UVRE IV. I8K
en la v^ant, il lui demanda si elle n'avait point vu quelque part ses chevaux. < Je les ai ches i moi, lui dit-elle ; mais je ne vous les rendrai » point, que vous n'ayez habité avec mgi >• Hercules lui accorda, à ce prix, ce qu'elle desirait. Cette femme diffël'ftit cependant de lui remettre ses chevaux , afin de jouir plus longtemps de sa compagnie. Hercules de son côté souhaitait les recouvrer pour partir incessamment. Enfin elle les lui rendit, et lui tint en même temps ce discours : c Vos chevaux étaient venus ici ; je vous les ai gardés : j'en ai reçu la récompense. J'ai conçu de vous trois enfans. Mais que faudrait-il que j'en fasse quand ils seront grands ? I^es établirai-je dans ce pays-ci, dont je suis la souveraine.^ Ou voulez-vous que je vous les envoie?
« Quand ces enfans auront atteint l'âge viril, lui répondit Hercules, suivant les Gvecs^ en vous conduisant de la manière que je vais dire, vous ne courrez point risque de vous tromper. Celui d'entre eux que vous verrez bander cet arc comme moi, et se ceindre de ce baudrier comme je fais, retenez-le dans ce pays, et qu'il y fixe sa demeure. Celui qui ne pourra point exécuter les deux choses que j'ordonne, faites-le sortir du pays. Vous vous procurerez par-là de la satisfaction, et vous ferez ma volonté »
X. Hercules, en finissant ces mots, tira l'un de ses arcs, car il en avait eu deux jusqu'alors, et le donna à celte femme. 11 lui montra aussi le baudrier; à l'endroit oii il s'attachait, pendait une coupe d'or : il lui en fit aussi présent, après quoi il partit. Lorsque ces enfants eurent atteint l'âge viril, ellenommarainéAgaihyrsus, le suivant Géionus, et le plus jeune Scviliès. Elle se souvint aussi des ordres d'Hercules, et les suivit. Les deux aines, trouvant au-dessus de leurs forces l'épreuve prescrite, fuient chassés par leur mère, et allèrent s'établir en d'autres pays. Scythes, le plus jeune des trois, fit ce que son père avait ordonné, et resta dans sa patrie. C'est de ce Scythes, fils dllercules, que sont descendus tous les rois qui lui ont succédé en Scylhie ; et jusqu'aujourd'hui les Scythes ont toujoursporté au bas de letir baudrier une coupe, à cause de a'ilequi était attachée à ce baudrier. Telle fut la chose qtj'imajjina sa mère en sa faveur. C'est ainsi que les Grecs, qui ha-
HISTOIRE D'HÉRODOTE
Mteot les bords du Pont-Eaxia rapportent cette histoire.
XI. On en raconte eocore une autre, à laquelle je souscris volontiers. Les Scythes nomades qui habitaient en Asie, accablés paries Massagékes, avec qui ils étaient en guerre,. passèrent l'Ai^axes, et vinrent en Cimmérie ; car le pays que possèdent aujourd'hui les Scythes appartenait autrefois , à ce cfue Ton dit, aux Gimmériens. Ceux-ci, les voyant fondre sur leurs terres , délibérèrent entre eux sur cette attaque. Les opinions furent partagées, et toutes deux furent extrêmes; celle des rois était la meilleure. Le peupteéiait d'avis de se retirer, et de ne point s'exposer au hasard d'un combat contre une si grande multitude ; les rois voulaient^ de leur côié, qu'on livrAi bataille à ceux qui venaient les attaquer. Le peuple ne voulut jamais céder au sentiment de ses rois, ni les rois suivre celui de leurs sujets. Ije peuple était d*avis de se retirer sans combattre, et délivrer le pays à ceux qui venaient l'envahir ; les rois, au contraire, avaient décidé qu'il valait mieux mourir dans la patrie que de fuir avec le peuple. D'un côté, ils envisageaient les avantages dont ils avaient joui jusqu'alors ; et, d'un autre, ils prévoyaient les maux qu'ils auraient indubitablement à souffrir, s'ils abandonnaient leur patrie.
Les deux partis persévérant dans leur première résolution, la discorde s'alluma entre eux de plus en plus. Gomme ils étaient égaax en nombre, ils en vinrent aux mains. Tous ceux qui périrent dans cette occasion furent enterrés par le parti du peuple, près du fleuve l'yras, où l'on voit encore aujourd'hui leurs tombeaux. Après avoir rendu les derniers devoir» aux morts, on sortit du pays ; et les Scythes, le trouvant désert et abandonné, s'en emparèrent.
XIL On trouve encore aujourd'hui^ dans la Scythie, les villes de Gimii.érium et de PorihmiesGimmériennes. On y voit aussi un pays qui retient le nom de Glmmérie, et un Bosphore appeléGimmérien. Il parait certain que les Gimmériens, fuyant les âicythes, se retirèrent en Asie, et qu'ils s'établirent dans la presqu'île où l'on voit maintenant une ville grecque appelée Synope. Il ne parait pas moins certain que les Scytiies s'égarèrent en les poursuivant, et qu'ils
entrèrent en Médie. Les Gimmériens, dans leur fuite, côtoyèrent toujours la mer ; les Scythes, au contraire, avaient le Gaucase à leur droite, jusqu'à ce que , s'étant détournés de leur chemin, et ayant pris par le milieu des terres, ils pénétrèrent en Médie.
XIIL Gette autre manière de raconter la chose est également reçue des Grecs et des Barbares. Mais Aristée de Proconnèse, fils de Gaystrobius , écrit dans son poëme épique qu'inspiré par Phœbus, il alla jusque chez les Issédons; qu'au-dessus de ces peuples, on trouve les Arimaspes, qui n'ont qu'un œil ; qu'au-delà sont les Gryphons , qui gardent l'or ; que plus loin encore demeurent les Hyperboréens, qui s'étendent vers la mer; que toutes ces nations, excepté les Hyperboréens, font continuellement la guerre à leurs voisins, à commencer par les Arimaspes; que les Issédons ont été chassés de leur pays par les Arimaspes , les Scythes par les Issédons, et que les Gimmériens , qui habitaient les côtes dô la mer au midi, l'ont été par les Scythes. Ainsi Aristée ne s'accorde pas môme avec les Scythes sur cette contrée.
XI V. On a vu de quel pays était Aristée, auteur des histoû*es qu'on vient de lire. Mais je ne dois pas passer sous silence ce que j'ai oui raconter de lui à Proconnèse et à Gyzique.
Aristée était d'une des meilleures familles de son pays. On raconte qu'il mourut à Proconnèse, dans la boutique d'un foulon, où il était ^tré par hasard; que le foulon, ayant forme sa boutique , alla sur-le-champ avertir les parents du mort ; que ce bruit s'étant bientôt répandu p^r toute la ville, un Gyzicénien, qui venait d'Artacéy-contesta cette nouvelle, et assura qu'il avait rencontré Aristée allant à Gyzique, et qu'il lui avait parlé; que pendant qu'il soute^ nait fortement cette opinion, les parents du mort se rendirent à la boutique du foulon, avec tout ce qui était nécessaire pour le porter au lieu de la sépulture; mais que, lorsqu'oieut ouvert la maison , on ne trouva Aristée, ni mort, ni viF; que, sept ans après, il reparut à Proconnèse, y fit ce poème épique que les Grecs appellent maintenant Ariitiaspies, et qu'il disparut pour la seconde fois. Voilà ce que disent d'Aristée les villes de Proconnèse et de Gyzique.
X Y. Mais voici ce que je sais être arrivé aux Métapontins on Italie, trois cent quarante ans
MELPOMÈRE. - LIVRE IV.
après qa'Aristée «nt dispara pour la seconde fois, comme je le conjecture d'après ce que j*ai entendu dire à Proconnèse et à Métaponte. Les Métapontins content qu' Aristëe, leur ayant apparu, leur commanda d'ériger un autel à Apollon, et d'élever, près de cet autel, une statue à laquelle on donnerait le nom d'Aristée de Proconnèse ; qu'il leur dit qu'ils étaient le seul peuple des Ilalioles qu'Apollon eât visité ; que bi-méme, qui était maintenant Aristée« acoooH pagnait alors le dieu sous la forme d'un cor* beau , et qu'après ce discours, il disparut. Les Métapontins ajoutent qu'ayant envoyé à Delphes demander au dieu quel pouvait être ce spedre, la Pytbîe leur avait ordonné d'exécuter ce qu'il leur avait prescrit, et qu'ils s'en trouveraient mieux ;-etque, sur cette r^nse, ils s'étaient conformés aux ordres qui leur avaient été donnés. On voit encore maintenant sur la place publique de Métaponte, près de la statue d'Apollon, une autre statue qui porte le nom d* Aristée, et des lauriers qui environnent lesdeax statues. Hais en voilà assez sur Aristée.
XVI. On n'a, aucune connaissance certaine de ce qui est au-delà du pays dont nous avons dessein de parier. Pour moi, je n'ai trouvé personne qui Tait vu. Aristée , dont je viens de faire mention, n'a pas été au-delà des Issédons, comme H le dit dans son poème épique. H avoue aussi qu'il tenait des Issédons ce qu'il racontait des pays plus éloignés, et qu'il n'en parlait que snr leer rapport. Quoi qu'il en soit, nous avons porté nos recherches le plus loin qu'il nous a été possible, et nous allons dire tout ce que nous avons appris de plus certain par les récits qu'on nous a iaits.
XVII. Après le port des Borystbénites,qui occupe justement le milieu des côtes maritimes de toute la Scythie, les premiers peuples qu'on rencontre sont les Gullipides; ce sont les Gréco- Scythes. Au-dessus d'eux sont les Alazons. Ceax-d et les Gallipides observent en plusieurs choses les mêmes coutumes que les Scythes; mais ils sèment du blé^ et mangent des oignons, de Tail , des lentilles et du millet. Audessus des Alazons, habitent les Scj'thes laboureurs, qui sèment du blé, non pour en faire leur nourriture, mais pour le vendre. Par-delà ces Scythes , on trouve les Neures. Autant que nous avons pu le savoir, la partie septentrionale de
lear pays n'est point habitée. Voilà les naticms situées le long du fleuve Hypanis, à l'ouest da Borysthènes.
XVIII. Quand on a passé ce dernier fleuve» on rencontre d'abord l'Hylée, vers les cAtesde la mer. Au*dessus de ce pays , sont les Scythes cultivateurs. Les Grecs qui habitent les bords de r Hypanis les appellent Borysthénites ; ils se donnent eux-mêmes le nom d'Olbiopoliies. Le pays de ces Scythes cultivateurs a, à Test, ti*ois jours de chemin, et s'étend jusqu'au fleuve Panticapes; mais celui qu'ils ont au nord est de onze jours de navigation en remontant le Borysthènes. Plus avant, on trouve de vastes déserts, au-delà desquels habitent les Androphages s nation particulière, et nullement scythe. Au-dessus des Androphages, il n'y a plus que de véritables déserts; du moins n'y rencontre-t-on aucun peuple, autant que nous avons pu le savoir.
XIX. A l'est de ces Scythes cultivateurs , ' et au-ddà du Panticapes , vous trouvez les Scythes nomades , qui ne sèment ni ne labourent. Ce pays entier, si vous en exceptez l'Hylée, est sans arbres. Ces nomades occupent à l'est une étendue de quatorze jours de chemin , jusqu'au fleuve Gerrhus.
XX. Au-delà du Gerrhus, est le pays des Scythes royaux. Ces Scythes senties plus braves et les plus nombreux ; ils regardent les autres comme leurs esclaves. Us s'étendent du côté du midi jusqu'à la Taurique; à l'est, jusqu'au fossé que creusèrent les fils des esclaves aveugles, et jusqu'à Cremne, ville commerçante sur le Palus-Mseotis. Il y a même une partie de cette nation qui s'étend jusqu'au Tanaïs. Au nord , au-dessus de ces Scythes royaux, on rencontre les Mélanchisenes, peuple qui n'est point scjihe. Au-delà des Mélanchlsenes , il n'y a , autant que nous pouvons le savoir, que des marais et des terres sans habitants.
XXI. Le pays au-delà du Tanaïs n'appartient pas à la Scythie : il se partage en plusieurs contrées. La première est aux Sauromates. Ils commencent à l'extrémité du Palus-Maeotis, et occupent le pays qui est au nord; il est de quinze journées de marche : on n'y voit ni
i Les mêmes qae les Antropopbages.
HISTOIRE D'HÉRODOfTE.
arbres frtlidërd; ai ntbtm sauvages. La seconde eobtrée au-dessus des Sauromates est habitée par les Budins; elle porte toutes sortes d*arbrës en abondance. Mais, au-dessus et au nord des Budins, le preknier pays où Ton entre est un vaste désert de sept jours de cbemio.
XXII. Après ce désert, en déclinant vers l'est , vous trouvez les Tyssagètès : c'est une nation particulière et nombreuse y qui ne vit que de la chasse. Les lyrquès leur sont continus. Us habitent le rbéme pays , et ne vivent aussi que de gibier, qu'ils prennent de celte manière : comme tout est plein de bois, les chasseurs montent sur un arbre pour épier et attendre la béte. Us ont chacun un cheval dressé à se mettre ventre à terre, afin de pataitre plus petit. Us mènent aussi un chien avec eux. Aussitôt que le chasseur aperçoit du haut de l'arbre la béte à sa portée, il l'atteint d'un coup de flèche, monte sur son cheval > etlapoursuit avec son chi^n, qui ne le quitte point.
Au-delà des lyrques»; en avançant ^rs l'est, on trouve d'autres Scythes qui, ayant secoué le joug des Scythes royaux , sont venu» s'établir en cette coutrée.
XXUL Tout le pays dont je viens de par* 1er , jusqu'à celui dés Scythes , est fdat , et leS terres en sont excellentes et fortes ; mais audelà, il est rude et pierreux. Lorsque vous en avez traversé une grande partie , vous trouvez des peuples qui habitant au pied de hautes montagnes. On dit qu'ils sont tous chauves de naissance, hommes et femmes; qu'ils ont le nez aplati et le menton alloDgé. Us ont une langue particulière ; mais ils sont vêtus à la&cythe. Enfin ils vivent du fruit d'une espèce d'arbre appelé pou tique. Cet arbre, à peu près de la grandeur d'un figuier, porte un fruit à noyau de la grosseur d'une fève. Quand ce fruit est mur, ils le pressent dans un morceau d'étoffe , et en exprimeat une liqueur noire et épaisse qu'ils appellent aschy. Us sucent cette liqueur, et la boivent mêlée avec du lait. A I égard du marc le plus épais, ils en font des masses qui leur servent de nourriture : car ils ont peu de bétail faute de bons pàiurages.
Us demeurent toute l'année, chacun sous un arbre. L'hiver, ils couvrent ces arbres d'une étoffe de laine blanche , serrée et foulée , qu'ils ont soin doter pendant Tété. Personne ne les
insulte : on 1^ regarde en effet comme saisie. Us n'ont, en len^ possesrfon, aucune arme offensive. Leurs voisins les prennent pour arbiures dans leurs différends; et quiconque se réfugié dans leur pays y trouve un asile inviolable, ou personne n'ose l'attaquer. On les appelle Argippëens.
XXIV. OnauAeconnaissanCe exacte de tout le pays jusqu'à celui qu'occupent ces hommes chauves , et de toutes les nations en-deçà. Il n'est pas difficile d'en savoir des nouvelles par les Scythes qui vont chez eux < par les Grecs de la ville de commerce située ^ur le Borysthènes S et par ceux des autres villes commerçantes situées sur le PonirEuxin. Ces peuples parlent sept langues différentes. Ainsi, les Scythes quivoyagent dans leur pays ont besoin de sept interprètes pour y commercer.
XXV. On connaît donc tout-ce pays jusqu'à celui de ces hommes chauves ; mais on ne peut rien dire de certain de celui qui est au-dessus ;
' des nx>ntagnes élevées et inaccessibles en interdisent l'entrée. Les Argippéetas racontent cependant qu'elles sont habitées par des iEgipodes, ou hommes aux pieds de chèvre : mais cela ne me paraît mériter aucune sorte de croyance. Us ajoutent aussi que , si Ton avance plus loin, on trouve d'autres peuples qui dorment six.mois de l'année. Pour moi, je ne puis absolument le croire. On sait que le pays à l!est des Argippëens est occupé par les Issédons; mais celui qui est au-desstis, du côté du nord, n'est connu ni des Ai^ppéens, ni des Issédons, qui n'en disent que ce que j'ai rapporté d'après eux.
XXVI. Voici les usages qui s'observent, a ce qu'on dit, chez les Issédons. Quand un Issédon a perdu son père, tousses parents lui amènent du bétail : ils l'^orgent ; et l'ayant coupé par morceaux, ils coupent de même le cadavre du père de celui qui les reçoit dans sa maisou , et, mêlant toutes ces chairs ensemble, ils en font un festin. Quanta hi tête» ils en ôtent le poil et les cheveux ; et, après l'avoir parfaitement nettoyée, ils la dorent, et s'en senent comme d'un vase précieux dans les sacrifices solennels qu'ils offrent tous les ans. Telles sont leurs cérémonies funèbres ; car ils en ol>-
* C'est la ville de Borytthèuet.
NELPOMÉNB. -* LIVRE IT.
laf
serveni eh f bmuiear de lelirs pères, dfaigi qtkh les Grrà oél^râit raniihreirsaire de la inort des kurs. Au reite> ik passent anssi poar aimer la justice; et, chez eux Jés fenitties ont autant d*aQtorilé que les hommes.
XXVII. On eoilnatt d<»c aussi ces peuples ; niais; pour le pays qid est aâ-dessqs, on sait , par le témoignage des Issédobs, qu'il est habite par des hommes qui n'ont qu'un œil; et par des Gryphons qui gardent l'or. Les Scythes l'ont appris des Isséions, et nofas des Scythes. Noiis 1^ appelons Arimaspes en langue scythe.
Arima s^fie un eç cette langue, et ^tt œil.
îlVin. Dans tout le pays dont je vien^ de parier, ThiTer eit n rude , et le frbid si insupportable pendaht huit mois entiers , qu'en répandant dé l'eau sur la terre, on n'y Ait point de boue, înais seulement en y allumant du feu. La mer lAêrne se glace dans cet aflreut dimat, ainsi que tout le Bosphore CimméHen ; et les Scythes de la Ghersonnèse passent eh corps d'armée sur cette glace , et y conduisent leurs chariots pour aller dans le pafs des Siiides. L'hiver continue de la sorte huit mois êniteH ; fes quatre autres mois, il fait encore froid. L'hiver, dans ceé contrées, est bien différent de celui des autres pays. Il y pleut si peu en cette saison , qtie ce n'est pas la peine d'en parler; et; l'été, ilnebessed'y pleuvoir. Il n'y tonpe point dans le teinps qu'il tbnne ailleu|*s ; mais le tonnerre est très-fréquent en été. S'il s'y fait entendre eA hiver, bn le regarde comme un prodige. II en est de même des tremblements de terre. S'il en arrive en Scythie, soit CD été; soit en hiver , c est liti prodige qui répand la terreur. U^ chevaux y sootiennent Te froid ; inais les mulets et les ânes ne le peuvent absdument; qhoiqu ailleurs les chevaux, ex* posés à la gelée, dé))ërfs$ent, eique les ânes et les niulets y résistent sans peine.
XXIX. Je pense que la rigueur du climat empêche les boeufs d*y avoir des cornes. Homère rend témoignage à mon opinion dansTOdyssce , lorsqu il parle en ces termes : « Et la B Lybie, oti les corties viennent promptement > aux agneaux. »
Cela me parait d'autant plus juste, que, dans les pays chauds , les cornes poissent de bonne heure aux animaux, et que, dans ceux où il
» ftit uh froid violent ; ils ti'en ont point dû tout i ou, si elles poussent, ce n'est qu'avec peine.
XXX. Dans ce pays, lé iroid en est la cause ; niais,, pouh le dire en passant, puisque j'ai pris r habitude , dès le commencement de cette histoire, de faire des digressions, je m'étonne que, dans toute FÉlidë, il ne s'engendre point demulets , quoique le climat n'y soit pas froid, et qu'on n'en puisse alléguer aucune autre cause sensible. Les Éléens disent que, s'il ne s'engendre point de mulets chez eux, c'est l'effet de quelques malédictions. Lorsque le temps s'approche où les cavales sont en chaleur, les Éléens les conduisent dans les pays voisins , où ils les font saillir par des ânes ; lorsqu'dles sont pleiues, ils les ramènent chez eux.
XXXI. Quant aux pluines dont les Scythes disent que l'air est tellement rempli, qu'ils ne peuvent ni voir ce qui est au^leli , ni pénétrer plusavint, voici l'opinion que j'en ai. Il neige toujours dans les régions situées au-dessus de hi Scythie , mais vraisemblabledient moins en été qu'en hiver. Quiconque a vu de près la neige tomber à gros flocons comprend fecilement ce que je dis. Elle ressemble en effet à des plumes. Je pense donc que cette partie du continent, qui est au nord, est inhabitable à caiise des grands froids, et que , lorsque les Scythes et leurs voisins parlent de plumes, ils ne lé font que par coniparaison avec la neige. Voilà ce qu'oil dit sur ceé pays si éloignés.
XXXII. NI les Scythes , ni aucun autre peuple de ces régions lointaines, ne parlent des Hyperb6i*éens , si ce n'est pbut-êtré les Issédons ; et ceux-ci môme ; à ce que je pense , n'en disent rien ; car les Sey tliés , qui , sur lé rapport deé Issédons, noué parlent des peuples qui n'ont qu'un œil ,. lious diraient aussi quelque chose des Hyperboréens. Cependant Hésiode en fait mention, et Hon.èfe auésidàns les Épigones, en supposant du nK)ins qu'il soit l'auteur de ce poème.
XXXUI. Les Déliens en parlent beaucoup plus amplement. Us racontent que les oflrandes des Hyperboréens leur venaient enveloppées dans de la paille de froment. Elles passaient chez les Scythes ; transmises ensuite de peuples en peuples, elles étaient portres le plus loin possible vers roccideftt, jusqu'à la u.er Adriatique. De-Ià on les envoyait du côté du
HISTOIRE D'HERODOTE
midi. Les Dodonéens éudeot les premiers Grecs qui les recevaient. Elles desoeodaient de Do* done jusqu'au golfe Bfaliaquet d'où elles passaient en Eubëe, et, de vilie en ville, jusqu'à Caryste. Delà, sans toucher à Andros, les Carystiens les portiûentàTénos, et les Téniens à Délos. Si Ton en croit les Débens, ces offrandes parviennent de cette manière dans leur ile. Us ajoutent que, dans les premiers temps , les Hyperboréens envoyèrent ces offrandes par deux vierges, dont Tune, suivant eux, s'appelait Hypërochë , et l'autre Laodicë ; que • pour la sûreté de ces jeunes personnes, les Hyperboréens les firent accompagner par cinq de leurs citoyens, qu'on appelle actuellement Perphères, et à qui l'on rend de grands honneurs à Délos, mais que les Hyperboréens ne les voyant point revenir, et regardant' comme ime chose très-fàcheuse s'il leur arrivait de ne ja-* mats revoir leurs députés, ils prirent le parti de porter sur leurs irontières leurs offrandes enveloppées dans de la paille de froment ; ils les remettaient ensuite à leurs voisins, les priant instamment de les accompagner jusqu'à une autre natiou. Elles passent ainsi , disent les Déliens , de peuples en peuples, jusqu'à ce qu'enfin elles parviennent dans leur tle. J'ai remarqué, parmi les femmes de Tbraœ et de Paeonie , un usage qui approche beaucoup de celui qu'observent les Hyperboréens relativement à leurs offrandes. Elles ne sacrifient jamais à Diane-la-Royale sans faire usage de paille de froment.
XXXiy. Les jeunes Déliens de l'un etde l'au^ tre sexe se coupent les cheveux en l'honneur de ces vierges hyperboréennes qui moururent à Délos. Les filks leur rendent ce devoir avant leur mariage. Elles prennent une boucle de leurs cheveux, l'entortillent autour d'un fuseau, et la déposent sur le monument de ces vierges, qui est dans le lieu consacré à Diane, à main gauche en entrant. On voit sur ce tombeau un olivier qui y est venu de lui-même. Les jeunes Déliens entoHiilent leurs cheveux autour d'une certaine herbe, et les mettent aussi sur le tombeau des Hyperboréennes. Tels sont les honneurs que les habitants de Délos rendent à ces vierges.
XXXV. Les Déliens disent aussi que dans le même siècle où ces députés vinrent à Délos ,
deuxautresvierges hyperborëencs,do«tl'une s'appelait Argé , et l'autre Opis , y étaient déjà venues avant Hyperoché et Laodicé. GeltesHci apportaient à Ililhye * le tribut qu'elles étaient chargées d'offrir pour le prompt et heureux accouchement des fenunes de leur pays. Mais Argé et Opis étaient arrivées en la compagnie des dieux mêmes ^. Aussi les Déliens leur rendent-ils d'autres honneurs. Leurs femmes quêtent pour eUes, et célèbrent leurs noms dans un hymne qu'Olen de Lycie a composé en leur honneur. Les Déliens disent encore qu ils ont appris aux insulaires et aux à Ioniens à célébrer et à nommer dans leurs hymnes , Opis et Argé, ei à faire la quête pour elles. C'est cet Olen qui , étant venu de Lyeie à Délos , a composé le reste des anciens hymnes qui se chantât dans cette ile. Les mômes Déliens ajoutent qu'après avoir fait brûler sur l'autel les cuisses des victimes, on en répand la cendre sur le tombeau d'Opis et d'Argé, et qu'on l'emploie toute à cet usage. Ce tombeau est derrière le temple de Diane, à l'est, et près de la salle oii les Céiens font leurs festins.
XXXVI. En voilà assez sur les Hyperboréens. Je ne m'arrête pas en effet à œ qu'on a)nte d'Abaris, qui était, dit-on, Hyperboréen , et qui, sans manger , voyagea par toute la terre ^ porté sur une flèche. Au reste, s'il y a des ' Hyperboréens, il doit y avoir aussi des Uypernotiens *. Pour moi, je ne puis m'empécher de rire , quand jevois quelques gens qui ont donné des descriptions àe la circonférence de b terre , prétendre , sans se laisser guider par la raison, que la terre est ronde comme si elle eftt été travaillée au tour^ que TOcéan Tenvironne de toutes parts, et que l'Asie est égaie à l'Europe. Mais je vais montrer en peude mots la grandeur de chacune de ces deux parties du monde , et en décrire la figure.
XXXVII. Le pays. occupé par les Perses, s'étend jusqu'à la mer australe, qu'on appelle mer Erythrée. Au-dessus, vers le nord, liabitent les Hèdes; au-dessus des Mèdes, les Sapires ; et par de là les Sapires , les Colchtdiens , qui sont contigus à la mer du
' Lucine.
> Apollon et Diane.
' Suivant rétymologie, qni sont au-delà de Borée.
4 Hyper-Bofiens, qui sont au-delà du sud.
BŒLPOMÈNE. - LIVRE IV,
Nord * où se jette le Phase. Ces quatre nations s'étendent d'une mer à Fautre.
XXXVIII. De-là» en allant vers l'occident, on rencontre deux péninsules opposées , qui aboutissent à la mer» Je vais en foire la description : Tune, du côté du nord , conuncaaoe au Phase» et s'étend, vers la mer, le long du Pont^Euxin et de l'HeUespont jusqu'au promontoire de Si gée, dans la Troade; du côté du sud , cette mène péninsule commence au golfe Myriandrîque, adjacent à la Phàûcie, le long de la mer, jusqu'au promontoire Triopiùm. Cette péninsule est habitée par trente nations différentes.
XXXIX. L'autre péninsule commence aux Perses, et s'éiend jusqu'à la mer Erythrée, et le long de celte mer. Elle comprend la Perse, ensuite l'Assyrie et T Arabie. ËUe aboutit, mais seulement en vertu d'une loi, au golfe Arabique, où Darius fit conduire un canal qui vient du Kit. De la Perse à laPbénicie, le pays est grand et vaste; depuis la Phénicie, la même péninsule s'étend le long de cette mer-ci \ par la Syrie^ de la Palestine à l'Egypte, où elle aboutit. Elle ne renferme que trois nations. Teb sont les pays de l'Asie à l'occident de la Perse.
XL. Les pays à Test, au-dessus des Perses, des Mèdes , des Sapires et des Colchidiens , sont bornés de ce côté par la mer Eryihrée' , et du côté du nord, par la mer Caspienne , et par l'Araxes, qui prend son cours vers le soleil levant. L'Asie est habitée jusqu'à l'Inde; mais, depuis ce pays, on rencontre, à l'est, des déserts que personne ne connaît, et dont on ne peut rien dire de certain. Tels sont les pays que comprend l'Asie, et telle est son étendue.
XLI. La Libye suit immédiatement l'Egypte, et feit partie de hi seconde péninsule , laquelle est étroite aux avirons de l'Egypte. En effet, depuis cette mer-d ^jusqu'à la mer Erythrée', il n'y a que cent mille orgies, qui font mille stades. Hais, depuis cet endroit étroit, la pé-
4 Le PoDt-Eaxin.
* La Méditerraoée.
^ Le gollSe Penîqoe.
4 La MMIerranée.
^ Mer RoDge ottKolfe
niosule devient spacieuse , et prend le nom de Libye.
XLIL J'admire d'autant plus ceux qui ont décrit la Libye, l'Asie et l'Europe, et qui en ont déterminé les bornes, qu'il y a beaucoup de difference entre ces trois parties de la terre; car l'Europe surpasse en longueur les deux autres; mais il ne me parait pas qu'dle puisse leur être comparée par rapport à b largeur. La Libye montre elie-méme qu'elle est environnée de la mer , excepté du côté où elle confine à l'Asie. Nécos , roi d'Egypte , est le premier que nous sachions qui Tait prouvé. Lorsqu'il eut fait cesser de creuser le canal qui devait conduire les eaux du Nil au golfe Arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux, avec ordre d'entrer, à leur retour, par les Colonnes d'Hercules, dans la mer septentrionale \ et de revenir de cette manière en Egypte.
Les Phéniciens s'étant donc embarqués sur la mer Erythrée ^ naviguèrent dans la mer australe. Quand l'autonme était venu , ils abordaient à l'endroit de la Libye où ils se trouvaient, et semaient du blé. Ils attendaient ensuite le temps de la moisson ; et après la récolte , ils se remettaient en mer. Ayant ainsi voyagé pendant deux ans , la troisième année ils doublèrent les Colonnes d'Hercules et revinrent en Egypte. Ils racontèrent, à leur arrivée, qu'en faisant voile autour de la Libye, ils avaient eu le soleil à leur droite. Ce fait ne me parait nullement croyable; mais peut-être le parailra-t-il à quelque autre. C'est ainsi que la Libye a été connue pour la première fois.
XLIII. Les Carthaginois racontent que, depuis ce temps , Sauispes , fils de Téaspis , de la race des Achéménides , avait reçu l'ordre de feire le tour delà Libye, mais qu'il ne l'acheva pas. Rebuté par la longueur de la navigation, et effrayé des déserts' qu'il rencontra sur sa route , il revint sur ses pas, sans avoir terminé les travaux que sa mère lui avait imposés.
Sataspes avait fait violence à une jeune per-
4 La Méditerranée, qni est septentrionale retatifement à rOeéanméridkHial.
* Le golfe Arabique.
3 Lei c6tei de l'AfHqne n'étaient point habitées.
filSTOIRB D
sonne, fllte de Zopyrë^ 6k de M^byze.
Étant sur le point d'éire mis en croix pour ce crime , par les ordres de Xerxès, sa mère, qui était sœur de Darius , demanda sa g[race , promettant de le punir plus rigoureusement que lé roi ne le voulait, et qu'elle le forcerait à faire le tour de la Libye , jusqu'à ce qu'il parvînt au golfe Arabique. Xerxès lui ayant ac* coi'dé sa grâce à cette condition, Sataspes ^ tnt en Egypte , y prit un vaisseau et des matelots du pays, et s'élant embarqué , il fit voile par les Colonnes d'Hercules. Lorsqu'il les eut passées, il doubla le promontoire Soloëis, et fit route vers le sud. Mais , après avoir mis plusieurs mois à traverser une vaste étendue de mer , voyant qu*il lui en restait encore une plus grande à parcourir , il retourna sur ses pas, et regagda TËgypte. De là il se rendit à la cour de Xerxès. Il y raconta que sur les c6tes de la mer les plus éloignées qu'il eût parcourues > il avait vu de petits hommes , vêtus d'habits de palmier, qui avaient abandonné leurs villes pour s*enfuir dans les montagnes aussitôt qu'ils l'avaient vu aborder avec son vaisseau : qu'étant entré dans leurs villes, il ne leur avait fait aucun tort, et s'était contenté d*en enlever du bétail. Il ajouu qu'il n'avait point achevé le tour de la Libye, parce que son vaisseau avait été arrêté, et n'avait pu avancer. Xerxès , persuadé qu'il ne lui disait pas la vérité, fit exécuter la première sentence , et il fut mis en croix, parce qu'il n'avait pas achevé les travaux qu'on lui avait imposés. Un eunuque de Sataspes n'eut pas plus tôt appris kl mort de son maître, qu'il s'enfuit à Samos avec de grandes richesses , dont s'empara un certain Samien ; je sais son nom, mais je veux bien le passer sous silence.
XLIY. La plus grande partie de l'.Asie fut découverte par Darius. Ce prince, voulant savoir en quel endroit de la mer se jetait Tlndus, qui après le Nil est le seul fleuve dans lequel on trouve des crocodiles, envoya, sur des vaisseaux, des hommes sûrs et véridiques, et entre autres Scylax de Caryande. Ils s'embarquèrent à Caspatyre dans la Paciyice, descen- Jire^ Iç |b^ve de l'est jp$qu*à la n^er ; de-^ , naviguant vers l'occident , ils arrivèir(Wt enfin» le trentième mois après leur dë|NMt, au même port où les Phéniciens, dont fat parié ci-dessus»
HÉRODOTE
s'étalent autrefois èmbafqtida |ràr l^ordre du roi d'Egypte, pour faire le tour de l.la Libve< Ce périple achevé, Darius subjugua leslndiensi et se servit de cette mer. C'est ainsi qu'on a reconnu que l'Asie, si l'on en excepte la partie orientale , ressemble en tovt à la Ly^ bie.
XLYé Quanta TEnrope, il ne paraît pas que personne jusqu'ici ait découvert si elle est environnée de la mer à Test et au nord. Mais on sait qu'en sa longueur, elle surpasse les deux autres parties de la terre, le ne puis conjecturer pouiY]uoi la terre, étant une, on lui donne trois différens noms, qui sont des noms de femme , et pourquoi on donne à l'Asie pour bornes le Nil , fleuve d'Egypte, et le niase , fleuve de Colchide, ou , selon d*autres, le Tanals, le Palus-MsBotisetla viHe de Porthmies en Cimmérie* Enfin je n'ai pu savoir comment s'appebMDt eeux qui ont ainsi divisé la terre, ni d'où ils ont pris les noms qu'ils lui ont donnés. La plupart des Grecs disent que la Libiye Ure le sien d'une femme originaire du pays même , laquelle s'appelait Libya , et que l'Asie prend le siep de la femme de Prométbée; mais les Lydiens revepdiquent ce dernier nom, et soutiennent qu'il vient d'Asias, fils de Cotys, et petit-fils de Vanàs, dont r Asiade , tribu de Sainles , a aussi emprunté le sien.
Quant ii, l'Europe , persane ne sait si elle est environnée de la mer. Il np parait pas non plus qu'on sache ni d'où elle a tiré ce nom , ni qui le lui a donné; à moins que nous ne disions qu'elle l'a pris d'Europe de Typ : car auparavant, ainsi que les deui autres parties du monde, elle n'avait point de nopi. Il est certain qu'Europe était asiatique, et qu'elle n'est jamais venue dans ce pays que Ijes Grecs appellent maintenant Europe; osais qu'elle passn seulement de Pbënicie en Crète, et de Crète en Lycie. C'en est assez à cet ^gard , et nous nous en tiendrons l^-dessus aui opinions re^ çues.
XLYI. Le Pont-Euxin , que Darius attaqua, est tie tous les pays celui qui produit les nations les plus ignorantes. J*en exççpie toutefois les Scythes. Parmi celles en effet quii habitent en-deçà du Pont-Euxin, nous ae pouvons pas en citer une seule qui ait donë dea marques
de pfudeniîê et d^abiletd, ni même qui ail fourni un homme instruit , si ce n'est la nation çcylhe » et Anacharsis. t^s Scyihes sont , de tous les peuples que nous connaissions , ceux qui ont trouvé les moyens les plus sûrs pour se conserver les avantafjes les plus précieux. Hais je ne vois chez eux rien 9utre chose à admirer. Ces avantages consistent ù ne point laisser échapper ceux qui viennent les attaquer, et à ne pouvoir être joints, quand ils ne veulent point l'être : car ils n'ont ni villes , ni forteresses. Ils traînent avec eux leurs maisons ; ils sont habiles à tirer de l'arc étant à cheval. Us ne vivent point des fruits du labourage, mais de bétail, et n'ont point d'autres maisons que leurs chariots. Comment de pareils peuples ne seraient-ils pas invincibles, et comment serait-il aisé de les joindre pour les combattre?
XLVIL Ils ont imaginé ce genre de vie, tant parce que la Scy thie y est très-propre , que parce que leurs rivières la favorisent et leur servent de rempart. Leur pays est un pays de plaines, abondant en pâturages, et bien arrosé : il n'est , en effet , guère moins coupé de rivières que l'Egypte l'est de canaux. Je ne parlerai que des plus célèbres, de celles sur lesquelles on peut naviguer en remontant de la mer. Tels sont Hster , fleuve qui a cinq embouchures ; ensuite le Tyras , THypanis, leBorysihènes, le Paniicapes, l'Hypacyris, le Gerrhus et le Tanais. Je vais en décrire le cours.
XLYIII. L'Ister, le plus grand de tous les fleuves que nous connaissions, et toujours égal à lui-même, soit en été, soit en hiver. On le rencontre le premier en Scy thie à l'occident des autres , et il est le plus grand , parce qu'il reçoit les eaux de plusieurs autres rivières. Parmi cellesquî contribuent à le grossir, il y en a cinq grandes, qui traversent la Scythie : celle que les Scythes appellent Porata, et les Grecs Pyretos, le Tiaranie, l'Ararus, le Naparîs et rOrdessus. La première de ces rivières est grande ; elle coule à l'est , et se mêle avec l'Isler : la seconde, je veux dire le Tiarante, est plus petite, et coule plus à l'occident; les trois dernières, l'Ararus, le Naparîs et l'Ordessus, ont leur cours entre les deux autres , et se jettent aussi dans l'Ister. Telles sont les rivières
- LIVRE ty.
qui, prenant lear ^urcè en Scyttile, vont grossir l'Ister.
XLlX. Le Maris couledu pays des Agathyrses^ et se jette dans l'Ister. Des sommets du mont Hœmus, portent trois autres grandes rivières , l'Atlas, TAurasetleTibîsis; elles prennent leur cours vers le nord , et se perdent dans le même fleuve, Il en vient aussi trois autres par la Thrace et le pays des Thraces Crobyziens , qui se rendent dans Tlsfer. Ces fleuves sont l'Athrys, le Noès et l'Artanès. Le Cios vient de Iq Pseonie et du mont Rhodope; il sépare par le milieu le mont Ha^mus, et se décharge dans le même fleuve. L'Angrus coule de l'Illyrie vers le nord, traverse la plaine Triballique, se jettedans le Brongus, et celui-ci dans l'Ister, de sorte que l'Ister reçoit tout ù la fois les eaux de deux grandes rivières. f*eCarpîs et l'Alpis sortentdu ' pays au-dessus des Ombriques , coulent vers le nord , et se perdent dans le même fleuve. On ne doit pas au reste s'étonner que l'Ister reçoive tant de rivières , puisqu'il traverse toute l'Europe. Il prend sa source dans le pays des Celtes (ce sont les derniers peuples de l'Europe, du côté de l'occident, si l'on excepte les Cynètes) ; et , après avoir traversé l'Europe entière , il entre dans la Scythie par une de ses extrémités.
L. La réunion de toutes les rivières dont je viens de parler , et de beaucoup d'autres , rend rister le plus grand des fleuves. Maïs si on le compare lui seul avec le Nil , on donnera la préférence au fleuve d'Egypte, parce que celui-ci ne reçoit ni rivière ni fontaine qui serve à le grossir. L'Ister, comme je l'ai déjà dit, est toujours égal , soit en été , soit en hiver. En voici, ce me semble, la raison. En hiver, il n'est pas plus grand qu'à son ordinaire, ou du moins guère plusqu'ildoill'être naturellement, l>arce qu'en cette saison, il pleut très-peu dans les pays où il passe , et que toute la terre y est couverte de neige. Celte neige , qui est tombée en abondance pendant l'hiver, venant à se fondre en été, se jettedans l'Ister. La fonte des neiges Cl les pluies fréquentes et abondantes qui arrivent en cette saison, contribuent à le grossir. Si donc , en été , le soleil attire ù lui plus d'eau qu'en hiver, celles qui se rendent dans ce fleave«oiitau$M)èpn^riioD,phM abânrfantes en été qu'en hiver. Il résulte de cette opposi«
iU
HISTOIRE D'HÉRODOTE
tion, une compensation qui foitparatire ce fleuve toujours égal.
LI. L'I$ter est donc un des fleuves qui coulent en Scythie. On rencontre ensuite le Tyras ; il vient du nord » et sort d'un grand lac qui sépare la Scythie de la Neuride. Les Grecs qu'on appelle Tyrites*y habitent vers son embouchure.
LU. L'Hypanis est le troisième : il vient de la Scythie, et coule d'un grand lac, autour duquel paissent des chevaux blancs sauvages. Le lac s'appelle > avec raison, la mère de l'Hypanis. Cette rivière , qui prend sa source dans ce lac, est petite, et son eau est douce pendant l'espace de cinq journées de navigation , mais ensuite , et à quatre journées de la mer , elle devient très-amèi*e. Cette amertume provient d'une fontaine qu'elle reçoit, et qui est si amère,que, quoique fort petite, elle ne laisse pas de gâter toutes les eaux de cette rivière, qui est de grandeur moyenne. Cette fontaine est sur les frontières du pays des Scythes laboureurs et des Alazons, et porte le même nom que l'endroit d'où elle sort. On l'appelle en langue Scythe Exampée^ qui signifie, en grec, voies sacrées. Le Tyras et l'Hypanis s'approchent l'un de l'autre dans le pays des Alazons ; mais bientôt après ils s'éloignent et laissent entre eux un grand intervalle.
Liil. Le Borysihènes est le quatrième fleuve, et le plus grand de ce pays après Tlster. C'est aussi , à mon avis , le plus fécond de tous les fleuves , non-seulement de la Scythie , mais du monde, si l'on excepte le Nil, avec lequel il n'y en a pas un qui puisse entrer en comparaison. Il fournit au bétail de beaux et d'excellents pûturages. On y pêche abondamment toutes sortes de bons poissons. Son eau est très-agréable à boire , et elle est toujours claire et h'mpide, quoique les fleuves voisins soient limoneux. On recueille sur ses bords d'excellentes moissons; et, dans les endroits où l'on ne sème point, l'herbe y vient fort haute, et en abondance. Le sel se cristallise de lui-même , à son embouchure, et en grande quantité. Il produit de gros poissons sans arêtes qu'on sale : on les appelle antacées. On y trouve aussi beau-
' Lm babilants de la viUe de Tyrai, gine.
d'ori-
coup d'autres choses dignes d'admiration.
Jusqu'au pays appelé Gerrhus , H y a quarante journées de navigation ; et l'on sait que ce fleuve vient du nord. Mais on ne connaît ni les pays qu'il traverse plus haut, ni les nations qui l'habitent. Il y a néanmoins beaucoup d'apparence qu'il coule à travers un pays désert, pour venir sur les terres des Scythes cultivateurs. Ces Scythes habitent sur les bords, pendant l'espace de dix journées de navigation. Ce fleuve ei le Nil sont les seuls dont je ne puis indiquer les sources , et je ne crois pas qu'aucun Grec en sache davantage. Quand le Borysthènes est près de la mer, l'Hypanis mêle avec lui ses eaux en se jetant dans le même marais. La langue de terre qui est entre ces deux fleuves s'appelle le promontoire d'Hippolaùs. On y a bâti un temple à Cérès. Au-delà de ce temple, vers le bord de IHypanis, habitent les Borysthcnites. Mais en voilà assez sur ces fleuves.
LIV. On rencontre ensuite lePaniicapes^et c'est hi cinquième rivière. Elle vient aussi du nord , sort d'un lac, entre dansTHylee , etaprès l'avoir traversée , elle mêle ses eaux avec celles du Borysthènes. Les Scythes cultivateurs habitent entre ces deux rivières.
LY. La sixième estl'Hypacyris : ellesort d'un lac, titi verse parle milieu les terres des Scythes nomades, et se jette dans la mer, près de la ville de Carciniiis , enfermant à droite le pays d'Hylée, et ce qu'on appelle la Course d'Achilles.
LVI. Le septième fleuve est le Gerrhus; il se sépare du Borysihènes vers l'endroit où ce fleuve commence à être connu , depuis le Gerrhus, pays qui lui donne son nom. En coulant vers la mer, il s'épare les Scythes nomades des Scythes royaux, et se jette dans rilypacyris.
LVII. Le huitième, enfin, est leTanais; il vient d'un pays fort éloigné, et sort d'un grand lac , d'où il se jette dans un autre encore plus grand , qu'on appelle Maeotis , qui sépare les Scytljes royaux des Sauromates. L'ÎIyrgis se décharge dans le Tanaïs.
LVIII. Tels sont les fleuves célèbres dont la Scythie a l'avantage d'être arrosée. L'herbe que produit ce pays est la meilleure pour le bétail, et la plus succulente que nous connaissions, comme on peut le remarquer en ouvrant les bestiaux qui s'en sont nourris. Les Scythes