‹ Choix des historiens grecsChapitre 3 sur 286 · De la Chasse , un livre · texte numérisé non relu

De la Chasse , un livre

Si nous loi attribuons, dit Lamotte LeVayer, ce que les jurisconsultes Ulpien et Paulus décident par Fantorité d*un auteur de son nom (I. 45, Pig., tit. 5, eti. 44, tit. 7), ce sera ajouter la jurisprudence àsesvastesconnaissances en géographie, en tactique, en histoire, en philosophie.

Nous devons nous borner à le considérer ici comme historien d'Alexandre.

Si pour apprécier la certitude des Diits historiques. Ton doit peser comme le dit Yoliiey, dans les narrateurs et dans les témoins :

40 Lei moyens dkinstrwiiUm et d'infaruuUUm:

20 V étendue des facultés morales , qui sont la sagacitiy le discernement;

ao Les intérêts et les affections ; d*où peuvent résulter trois espèces de partialités , celle de la con-

* Fabric. biW. grec. t. 4, p. 271.

NOTICES LITTÉRAIRES

prêtre de Cérès. Le cacliet du prêtre est encore împrimé au récit de plusieurs prodiges. La crédulité superstitieuse formait la base du caractère des Grecs. Tous les historiens de rantiqaité ont sacrifié à ce caractère. Nous devons seulement observer que , comparé à Hérodote, à Plntarqne et à Xénophon luimême, Arrien estPhistorien le plus sobre de ces sortes de récits. D'un autre côté , il est Grec, el « il ne font » point déguiser , dit Sainte-Croix % rindination 9 que parait avoir eue cet historien à ei^alter les ac- » lions du monarque macédonien , à pr^enter crit par Diognète et Béton, géomètres employés à la | » avec des couleurs favorables celles qui méritent

traintc, celle de la séduction et celle des préjugés de naissance , d'éducation '; nul ne remplit mieux qn' Arrien les conditions exigées.

\o S'il ne fut pas témoin, il écrit sur les mémoires authentiques des témoins les plus graves , dont il discute et dont il compare les dépositions. Il annonce, en effet, qu'il se sert des mémoires de Ptolémée et d'Aristobule , lieutenants d'Alexandre. Il paraît donner la préférence à Ptolémée. Il a également consulté le journal d'Alexandre, pablié par Enmène, sm secrétaire, Titinéraire dé-

suite de l'armée , et la description des provinces composant l'empire d'Alexandre, rédigée par son ordre, et dont Patrocle avait eu communication par Xénocîès, garde du trésor royal.

Ces précieux monuments existaient do temps d'Arrien ; nul historien n'a donc été plus riche en moyens d'instruction et d'information.

» Disdple d'Epictète , ses ouvrages ont dû porter l'empreinte d'un caractère perfectionné par la philosophie; la secte stoïque, à laquelle appartenait Arrien , est celle qui , par l'exaltation même de ses principes, devait porter le plus loin l'étendue des facultés morales. La sagacité et le discernement d'Arrien sont établis aujourd'hui sur la \érification de plusieurs faits, et Ton peut prononcer sur les autres par analogie. « En effet, tous les voyages des Inn des orienUles , faits depuis cinquantcrans, disait » Lamotte Le Vaycr, déposent de la vérité des des- » criplions d'Arrien. » « Une circonstance', ajoute le » D. Vincent % qu'il faut remarquer à la gloire d'Ar- » rien, et qui lui est particulière, c'est qu'on a mieux » apprécié le mérite de sa relation chaque fois qnlon » a porté un œil plus attentif sur les événements > dont il nous a transmis le souvenir. A mesure » qu'on s'est éclairé en Europe snr l'état de » rinde , on a reconnu l'exactitude de ses recher- » ches historiques ; de même aussi , plus les bornes » des connaissances géographiques ont été reçu- » lées, pHis on l'a trouvé vrai dans les éclaircissen ments qu'il fournit ^ plus on s'est convaincu de » rexcellencedes sources dans lesquelles il a puisé. »

Jmgnez à cela qu'auteur du meilleur traité sur la tactique des Grecs, et grand capitaine lui-même, cet écrivain ne laisse rien à désirer sur les détails militaires de l'expédition qu'il décrit.

50 II est purgé de motib intéressés, mais il ne l'est peut-être pas d'affections et de préjugés, lorsqu'il s'écrie qu'une inspiration divine l'a porté à écrire l'histoire d'Alexandre \ On reconnaît à ce langage le

* Voloey, leçons dlilito're, p. 50.

* Voyage de Néarque, trad. de Billeeoq, p. 2. > Liv. 1, ch. 50, édit. de Gronor.

» une plus juste censure, et à exagérer ses succès. » C'est d'ailleurs une chose étrange que quelquesunes des extravagances d'Alexandre, telle que sa marche dans la Gédrosie, sa désolation outrée à la mort d'Ephestion, tiennent chez l'historien autant de place que ses exploits les plus conadérables. Arrien a manqué là d'une juste mesure, comme dans quelques-unes de ses digressions. Le mérite de l'ouvrage est indépendant de ces défauts. Il en est «Hnroe de ces grands tableaux où le charme d'une ordonnance supérieure et d'une composition savante n'est pas détruit par quelques incorrections de dessin. Il resteà parler dustyle. C'est celui de Xénophon, surnommé l'Abeille attique. Il est tel qu'il convient à l'histoire, clair, simple, d'une éloquence naïve, sans jamais s'élever; c'est le style que les rhéteurs ont nommé le tempéré.

Dans quelques discours , et il a eu la' sagesse de ne pas les multiplier , il rappelle le caractère de la belle éloquence grecque , simple et passionnée. Chez les modernes, l'éloquence n'est trop souvent que de la rhétorique; chez les Grecs , c'est le mouvement de la dialectique à peine ornée.

Photius * a fait le plus grand éloge de la noble simplicité du style d'Arrien. Notre impartialité noas oblige cependant à reconnaître dans son style quelques longueurs . L'auteur ne fait jamais mention d'an ordre ou d'une disposition sans en répéter plusieurs fob les détails : cela tient sans doute à la tournure antique et naïve, mais ne peut être supporté par le génie , et , pour ainsi dire, l'impatience de la langue française. Quelquefois, mais rarement, il se montre rhéteur , comme dans la description du départ de la flotte pour l'Indus, et du confluent de raydaspe et de l'Acésinès. Il s'égare aussi dans des digressions^ oiseuses , comme dans la description des ponts des Romains, dans la dissertation sur Hercule. On peut reprocher encore à cet auteur, ou plntdt à ses copistes, quelques erreurs géographiques, quelques transpositions. Nous les avons réparées, ainsi qu'une

< Examen erittqne dei historiens d'Alexandre. > Phot. Bilbiot. col. 225 et 228.

ARUIEN.

laeufie du sqiUème livre, d'après le plus judicieux des attiqiws, Sainte-Croix. Nous terminerons par lejugemeni qu'il porte* sur Arrieo. « Ptiîlosopiie , • gâterai d'armée, excellent écrÎTain, judicieux n ditique , il doit être considéré , non-seulement I oomme le premier historien d'Alexandre , mais 1 cooMBt le seul aar le témoignage duquel on puisse » eompler. »

Il jaeo QB grand nombre d'éditions des ouvrages (l'Arrien. Noos ne citerons point Fédition grecque de Venise, 4535, in-8o, précédée d'une préface par J.-fi. Egnatius; ni Fédition in-8o greccfue et latine, ifxteséparé , pnbliéeà Bàle, en 4539, par Gerbelius.

Il solfira d'Indiquer : |o fédition in-8o grecque et htine, de Barth. Fadus, Pisaur., 1508, en observant qae celle imprimée à Lyon en 1552, format io-42 , est remplie de fautes , de lacunes et d'inlerpoUtioDS.

^ L'édition grecque et latine publiée par Vuleamus à Genève, chez H. Etienne, 1575, in-folio. Yulcainus suivit le texte de Gerbelius, en le corrigeant d'qvès mi ancien manuscrit ^u'il reçut de Uenn £ti«ne.

^t» L'édition grecque et latine pnbliée par Blantardas; Amsterdam, Jansson, 46^, in-8o.

Blancbard ajouta au travail de Yuleanius les lumières qu'il tira de deux manuscrits de la bibliothèque de Gand et de la bibliothèque NationaledeParis. II j joignit des notes.

4o L'édition grecque et latine de Gronovius. Lndg. Bat., Yan Der Aa, 4704 , in-folio.

Gronovins, profitant des recherdies de tous seë prédécesseurs, en fit de nouvelles , les conféra avec un manuscrit d'une abbaye de Perouse et avec quatre exemplaires de la bibliothèque de Médieis. Fier de la déconverte dn sens de trois ou quatre mots échappés à la sagacité des autres professeurs , il les taxe duremeot d'ignorance , et remplit ses notes de toutes les invectives dont les savans en %$ se gratifiaient au XVr aècle.

50 La belle édition grecque et latine divisée en diapitrea, Westein, Amsterdam, 4754.

fio L'édition grecque et latine avec des notes et tme table greoque, Georg. Raphel. Amstelod., 1757,

• Ex^m. Crjt. des bftt., p. 28.

Il existe une traduction in-80 de l'expédlUon d'Alexandre, en langue italienne, par Ramusio.

Deuxtraductionsenanglaisin-SO) Tune par Brook, et Tautre par Harrls.

Deux traductions en français : l'une in-4o, publiée en 4581 , par Claude WiUrt ; la seconde, par Perrot d'Ablaocoort. Paris, Camusat, 4646, in^o.

On ne peut reprocher à ce dernier écrivain que son inexactitude. Ou avait donné à ses traductions le nom de Belles Infidèles. En général, il s'approprie le texte de Fauteur qu'il traduit; il l'élague à son gré, et lui prête non-seulement sa manière de voir , mais même sa manière de s'exprimer. Il suit de là que tous les écrivains de l'antiquité présentent , dans ses traductions , la même physionomie, malgré la différence de leurs traiu. Chez lui, Tacite et Xénophon, Arrien et Lucien parlent du même ton. D'ailleura son style , él^ant et facile , que Yaugelas avait pris pour modèle, offre aujourd'hui quelques tours vieillis, quelques expressions surannées. Ces considérations ont conduit les savants dn siècle qui vient de s'écouler à publier de nouvelles traductions des auteurs qu'il avait presque défigurés.

Celte considération était ici plus importante encore. En effet, c'est dans les détails d'une tactique ancienne et étrangère, dans la description de mouvements précis et rapides, dans une narration qui embrasse des événements extraordinaires, des peuples, des mœurs et des usages lointains et inconnus, que toute aliéralion dans le texte devient une espèce de délit littéraire envers Thistorien et le lecteur. Ajoutez que , faute d'avoir divisé les livres en chapitres et en sections, et pour avoir négligé d'éclaûrdr le texte par des notes et des rapprochements tirés des autres historiens et surtout des écrivains militaires^ d'Ablanoourt a rendu extrêmement pénible la lecture de cette expédition.

Convaincu de rinsufSsance des traductions indiquées ici, M.Chaussard a publié, en 4865, une nouvelle traduction plus correcte. C^est celle que je donne ici. Tj ai joint l'abrégé de la tactique d' Arrien, parGuicbard.

. Paris, 20 mars 4857.

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