TERPSICHORE
I. Les Përinthiens * n^ayant pas voutu se soumettre à Darius, les Perses» que ce prince avait laisses en Europe sous le commandement de Mëgabyze , commencèrent la conquête de l'Hellespont par celle de ce peuple. Les Paîoniens des bords du Strymon lés avaient auparavant fort maltraites dans une guerre qu^Is leur avaient fuite sur la rëponse d'un oracle. Cet oracle leur avait enjoint de marcher contre les Përiathiens, de les attaquer, si , lorsque les deux armëes seraient en'prësence Tune de l'autre, ceux-ci les provoquaient au combat en les appelant par ieur nom, et de se tenir tranquilles s'fls ne le faisaient pas. Les Paeoniens obéirent. Les Përinthiens ayant aasis leur camp devant la ville et vis-à-vis des Pseoniens , les défièrent à trois combats particuliers : l'un d'un homme contre un homme, le second d'un cheval contre un cheval, le troisième d'un cliien., contre un chien. Ils eurent le dessus dans les deux premiers combats , et charmes de cet avantage, ils entonnaient le Pœon , lorsque les Pœoniens conjecturant que c'était cela môme qu'avait voulu (aire entendre le Dieu, se dirent les uns aux autres : < l'oracle est accompli, fiiisons actuellement notre devoir; > et surle-champ ils les attaquèrent tandis qu'ils chantaient le Pa3on, et le% taillèrent en pièces ^ de manière qu'il en réchappa très-peu.
n. Tel fut l'avantage que les Pseoniens
« Hérodote oontbuie VbuUAte de Darin^^qn'il tfait interrompiie,ScsuY da dernier lifre, pour parler de la {Jlyye.
avaient auparavant remporte sur ces peuples ; mais en cette occasion-ci les Përinthiens combattirent généreusement poui* leur liberté contre Mëgabyze , qui ne dut la victoire qu'au nombre de ses troupes. Përinthe Soumise, Mëgabyze parcourut la Thrace avec son armée, en subjtigua toutes les villeset tous les peuples, et les foçonna au joug, suivant leà bfdres qu'il en avait reçus de Darius.
m. LesThraees sont, du moins après les Indiens, la nation la plus nombreuse delà terre. S'ils étaient gouvernés par un seul homme , ou s'ils ëUiient bien unis entre eux, ils seraient, à mon avis, le plus puissant de tous les peuples; mais cette union est impraticable, et c'est cela même qui les rend faibles. Ils ont chacun uii nom différent , suivant les différents canlon$ qu'ils occupent ; cependant leurs lois et leurs usages sont en tout à peu près les mêmes, excepté chez les Gèles , les Tràuses et ceux qui habitent au-dessus des Créstonîens.
IV. J'ai parlé ailleiirs * des coutumes des Gètes qui se disent immortels ; quant à celles des Transes , elles ressemblent parfaitement aux usages du reste des Thraces , excepté ^n ce qui regarde les ^enfants nouveau-nés et les morts. Lorsqu'il naît chez eux un enfant , ses parents, assis autour de lui, font uneënumëration de tous les maux auxquels la nature humaine est sujette, et gémissent sur le sort fâcheux qu'il doit nécessairement éprouver
* Ut. pr,t scin,sciy, icv et scvi.
pen()ant su, vie. Mais si quelqu'un meurt , ils { en lëmoigneDt de la joie , en les mettant len terre, et se réjouissent du bonheur qu'il a d'ô- Ire délivré d*ujie infinité de maux.
V. Chez les peuples qui demeurent au-dessus des GrestoniënSy chaque particulier a plusieurs femmes. Lorsqu'un d'entre eiiï vient à moutir, il s'élève entre ses femmes de grandes contestations, pour savoir celle qu'il aimait le mieux f et ses amis s'intéressent vivement à celte dispute. Celle en faveur de qui on prononce uu jugement si honorable, reçoit les éloges de la compagnie. Son plus proche parent Timmole ensuite sur le tombeau det son mari , et on l'enterre avec lui. Les autres femmes sont très-affligées de cette préférence; cest pour elles un irès-^and affront,
YL Les autres Thraces ont. coutume de vendre leurs enfants, à condition qu'on lesemmèr nera hors du pays. Us ne veillent pas sur leurs filles , et leur laissent la liberté de se livrer à ceux qui jeur plaisent; mais ils gardent étroitement leurs femmes et les achètent fort cher de leurs parents. Ils portent des stigmates sur le corps : c'est chez eux une marque de noblesse ; il est ignoble de n'en point avoir. Riçn de ai beau à leurs yeux que l'oisiveté » rien de si honorable que la guerre et le pillage » et de si méprisable que de travaillera la terre. Tels sont leurs usages les plus remarquables.
VU. Ils n'adorent que Mars , Bacclms et Diane ; mais les rois seuls honorent principalement Mercure, dont ils se croient descendus, et ne jurent que par lui,
YIIL Voici comment se font les funérailles des gens riches. On expose le mort pendant trois jours, et après avoir immolé toutes sortes d'animaux, on fait un festin auqueljes pleurs et les gémissements servent de prélude. On lui donne ensuite la sépulture , soit en le brûlant , soit en le mettant en terre. On élève après cela un tertre sur le lieu de la sépulture, et on célèbre des jeux de toute espèce , avec des prix dont les plus considérables sont adjugés aux combats particuliers» à cause de l'estime qu'ils en font*
IX. On ne peut rien dire de certain sur les peuples qui habitent au nord de la Thrace. Ha» le pays an-deià de l'Ister parah désert et immense, et n'est occupé, autant que j'ai pu
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l'apprendre , que par les Sigynnes; Leurs habits ressemblent à ceux des Mèdes. Leurs chevaux sont petits et camus ; leur poil est épais et long de cinq doigts ; ils. n'ont pas assez de force pour porter les hommes ; mais attelés à un char, ils vont très- vite, et c'est la raison qui engage ces*peuples à faire usage de chariots. lis sont limitrophes des Venètes qui habitent siir les bords delà mer Adriatique , et prétendent être une colonie de Mèdes. Mais je ne puis comprendre comment des Mèdes se sont transplantés en ce pays ; cependant tout est possible avec le temps.
X. Les Thraces assurent que les pays audelà de l'Ister sont remplis par des abeille^ qui empêchent de pénétrer plus avant. Gela me paraît d'autant moins vraisemblable , que cet insecte ne peut supporter un grand ft-oid ; je crois plutôt que la rigueur du cliinat rend inhabitables les pays situés sous l'Ourse. Voîlà ce qu'on dit de cette contrée, dont Hégabyze subjugua les côtes.
Xr. Darius n'eut pas plus tôt traversé THellespont , qu'il se rendit à Sardes , où s'élant rappelé le service d'Hisiiée de Miletet favîsde Coès de Mytitène, il les manda en cette ville , et remit à leur choix la réeornpetise qu'Us desiraient. Hisiiée, qui était déjà tyran deMitet , ne souhaitait point d'autre tyrannie * ; il te contenta de demander Myrcine, canton des Ëdoniens , oii il avait intention de bâtir une ville. Quant à Coès, comme il n'était point tyran, mais simple particulier, il choisit la tyrannie de Mytilène. Ayant obtenu tous les deux ce qu'ils désiraient, ils se mirent en route.
XH. Un spectacle, dont Darius fut témoin, fit naître à ce prince Tenvie d'ordonner a M égabyze de transporter tes Pseoniens d'Europe en Asie. Pigrès et Mastyès , tous 4eu\ Paeôniens, aspiraient à devenir tyrans de leut* patrie. Dès que Darius eut repassé en Asie , ils se rendirent à Sardes avec leur sœur qui était belle et d'une taille avantageuse ; et ayant cpié le moment oii ce prince était assis dans le faubourg des Lydiens , ils parèrent leur sœur te mieux qu'ils purent, et l'envoyèrent quérir de l'eau. Elle portait un vase sur la tète , menait
> iM tyrfouiie eit Féta^do tyran, pomme le royaome cit oelni du roi.
un cheval par la bride, qui éiaît entortillée aulourdeson bras, et filait du Ko. Darius la voyant passer, y fit d'autant plus d*aitention , que sa conduite ëlait contiaire aux usages des femmes de Perse, de Lydie, et même du reste de TAsie. Celte raison la lui ayaut fait remarquer, il ordonna à quelques-uns de ses gardes de la suivre, et d'observer ce qu'elle ferait de son cheval. Ils la suivirent ; elle alla à la rivière, fit boire son cheval, et ayant rempli d*eau sa cruche , elle revint par le même chemin , ' sa cruche sur la tête , la bride du cheval passée autour du bras , et tournant son fuseau.
XIU. Darius, étonné du rapport de ses gardes et de ce qu'il avait vu lui-même , se la fil amener. Lorsqu'elle fut devant lui, ses frères, qui observaient tout d'un lieu voisin, se présentèrent aussi. Darius Tayant interrogée sur son pays, ces jeunes gens ré/>ondirent qu'ils étaient Paconiens, et qu'elle était leur sœur. Ce prince leur demanda de nouveau ce qu'ils étaient venus (aire à Sardes, quelle espèce d'hommes étaient les Paeoniens, et en quel endroit de la terre ils habitaient. Ils lui dirent qu'ils étaient venus lui offrir leurs services , que la Pieonie avec ses villes était située sur les bords du Strymon, que ce fleuve n'était pas éloigné de THeliespont, qu'ils étaient Teucriens d'origine, et colonie de Troie. Telle fut leur réponse à chacune de ses questions. Il vouhit encore savoir si les femmes de ce pays étaient toutes aussi laborieuses que leur sœur, c Oui, seigneur, > répondirent-ils sans balancer. Tout leur manège, en effet,. n'avait eu pour but que d'amener cette réponse*
XIY . LâKlessus Darius écrivit à Mégabyze , qu'il avait laissé en Thrace avec une année sous ses ordres , defaii*e sortir les Paeoniens de leur pays, et de les lui amener avec leurs femmes et leurs enfants. Aussitôt un courrier à cheval se rendit en diligence sur l'Hellespont, et, l'ayant
HISTOIRE D'HÉRODOTE. ^ at . j.-o.
bjze, instruit qu'ils gardaient avec toutes leurs forces réunies les passages du côté de la mer^ prit par le haut des terres avec ses guides , et étant tombé sut leurs villes à l'improviste et avant qu'ils s'en doutassent , il s'en empara d'autant plus aisément, qu'il ne s'y trouva personne pour les défendre. Les Pœoniens,^ apprenant que leurs villes étaient au pouvoir de l'ennemi^ se dispersèrent sur-le-champ, et chacun étant retourné chez soi, ils se rendirent aux Perses. Ainsi une partie des Pœoniens» c'est-à-dire, les Siro-Pseoniens, lesPseoples, et ceux qui occupaient cette étendue de pays qui va jusqu'au lac Prasias, furent arrachés de leurs demeures et transportés en Asie.
XVI. Les Paeoniens des environs du Mont Pangée, les Dobères, les Agrianes, les Odomanies , et les Paeoniens du lac Prasias, ne purent être absolument subjugués. Mégabyze essaya néanmoins de soumettre ceux-ci. Leurs maisons sont ainsi construites. Sur des pieux très-élevés , enfoncés dans le kic, on a posé des planches jointes ensemble : un pont étroit est le seul passage qui y conduise. Les habitants plantaient autrefois ces pilotis à frais communs; mais dans la suite il fut réglé qu'on en apporterait trois du Mont Orbelus à chaque femme que Ton épouserait. La pluralité des femmçs est permise en ce pays. Ils ont chacun sur ces planches leur cabane avec une trappe * bien Jointe qui conduit au lac ; et dans la crainte que leurs enfouis ne tombent par celte ouverture, ils les attachent par le pied avec une corde. En place de foin, ils donnent aux chevaux et aux bétes de somme du poisson. Il est si abondant dans ce lac , qu'en y descendant par la trappe un panier^ on le rçtii^e peu après rempli de poissons de deux espèces , dont les uns s'appellent papraces et les autres tilons.
XVII. On mena en Asie ceux des Paeoniens qui furent subjugués. Celte expédition achevée.
traversé, il remit la dépêche du prince à Mé- j Mégabyze dépêcha en Blacédoine sept Perses
gabyze. Ce général en ayant fait lecture , prit des guides en Thrace , et marcha avec son armée contre la Pœonie.
XV. Sur la nouvelle que les Perses marchaient contre eux , les Paeoniens se disposèrent à les repousser, et se rendirent avec leurs forces sur les bords de la mer, s'imaginant qu'ils seraient attaqués par cet endroits mais Méga-
qui tenaient après lui le premier rang dansf l'armée, pour demander à Amyntas la terre et l'eau au nom de Darius. Du lac Prasias en Ma* cédoine , il n'y a pas loin. *£n effet , la mine qui
* J'imagine que on portas §e levaieot et s'tlitiiMieMt cooime DOS pools -leTJs. Le cataractes des aDcieos te ie« ?aite( s'aliaissait aussi, mais en seos contraire.
TERPSICHORE. — LIVRE V
lapporta dans la suite à Alexandre un talenl^ par jour \ touche à ceiac. Après cette igine, est le Mont Dysorum ; lorsqu'on Ta passé i on est en Macédoine.
XyiIL Les députés de M^abyze ne furent pi^ plus t6t arrivés, qu'ayant été introduits auprès d'Amyntas, ils lui demandèrent au nom de Darius la terre et Veau ; ce que ce prince accorda. Les ayant ensuite invités à Iqger dans son palliSy il leur donna un repas magnifique» et les accueillit avec beaucoup de bienveillance. Après le repas, comme on buvait à Tenvi l'un de l'autre , les Perses s'adressant à Amyntas : c Notre hôte, lui dirent-ils, quand nous donnons un grand repas , nous sommes dans l'usage
> d'introduire dans la salle du festin nos
> concubines et nos jeunes femmes, et de les » faire asseoir à côté de nous. Puisque vous
> nous recevez avec tant de bonne volonté et
> de magnificence, et que vous vous soumettez à » Darius, conformez-vous à nos coutumes. — Les » nôtres sont différentes , répondit Amyntas ,
> et ce n'est point l'usage parmi nous que les
> femmes se trouvent avec les hommes ; mais
> puisque vous souhaitez encore ce témoignage
> de notre déférence, vous êtes nos maîtres,
> vous serez obéis. > Aussitôt il envoya chercher les femmes. Lorsqu'elles furent arrivées, elles prirent place à côté l'une de l'autre et en face des Perses. Ceux-ci les voyant si belles , dirent à Amyntas qu'il n'était pas bien ù lui de les tenir si éloignées, et qu'il aurait mieux valu qu'elles ne fussent pas venues du tout, que de ne point s'asseoir à leurs côtés , et de se placer vis-à-vis d'eux pour être le tourment de leurs yeux. Amyntas, cédant à la nécessité, ordonna aux femmes de se mettre à côté des Perses. Elles obéirent, et sur-le-champ ceuxci, échauffés par le vin, commencèrent à leur prendre le sein et à vouloir les embrasser.
XIX. Amyntas, quoique affligé du spectacle qu*il avait sous les yeux, se tenait cependant tranquille , tant était grande la frayeur que lui inspiraient les Perses. Mais Alexandre son fils , qui était jeune, et qui n'avait pas encore éprouvé de c^hagrins , se trouvant à ce repas , ne put se <x>otenir plus long-temps ù la vue de ces indignités. Ayant peine à tes supporter, il diii
' 5,400 Ht. Aleiaodre, flto d'Am^ntai , dont il est parlé ^ %Mx el fukr. , ttr . tu , S ci«xxui ; Ht. tni , S cxnii.
Hérodote.
Amfntas: c Cédez, .n)on père, à votre âge;
> reiirez-vous , et allez vous reposer, sans as-
> sisier plus long-temps à cette débauche. Je
> resterai , et j'aurai soin que rien ne manque
> à nos hôtes. > Amyntas comprit qu'Alexandre roulait dans sa léte quelque funeste projet, c Je «crois, mon fils, lui dit- il, m'apercevoir à
> votre discours que vous êtes échauffé, et que
> vous voulez me renvoyer pour exécuter quel*
> que dessein que vous méditez ; mais je vous
> conjure de ne rien entreprendre contre ces
> hommes-ci, de crainte que vous ne soyez
> cause de notre perte ; voyez plutôt leurs ac- 1 tions sans vous émouvoir. Quant à moi , je » cède à vos iustances, et je me retire. >
XX. Amyntas étant sorti en finissant cette prière, Alexandre cdressala parole aux Perses: c Amis, si vous souhaitez les faveurs de toutes
> ces femmes, ou seulement de quelques-unes 1 d'entre elles, vous n'avez qu'à me le déclarer,
> vous aurez toutes les facilités qui dépendront 1 de moi. L'heure de se retirer s'approche, et
> je vois que le vin vous a inspiré de la gaîté.
> Permettez , s'il vous plaît , qu'elles aillent
> prendre le bain, elles reviendront ensuite vou» » trouver. »
Ce discours fut approuvé des Perses. Les femmes sortirent , et Alexandre les envoya dans leur appartement. Il fit ensuite habiller en femmes un pareil nombre de jeunes hommes sans barbe , les arma d'un poignard , et étant rentré dans la salle avec eux : c Perses, dît-il, nous croyons vous avoir^onné un repas très-splendtde, et nous vous avons fait servir ce que nous avions de mieux, et tout ce qu'il a été possible de se procurer. Mais ce qui l'emporte sur tout, nous vous abandonnons avec générosité nos mères et nos sœurs, afin de vous convaincre que nous avons pour vous les égards que vous méritez. Ne manquez pas^ de votre côté, de rapporter au roi, qui vous a députés, l'accueil favorable que vous a fait un Grec , prince de Macédoine , et à table, et au lit. > Alexandre fit ensuiteasseoir a côté de chaque Perse un Macédonien , comme s*il eût été une femme; mais dans l'instant que les Perses voulturent les toucher , ces jeunes gens les massacrèrent.
XXL Ainsi périrent ces députés avec toute leur suite. Ils étaient en effet accompagnés d'un
là
Aifi
HISTOIRE D'HÊRODOtE.
ffrand nombre de valets , ée toitures , et d'un bagag[e très-considërable ; tout disparut avec eux. Peu de temps après, les Ferses firent des enquêtes suf ce meurtre ; mais Alexandre les arrêta par sa prudence , en donnant , avec de grandes sommes , sa sœur Gygée en mariage à Bubarès, Tun des commissaires nommés pour faire les infbrmations au sujet des officiersgénéraux qui avaient péri. Le bruit de leur mort fut ainsi étoufEé et enseveli dans un pro^ fond silence.
XXII. Ces princes * sont Grecs et issus de Perdiccas, comme ils le disent eux-mêmes ; j*en ai une connaissance certaine, et je le prouverai dans la suite de cette histoire. D'ailleurs , leS Hellanodices qui président aux jeux d'OIympie, l'ont ainsi décidé. Alexandre ayant en effet pris la résolulion de combattre à ces jeux, et s'étant présenté dans la lice , ceux qui devaient disputer le prix de la course voulurent lui faire don- 1 ner l'exclusion , alléguant que les Grecs seuls devaient être admis à ces jeux. Mais ayant prouvé qu'il était Argien, on jugea qu'il était Grec, et lorsqu'il se présenta pour le combat du stade, son nom sortit de l'urne avec celui du premier combattant.
XXIII. Mégabyze arriva sur les bords de f Hellespont avec les Pa^onietis, qu'il menait en Asie, et l'ayant ensuite traversé, il vint à Sardes. Ce seigneur, instruit qu*Histiée de Milet fermait déjà de murs Je lieu appelé Myrcine 'Sur le Sirymon, qu'il avait demandé i Darius, et que ce prince lui avait accordé pour le ré* compenser de ce qu'il avait gardé le pont de bateaux , ne Ait pas plus tôt ù Sardes avec les Pseoniens, qu'il en parla au roi. t Qu'avei-
> vous foit, seigneur, lui dit-il, en permettant » à un Grec habile et prudent de posséder une
> ville dans un endroit de la Thrace où il y a
> des mines d'argent et beaucoup de bois de » construction et propre à foire des rames? Ce » pays d'ailleurs est environné d'un grand nom- » bre de Grecs et de barbares « qui » le prenant » pour leur dief , le suivront jour et nuit par-
> tout où il voudra les mener. Réprimez, sei- » gnenr, cet homme entreprenant , de crainte » que vous ne vous trouviez engagé dans une » guerre domestique ; n'ayez cependant re-
4 Amyotai H Aleiradre.
i08 AT. I.-I2.
> cours qu'à des tnoyens doux. Maitdez-le, et
* lorsqu'il sera en voire puissance ^ empêchez-
* Je de jamais retourner en Grèce. »
XXIY. Ce discours d'un homme dont la vue excellente perçait dans l'avenir, persuada aisément Darius. Ce prince dépécha aussitôt aprts un courrier à Myrcine , avec ordre de dire i Histiée ? c Histiée , le roi Darius vous parle » ainsi par ma bouche i après y avoir bien pen- » se, je ne trouve personne qui ail peur moi i et pour mon gouvernement plus d'attachement
> que vous. J'en ai pour garants vos actions, et 9 non de vains discours. Je m'occupe actuelle- » ment de grands projets ; votre pr^ence m'est
> absolument nécessaire; je vous attends pour i vous les communiquer. »
Histiée, persuadé par ce discours, et tenadt à grand honneur d'être admis dans les con*> seils du roi , vint à Sardes. Darius lui dit à son arrivée ; « Je vous ai mandé , parce que depub » mon retour de 8cythie et votre absence, je » n'ai rien tant désiré que de vous revoir et de » m'entretenir avec vous, convaiacn qu'un ami » prudent et attaché à nos intérêts, est le bien
• le plus précieux. Or j'ai remarqué ces dmix » qualités en vous, et je puis en rendre témoi- » gnage. Je vous sais gré d'être venu. Ecoutes » maintenant ce que j*ai à vous proposer. Lais-
• sez là Milet et la nouvelle ville que vous bà- » tissez en Thrace; suivez-moi à Suses, tous
• aurez part à tous mes biens , vous mangerez » à ma table, et vous serez de mon conseil. >
XXV • Ce discours fini , Darius partit pour Suses avec Histiée , après avoir nommé Arta* phernes, son fière de père, gouverneur de Sardes, et Otanee, commandant des côtes maritimes. Celui-ci était fils de Sisamnès, l'un des juges royaux, que Camby ses avait Aiit mourir et écorcher après sa morti parce qu'il avait reçu de l'argent pour rendre un jugement injuste. On lui avait ensuite déooupé la peau par bandes, et Ion en avait couvert le siège où il rendait te justice. Cela fait, Cambyses donna au lils la place du père, lui recommandant d'avoir toujours ce sié^^'e présent à l'esprit.
XXVI. Cet Otanes, qui avait rendu la justice sur ce tribunal , succéda alors à Mégabyze dans le commandement de Tarmée. Il prit Bytance, Chalcédoine» Lamponium, et se rendit nuittre d'Antandros dans la Troade. Les Lesbiens lu'
\àfih*ê.
■yant MMiiê donne dee mlssèaux, iisubjugim iM tici de Umnoê ei tf Imbrc» , qui ëtûient eneore ftlon toutes deux habitées par des P^-
XXVII. Les Lemniens eombattireot coura- Semeoient, el firent une belle défense; mais Ils essuyèrent dans la Suite de fâcheux revers. l^s Perses donnèrent pour g^ouverneur à ceux qui survécurent à ce désastre , Lycarèle , frère deMëandrius, qui avait régné à Samos * . Ce Lyuarète^ mourut dans son gouvernement de Lemnos.
Otanes subjugua tous ces peuples» et les réduisit en esclavage, les accusant, les uns de «•avoir point aidé les Perses dans leur expédilion contre les Scythes , les autres d'avoir harcèle Tarmée de Darius à son retour de Scythie, Telto fut la conduite qu'il tint pendant qu'il commandait en ces quartiers.