‹ Choix des historiens grecsChapitre 42 sur 286 · MELPOMÈNE. - LIVRE IV · texte numérisé non relu

MELPOMÈNE. - LIVRE IV

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ont donc en abondance les dioses les plus nécessaires à la vie.

LIX. Quant à leurs autres lois etcoutomes, les voici telles qu'elles sont établies chez eux. Ils cherdieni à se rendre propices principalement Vesta, ensuite Jupiter, et la Terre, qu'ils croient femme de Jupiter ; et , après ces trois divinités 9 Apollon > Vénus-Uranie , Hercules, Mars. Tous les Scythes reconnaissent ces divinités ; mais les Scythes Royaux sacrifient aussi à Neptune. En langue scyihe, Vesta s'appelle Tabaii ; Jupiter , Papœus , nom qui , à mon avis, lui convient parfaitement; la Terre, Apia; Apollon, ÛEfoiyrot^ Vénus-Uranie, Ariimpata; Neptune , Tamimatada». Ils élèvent des statues, des autels et des temples à Mars , et n'en élèvent qu à lui seul.

LX. Les Scythes sacrifient de la même manière dans tous leurs lieux sacrés. Ces sacrifices se font ainsi : la victime est debout, les deux pieds de devant attachés avec une corde. Celui qui doit l'immoler se tient derrière, tire à lui le bout de la corde, et la fait tomber. Tandis qu'elle tombe, il invoque le dieu auquel il va la sacrifier. 11 lui met ensuite une cordeau cou^ et serre la corde avec un bâton qu'il tourne. C'est ainsi qu'il l'étrangle , sans allumer du feu , sans faire de libations, et sans aucune autre cérémonie préparatoire. La victime étranglée , le sacrificateur la dépouille, et se dispose à la faire cuire.

LXL Comme il n'y a point du tout de bois en Scythie, voici comment ils ont imaginé défaire cuire la victime. Quand ils l'ont dépouillée, ils enlèvent toute la chair qui est sur les os , et la mettent dans des chaudières, s'il se trouve qu'ils en aient. Les chaudières de ce pays ressemblent beaucoup aux cratères de Lesbos, excepté qu'elles sont beaucoup plus grandes. On allume dessous du feu avec les os de la vic^ time. Hais , s'ils n'ont point de chaudières , ils mettent toutes les chairs avec de Teau dans le ventre de l'animal , et allument les os dessous. Ces os font un très-bon feu , et le ventre tient aisément les chairs désossées. Ainsi , le bœuf se fait cuire lui-même. Pareille chose s'observe à l'égard des autres victimes. Quand le tout est cuit, le sacrificateur offre les prémices de la chair et des entrailles ^ en les jetant devant lui. Ils immolent aussi d'autres HéRonoTE.

animaux , et principalement des chevaux. LXIK Telles sont les espèces d'animaux que les Scythes sacrifient à ces dieux , et tels sont leurs rits : mais voici ceux qu'ils observent à l'égard du dieu Mars. Dans chaque nome, on lui élève un temple de la manière suivante, dans un champ destiné aux assemblées de la nation. On entasse des fagots de menu bois, et on en fait une pile de trois stades en longueur et en largeur, et moins en hauteur. Sur cette pile, on pratique une espèce de plate-forme carrée, dont trois côtés sont inaccessibles; le quatrième va en pente , de manière qu'on puisse y monter. On y entasse tous les ans cent cinquante charretées de menu bois, pour relever cette pile , qui s'affaisse par les injures des saisons. Au haut de cette pile, chaque nation Scythe plante un vieux cimeterre de fer , qui leur tient lieu de simulacre de Mars. Ils offrent tons les ans à ce cimeterre des sacrifices de chevaux et d'autres animaux, et lui immolent plus de victimes qu'au reste des dieux. Ils lui sacrifient aussi le centième de tous les prisonniers qu'ib font sur leurs ennemis, mais non de la même manière que les animaux ; la cérémonie en est bien différente. Ils font d'abord des libations avec du vin sur la tête de ces victimes humaines, les égorgent ensuite sur un vase , portent ce vase au haut de la pile, et en répandent le sang sur le cimeterre. Pendant qu'on porte ce sang au haut de la pile, ceux qui sont au bas coupent le bras droit avec l'épaule à tous ceux qu'ils ont immolés, et les jettent en l'air. Après avoir achevé le sacrifice de toutes les autres victimes, ils se retirent; le bras reste où il tombe, et le corps demeure étendu dans un autre endroit.

LXIII. Tels sont les sacrifices établis parmi ces peuples; mais ils n'immolent jamais de pourceaux, et ne veulent pas même en nourrir dans leur pays.

LXIV. Quant à la guerre, voici les usages qu'ils observent. Un Scythe boit du sang du premier homme qu'il renverse, coupe la tête à tous ceux qu'il tue dans les combats, et la porte au roi. Quand il lui a présenté la tête d'un ennemi, il a part à tout le butin ; sans cela , il en serait privé. Pour écorcher une tête, le Scythe fait d abord une incision à l'entour , vers les oreilles , et , la prenant par le haut , il en arr»* che la peau en la secouant. Il pétrit ensuite

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HlSTOIftE D'HÉRODOTE.

cette peaa entre ses nlaiAs i après en avoir enlevé toute la chair avec une côte de bœuf; ec , quand il l'a bieâ amollie , il s'en sert comme d'une seilriette. Il la suspend à la bride du cheval qu'il inonie^ et s'en hii honneur: car plus un Scyibe peut avoir de ces sortes de Serviettes, ()lu$ U est estimé vaillant et conrageut. II s'en trouve beaucoup qui cousent ènseiiibie des peailx humaines ^ eomlne des capes de bergers , et qui 8*en font des vêtements. Plusieurs aussi écOrchtniy jusqu'aux ongles inclusivement» la main droite des etinemis qu'ils ont tués, et en font des couvercles à leurscarquois. La peau d'homme est en effet épaisse; et, de toutes les peaux , c'est presque la plus brillante par sa blancheur. D'auur^ enfin écorchentdes hommeB depuis les pieds jusqu'à la tête; et, lorsqu'ils ont étendu leurs peaux sur des morceaux de bois , ils les portent sur leur chevaux, telles fiont les coutumes reçues parmi tes peuples.

LXY. Les Scjrihes n'emploient pas> l'usage que je vais dire , tontes Sortes de têtes indifféremment; mais ceHès de letirs plus grands ennemis. Ils scient le crâne au-dessous des sourcils, et le nettoient. Les pauvres se contentent de le revêtit* par-de!K>rs d'M morceau de cuit* de bœuf» sans apprêt : tes riches non-seulement k couvrent d'un moroeau de peau de bœuf, mais ils le dorent anssî en dedans » et s'en servent, tant les panvres \qne les riches, comme d'une ooape à boire. Us font la teême ^hose des têtes de leurs proches, si âiprès avoir eu qnelque querelle ensemble, ils ont remporté sur eux la victoire en présence dtt roi. S'il vibnt chez eux quelque étranger dont ils fassent caS, iis lui présentent ces fiéles , lui content comment ceux à qai elles appartenaient tes otn aitat^aés, quoiqu'ils fussent leurs parents, et comment tk les ont vaincus. Ib .en tirent vanité et appellent cela des actions de valeur.

LXVL Chaque gouverneur donne , tous les ans , un festin dans son nome^ oii Ion sert du vin mêlé avec de Teau , dans un cratère. Tons ceux qui ont tué des ennemis boivent de ce vin: ceux qui n'ont rien fuit de semblable, n'en goûtent point. Ils sont honieusement assis à part ; et c'est pour eux une grande ignominie. Tous ceux qui ont tué un grand nombre d'ennemis, boivent» en même temps, dans deux coupes jointes ensemble.

LXVII. Les devibs sbnt ëà gtand neAibre parmi les Scythes , et se servent de baguettes de i^aules pour expliquer la divination. III apportent des inisceaux de baguettes» les délient^ et, lorsqu'ils ont mis à part chaque baguette^ ils président à l'avenir. Pendant qu'ils fdnt ees prédictions \, ils reprennent les baguettes l'une après l'autre, et les retfieitent ehsembie; ils ont appris de leurs nncGtrek cette Sbrte de divination. Les Énarées, qui sont des hommes efféminés , disent qu'ils tiennefa't ce don de Vénus. Ils se servent , pour exercer leur hrl, d'écorce de tilleul, ils fendent en trois cette écorce , l'entortillent autour de fëuv*s doigts , puis ils la défont et annoncent ensuite l'avenir.

LXVUI. Si le roi des Scythes tombe malade^ il envoie chercher trois des plus célèbres d'en^ tre ces devins > qui exercent leur art de la maliière que nous avons dit. Rs lui répondent ordinairement que tel et tel ^ dont ib disent en même temps les noms ^ ont fait uil faux eerment , en jurant par les lares du pnlab. Les Scythes en eifet jurent assez ordinairement ptr les lareis du palais quand ib venfcnt foire le plus grand de tous les serments»

Aussitôt on saisit l'aocusé^ l'nti d'un cM » l'autre de l'autre: ^uand on l'a amène*, ils M déclarent que par l'art de la divination , iln sont s&rs qu'il a fait un fiaax serment en jnrMt par les lares du palais^ et qn'anisi M est la cause de la maladie du roi. Si l'accusé nie te crime et s'indigne qn'on ait pu le M knptiter , le roi fait venir le double d'amres devins. 6i <5eux-d le convainquent de parjure , aussi par les règles de h divination , on lui trandie émt^ le-diamp la kête> et ses biens sont confisquât an profit des premiers devins. Si les devins , que le roi a mandés en second lien , le déclarent innocent, <M en fait venir d'autres^, et puis d*autt*es encore; et s'il est déchargé de Faoctisation par le phis grand no'mbre » la sentence qui l'absout est l'arrêt dé mot! des premiers devins.

LXIX. Voici comment on (es frit nfourîr : cm remplit de menn bois un chariot > auquel on attelle des bœufs ; on p!ace les devins an milieu de ces fagots, les pieds attachés, les mains liées derrière fe dos, et un baitlon à fat bouche. On met ensuite le feu aux bgois , et ron chasse les boeufe en les épouvantant. Piu*

MELPOMÊNE. - LIVRE IV.

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MOTS de fses antioflox sdnt brAléi ivea M derinsi d'autres se samvent à detni-brûlés < lorsque la flamme a coosoiné le iiitioit. C'eftt ain^ qu'on brûle les dethis, bon-seulemeiit pour ce crime» mais encore pour d'autres causes ; el on les appelle iîiux-devins.

LXX. Le roi fait mourir les enfanu mâleë de eeui qu'il punit de mort ; mais il épargne les filles. Lorsqne les Seylhes font un traité arec quelqu'un , quel qu'il puisse être , ils versent du vin dans une grande coupe dé terre , et les contractants y mêlent de leur sailg, en se firisànt de légères incidions au corps avec un couteau ou une épée : après qubi , ils trempent dUnI cette coupe i un cimeterre , des flèehès » une bacUe et un javelot. Ces cérémonies achevéeé» ils prononcent une longde formule de prières ) et boivent ensuite une partie de ce qui est dans la coupe ^ et; après eux, ieé personnes les plus distinguées de leur suite.

LXXI. Les tombeaux de létirs rdis sont dans le pays des Gefrhes « oit le Borysthènes commence à être naviguable. Quand le roi viebt à niohrir, ils font en cet endroit, une grande fosse carrée. Cette fosse achetée, ils enduisent le corps de cire, lui fendent le ventre ; et après l'avoir nettoyé et rempli de soucbet broyé , de parfumé , de graines d'ache et d'anis , ils le reeooseiH. On porte ensuite le corps sur un char, dans une autre province, dont les habitants ae coupent) comme les Scythes Royaux , un peu de l'oreille , se rasent les cheveux antoordela tête» se )bnt des incisions aux bra^, se déchirent le front et le née , et Se passent des flèches à travers lu main gahche. De là on poHe le borps du roi » sur un char , dahs une antre province de ses états ^ et les habitants dé eeHê eh il a été porté d'abord suivent le convoi. Qà^Êi on lui a feit partx>brir toutes les provimees et tontes les nations soumises à son obëissanoe» il arrive dans le pays des Gerrhes, arextrénrité deb Scythie, et on le place dans le lien de sa sépulture , sur un lit de verdure et de feuilles enussées. On plante ensuite , autour du oorps^ des piques , et on pose par-dés- SBsdés pièces de bois, qu'on couvre de branehes de saule. On met dans l'espace vide dé cette foese une des concubines du roi , qu'on a étranglée auparavant ^ son échanson, son caisinier » son écuyer , son ministre ^ un de ses

serviteuiHii des fehevatix j en ttd mol, lèsprë^ tnlces du resté de toutes les choses à son usage , et des coupes d'or : ils he t^cnnaîsseut en effet ni l'afgefit ni le t^iiivre. Gels inlt^ ils remplissent la fossé de terre , et travaillent tous , à l'ehvi l'un de l'autre^ à élever^ sur le lieu dOsM sépulture, un tertre très-haut ^

LXXll. L'année révolue , iU prennent, parmi le reste des serviteurs du roi , cent qui lui étaient les plus utiles. Ces serviteur^ SdAt toUÀ Scythes de nation ^ le Iroi h'ayànt pas d'esclavéâ achetés à prix d'argeht, et^e lai^àtlt Servir par ceux dé ses àujets à qui 11 l'ordonne. Ils étranglent une dttquanttiine dé 6^ serviteurs , avec un pareil nombre de ses plliâ beaux chevaux . I!^ leur ôterit les entrailles, leur nettoient le ventre; et; après l'avoir rempli de paillé, ilà té recousent. Ils posentsur deux pièces de bois Uh demi-cercle renversé , puis uii autre demi-cercle sur deux autres pièces dé bois, et plusieurs autres ainsi de suite, qu'ils attachent de la Hnénlô manière. lis élèvent ensuite, sur ces déml-cërcles, les chevatit , après leur avoir hli t>àsser des pieux , dans toute leur lohguetlr Jusqli'aii cot : les preraiersdemi-cerclessoutiennént 1^6 épaules des chevaux, et les autres les flancs et lu tiroupè; de sorte que les jambes , n'étant point appuyées, restent suspendues. Ils leur nieitent ensuite un mors et une bride , tirent lu bride en avant, et l'attàcheht à un pieu. Gela (hit, ils prennent le^ cinctuanté Jeuhes gens qu'ils ont étrangléi , les plaeeht chacuh stlr Uh theval , après leuh avoir fiilt passer , le long dé i*^pinè du dos Jusqu'au col , une perche , doAt l'éltrémité infërieUre s'embotte datîs le piktx qui traverse le cheval. Enfin lorsqh^ils ont arrangé ces (Cinquante cavalier)^ alkiour du tombeau , ils Se retit'ent.

LXXIII. Telles iont IfeS céréWoUîèS qu'ils observent aux obsèques de léuh foià. Quant au reste des Scythes, lorsqu'il meurt quelqu'un d'enire eux , ses plus proches parents le njettent sur dn chariot , et te cohdniseni dé inàisoti en maison che2 leurs amis : ces amis le reçoivent , et prépai'ent chacun Uh feSlîn à ceux qui accom|iagnent le t^orpà , et foùt pareillement

* Oa trooTe des choseï cerlduMs et fntA«MM« mit la s^puUare des Tartares dans FouTrage de M. Keooel , intitulé : The Geographical System of Uerodotus, p. 4(16, «es, 110.

HISTOIRE D'HÉRODOTE

servir au mort de tous les mets qu'ils présen« tent aux autres. On transporte ainsi de côté et d'autre le corps des particuliers pendant quarante jours; ensuite on les enterre. Lors^ que les Scythes ont donné la sépulture à un mort y ils se purifient de la manière suivante. Après s*étre frotté la tête avf*c quelque chose de détersif, et se Tétre lavée, ils observent» à regard du reste du corps, ce que je vais dire. Ils inclinent trois perches l'une vers l'autre ; et, sur ces perches, ils étendent des étoffes de laine foulée, qu'ils bandent et ferment le plus qu'ils peuvent. Ils placent ensuite, au milieu de ces perches et de ces étoffes , un vase , dans lequel ils mettent des pierres rougies au feu.

LXXIV. Il croit en Scythie du chanvre; il ressemble fort au lia , excepté qu'il est plus gros et plus grand. Il lui est, en cela , de beaucoup supérieur. Celte plante vient d'elle-même et de graine. Les Thraces s'en font des vêtements, qui ressemblent tellement à ceux de lin , qu'il fout être connaisseur pour les distinguer ; et quelqu'un qui n'en aurait jamais vu de chanvre les prendrait pour des étoffes de lin.

LXXV. Les Scythes prennent de la graine de chanvre , et s'étant glissés sous ces tentes de laine foulée , ils mettent de cette graine sur des pierres rougies au feu. Lorsqu'elle commence à brûler , elle répand une si grande vapeur, qu'il n'y a point en Grèce d'étuve qui ait plus de force. Les Scythes , étourdis par cette vapeur , jettent des cris conftis. Elle leur tient lieu de bain ; car jamais ils ne se baignent. Quant à leurs femmes, elles broient, sur une pierre rabotleuse , du bols de cyprès , de cèdre et de Tarbre qui porte l'encens ; * et lorsque le tout est bien broyé , elles y mêlent un peu d'eau , et eu font une pâte , dont elles se frottent le corps et le visage. Cette pâte leur donne une odeur agréable ; et , le lendemain quand elles l'ont enlevée , elles sont propres , et leur beauté en a plus d'cdat.

LXXVI. Les Scythes ont un prodigieux éloignement pour les coutumes étrangères ; les habiuints d'une province ne veulent pas niéme suivre celles d'une province voisiue. Mais il n'en est point pour lesquelles ils aient plus d'éloignement que celles des Grecs. Anacharsîs, et Scy-

■ Je M conçois pu oommoit ik peurent s'en procarfr» '

lès après lui en sont' une preuve convaincante. Anacharsis , ayant parcouru beaucoup de pays, et montré partout une grande sagesse, s'embarqua sur l'Hellespont, pour retourner dans sa patrie. Étant abordé à Cyzique, dans le tempsque les Cyzicéniens étalent occupésàcélébrer , avec beaucoup de solennité la fête de la mère des dieux , il lit vœu , s'il retournait sain et sauf dans sa patrie, d'offrir à cette déesse des sacrifices, avec les mêmes rits et cérémonies qu'il avait vu pratiquer par les Cyzicéniens , et d'instituer , en son honneur , la veillée de la fête. Lorsqu'il fut arrivé dans l'Hylée, contrée de la Scythie , entièrement couverte d'arbres de toutes espèces, et située près de la Course^l'AchilIes» il célébra la fête en l'honneur de la déesse , ayant de petites statues attachées sur lui , et tenant à la main un tambourin. Il fut aperçu en cet état, par un Scythe, qui alla le dénoncer au roi Saulius. Le roi , s'étant lui-même transporté sur les lieux , n'eut pas plus tôt vu Anacharsis occupé à la célébration de cette fête> qu'il le tua d'un coup de flèche ; et même encore aujourd'hui , si l'on parle d'Anacharsis aux Scythes , ils font semblant de ne le point connaître , parce qu'il avait voyagé en Grèce, et qu'il observait des usages étrangers. J'ai ouï dire à Timnès, tuteur d'Ariapithès, qu' Anacharsis était oncle paternel d'Idanthyrse, roi des Scythes, qu'il éuit fils de Gnurus, petit-fils de Lycus , et arrière petit-fils de Spargapithès. Si donc Anacharsis était de cette maison , il est certain qu'il fut tué par son propre frère. Idanthyrse éuit en effet fils de Saulius, et ce fut Saulius qui tua Anacharsis.

LXXVII. Cependant j'en ai entendu parler autrement à des Péloponnésiens. Ils disent qu'Anacharsis, ayant été envoyé par le roi des Scythes dans les pays étrangers, devint disciple des Grecs; qu'étant de retour dans sa patrie» il dit au prince qui l'avait envoyé que tous les peuples de la Grèce s'appliquaient aux sdences et aux arts, excepté tes Lacédcmoniens; mais que ceux-ci seuls s'étudiaient à parler et à répondre avec prudence et modération : mais cette histoire est une pure invention des Grecs. Anacharsis fut donc tué, comme on vient de le dire ; et il éprouva ce malheur pour avoir praqué des coutumes étrangères , et avoir eo commerce avec les Grecs.

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LXXVIII. Bien des années après, Scylès , fils d*Ariapithès , roi des Scythes , ent le même sort. Ariapitbès avait pliisieqrs enfants ; mais 3 avait eu Scylès d*une femme étrangère de la ville d'Istrie , qui lui apprit la langue et les lettres grecques. Quelque temps après , Ariapitbès fut tué, en trahison , par Spar(;apiihès, roi des Agathyrses. Scylès , étant monté sur le trône y épousa Opea, Scythe de nation, femme de SI» père , et dont le feu roi avait eu un fils , nommé Oricus.

Quoique Scylès Mt roi des Scythes , les coutumes de la Scyihie ne lui plaisaient nullement; et il se sentait d'autant plus de goût pour celles des Grecs , qu'il y avait été instruit dès sa plus tendre enfance. Voici quelle était sa conduite : toutes les fois qu'il menait l'armée Scythe vers la ville des Borysthénites , dont les habitants se disent originaires de Hilet , il la laissait devant la ville; et, dès qu'il y était entré il en faisait fermer les portes ; il quittait alors l'habit scythe , en prenait un à la grecque; et, v^tu de la sorte, il se promenait sur la place publique, sans être accompagné de gardes , ni même d'aucune autre personne. Pendant ce temps-là, on liaisait sentinelle aux portes , de peur que quelque Scythe ne laperçftt avec cet habit. Outre plusieurs autres usages des Grecs, auxquels il se conformait, il cAservait aussi leurs cérémonies dans les sacrifices qu'il offrait aux dieux. Après avoir demeuré dans cette ville un mois ou même davantage, il reprenait l'habit scythe, et allait rejoindre son armée. Il pratiquait souvent la même chose. Il se fit aussi bâtir un palais à Borysthènes, et y épousa une femme du pays.

LXXIX. Les destins ayant résolu sa perte , voici ce qui l'occasionna : Scylès désira se faire initier aux mystères de Bacchus. Gomme on commençait la cérémonie^ et qu'on allait lui mettre entre les mains les choses sacrées , il arriva on très-grand prodige. Il avait à Borysthènes, un palais, dont j'ai fait mention un peu auparavant. C'était un édifice superbe, et d'une vaste étendue, autour duquel on voyait des sphinx et des gryphons de marbre blanc. Le dieu le frappa de ses traits, et il fut entièrement réduit en cendres. Scylès n'en continua pas moins la réréuMHiie qu'il avait commencée. Les Scythes

reprochent aux Grecs leurs bacchanales, et pensent qu'il est contraire à la raison d'imaginer un dieu qui pousse.les hommes à des extravagances. Lorsque Scylès eut été initié aux mystères de Bacchus , un habitant de Borysthènes se rendit secrètement à l'armée des Scythes : f Vous vous moquez de nous, leur dit-if,

> de ce qu'en célébrant les bacchanales, le dieu

> se rend mattre de nous. Ce dieu s'est aussi

> emparé de votre roi; Scylès célèbre Bacchus,

> et le dieu l'agite et trouble sa raison. Si vous » ne voulez pas m'en croire, suivez-moi, et je i vous le montrerai >. Les premiers de la nation le suivirent. Le Borysthénite les plaça secrètement dans une tour, d'où ils virent passer Scylès avec sa troupe, célébrant les bacchanales. Les Scythes, regardant cette conduite comme quelque chose de très*affligeant pour leur nation, firent, en présence de toute l'armée, le rapport de ce qu'ils venaient de voir.

LXXX. Scylès étant parti après cela pour retourner chez lui , ses sujets se révoltèrent, et proclamèrent en sa place Octamasades , son frère, fils de la fille de Térès. Ce prince, ayant appris cette révolte , et quel en était le motif, se réfugia en Thrace. Sur cette nouvelle, Oc^ tamasades,à la tête d'une armée, le poursuivit dans sa retraite. Quand il fut arrivé sur les bords de l'Ister, les Thraces vinrent à sa rencontre. Mais , comme on était sur le point de donner bataille, Sitalcès envoya un héraut à Octamasades, avec ordre de lui dire : i Qu'estil l)esoin de tenter, l'un et l'autre, le hasard d'un combat? Vous êtes fils de ma sœur, et vous avez mon frère en votre puissance : si vous me le rendez, je vous livrerai Scylès, et nous ne nous exposerons point au sort d'une bataille. > Le frère de Sitalcès s'était en effet réfugié auprès d'Octamasades.

Ce prince accepta l'offre , remit son onde maternel entre les mains de Sitalcès, et reçut, en échange, son frère Scylès. Sitalcès n'eut I pas plus tôt son frère en son pouvoir, qu'il se I retira avec ses troupes ; et dès qu'on eut rendu I Scylès, Octamasades lui fit trancher la tête sur { la place même. Telle est la scrupuleuse exactitude des Scythes daqs l'observation de leurs lois et de leurs coutumes, et la rigueur avec laquelle ils punissent ceux qui en affectent d'étrangèi*es.

iSa HISTOIRE D'HÉRODOTE*

LXXXI. QiMBt à la population de la Scythie» on m'en a paiiédiversemeot, et je n'en ai jamais rjen pu apprendre àe certain : les nos m'ont flii que ce pays éiait très-peuplé* et les autres, qu'à pe cpippter qpie les vi^rit^Mes Scythes, ji fétaU P^- Vais vpici pp que j*ai vu par moi* marne.

Entre le Borysthènes et THypanis est un çeT\z\n canton qu'on appelle Ësmmpée. J'en ai ^jt m^nMpn iib peu plus baut, en parlant d'une toniaîne, dont les es^ux sont si amères, que celles d^ THypani^, dans lequel elle se jette, en sont tellement altérées» qu'il n'est pas possible d'en boire. Il y a dans ce pays un vase d'airain, six fois plus grand que le cratère qui se voit à Tembouchure du Pont-Euxin » et que Bausanias, fils de Clëonibrote, y a consacré. Je vais m fionn^r les dimensions , en faveur de ceu& qui ne l'ont point vu. Ge vase d'airain » qui est dans la Scytbie, contient aiséinent six cents amphores , et il a six doigts d'épaisseur. Les babitanls du pays m'ont dit qu*il avait été fait àfà ppînlas de flèches; que leur roi Ariantas» vouiiant savojr le nombre de ses sujets, commanda a tous les Scythes d'apporter chacun ^ae poinle de flèche, sous peine de mort ; qu'on lui en apports) en effet une quantité prodigieuse, doni il lit faire ce vase d'aj^ain, qu'il consacra dans le li^u qu on appelle Exampée, comme un OiOnument qu'il laissait à la postérité. Voilà ce qu» j'ai appris de la population des Scythes.

LXKXH. La Scythie n'a rien de merveilleux que les fleuves qui rarroseni ; ils sont très-considerabies, et en très-grand nombre. Mais, indépendamment de ses fleuves et de ses vastes plaines , on y montre encore une chose digne d'admiration , c'est l'empreinte du pied d'Hercules sur un roc près d u Ty ras. Cette empreinte ressemble à celle d un pied d'homme ; mais elle a deux coudées de long. Revenons maintenant au sujet dont je m'étais proposé de parler au commencement de ce livre.

Ll^XXIII. Dprius fit de grands préparaiilis contre les Scythes ; il dépédia de toutes parts des courtiers, pour ordonner aux uns de lever une armée de leire, aux siU'res d'équiper une 'floue y à d'aulres enfin de construire un pont de bateaux sur le Bosphore de Ihrai e. Cependant Ai'iabaue, fiis d'Uystas{)es et fyitve. de Darius, n'était nullement d'avis que le roi cotre-

prit de porter la guerre en Scythie. n lui représenta la pauvreté des Scythes ; mais, quand il vit que ses remontranpes, quoique sages, ne faisaient aucune impression sur son esprit, 3 n'insista pas davantage. Les préparatifs ache-» vés , Darius, à la tète de son armée, partit de Suses.

LXXXIV. Alors un Perse, nommé (fiobaziis» dont les trois fils étaient de cette expédition , pria Darius d'en laisser un auprès de lui. Ce prince lui répondit, comme à un ami, dnot la demande était modérée, qu'il les lui laissefait tous trois. Le Perse, charmé de cette réponse» se flattait que ses trojs fils allaient avoir leun congé ; mais le roi ordonna à ceux qui présidaient aux exécutions, de faire mourir tous leif enfants d'CEobazus; et, après leur mort, on les laissa en cet endroit-là même.

LXXXV. Darius se rendit de Suses à Chaicédoine, sur le Bosphore, oii l'on avait fait le pont. Il s'y embarqua, et fit voile vers les Oes Cyanées, qui étaient autrefois errantes, s'il faut en croire les Grecs. Il s'assit dans le lem'* pie, et de là se mit à considérer le Pont-^uxin : c'est, de toutes les mers, celle qui mérite le plus notre admiration. Elle a onze mille cent stades de longueur , sur trois mill^ trois cent^ de largeur, i l'endroit où elle est le plus large. L'embouchure de cette mer à quatre stades de large, sur environ six vingts stades de long. Ce col, ou détroit, s'appelle Bosphpre. C'était là où l'on avait jeté le pont. Le Bosphore s'étend jusqu'à la Propontide. Quant à la BrQpontide, elle a cinq cents stades de largeur, sur quatorze cents de longueur , et se jette dans 1 HeUespont, qui, dans l'endroit où jl est le moinslarge, n'a que sept stades de largeur, sur quatre cents de longueur. L'HeUespont communique à une mer d'une vaste étendue, qu'on appeite la mer Égre.

LXXXVL On a mesuré ces mers de (a manière suivante : dansles longs jours, un vaisseau fait en tout environ soixani^e et dix mitte orgyies de diemin, et soixante mille par nuit. Or de l'embouchure du Pont-Euxin au Phase, qui est sa plus grande longueur, il y a neuf joiirs et huit nuits de navigation : cela fait onze cent dix mille orgyies, c'est-à-dire, onze mille cent stades. De |a Sindîque à 'Ihémiscyre^ sur le Tlicrmodon, où le Pont-£uxin est le plus large.

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