temple de Minerve, qu'ils avaient brûlé à Assésos, dans le pays des

XX. JTsi oui dire aux habitants de Delphes que la chose s'était passée de la sorte. Mais les Milésiens ajoutent que Périandre, fils de Cypsâtts, intime ami de Thrasybule, tyran de Mikt, sur la nouvelle de l'orade rendu à Alyattes, envoya un courrier à Thrasybule, afin qn'instmit d'avance de la réponse du Dieu, il prit des mesures relatives aux conjonctures.

XXI. Alyattes n'eut pas plus tdt reçu cet orade, qu'il envoya un héraut à Milet pour condnre une trêve avec Thrasybule et les MilésieDS, jusqu'à ce qu'on eût rebâti le temple. Piendant que le héraut était en chemin pour se rendre à Milet, Thrasybule, bien informé de toat, et qui n'ignorait point les desseins d' Alyattes, s'avisa de cette ruse. Tout le blé qu'on put iruuver à Milet , tant dans ses greniers que d»is ceux des particuliers, il le fit apporter

la (riace publique. Il commanda ensuite aux ilésieiis de se livrer aux plaisirs de b table , si^ial qu'il leur donnerait.

XXn. Thrasybule publia ces ordres , afin » ÊryUa^i, vile iooiSBae.

que le héraut, voyant un si grand amas de blé, et que les habitants ne songeaient qu'à letus plaisirs, en rendit compte à Alyattes ; ce qui ne manqua pas d'arriver. Le héraut, témoin de l'abondance qui régnait à Milet, s'en retourna à Sardes aussitôt qu'il eut communiqué à Thrasybule les ordres qu'il avait reçus du roi de Lydie; et ce fut là, comme je Vai appris, la seule cause qui rétablit la paix entre ces deux princes. Alyattes s'était persuadé que la disette était très-grande à Milet, et que le peuple était réduit à la dernière extrémité. Il fut bien surpris, au retour du héraut, d'appren* dre le contraire. Quelque temps après, ces deux princes firent ensemble un traité, dont les ocoMlitions furent qu'ils vivraient comme amis et alliés. Au lieu d'un temple, Alyattes en fit bfttir deux à Minerve dans Assésos, et il recouvra la santé. C'est ainsi que les choses se passèrent dans la guerre qu'Alyattes fit à Thrasybule et aux Milésiens.

XXIII. Ce Périandre, qui donna avis à Thrasybule de la réponse de l'orade, était fils de Cypsélus ; il régnait à Corinthe. Les habitants de cette ville racontent qu'il arriva de son temps une aventure très-merveilleuse, dont il fut témoin, et lesLesbiens en conviennent aussi. Us disent qu'Arion de Méthymne, le plus ha« bilejoueur de cithare qui fût alors, et le premier, que je sache qui ait fait et nommé le dithyrambe, et Tait exécuté à Corinthe, fut porté sur le dos d'tm dauphin jusqu'au promontoire de Ténare.

XXIV. Ils assurent qu'Arion, ayant passé un temps considérable à la cour de Périandre, eut envie d'aller en Sicile et en Italie. Ayant amassé dans ces pays de grands biens, il voulut retourner à Corinthe. Prêt à partir de Ta* rente, il loua un vaisseau corinthien, parce qu'il se fiait plus à ce peuple qu'à tout autre. Lorsqu'il fut sur le vaisseau, les Corinthiens tramèrent sa perte, et résolurent de le jeter à la mer pour s'emparer de ses richesses. Arioa s'étant aperçu de leur dessein, les leur offrit» les conjurant de lui laisser la vie. Mais bien loin d'être touchés de ses prières, ils lui ordoB» nèrent de se tuer lui-même s'il voulait être enterré, ou de se jeter surJe^hamp dans la mer. Arion, réduit à une si £kdieuse extrémilét les

I supplia» puisqu'ils avaient résolu sa perla, de

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lui permettre de se revêtir de ses plas beaux habits et de chanter sur letiliac, et leur promit de se tuer après qu'il aurait chanté. Ils présumèrent qu'ils auraient du plaisir à enten* dre le plus habile musicien qui existât, et dès lors ils se retirèrent de la poupe au milieu du vaisseau. Arion se para de ses plus riches habits» prit sa êithare, monta sur le tlliac, et exé* enta l'air Orthien, et dès qu'il Teut fini il se jeta à la mer avec ses habits et dans Tétat où il se trouvait. Pendant que le vaisseau pariait pour Ck)rinlhe, un dauphin reçut, à ce qu'on dit» Arion sur son dos, et le porta à Ténare, où ayant mis pied à terre, il s'en alla à Gorinthe, vêtu comme il l'était, et y raconta son aventure. Périandre ne pouvant ajouter foi à son récit, le fit étroitement garder, et porta son attention sur les matelots. Ils ne furent pas plus têt arrivés, que les ayant envoyé chercher, il leur demanda s'ils pouvaient lui donner des nouvelles d' Arion. Ils lui répondirent qu'ils l'avaient laissé en bonne santé k Tarente, en Italie, où la fortune lui était favorable. Arion parut tout à coup devant eux, tel qu'ils l'avaient vu se précipiter à la mer. Déconcertés, convaincus, ils n'osèrent plus nier leur crime. Les Corinthiens et les Lesbiens racontent cette histoire de la sorte, et Ion voit à Ténare une petite statue de bronze qui représente un homme sur un dauphin : c'est une offrande d' Arion.

XXV. Alyattes, roi de Lydie, mourut longtemps après avoir terminé la guerre de Milet. Il régna cinquante-sept ans. 11 fut le second prince de la maison des Mermnades qui envoya des présents a Delphes. Cétait en action de grâce du recouvrement de sa santé. Us consistaient en un grand cratère d'argent, et une soucoupe damasquinée, la plus précieuse de toutes les offrandes qui se voient à Delphes. C'est un ouvrage deGlaucus de Chios, qui seul a inventé l'art de la damasquinure.

XXVI. Alyattes étant mort, Grésus son fils lui succéda à l'âge de trente-cinq ans. Ephèse fort la première ville grecque que ce prince attaqua. Ses habitants se voyant assiégés, consacrèrent leur ville i Diane, en joignant avec une corde leurs murailles au temple de la Déesse. Ce temple est éloigné de sept stades de la viâlle \ ille, dont Crésus formai i alors le siège. Après avoir bit la guerre uox £phé$iens, jl la

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fit aux Ioniens et aux Éoliens, mais successivement ; employant des raisons légidmes, quand il en pouvait trouver, ou des prétextes frîvolea au défaut de raisons.

XXVII. Lorsqu'à eut subjugué les Grecs de l'Asie, et qu'il les eut forcés à lui payer tribut, il pensa à équiper une flotte pour atuiquer les Grecs insulaires. Tout était près pour la construction des vaisseaux lorsque Kas de Priène, ou, selon d'auures, Pittacus de Mytilène, vint à Sardes. Grésus lui ayant demandé s'il y avait en Grèce quelque diose de nouveau, sa réponse fit cesser les préparaiifis* < Prince, lui dit-il, les insulaires achètent une » grande quantité de chevaux, dans le dessein

> de venir attaquer Sardes et de vous faire la 9 guerre. »Gré&uscroyant qu'il disait la vérité* repartit : < Puissent les dieux inspirer aux insu-

> lairesle dessein de venir attaquer les Lydiens » avec de la cavalerie ! ^ 11 me semble , sei* » gneur,répliquaBias,quevousdésirezardem- • ment les rencontrer à cheval sur le continent, » et vos espérances sont fondées ; mais depuis » qu'ils ont aigris que vous faisiez équiper une » flotte pour les attaquer, pensez-vous qu'ils

> souhaitent autre chose que de surprendre les » Lydiens en mer, et de venger sur vous les

> Grecs du continent que vous avez réduits en » esclavage? » Crésus, charmé de cette réponse, qui lui parut très-juste, abandonna son projet, et fit alliance avec les Ioniens des lies.

XXVllL Quelque temps après, Grésus sub« jugua presque toutes les nations en-deçà du fleuve Halys, excepté les Ciliciens et les Lyciens ; savoir les Phrygiens, les Mysiens, les Mariandyniens, les Ghalybes, les Paphlagoniens, les Thraces de l'Asie, c'est-à-dire les Tbyniens et les Bithyoiens, les Cariens, les Ioniens, les Dorions, les Ëoliens et les Pamphyliens.

XXIX. Tant de conquêtes ajoutées au royaume de Lydie avaient rendu la ville de Sardes très-florissante. Tous les sages qui étaient alors en Grèce s y rendirent chacun en son parti* cuUer» On y vit entre autres arriver Selon. Ce philosophe ayant fait, à la prièt*edes Athéniens ses compatriotes, un corps de lois, voyagea pendant dix ans. Il s'embarqua sous prétexte d'examiner les mœurs et les usages des différentes nations, mais en effet pour n'élis point

flognat âêbrog» qnèkpi*ttiie deB lois qu'il mit àabiies; car les ÀthéDiens D'en avaient fntepinvoir, s'étaat engages par des ser-* BOIS loienBek à observer pendant dix ans bffkaents qn*il leur donnerait, in. Soion étant donc sorti d'Athènes par «Bodf , ti pour s'instruire des coutumes des paplesécrangers, aDa d'abord en Egypte» à la (MTcTAiBasis, et de là à Sardes» à celle de Cnsos, qai le reçut avec distinction, et le lo- {» dans son palais. Trois ou quatre jours après son arrivée» il fut conduit» par ordre du prince, dans les trésors» dont on lui montra tosus les richesses. Quand Solon les eut vues H nffisimment considérées, le roi lui parla en ces tenon : < Le bmét de votre sagesse et de insToyaigesest irenu jusqu'à nous» et je n'i- )pore point qu'en parcourant tant de pays » 1008 n'avez eu d'autre but que de vous in* I dniire de leurs lois et de leurs usages, et de iperfeedoaner vos connaissances. Je désire ) dToir quel est F homme le plus heureux que iiOQsayezvu. > Il lui foisait cette question, parée qo'il se croyait lui-même le plus heureux de tous les hommes. C'est Tellus d'Athènes, Udit Solon sans le flatter et sans lui déguiser b vérité. Grésns étonné de cette réponse : < Sur (pni doiic> lui demanda*t-ilaveo vivacité, estimez-vous Telkn si heureux? — - Parce qu'il ijéca dans une ville florissante, reprit So« Iob; qu'il a eu des enfents beaux et vertueux ; (jK diacon d*eux lui a donné des petits-fils» qri tous lui ont survécu ; et qu'enfin» après tfoir joai d'une fortune considérable» relativement à celles de notre pays» il a terminé ses jours d'une manière éclatante; car dans un nmbat des Athéniens contre leurs voisins à Éleosis, il secourut les premiers, mit en fuite b ennemis» et mourut glorieusement. Les Athéniens lui érigèrent un monument aux fnis do public » dans l'endroit même où il était tombé mort» et lui rendirent de grands liOQneors. >

XîXI. Tout ce que Solon venait de dire sur liiiaicitéde Tellus excita Crésus à lui deman* '^qoel était celui qu'il estimait, après cet ^ien, le plus heureux des hommes» nedou- ^pointqilela seconde placene lui appartint. * Qéobis et Biton , répondit Solon : ils étaient 'AipSDs, et jouissaient d'un bi« honnête : ils

CLIO. ~ LIVRE L

étaient outre cala él forts ; qu'ils «valent tous deux également remporté des prix aux jeux publics. On raconte d'eux aussi le trait suivant : Les Argiens célébraient une fote en rhonneurdeJunon. Il foUait absolument 91e leur mère se rendit au temple sur un char » traîné par une couple de bœufs. Comme Icl temps de la cérémonie pressait» et qu'il ne permettait pas à ces jeunes gens d'aller cher« cher leurs bœufs, qui n'étaient point enoore revenus des diamps » ils se mirent eux-mêmes sous le joug, et tirant le char sur lequel leur mère était montée, ils le conduisirent ainsi quarante*cinq stades , jusqu'au temple de la déesse. Après ceUe action, dont toute l'assemblée Ait témoin, ib terminèrent leurs jours de la manière la plus henreuse, et la (hvinité fit voir, par cet événement , qu'il est plus avantageux à l'homme de mourir que de vivre. Les Argiens, assemblés autour de ces deux jeunes gens , louaient leur bon naturel 4 et les Argiennes félicitaient la prétresse d'a^ voir de tels enfants. Gelie-d comblée de joie , et de l'action et des louanges qu'onluidonnait^ debout aux pieds de la statue » pria la déesse d'accorder à ses deux fils , Gléobis et fiiton » le plus grand bonheur que pût obtenir nn morteL Cette prière finie « après le sacriflce et le festin ordinaire dans ces sortes de fêtes» les deux jeunes gens s'étant endormis dans le temple même , ne se révallèrent plus, et ter* minèrent ainsi leur vie. Les Argiens, les regardantcommedeux personnages distingués, firent foire leurs statues, et les envoyèrent au temple de Delphes. > XXXII. Solon accordait par ce discours le second rang à Cléobis et Biton. < Athénien, ré^ pliqua Crésus en colère» foite»-vous donc si peu de cas de ma félicité , que vous me jngîes indigne d*étre comparé avec des hommes privés? — Seigneur, reprit Solon , vous me demandes ce que je pense de la vie humame» Ai-je donc pu vous répondre autrement? moi qui sais que la Wvinilé est jalouse du bon* heur des humains, et qu'elle sephriltà le troubler ; car dans une longue carrière on voit et Ton souffre bien des choses fooheuses% Je donne à un homme soixante-dix ans pour le plus long terme de sa vie. Ces soixaote^tix ans font vngt-einq mîUe deux cents jours , en

IIISTOIBE D'HÉRODOTE.

1 odui qui en a le plus, il en est ainsi de rhom-

> me. Il n'y en a pas un qui se suffise à lui- » même : s'il possède quelques avantages, d'au-

> très lui manquent. Celui qui en réunit un plus » grand nombre , qui les conserve jusqu'à la fia » de ses jours 9 et sort aoisuite tranquillement f de cette vie, cdui-Uk, seigneur, mérite, à

> mon avis , d*dtre appelé heureux. 11 feut

> considérer la fin de toutes choses, et voir

> quelle en sera l'issue ; car il arrive que Dieu, 1 après avoir bit entrevoir la felicîté à quel- • ques hommes , la détruit souvent radicale-

> ment, i

XXXIII. Ainsi parla Sdon. U n'avait rien dit d'agréadi>le à Crésus, et ne lui avait pas témoigné la moindre estime; aussi fut-il renvoyé de la cour, n est probable qu'on traita de grossier un homme qui, sans égards aux biens présents, voulait qu'en tout on envisageât la fin.

XXXIY. Après le départ de Solon, la vengeance des dieux édata d'une manière terrible sur Crésus, en punition, comme on peut le conjecturer, de ce qu'il s'estimait le plus heureux de tous les hommes. Un songe qu'il eut aussitôt après lui annonça les malheurs dont un de ses fils était menacé. Il en avait deux ; l'un affligé d'une disgrâce naturelle ; il était muet : l'autre surpassait en tout les jeunes gens de son âge ; il se nommait Atys. C'est donc cet Atys que le songe indiqua à Crésus comme devant périr d'une arme de fer. Le roi réfléchit à son réveil sur ce songe : tremblant pour son fils , il lui chœsit une épouse , et l'éloigné des armées , à la tête desquelles il avoit coutume de l'envoyer. Il fit aussi ôter les dards, les piques et toutes sortes d'armes offensives des appartements des hommes où elles étaient suspendues, et les fit porter dans des magasins , de peur qu'il n'en tombât quelqu'une sur son fils*

XXXV. Pendant que Crésus était occupé des noces de ce jeune prince, arrive à Sardes un malheureux dont les mains étaient impures : cet homme était Phrygien, et issu du sang royal. Arrivé au palais, il pria Crésus de le purifier suivant les lois du pays. Ce prince le purifia* Les expiaticms, chez les Lydiens, ress^nblent beaucoup à celles qui sont usitées en Grèce. Après la céi^monie, Crésus voulut savoir d'où il venait, et qui il était, c Étranger, lui dit-il ,

omettant les mm intercalaires. Hais si, chaque nxième année , on ajoute un mois, afin que les saisons se retrouvent précisément au temps où elles doivent arriver, dans les soixante-dix ans vous aurez douze mois intercalaires moins la troisième partie d'un mois , qui feront trois cents cinquante jours, lesquels ajoutés à vingt-cinq mille deux cents, donneront vingt-dnq mille cinq cent cinquante jours. OVy de ces vingt-cinq mille cinq cent cinquante jours , qui font soixante-dix ans , vous n'en trouverez pas uaqni amène un événement absolument semUable. 11 iaut donc convenir, seigneur, que l'homme est sujet à mille accidents. Vous avez certainement des richesses considérables, et vous régnez sur un peuple nombreux ; mais je ne puis répondre à votre question , que je ne sache si vous avez fini vos jours dans la prospérité ; car l'homme comblé de richesses n'est pas plus heureux que celui qui n'a que le simple nécessaire , à moins que la fortune ne l'accompagne , et que, jouissant de toutes sortes de biens , il ne termine heureusement sa carrière. Rien de plus conunun que le malheur dans l'opulence et le bonheur dans la médiocrité. Un homme puissamment riche , nais malheureux, n'a que deux avantages sur celui qui n'a que du bonheur ; mais celui-ci en a un grand nombre sur le riche malheureux. L'homme riche est plus en état de contenter ses désirs, et de supporter de grandes pertes ; mais si l'autre ne peut soutenir de grandes pertes, ni satisfeire ses désirs, son bonheur le met à couvert des uns et des autres, et en cela il l'emporte sur le riche. D'ailleurs il a l'usage de tous ses membres, il jouit d'une bonne santé, il n'éprouve aucun nudheur, il est beau, et heureux en enfants. Si à tons ces avantages vous ajoutez celui d'une belle mort,4ï'est cet homme^là que vous cherdiez ; c'est hi qui mérite d'être appelé heureux. Mab avant sa mort , suspendez votre jugement, ne lui donnez point ce nom; dites seutement qu'il est fortuné.

> Uestimpossibleqffnnhommeréunissetous ces avantages, de même qu'il n'y a point de pays qui se suffise et qui renferme toua les biens : car si un pays en a quelques-uns , il est privé de qodques autres; le meilleur est | » qui ^ies-vous? De quel canton de Phrygie

CUO« -^ UYRE I.

I Hiaryaos vena à ma eoar oomme sondiam? I Qoel homme , qodie femme avez-vons tues? I -Seigneor, je suis fib de GordiuSt et petilrfib I deMidas : je m'appelle Adraste : j'ai tué mon

> frère sans le Touloir. Chassé par mon père» j eldi^uillé <le tout» je suis venu chercher ici

> QDS^.— Yons sortez» rqprit Grësus» d'mie

> liaison qoe j'aime. Vous êtes chez des amis ;

> rien ne irous nianquera dans m<m palais » tant i que vous jugerez à propos d'y rester. Sup- I portez irotre malheur avec patience » c'est le I moyen de radoucir. Adraste demeura donc à » h coar de Crésus. >

XXXVI. Dans ce même temps il parut en Myâe un sanglier d'une grosseur énorme» qui, descendant du mont Olympe» faisait un grand dégâAdansles campagnes. Les Mysiens l'avaient attaqaé à diverses reprises; mais ils ne lui avaient bit aucun mal» et il leur en avait fiait heancoop. Enfin ils s'adressèrent à Crésus : Seigneur, lui dirent leurs députés» il a paru sur nos terres un effroyable sanglier, qui ravage nos campagnes ; malgré nos efforts nous n'avons pu nous en défaire. Nous vous suppGons donc d'envoyer avec nous le prince votre fils, à la tête d*une troupe déjeunes gens choisis» et votre meute» afin d'en purger le pays. > Crésus se rappelant le songe qu'il avait en, leur répondit : c Ne me parlez pas davantage de mon fils» je ne puis l'envoyer avec vous. Nouvellement marié, il n'est maintenant occupé que de ses amours ; mais je vous donnerai mon équipage de chasse » avec l'élite de la jeunesse lydienne » à qui je recommanderai de s'employer avec ardeur pour vous délivrer de ce sanglier. > XXXVII. Les Mysiens furent très-contents de cette réponse; mais Atys» qui avadt entendu lenr demande et le refus qu'avait fait Crésus de l'envoyer avec eux » entra sur ces entrefaites, el s'adressantà ce prince : < Mon père» lui ditil, les actions les plus nobles et les plus gêné* renses m'étaient autrefois permises» je pouvais m'illustrer à la guerre et à la chasse; mais vous m'ébignez aujourd'hui de l'une et de Faotre , quoique vous n'ayez remarqué en moi ni Ucfaeté ni faiblesse. Quand j'irai à la place publique ou que j'en reviendrai» de quel ceâl me verra-t-«n? Quelle opinion aurontde mai nos citoyens! QueMe idée en aura la jeune

princesse que je viens d'épouser? A quel homme se croira«t-elle unie ? Permettez-moi donc, seigneur» d'aller à cette chasse avec les Mysiens ; ou » tâchez de me convaincre de la solidité des raisons qui vous ont déterminé à en agir de la sorte.

XXXYIII. > — Mon fils, reprit Crésus» si je vous empêche d'aller à cette chasse » ce n'est pas que j'aie remarqué dans votre conduite la moindre lâcheté» ou quelque autre chose qui m'ait déplu ; mais un songe m'a fait connaître que vous aviez peu de temps à vivre » et que vous deviez périr d'une arme de fer. C'est uniquement À causede ce songe que je mesuis pressé de vous marier ; c'est pour cela que je ne vous envoie pas à cette expédition » et que je prends toutes sortes de précautions pour vous dérober » du moins pendant ma vie » au malheur qui vous menace. Je n'ai que vous d'enfant » car mon autre fils » disgracié de la nature » n'existe plus pour moi.

XXXIX. > — Mon père» répliqua le jeune prince, après un pareil songe» le soin avec lequel vous me gardez est bien excusable : mais il me semble que vous ne saisissez par le .'sens de cette vision; puisque vous vous y êtes trompé» je dois vous l'expliquer. Ce songe, dites-vous » vous a fait connaître que je devais périr d'une arme de fer. Mais un sanglier at-il des mains ? est-il armé de ce fer aigu que vous craignez? Si votre songe vous eût appris que jedusse mourir d'une défense de sanglier, ou de quelque autre manière semblable» on approuverait vos précautions ; mais il n'est question que d'une pointe de fer. Puis donc que ce ne sont pas des hommes que j'ai à combattre» laissez-moi partir.

XL. » — Mon fib, répond Crésus» votre interprétation est plus juste que hi mienne. Je cède à vos raisons » ma défense est révoquée, la chasse que vous désirez vous est permise. » Xll. En même temps il mande le Phrygien Adraste et lui dit : c Vous étiez sous les coups.

> du malheur» Adraste (me préserve le Ciel de

> vous le reprocher ! ); je vous ai purifié» je vous

> ai reçu dans mon palais, ou je pourvois à tous

> vos besoins : prévenu par mes bienfaits » vious

> me devez quelque retour. Mon fils part pour 1 la chasse ; je vous confie hi garde de sa per« » sonne : préservez-le des brigands qui pour*

HISTOIRE D'HÉRODOTE

Af • #.-€.

1 raient tous attaquer sur la route. D'aillennr

> il vous importe de rechercher les occasions de

> vous signaler : vos pères voasi*ont enseigné,

> la vigueur de votre âge vous le permet. XLII. » —Seigneur, répondit Adraste, sans un

> pareil motif je n'irais point à ce combat. Au 1 comble du malheur, me mêler à des hommes 1 de mon âge et plus heureux, je n*en ai pas le j droit ; je n'en ai pas la volonté : souvent je 1 m'en suis abstenu. Hais vous le désirez : il faut » vous obliger, il iaut reconnaître vos bienfaits :

> je suis prêt à obéir. Soyez sûr que votre fils, » confié à ma garde, reviendra sain et sauf,' 1 autant qu'il dépendra de son gardien. »

XLIII. Le prince Atys et lui partirent apr^ cette réponse avec une troupe de jeunes gens d*élite et la meute du roi. Arrivés au mont Olympe, on cherche le sanglier , on le trouve, on Tenvironne, on lance sur lui des traits. Alors cet étranger, cet Adraste, purifié d'un meurtre, lance un javelot, manque le sanglier et frappe le filsdeCrésus. Ainsi le jeune prince Fut percé d'un fer aigu ; ainsi fut accompli le songe du roi. Aussitôt un courrier, dépêché à Sardes, apprit au roi la nouvelle du combat , et le sort de son fils.

XLIV. Crésus , troublé de sa mort , la res« sentit d'autant plus vivement qu'il avait luimême purifié d'un homicide celui qui en était Fauteur. S'abondonnant à toute sa douleur, il invoquait Jupiter expiateur, le prenait è témoin du mal que lui avait fisiit cet étranger; il l'invoquait encore comilie protecteur de l'bospitâlHé et de l'amitié ; comme proiecteur de Fhospitalité, parce qu'en donnant à cet étranger une retraite dans son palais , il y avait reçu sans le savoir le meurtrier de son fils; comme dieu de l'amitié , parce qu'ayant chargé Adraste de la garde de son fils, il avait trouvé en lui son phis cruel ennemi.

' XLV. Quelque temps après les Lydiens arri* vèrent avec le corps d'Atys, suivi du meurtrier. Adraste debout devant le cadavre , les mains étendues vers Crésus, le conjure de l'immoler sur son fils, la vie lui étant devenue odieuse , depuis qu'à son premier crime it en a ajouté un second, en tuant celui qui l'avait purifié. QnoiqueaooaUéde douleur, Crésus ne put entendre le discours de cet étranfjfer sans être ému de oempasiion. c AdraAte» lui dit«il, en to«sooQ*< I

» damnant vous-même à la mort, vous

> tes pleinement ma vengeance. Vous n'êtes pas t l'auteur de ce meurtre, puisqu'il est involoni taire; je n'en accuse que celui des dieux qui

> me l'a prédit. » Crésus rendit les derniers devoirs à son fils , et ordonna qu'on lui fit des funérailles convenables â son rang. La cérënàonie achevée, et le silence régnant autour da monument, cet Adraste, qui avait été le meurtrier de son propre frère, le meurtrier de celui qui l'avait purifié, sentant qu'il était le plus malheureux de tous les hommes, se tua siu* le tombeau d*Atys.

XL VI. Crésus pleura deux ans la mort de son fils. Mais Tempire d'Astyages, fiisdeCyaxares, détruit par Cyrus, fils de Cambyses, et celui des Perses, qui prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, lui firent mettre un terme à sa doulenr. Il ne pensa plus qu'aux moyens de réprimer cette puissance , avant qu'elle devint plus formidable. Tout occupé de cette pensée, il résolut sur-le-champ d'éprouver les oracles de la Grèce et l'oracle de la Libye. Il envoya des députés en divers endroits, les uns à Delphes, les autres i Abes en Phocide, les autres à Dodone, quelques-uns à Toracle d'Amphiaraûs, i l'antre de Trophonius, et aux Branchides dans la Milésie : voilà les oracles de Grèce que Crésus fit consulter. H en dépêcha aussi en Libye au temple de Jupiter Ammon. Ce prince n'envoya ces députés que pour éprouver les orades ; et au cas qu'ils rendissent des réponses conformes à la vérité, il se proposait de les consulter une seconde fois, pour savoir s'il devait feire la guerre aux Per-

oCS.

XLVII. n donna ordre aux députés qu'il envoyait pour sonder les oracles, de les consulter le centième jour à compter de leur départ de Sardes , de leur demander ce que Crésus, fils d'Alyattes, roi de Lydie, faisait ce jour-là, et de lui rapporter par écrit la réponse de chaque oracle. On ne connaît que la niponse de l'oracle de Delphes, et l'on ignoré quelle fut celle des autres oracles. Aussitôt que les Lydiens fbrent entrés dans le temple de Delphes pour consulter le dieu , et qu'ils eurent interrogé la Pythie sur oe qui leur avait été prescrit, die leur répondit ainsi : t Je connais le nombre des f gniins dt sâUtt et les bornes de la mer; je

>lr.

CUO. — LIVRE 1.

I connais le buigage des muets ; j*entencls la

> voix de celui qui ne parle point. Mes sens » sont frappés de Todeur d'ane tortue qu'on 1 bit cuire UTec de la chair d*agneau dans une

> ckodière d'airaiD, dont le couvercle est aussi j d'airain ».

XLYIII. Les Lydiens ayant mis par écrit cette réponse de la Pythie» partirent de Delphes» et revinrent à Sardes. Quand les autres dqpotés, envoyés en divers pays, furent aussi de retour avec les réponses des orades, Grésus les ouvrit , et les examina chacune en particulier. Il y en eut sans doute qu'il n'approuva point ; mais dès qu'il eut entendu celle de l'orade dé Delphes» il la reconnut pour vraie, et f adora» persuadé que cet oracle était le seul widaUe» comme étant le seul qui eût décou* vert œ qu'il faisait. En effet » après le départ des d^tés qui allaient consulter les oracles au joor convenu» voici ce dont il s'était avisé. 11 avait imaginé la chose la plus impossible à deviner et à connaître. Ayant lui-même coupé par morceaux une tortue et un agneau» il les avait fait cuire ensemble dans un vase d'airain» dont le couvercle était de même métal. Telle fut là réponse de Delphes.

XLIX. Quant à edles que reçurent les Lydiens dans le temple d'Amphiaraûs» après les on^monies et les sacrifices prescrits par les lois» je n'en puis rien dire. On sait uniquement que Crésus reconnut aussi la véracité de cet orade.

L. Ce prince tâcha ensuite de se rendre propice le dieu de Delphes par de somptueux sacrifices y dans lesquels on immola trois mille victimes de toutes les espèces d'animaux qu'il est permis d'offrir aux dieux. Il fit ensuite brûler sur nu grand bûcher des lits dorés et argentés» des vases d'or» des robes de pourpre et antres vêtements» s'imaginant par cette profusion se rendre le dieu plus favorable. Il en- {(Mgnit aussi aux Lydiens d'immoler au dieu tontes les victimes que chacun aurait en sa puissance. Ayant feit fondre » après ce sacrifice, une prodigieuse quantité d'or» il en fit feire cent dix-sept demi-plinthes, dont les plus longues avaient six palmes» et les plus petites trois sur une d'épaisseur. Il y en avait quatre d'or fin» du poids d'un talent et demi ; les autres éttûent d'un or pâle» et pesaient deux ta«

lents. Il fit faire aussi un Kon d'or fin» du poids de dix talents. On le plaça sur ces demi-plinthes ; mais il tomba lorsque le temple de Delphes fut br&lé. 11 est maintenant dans lé trésor des Corinthiens» et il ne pèse plus que six talents et demi» parce que dans l'incendie du temple il s'en fondit trois talents et demi.

LI. Ces ouvrages achevés» Crésus les envoya à Delphes » avec beaucoup d'autres présents » deux cratères * extrêmement grands » l'un d'or et l'autre d'argent. Le premier était k droite en entrant dans le temple» et le second à gauche. On les transporta aussi ailleurs lors de l'incendie du temple. Le cratère d'or est aujourd'hui dans le trésor des Clazoméniens : il pèse huit talents et demi» et douze mines. Celui d'argent est dans l'angle du vestibule du temple •: il tient six cents amphores. Les Delphiens y mêlent l'eau avec le vin aux fêtes appelées Théophanles. Ils disent que c*est un ouvrage de Théodore de Samos» et je le crois d'autant plus volontiers que cette pièce me paraît d'un travail exquis. Le même prince y envoya aussi quatre muids d'argent, qui sont dans le trésor des Corinthiens» deux bassins pour l'eau lustrale» dont l'un est d'or et l'autre est d'argent. Sur celui d'or est gravé le nom des Lacédémoniens» et ils prétendent avoir fait cette offrande, mais à tort ; il est certain que c'est aussi un présent de Crésus. Un habitant de Delphes y a mis cette inscription pour flatter les Lacédémoniens. J'en tairai le nom, quoique je le sache fort bien. Il est vrai qu'ils ont donné 1 enfimt, à ira* vers la main duquel Teau coule et se r^and; mais ils n'ont feit présent de l'un ni de l'autre de ces deux bassins. A ces dons Crésus en ajouta plusieurs autres de moindre prix, par exemple, des plats d'argent de forme ronde» et une suitue d'or de trois coudées de haut représentant une femme. Les Delphiens disent que c'est celle de sa pannetière. Il y fit aussi porter les colliers et les ceintures de la reine sa femme : tels sont les présents qu'il fit à Delphes.

LU. Quanta Amphiaraijs, sur ce qu'^ apprit de son mérite er de ses malheurs, il lui consacra un bouclier d'or massif, avec une pique dW massif» cest-à-dire dont la hampe était d*or»

■ Cratère, sorte de grand rnse qaî ne lerTait point à iMiire, mais «eatement à mêler feaù avec le ?in.

HISTOIRE DfiÉRODOTE.

MOÂf.J.-C.

ainsi que le fer. De mon temps on voyait oicore Tun et Tauire à Thëbes, dans k temple d*ApoIIon Isménien.

LUI. Les Lydiens chargés de porter ces présents aux oracles de Delphes et d'Amphiaraûs* avaient ordre de leur demander si Grésus devait faire la guerre aux Perses » et joindre à son armée des troupes auxiliaires. A leur arrivée» les Lydiens présentèrent les offrandes, et consultèrent les oracles en ces term&s : c Cré-

> sus, roi des Lydiens et autres nations, per-

> suadé que vous êtes les seuls véritables ora- » clés qu'il y ait dans le monde, vous envoie ces » présents, qu'il croit dignes de votre habileté ^

> Maintenant il vous demande s'il doit marcher 9 contre les Perses , et s'il doit joindre à son

> armée des troupes auxiliaires. » Les deux oracles s'accordèrent dans leurs réponses. Ils prédirent l'un et l'autre à ce prince que s'il entreprenait la guerre contre les Perses il détruirait un grand empire, et lui conseillèrent de chercher l'amitié des états de la Grèce qu'il aurait reconnus pour les plus puissants.

LIV. Grésus, charmé de ces «réponses, et concevant l'espoir de renverser l'empire de Gyrus, envoya de nouveau des députés à Pytho, pour distribuer à chacun des habitants ( il en savait le nombre) deux^ statères d'or par tête. Les Delphiens accordèrent par reconnaissance, à Grésus et aux Lydiens : la prérogative de consulter les premiers l'oracle, l'immunité, la préséance, et le privilège perpétuel de devenir citoyens de Delphes quand ils le désireraient.

LV. Grésus ayant envoyé ces présents aux Delphiens , interrogea le dieu pour la troisième fois; car depuis qu'il en eut reconnu la véracité , il ne cessa plus d'y avoir recours. II lui demanda si sa monarchie serait de longue durée ; la Pythie lui répondit en ces termes : € Quand un mulet sera roi des Mèdes , fuis • alors. Lydien efféminé, sur les bords de

> THermus : garde-toi de résister, et ne rougis

> point de ta lâcheté. >

LVI. Cette réponse fit encore plus de plaisir à Grésus que toutes les autres. Persuadé qu'on ne verrait jamais sur le trône des Mèdes un

• Le di«a aTtil àéoaœmi «I eqriiqné ce que ftitait Crtaf.

* Quarante^xlivreiwiieioiit de notre monnaie.

mulet, il conclut que ni lui ni ses descendants ne seraient jamais privés de la puissance sow* veraine. Ge prince ayant cherché avec soin quels étaient les peuples les plus puissants de la Grèce, dans le dessein de s'en faire des amis; il trouva que les Lacédémoniens et les Athéniens tenaient le premier rang , les uns parmi les Dorions, les autres parmi les Ioniens. Ces nations, autrefois, étaient en effet les plus distinguées, l'une étant pélasgique, et l'autre hellénique. La première n'est jamais sortie de son pays, et l'autre a souvent changé de demeure. Les Hellènes habitaient en effet la Phthiotide sous le règne de Deucalion, et sous celui de Dorus, fils d'Hellen , le pays appelé Histiaeotide, au pied des monts Ossa ei Olympe. Ghassés de l'Histiseotide par les Gadméens, ils allèrent s'établir à Pinde , et furent appelés Macednes. De là ils passèrent dans la Dryopide, et de la Dryopide dans le Péloponnèse, où ils ont été appelés Doriens.

LVII. Quelle langue parlaient alors les Pélasges , c'est un article sur lequel je ne puis rien affirmer. S'il est permis de fonder des conjectures sur quelques restes de cesPélasges, qui existent encore aujourd'hui à Grestone, audessus des Tyrrhéniens, et qui jadis, voisins des Doriens d'aujourd'hui, habitaient la terre appelée maintenant Thessaliotide ; si à ces Pélasges on ajoute ceux qui ont fondé Placie et Scylacé* sur l'Hellespont et qui ont demeuré autrefois avec les Athéniens, et les habitants d'autres villes pélasgiques dont le nom s'est changé ; il résulte de ces conjectures , si l'on peut s'en autoriser, que les Pélasges parlaient une langue barbare. Or, si tel était l'idiome de toute la nation, il s'ensuit que les Athéniens, Pélasges d'origine , oublièrent leur langue en devenant Hellènes, et qu'ils apprirent celle de ces derniers peuples; car le langage des Grestoniates et des Placions, qui est le même, n'a rien de commun avec celui d'aucuns de leurs voisins : preuve évidente que ces deux peuplades de Pélasges conservent encore de nosjours l'idiome qu'elles portèrent dans ces pays en venant s'y établir.

LVIIL Quant à la nation hellénique, depuis son origine elle a toujours parlé la même toa-

' Plaeie et Salace tant mr la Propontide.

flB»AT.J,-C

CLIO. - LIVRE I

giie ; du oioins cela me parait ain^. Faible, séparée des PélasgeSy et tout-à-fiait petite dans son commenoement, efle est devenue aussi considérable que plusieurs autres nations, principalement depuis qu'un grand nombre de peuples barbares se sont incorporés avec elle ; et c'est , indépendamment des autres raisons , ce qoî, à mon avis^ a empêché Tagrandissement des Pâasges , qui étaient barbares.

LIX. Crésus apprit que les Athéniens, Tun de ces peuples partagés en diverses fractions, étaient sous le joug de Pisistrate, fils d'Hippocrates, alors tyran d* Athènes* Hippocrates était un simple particulier^ ; il lui arriva aux jeux olympiques un prodige mémorable. Il avait offert un sacrifice ; les chaudières près de Fautel, remplies de victimes et d'eau, bouillirent et débordèrent sans feu. Chilon de Lacédémone , qui par hasard était présent , témoin de ce prodige, conseilla à Hippocrates de ne point prendre de femme féconde , ou s'il en avait une, de la répudier ; et s'il lui était né un fils^ de ne le point reconnaître. Hippocrates ne voulut point déférer aux conseils de Chilon. Quelque temps après naquit le Pisistrate dont nous parlons, qui , dans la querelle entre les Paraliens ou habitants de la côte maritime , commandés par Mëgaclès , fils d'AIcmaeon, et les habitants de la plaine, ayant à leur tête Lycargue, fils d'Aristolaides , pour se frayer une route à la tyrannie, suscita un troisième parti. 11 assembla donc ce parti , sous prétexte de défendre les Hypéracriens : voici la rase qu'il imagina. S'étant blessé lui et ses mulets, il poussa son char vers la place publique, comme s'il se fût échappé des mains de ses ennemis, qui avaient voulu le tuer lorsqu'il allait ù la campagne. Il conjura les Athéniens de loi accorder une garde : il leur rappela la gloire dont il s'é« tait couvert à là tête de leur armée contre les Mégariens, la prise de Nisée , et leur cita plusieurs autres traits de valeur. Le peuple trompe lui donna pour garde un certain nombre de citoyens choisis, qui le suivaient, armés de bâtons, au lieu de piques. Pisistrate les fit soulever, et s'empara, par leur moyen, de la cita-

■ C'est-à-dire qa'iln'oocapait alors aucune pUoe dana rétat. n était de la naissance la plos disliogaée , et descnidait de Pelée ainsi que Nestor, Godroi , qui régna à AUitaea, était de li même malaon.

ddie. Dès ce moment il fiit maître d'Athènes, mais sans troubler l'exercice des magistratures, sans altérer les lois ; il mit le bon ordre dans la ville, et la gouverna sagement en suivant ses usages. Peu de temps après, les factions réunies de M^aclès et de Lycurgue chassèrent l'usurpateur.

LX. Ce fut ainsi que Pisistrate , pour la première fois, se rendit maître d'Athènes, et qu'il fut dépouillé de la tyrannie, qui n'avait pas encore eu le temps de jeter de profondes racines. Ceux qui l'avaient chassé renouvelèrent bientôt après leurs anciennes querelles. Hégadès, assailli de toutes parts par la faction contraire , fit proposer par un héraut, à Pisistrate, de le rétablir s'il voulait épouser sa fille. Pisistrate accepta ses offres , et s'étant engagé à remplir cette condition, il imagina, de concert avec Mëgaclès, pour son rétablissement, un moyen d'autant plus ridicule à mon avis , que dès la plus haute antiquité les Hellènes ont été distingués des Barbares, comme plus adroits et plus ingénieux , et que les auteurs de cette trame avaient affaire aux Athéniens , peuple qui a la réputation d'être le plus spirituel de la Grèce.

11 y avait à Pseania , bourgade de l'Attique, une certaine femme nommée Phya , qui avait quatre coudées de haut moins trois doigts* , et d'ailleurs d'une grande beauté. Us armèrent cette femme de pied en cap, et l'ayant fait monter sur un char , parée de tout ce qui pouvait relever sa beauté, ils lui firent prendre le chemin d'Athènes. Us étaient précédés de hérauts qui , à leur arrivée dans la ville, se mirent à crier suivant les ordres qu'ils avïiient reçus : c Athéniens, recevez favorablement Pisistrate ; » Minerve qui l'honore plus que tous les autres » hommes , le ramène elle-même dans sa ci- > tadelle. » Les hérauts allaient ainsi de côté et d'autre , répétant la même injonction. Aussitôt le bruit se répand que Minerve ramenait Pisistrate. Les bourgades y ajoutent : la ville ne doute pas que cette femme ne soit la déesse. On lui adresse des vœux, on4*eçoit le tyran de sa main.

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