‹ Choix des historiens grecsChapitre 52 sur 286 · XL. 1-es éphures, ayant délibéré surc<'lte · texte numérisé non relu

XL. 1-es éphures, ayant délibéré surc<'lte

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repense avec les sàiateurs » lui dirent : c Puisp qu^ vQus avez tant d'aitacbement pour votre » femme» suivez Tavis que nous allons vous » proposer» deorainie que par votre résistance » vous ne forciez les Spartiates à prendre con:- » tre vous quelque fâcheuse rdsolutiqp. Nous » ne vous pressons plus de renvoyer votre «femme, ayez pour elle les mêmes éfjfards; I mais épousezren encore une autre, dont vous ) puissiez avoir des enfants. » Anexaudrides y consentit. Il eut après c^la deux femmes et deux n^ai^ns, contre les usages de Sparte.

XIA. Peu de temps après» la seconde femme étant accouchée de Cléomènes dont nous par-? Ions , elle le présenui auK Spartiates , comme rhéijtier présomptif de la couronne. Lu première femme» qui avait été auparavant stérile , ayant aussi oençu vers ce temps-là , voici ce qui lui arriva. Elle était réellement enceinte ; mais les parents delà seconde femme , alarmés de cette nouvelle» fépandirent dans le public quelle faisait courir ces vains bruits dans le dessein de supposer un enfant. Comme ils en témoignaient leur indignation » rt que le temps pressait» les éphores, qui se défiaient d*elie , renvirqnnèrent et la gardèrent à vue pendant qu'elle at^coucbait. Elle eqt d*a)3ord Doriée , puis liéonidas eiensujte Cléombrpte. Quelquesuns disent aussi que Léonidas et Cléombrote étaient jumeaux. Quant à la seconde femme, qui fut mère de Cléomènes, et qui était fille de Prinétades et petite-fille de Démarmésès , elle n eut plus d autre enlant.

\Uh Un dit que Cléomènes n* avait pas Tesprit bien sain, et uiéiMe qu il était furieux, llgriée, au contraire, se distinguait parmi tous los jeiines gens de sor âge, et se persuadait que son courage et son mérite relèveraient au trdqe. Plein de cette idée, il fut irrité de ce que les l^oédémoniens avaient» après lu mort d'Apoitandrides, nommé, suivant les lois, Cléomene» , qui éiait son aine. Ne voulant point dépendra de ce pi inee , il alla fonder une colonie avec eem qu'il avait demandés. Il était tellement indigné, qu'il s'embarqua pour la Libye, sansconsulier Toracle sur le lieu où il l'établirait» et sans observer aucune des cérémonies usitées en pareille occasion. Il y arriva, «omluit p.'ir des T|icrcens qui lui serviri^nt de guides, et s'ctublii à Ciny|>s, très-beau canton

HISTOIRE D'HÉRODOTE. m k9.i^.

de la Libye , et sur les berds du; fleuve. Mais en ayant été chassé la troisième année par les Maces, peuple libyen d'origine, et pai> lea Carthaginois, il revint dans le Péloponnèse.

XLIII. Il y trouva Antichares d'*Éléon, qui lui conseilla, suivant les oracles rendus à Laîos» de fonder en Sicile , Héraolée , parce que le pays d*Éryx appartenait , disait*il » en entier aux Héraclides, par Tacquisition qu'en avait faite Hercules. Là-dessus il alla consulter rorat de de Delphes , afin de savoir s'il se rendirait maître du pays pour lequel il émit prêt à partir. La Pythie lui ayant répondu qu'il s'en em^ parerait , il monta sur b flotte qui l'avait mené en Libye, et longea les cAtes d'Italie.

XLIV. Les Sybarites se disposaient alors, comme ils le disent eux-mêmes, à marcher avae Télys leur roi contre la ville de Crotone. Ils ajoutent que les Crotoniates effrayés, prièrent Doriée de leur donner du secours , et qu# celui-(û leur en ayant accordé , ils attaquèrei|t avec lui la ville de Sybaris, et la prirent. Telle est la manière dont se condtiisit , au rapport des Sybarites, Doriée et ceux qui l'avaiaill suivi. Mais les Crotoniates assurant qn^ dana la guerre contre les Sybarites » ils p'empmiilr tèrent du serours d'aucun autre ^trapg^p» qu* de Callias d'Élée. Ce devin » de la race des jar mides , s était sanvé de chez Télys , tyran de Sybaris , parce que les entraillea de§ vieMmajl ne lui présageaient rien de favorable dans la guerre contre Crptone, et il s'était réfugié auprès d'eux. Tel est le langage qqe tiennent las Crotoniates.

XLV* Voici les preuves qu'en apportent lef uns et les autres. Celle des Sybarites «oat» d'un c^té, le bots sacré et le temple ^^e fil élever Dorice près du torrent de Crafhis , k Minerve Cratbienne , après avqir pris leur vill# avec les Crotoniates : d'un autre, la i^ort de Doriée, et c'est (a plus forte prenve qu'ils puissent donner, parce qu'il fut tué poiir avoir agi contre les ordres de îoracle. Car t si ^u ))W de les transgresiier, il les e4t accomplia fifi allant au lieu qù il l'enyoyqi) ^ il se seipit egiparé du pays d'Épyx, Taiirait conservé , fif n'aurait pas p^ri Iqi-méme avec soft armée. Mais les Crotoniates prouvent ce qu'ils dJ^^P( par les terres qu'ils donnèrent dans leur pays à Callias dËIce ; sa postérité en joui«s)|i| en*

oore de pooii temps. Ikpe $rent rieo de pareil» QÎ pour I)orîëe, fii poiir os desceodauts ; et cepeodaqt, 8*ib eo av^ieat reçu du sefH>urs daii§ la guerre poutre les Sybarite , ils Imî aqnii#at ^it des dam l>e9qpoup plus considér^ies qu a CalHa^. Ou vient de voir (es téipoît gD^§ d^s qii« et ie^ f^utr^s; cbacuo peut SDJvr^ I-apinipo qui Imî plaira le plus.

XLV|. Qudqu^ autres Spartiates» tels que Tb^ssaius» Parébates, Celées et EiiryléoQ, s étaient joints à Doriée pour aller fonder uoe çolqfiif . torsqu ils furent arrivés en Sicije avec tpute I9 flotte y ils furent battus par le^ Pbé? qipeiis* et les habitants d'iËgesie, et pt^rirent dans le çofpb^ti e^pepiëËurylépp , le seul des as^^ de Poriée qi^ji ëcbappg. Celi|i-ci r^s* senibl^ 1^ débris de Y^rç^t s'^n)para de ^fjqoa ^ y colonie de SéliuMOte, et d^livrales S^ liniisi^psdM tyran Pyth^goremiaiSfipr^raYoir renversé du trône , lui-même il en prit possef-t ^m » ^t gouverna despquqvem^nt* Son règne ne fiit pas long» Les Sélipiisîens sa «oulevèrenti ef )e mnss^erèrent près de TaMte) de Jupiterr Agoréen , où il s'était réfugié.

Xl\\h Philippe} fiU de Bniacides, citoyen d^ Crptop^ 9 accompagna Dorite, ^t pérît avec lui* 11 4Vîlît été banni de Crot^ne pour avoir fiancé 1^ ^i|e de Telys , tyran de Sybaris; mais ayant été fiuatré dp ce niarij|g0, il s'efpbarqui^ pour Cyrène. H en partit ensuite sur une trj*r rènm qni lui appartenait en propre , et snivit poriée avec des soldats qu'il avait pris à sg solde, 11 nvfiit remporté le prix aux jeux plym* piqufss » et c'était |e plus bel homme qu'il y eftt alQrs en Qrèpe. Les habiianu d*i£gesi§ lui rendirent» '4 canse de sa beanté, de^^ honneur^ qne nnl antre pavait reçus avant lut. fis Ini élevèrent ^r le lieu de sa sépulture tinp chapelle çomw. à nn h^fc^t ^U ik lui offrirent des sacrifices poiir ae le rendre prppice.

Xl^VIlL Ain^ mourut ôoriée. S'il fni r^^

à Sparte, et qn*il e^t pu se rn^Qlldre à vivre «OHS la dpmipatipn d^ Qléoqi^ea , i\ ^nrait éM rpi de I^otHédémone, Cléoniène^ régna peu de tamps» il mQ^vm ^m enfaniA miklos, et ne lain* tu qu'opp fille unnumée Qorga.

■ Les Carthaginois, qoi éUieot Pbënioienf d'origine, et que les Latins appelaient Pomi.

* Cette Tille porta depais le nom d'Uénwlèf ,

T£RPSIGHO|Œ, ^UVRfi V.

XI^IX* Aristagoros S tyran de Jtfilet» arriva donc à àiparte » tandi# qne Cléontènes en occut pait le trÂne. U vint pour s'aboucher avec lui , comme le disent les l^acédpmopîen^. Tapant à la main une plannbe da nnivre » sur laquelle était gravée la circqnfi^en^ pntière de }a terre avec tonte§ lea mers et les rivières dppt elle est arrosée , il lui parla en pes termes : c Cléomènes , ne soyea point étonné de mon empressement à me rendre ici. Les affiiirea sont urgente^. U s'agit de la liberté des Iot niens. Si leur esclavage est ponr nous uo opprobre, un sujet de douleur» à plus forte raison doit-il l'être pour vous, qui êtes les premiers de la Grèce. Ils sont vos parents , ils sont vos frères ; délivrez^les de la servitude » je vous en conjure au nom des dieux des Grecs. Cette entreprise est aisée. Les bar* bares ne sont point belliqueux; et vous, vous êtes parvenu par votre valeur au plus haut degré de gloire qu'en puisse obtenir par les armes. Ils ne se servent dans les batailles que de l'arc et de courts javelots ; ils se présentent au combat avecdes babi is embarrassan te, et la tiare en tête , ce qui fait qu on peut U% vaincre facilemeni. Les peuples de ce pontinent sont plus riches que tous |es autres peu-\ pies ensemble en or , en argent, en cuivre, en éioffes de diverses ponlenra , en bêtes de charge et en esclaves. Tons ces biens seront è vous, si vous le voulez. Ces pays se toueiient, comnie je vais vous le montrer. Les Lydiens sont voisina des Ioniens ; leur pays, est fertile et riche en argent. En disant cela, il lui montrait ces peuples sij' l^ <^i'^ tle la terre tracée sur la plancha de cuivre. Les Phrygiens sont ix l'est , continuait Aristogoras ; ils confinent aux Lydiens 1 leur piiys est , de tous eeux que je connais , le pins abondant en bestiaux et le plus fertile en blé- Viennent ensuite les Cappadociena , qne nous nonn mons Syriens ' : et après eu)^ les Cjliciens , qui s'étendent jusqu'à ceUe H}er-<4 , QÙ est nie de Cypre. Ib paient an roi un tribu» a?.-

* HéKXJote reprend ici la narration qu'il avait interroni • pue, S- XXXIX, par une digression sur les enfints d'Aqftiaiidridei, et psrticnlièirçnient sur Isy nveuinres de OpriâB, Mre de Qépnièncs.

* Us Leufio-Synepf •

HISTOIHE D'HERODOTE.

» nuel de cinq cents talents *. Les Aridëniens

> les suivent , ils ont aussi beauoonp de bétail.

> Les Bfatianiens leur sont contigus, et occu- » pent ce pays» Ils touchent à la Cissie , qu*ar-

> rose le Choa^pes , et sur lequel est située la

> ville de Suses , oii le grand roi iait sa rési-

> dence, et où sont ses trésors. Si vous prenez

> cette ville , vous pourrez avec confiance le

> disputer en ritthesses à Jupiter même. Mais

> vous vous battez contre les Messéniens.qui vous

> sont ëgfsuxen forces, et contre les Arcadiens

> et les A rgiens, pour un petit pays qui n'est pas

> même aussi fertile que celui-là , et pour re- » culer un peu les bornes de votre territoire. » Remettez ces {guerres à un autre temps. Ces » peuples n'ont ni or , ni argent ; et ce-

> pendant co sont ces métaux qui excitent la

> cupidité , et qui nous portent à risquer notre i vie dans les combats*. Il se présente une occa- » sion de vous emparer sans peine de l'Asie » entière : que pourriez*\ous souhaiter de

> plus ? >

Aristagoras ayant ainsi parlé : < Mon ami , reprit Cléomènes , je vous rendrai réponse dans trois jours. >

L. Les choses ne furent pas portées plus loin dans cette conférence : le jour fixé pour la réponse étant venu , ils se rendirent au lieu dont ils étaient convenus. Alors Cléomènes demanda à Arista{;orâs , combien il y avait de journées de la mer qui baigne les cdtes de l'Ionie, au lieu de la résidence du roi. Quoique Aristagoras eût jusqu'alors trompé Cléomènes avec beaucoup d'adresse , il Ht ici une fausse démarche. Il devait en effet déguiser la vérité, s'il avait du moins dessein d'attirer les âipartiates en Asie; mais au lieu de le faire , il répondit qu'il V avait trois mois de chemin. Cléomènes Tinterrompit sur-le-champ, et sans lui permettre d'achever ce qu'il se préparait à dire sur ce chemin : < Mon ami , lui dit-il , en proposant aux Lacédémoniens une marche de trois mois par-delà la mer , vous leur tenez un langage désagréable. Sortez de Sparte avant le coucher du soleil. >

LI. En finissant ces mots , Cléomènes se retira dans son palais. Aristagoras l'y suivit , une

■ 2,700,000 liv. Voyez aussi Ht. m , S. xc, où il est parlé de l'emploi qai se faisait de cet argent et de trois cent soixante cbevaax blaccs qa*ib donnaient au rot.

branche d'olivier à la main , et allant droit au foyer, comme un suppliant, il le conjura de l'écouter, et de faire retirer Gorga sa fille, jeune enfant de huit à neuf ans , le seul qu'il eût , et qui était alors auprès de lui. Cléomènes lui répondit qu'il pouvait dire ce qu'il souhaitait, et que la présence de cette enfant ne devait pas l*arréter. Alors Aristagoras lui promit d'abord dix talents * , en cas qu'il lui accordât sa demande, et sur le refus de Clomènes , il augmenta la somme , et vint peu à peu jusqu'à lui offrir cinquante talents '. Mais la jeune Gorga s'écria : • Fuyez, mon père, fuyez; cet étranger vous corrompra. > Cléomènes, charmé de ce conseil, passa daus une autre chambre, et Aristagoras se vit contraint de sortir de Sparte , sans pouvoir trouver davantage l'occasion de lui faire connaître la route qui mène de la mer au lieu de la résidence du roi. En voici la description.

LU. Il y a sur toute cette route des maisons royales ou stathmes , et de très-belles hôtelleries; ce éhemin est sûr, et traverse des pays très-peuplés. On voyagé d'abord en Lydie et en Phrygie, et l'on y rencontre vingt stathmes en quatre-vingt-quatorze parasanges et demie. Au sortir de la Phrygie, vous trouvez l'Halys, sur lequel il y a des portes , qu'il fiiut nécessairement passer pour traverser ce fleuve , et un fort considérable pour la sûreté de ce passage. Vous parcourez ensuite la Cappadoce» jnsqu'aux frontières de la Cilicie en vingt-huit journées, qui font cent quatre parasanges. Mais sur cette firontière même, il faut passer deux défilés et deux forts, après quoi vous faites dans la Cilicie quinze parasanges et demie en trois journées. L'Euphrates, qu'on passeen bateaux, lui sert de bornes , et la sépare de l'Arménie. On fait en Arménie cinquante-six parasanges et demie, et l'on y rencontre quinze stathmes. et des troupes en chacun ; ce pays est arrosé par quatre fleuves navigables qu'il faut nécessairement traverser. Le premier est le Tigre ; le second et le troisième ont le même nom, quoiqu'ils soient très-différeni s, et qu'ils ne sortent pas du même pays ; car le premier prend sa source en Arnâénie, et l'autre dans le pays des

' 54,000 IW.

> 270.000 Ht.

MAf.J.-C.

TERPSIGHORE. — LIVRE V.

Macianiens. Le Gyndes , qae Cyros partagea en trois cent soixante canaux*» est le quatrième. De rArmënie on entre dans la Matiane, ou l'on fait quatre journées. On traverse ensuite la Cissie en onze journées, qui font quarante-deux parasanges etdemie Jusqu'au Ghoaspes, fleuve qu*on passe aussi en bateaux , et sur lequel est aitoée la ville de Suses. De Sardes à Suses il y a donc en tout cent onze journées on stathmes.

Lin. Si la mesure du chemin royal par parasanges est exacte , et si l'on évalue la para-' sange à trente stades , comme en effet elle les vaut , il y a de Sardes au palais royal de Memnon» treize mille cinq cents stades, puisqu'on y compte quatre cent cinquante parasanges. A cent dnquante stades par jour , cette route est précisément de quatre-vingt-dix jours.

LIY. Aristagoras de Milet avait donc raison de dire à Cléomènes » roi de Lacédémone , qu'il y avait trois mois de chemin jusqu'au lieu de la résidence du roi. Mais si l'on veut encore plus d'exactitude, il faut joindre à cette route celle d'Éphèse à Sardes. Ainsi l'on compte en tout de la mer des Grecs à Suses (c'est ainsi qu'on appelle la ville de Henmon) quatorze mille quarante stades ; car il y en a cinq cent quarante d'Éphèse à Sardes, et par cette addition , ce chemin de trois mois se trouve .allongé de trois jours.

LV. Aristagoras , chassé de Sparte, se rendit à Athènes , qui venait de recouvrer la liberté de la manière que je vais le dire. Hipparque, fiU de Pisistrate et frère du tyran Hippias, eut en dormant une vision très-claire de son malheur. Il n'en fut pas moins tué par Aristogiton et Harmodius, Géphyréens d*origine; mais les Athéniens , loin d*étre plus libres, furent gouvernes pendant quatre années d'une manière encore plus tyrannique qu'ils ne l'avaient été auparavant.

LYI. Voici quelle fut la vision d'Hipparque. Il crut voir la première nuit des Panathénées un grand homme beau et bien fait , debout près de lui , qui lui disait ces vers énigmatiques : * < Lion , supporte courageusement ton sort in- » tolérable : nul homme ne peut éviter la puhi- » tion qu'il a méritée par son injustice. •

Dès que le jour parut, il communiqua pu-

■ Voyez liv. i, clisiix, cxc et cai.

bliquement sa vision aux interprètes des songes» et après avoir lait des expiations pour en détourner l'eifét , il conduisit la procession solennelle où il perdit la vie.

LYII. Les Géphyréens , de qui descendaient les meurtriers d'Hipparque, étaient , comme ils le disent eux-mêmes, originaires d'Érétrie; mais j'ai découvert par mes recherches qu'ils étaient Phéniciens, et du nombre de ceux qui accompagnèrent Cadmus, lorsqu'il vint s'établir dans le pays qu on appelle actuellement Béotie, et que le territoire du Tanagi*e leur était échu en partage. Les Cadméens furent d'abord chassés par les Argiens ; les Géphyréens l'ayant ensuite été par les Béotiens, ils se retirèrent chez les Athéniens , qui les admirent au nombre de leurs concitoyens , à condition qu'ils ne pourraient prétendre à plusieurs choses qui ne méritent pas d'être rapportées.

LVUI. Pendant le séjour que firent en ce pays les Phéniciens qui avaient accompagné Cadmus, et du nombre desquels étaient les Géphyréens, ils introduisirent en Grèee plusieurs connaissances , et entre autres des lettres , qui étaient , à mon avis , inconnues auparavant dans ce pays. Usiesemployèrent d'abord de la même manière que tous les Phéniciens. Mais dans la suite des temps , ces lettres changèrent avec la langue, et prirent une autre forme. Les pays ciroonvoisins étant alors occupés par les Ioniens, ceux-ci adoptèrent ces lettres, dont les Phéniciens les avaient instruits, mais ils y firent quelques légers changements. Us convenaient de bonne foi , et comme le voulait la justice, qu'on leur avait donné le nom de lettres phéniciennes, parce que les Phéniciens les avaient introduites en Grèce. Les Ioniens appellent aussi , par une ancienne coutume , les lettres des diphtères, parce qu'autrefois dans le temps que le bîUos était rare, on écrivait sur des peaux de chèvre et de mouton ; et encore à présent, il y a beaucoup de barbares qui écrivent sur ces sortes de peaux.

LIX. Moi-même jl^i vu aussi à Thèbes en Béotie des lettres Gadméennes dans le temple d'Apollon Isménien. Elles sont grdtvées sur des trépieds, et ressemblent beaucoup aux lettres Ioniennes. Sur un de ces trépieds , on voit cette inscription : « Amphitryon m'a dédié à son re- » tour de chez les ïélébocus i . Ceite inscrip'*

IW

lioB pouprait étfe du temp» de Um, fib de Lab(}acuft» do^t le père était Polydore • fib de Gadnmi.

LX. Le second trépied dit en vers hetami- Irea : « Soteus , vîctorieiix au pugilat , m'a dé- » dié à Apollon» ponir hi servir d'oraemeiit. 9 €e Seau» pourrait bien être le fib d'Uippo* CQOQ, canieiQporain d'OEdipe, fib de Laïus» si véritablement c'est lui qui a ponsaoré ee trépied t at npn point un autre Scœua de méoie nopi que le fib d'Uippocooo.

LXL On lit aussi sur le troisième, en vers heiamètr»» : % Le tyran Laodaoïas ^ dédie ee 9 trépied à ApoUoa , afin de servir d'ornemeot 9 i son temple. • Sous ce priaee, ^b d'Étéas eies , les Gadméees» ehassés per les Argiens , se réfugièrent ofaez les Ëncbéléens. On bissa pour iers les Gépbyréens tranquilles; mab les Béotiens les obligèrent dans la suite à se retim* à Athènes. Us y bâtirent des temples, auxqneb le reste des Athéniens ne partieipe en aucune manière, el qui n'ont rien de commun avec les autres temples de la ville , témoin eelui de Gérés Achéenne , et ses mystères.

LXIL Après avoir rapporté la vision qu'eut Hipparque pendapt son sommeil, et l'origine des Gépbyréens , dn nombre desqueb étaient ses meurtriers, il Ifut reprendre le récit que j^avab commencé, et raec^nter comment le* Athéniens furent délivi*és de leurs (yrans.

Hippias, irrité du meurtre de son frère, geur yernait avec la plus grande rigueur. Les Aiemœonid^. Athéniens d'origine, et qui s'é» taient enfuis de leur patrie à cause des Pisis* tratides , bien loin de réussir à rentrer par. force avec lesai|tresbfinnis, avaient reçu un éebeo considérable, en tâchant de rentrer dans leur patrie et de lui rendre la liberté. Ils fortifièrent Lipsydrion , qui est au^d^ssus de Pseo* nb, et, menant tout en usage pour détri|ire les Pisisiratides , ib s'engagèrent avec les Am^r phictyons i bitir pour un certain prix le tem^ pie qu'on voit à présent à Delphes, el qui n'exbuit point alors. Comme ib n'étaient pas mqins distingués par leurs richesses que par leur illustre et ancienne extraction , ib repdip reut ce temple encore plus magnifique que le modèle sur lequel ils lavaient entrepris 1 et, entre autres chos<?s, (|uoiqu*on lAt cunvenpaveo eux qu'ils le bâtiraient de pierre de Porus , ib

HISTOIRE D'HÉRODOTEt m^ 4,, ,^

ooDftrubirept }a laçade de iparbfe de Paro9« LXIU« l^ AlçmasQuide^ * étant ji Delphes, apgpgèrent, comme le disent les Athéniens , la Pjf thje à force d'argent, à prpppser à tQils les Spartiates qui venaient consulter le dieu, soit eu leur particulier , soit au nom de la républi<* que, de rendre b liberté à Athènes, Comme elle leur (aîsait sans cesse b même proposition , ib envoyèreiit une arpiée sous les ordres d'Aur. chifnolju^f fib d'Aster, hoipme de dbtinctjon , afiii de chasser d'A^hèpes le§ Pisistraiides , qilpiqu'ib fussent unj« très-pt^rtjculièrement avec euf p^r l^s liep^ de l'bqspitaiité , les or- 4m ^ à\^% leur étant plun préqeyx quQ

tpute çQwûd^ratioi» hymaiPQ- Ç^ troupes hU

lèr^nt par p)^r , ^( débarquèrent nu pqrt de Phalère.

t^ Pbbtriitide^, «yaiit tan pp^9abaal|C£ de ee proiet ^vant i'exéqution , appelèrent ^ leur secpgrii les The^liens , qui étaient leurs alliés. Ceux-ci déférèrent à leur prière, et leur aecor^ dèrept d'une voie un^uipia mille hommes de cay^lcf ie . commandé; par Cinéas leur roi , qui é^it Çeujéen. Ce secours arrivé, les Pisistratides firent cpuper tQu( ce qui embarrassait la pbipe diç Phalère ^ , et , après l'avoir rendue comfnede pqur les phey^ux, ils envpyèrent la cgyalerj^ contre les Lacé^émonjeu^. £lle fondit sur eux, leur tua beaucoup de monde , et eur tre îluJres Aucblmolius, et pbljge^ petix qui sfir- Yéc||pen( à pette déroute ^ 9fi repferfner dans leiirs v^is^eaux. Je\ fm \ç s|tccè§ de b première e^pëclition d^ LacédémonieDS, Anchimolius fut enierrQ près dq temple d'Percules à Cyno- Wrge^ ? Çy «ïP^se §iiué mix Alopèpes dans TAtliqwe.

j^)tlY, Aprèa cette défaîte, le§ Lacédémo-

i|ien^ envoyèrent par terre et non par mer des fgrces pjyi^ çoi)sidéra])Ies contre Athèpes. Elles étaient commandées par Cléomènes, tilsd'Anaxand rides, un de leur^ rois. A leyr entrée <}ans l'Aitique, b cavalerie Tkessalienne les attaqua la première , et fut bientôt mjse en dérouie j elle perdit plus de quarante homme§, et se relira sur-le-champ droit en Thessalie. Clt'omènes arriva dans la ville avec ceux des Athéniens oui souhaitaient la liberté, et a$sié«

r Clift|)ès«, &ê la maifloo d>lom«on, av^ seox da

cette famille. Voyfz $. lxti.

* Cela doU s'entendre dei arbrw st #as

Mai.j,.!C.

T£ltP6IGHQ|tE, -LIVBE V.

eiuideila bàiie par les Péloages.

LXV* Il aurait éU ^b^lumeot impossible aux lJ9oédimo^m^ de a|ias4#r V^ Pisisiraiides ; aussi ne songeaient-ils pas à rester lopgtemps devani la plaoe» qui était aMdaiDinent poqrvue de vivres» et, après l'avoir tenue af^ë* gëe pendant quelques jonra, ils seraiept retourr nés a Sptrte , s'il n'était point suryepp mr ces eotrainîies un aocident | fiicbeux piiop If^ uns et fiivorable penr les antres. L^ eafant^ des Pisiatratides furent pris tandis qy'on 1^ faisait aertie seevèieipent du paye. Cet évéeenent déoanaerta tQtaleoient les mesures des tyrans. Pour raieir leurs enfants, ils se soumirent aux ennditions que lenr imposèpeiit les Athéniens, et s'engagirent à sortir de l'Atiiqoe dans cinq jours* Ils se retirèrent ensnite à Sigae, ville sur le Seamandrai après jUvoir gouverné trentersiit ans les Athéniea^.

Ha étii^i Pyiiens d'origiae , de la laipille de Néiée, et avaient les mêmes ancétr^^ que Codfus et Ifélanibus, qui avajeiit r^aé ai|trefois è Aibènps» quoiqqe étraugers, Uippogrates donna 4 •m fito la nqiyi de Pisistrate , parce qu'un des flls d^ Nestor lavait pprté, et afia de perpétuer le ^uvenir de cette prigîne. C'est ainsi que les A^béniaps furent délivré^ de leurs tyraps. Ja vii* ipaintepaat rapporter ce qu'il y

eut de plna aiéoiorable parmi les événements benreui^ OU malheureux qui arrivèrent i ces

même! Atbanieua après qi^il eurent recouvré leur liberté t H avaut que l'Iopie eAt seooué le joug de Darius , et qn'Aristagorae de Milet f At veno les prier de lui donner du secours.

LXVI. Athènes, dqè trèarpuiiisante , |e de» vint encore plus, lorsqu'elle fut délivrée de ses tyrans. OeuY de ses citoyens y jouissaient alors d'an grand crédit 3 Clisthènes , de la race des Alcnia»onides, qui suborna, à ce qu'on prétend, la Ppibie f i et Issgoras, fils de Tisandre. Celui-ci était d'une maison illustre : je ne puis rien dire eepepdant sur son origine; mais ceux de celte famille sacrifient à Jupiter Carien. Ces deoit rivaux pariageajent Téiat par leurs (actions , et se disputaient lautorité. Clisthènes ayant eu du désavantage, tAcha de se rendre le peuple fevoraWej \im\6\ apr^, i| pariaçej

* Voyei le s. uni.

les quatre tribus en d'iY f cbfingea lies nom^ qu'elles tenaient des fils d'Ion , G^lëqn , Mgir cores, Arga4<^8 ot Qpples , et en ipiagip^ d*autreji qu'il prit parmi d^s héros du pays, si Top en excepta Ai%^% qu'il leur associa» parée que ce héros avait été voisin et allié des Athé? nions.

LXVII. Il s'était , à mon i|vis , proposé en cela pour ipodèle Çli^tbj^nes son aïeul mater? nels , tyran de ^jçyone ; car ce|ui-ci ét^nt en guerre %y^ l§s Argiens, d'uq pâté, jl aboli( les jeui^ , pii le§ fihap^o^es di^put^i^nt le pri|^ en chantant l§9 vers d*Hon)ère| p^rce que dauf ses poé|iea \% ville d'Argon e^ Ie$ Argiepf

étaient célébrée par-d^^u4 ^Q^^ 1^ amr^

Çrecp ; d'un «Utre côté , jl dé^iri^it p^S^ionné? ipent }m^\T do sea étati Adraste , (il« d^e T»? nan«» paroa qn'îl était 4rgi^0f Cet Adra^te avgif sur la pl^oe dfi Sicyona ppe chapelle, qui subr siste encore maintenant. Clisthènes alla à DpIt phea denM|n4^r au dieu ^'jl chasserait Adraste* I^ Pythie lui répondit qu'Adrfia{e était roi dey Sicyoniepa , et lui un brigand* Im dieu no lu» ayant paa pertnia de^écmer isop dessein, il phefcha, en a*en retournant» le moyen (je aa débarrasser 4'Adr9Ste. Lorsquil crut l'avoir trouvé, il anvoya deniander à Théines en Bép? ti^ mélapippe , fils d'As^atus. Les tbéb()ioa i^ lui syaqt accordé , il l.e fit apporter, lui consaT cra pne pbap^le dans |e Prytanép même , et 1|^ pJaç^ 4aBS l'et^rpl^ le plu§ fif^rtt M en usa ainsi ( car je PO ^9i§ pas publjer le motif qpi 1^ faiT sait agir), P9rop que Ménalippe ay^tit^^ le plus grand ^qnepii d>dr|ste , e^ qu'il ay^il, tué Méci$(aOf fr^re du m^vpiQ Adfaste, e( 'f ydéo Wn gfiwdrp, 4près lui fàyoir aligné une chi^poUat II tr^^P^rt^ h Uiipalippa lt;s fètea et les pîacri^oes qu'on faisait eq Tbonneur d'A** draste, filf^ que los Sipyonieaa avaient cpu-r tume de oélébror ayeç beaucoup d^ magnifia cencp. Liepr pays ep effet avait appartpqu a

Polybo» dont la fi'le était nère d'Âdraste, et ce prinoe, n'ayant poin^ d'enfupis, avait laissé en niourant W éta>a à aon petit-ills. Kntre au? trea bopnepra qu'ila rendaient à A^pasie , ila célébraient aussi ses malheurs dans leurs chœurs tragi(|ue8, et lui jMiyaiaBt nn uîbut de louanges , sans s'adresser h Bacebus. Clisthènes rencjjl les c|iœurs ù I^qalius, et ordonna que je rp«te de I9 l'cte ^o lierait tn rituiifieur

HISTOIRE D'HÉRODOTE

MS if* J««4;»

de Hénalippe. Ce fut ainsi qa*il en agit à l'égard d'Adraste.

LXVIII. Enfin il changea les noms des tribus de Sicyone , afin que celles des Doriens n'eussent pas dans cette ville le même nom qu'elles avaient à Argos, et par celui qu'il lenr donna, il les couvrit de ridicule ; car de Hys et Onos, auxquels il ajouta la terminaison atai, il en fit les Hyates, les Onëates et les Ghœrëates ^ J'en excepte cependant la tribu dont il était, qu'il appela Archélaens, à cause de l'autorité suprême qu'il avait sur le peuple. Les Sicyoniens conservèrent ces noms sous le règne de Glisthènes, et soixante ans encore après sa mort. Enfin , après en avoir délibéré entre eux, ils les changèrent en ceux d*Hylléens, de Pamphyliens et de Dymanates, et donnèrent en l'honneur d'iCgialée , fils d' Adraste , le nom d'>£gialéens à la quatrième tribu qu'ils ajoutèrent aux trois autres.

LXIX. Telle fut la conduite de ce prince. Clisthènes TAthénien , qui tirait son nom de Clisthènes de Sicyone , son aïeul maternel, ne voulut pas, je pense, à son imitation, que les tribus fussent les mêmes à Athènes ^ que parmi les Ioniens , à cause du mépris qu'il avait pour ceux-ci. Lorsqu'il se fut concilié la bienveillance de ses concitoyens, qui avaient perdu auparavant tous les privil^[es d'un peuple libre , il changea les noms des tribus; d'un petit nombre il en fit un plus grand; au lieu de qua* tre phylarques*, il en créa dix, et distribua les bourgades dans les dix tribus. S*étant ainsi concilié le peuple, il prit un très-grand ascendant sur le parti qui lui était opposé.

LXX. Isagoras, ayant à son tour succombé, eut recours à Cléomènes, roi de Lacédemone. Ce prince s*était lié avec lui d'une étroite amitié , dans le temps qu'on assiégeait les Ptsistratides , et même on l'accusait de rendre à sa femme de fréquentes visites. Il envoya d'abord un héraut à Atliènes, pour en faire chasser Clisthènes et beaucoup d'autres Athéniens, sous préiexte qu'ils avaient encouru l'anathème. Il suivait en cda les instructions d'Isa-

■ fiç, ooclioo;»Mc, âne; xof^tof. porc.

* G'est-lHlire, ue Tonlut point qa'eUei portaisent le même nom.

' Phylarqoe, chef de tiibo. H y en aTait autant que de fribot. Les phylarqiiei obéissaieni aux bipparqiies.

goras ; car les AIcmœonides et ceux de leur parti étaient accusés d'un meurtre dont nous allons parler. Quant à Isagoras, il n'avait eu lui-même aucune part à ce meurtre, non plus que ses amis.

LXXI. Voici à quelle occasion on donna à cette portion des Athéniens le nom d'Ënagées ^ Cylon d'Athènes , ayant été victorieux aux jeux olympiques, porta son ambition jusqu'à vouloir s'emparer de la tyrannie. Il se concilia l'amitié de gens de son âge » et tâcha, avec leur secours, de se rendre mattre de la citadelle; mais n'ayant pu réussir dans son projet, il chercha un asile auprès de la statue de Minerve, aux pieds de- laquelle il se mit en posture de suppliant. Les Prytanes des naacrates, qui gouvernaient alors Athènes, les en firent sortir , après s*être engagés à ne les point punir de mort. Mais ils furent massacrés, et l'on accusa les Alcmseonides de ces meurtres. Cet événement est antérieur à Pisistrate '.

LXXII. Cléomènes ayant donc envoyé un héraut pour faire chasser Clisthènes, ainsi que les personnes dévouées à l'anathème, ce dernier se retira de lui-même. Cléomènes n'en vint pas moins, quelque temps après, à Athènes, accompagné de peu de monde. A son arrivée, il chassa sept cents familles athéniennes qu'Isagoras lui désigna. Cela fait, il tenta de casser le sénat , et voulut confier l'autorité à trois cents personnes du parti d'Isagoras. Mais le sénat s'y étant opposé et ayant refusé dobéir , Cléomènes s empara de la citadelle avec Isagoras et ceux de sa faction. Le reste dos Athéniens, qui était uni de sentiments avec le sénat, les y tint assiégés pendant deux jours : le troisième, on traita avec les Lacédémoniens| renfermés dans la citadelle , et il leur fut permis de sortir de l'Atiique a de certaines conditions. Ainsi s'accomplit le présage de Cléomènes; car étant monté à la citadelle à dessein de s'en emparer, il voulut entrer dans le sanctuaire de la déesse ' pour la consulter. Mais la prétresse s'étant levée de son siège avant qu*il eût passé

* Gens déTooéi à raoalbèroe.

* Il est aotérieur de 52 ans. Cylon voulut s'emparer d'Athènes t*an 4.102 de la période julienne , et Pisistrate s'en rendit mattre Tau 4,134.

^ Minenre.

nsAf . j.*c

TERPSICHORE. - LIVRE V

la porte» lui dît: t Lacëdëaionien » retourne > sur tes pas» et n'entre point dans ce temple; 9 il n'est pas permis aux Doriens d'y mettre le 9 pied. — Je ne suis pas Dorien , répondit CIéo« » mènes , mais Açhéen * ; > et sans s*inquiéter de ce présage, il tenta Tentreprise, et fut alors obligéde se retirer pour la seconde fois avec les Lac^émoniens , sans avoir pu réussir. Les autres furent mis aux ferspour être punis de mort. De ce nombre était '1 imasiihée de Delphes, dont je pourrais rapporter des traits de bravoure et de grandeur d'ame. On les fit mourir dans les prisons.

LXXIIL Les Athéniens, ayant ensuite rappelé Glisthènes et les ^ sept cents familles bannies par Cléomènes , envoyèrent à Sardes des ambassadeurs pour foire alliance avec les Perses. Ils étaient en effet persuadés qu'ils auraient une guerre à soutenir contre Gléomènes et les Lacedéffloniens. Ces ambassadeurs ayant à leur arrivée exposé ies ordres dont ils étaient chargés, Artaphernes, fils d'il ytaspes, gouverneur de Sardes, leur demanda quelle sorte d*hommes ils étaient, et dans quel endroit de la terre ils habitaient, pour prier les Perses de s'allier avec eux. Les envoyés ayant satisfait à ses questions, il leur dit en peu de mots : € Si i les Athéniens veulent donner au roi Darius la 9 terre et l'eau, il feraalliance avec eux ; sinon, 1 qu'ils se retirent, i Comme les envoyés désiraient ^fort cette alliance, ils répondirent » après en avoir délil)éré entre eux, qu'ils y consentaient ; mais à leur retour à Athènes, on leur intenta à ce sujet une accusation très-grave.

LXXIV. Cependant Géomènes , qui n ignorait pas les actions et les propos insultants des Athéniens , leva des troupes dans tout le Péloponnèse, sans parler de leurdestination ; il avait dessein de se venger d'eux , et de leur donner pour tyran Isagoras , qui était sorti de la citadelle avec lui. Il entra sur le territoire d'Éleusis avec des forces considérables, et les Béotiens, de concert avec lui, prirent OEnoé et Hysies , bourgades à l'extrémité de T Attique. LesChalcidiens étaient aussi entrés par un autre côté sur les terres de la république, et y faisaient

' Let Acfaéeos avaieot élé les matlres de LacédémoDe avant le retour des Héraclides. Ceit nne miiémbledéfiiHe deCléomèoes.

• Toyei le paragraphe précédent.

du dégât. Quoique cesdiverses attaques causassent de l'embarras aux Athéniens, ils remirent à un autre temps à se venger des Béotiens et des Chalcidiens, pour aller sur-le-champ en ordre de bataille au-devant des Péloponnésiens qui étaient à Eleusis.

LXXV. Les deux armées étaient prêtes à en venir aux mains, lorsque les Corinthiens, ayant les premiers réfléchi sur l'injustice de leur conduite , changèrent de résolution , et se retirèrent. Démarate, fils d'Ariston, qui était aussi roi de Sparte, et qui avait amené avec Cléomènes les troupes de la république, suivit cet exemple, quoique jusqu'à ce moment il n'eût eu aucun différend avec lui. Les deux rois accompagnaient alors l'armée , mais depuis l'époque de cette division, il leur fut défendu par une loi d'entrer ensemble tous les deux en campagne , et il fut aussi réglé que l'un des deux rois étant séparé de l'autre , on laisserait aussi à Sparte l'un des deux Tyndarides^ : car auparavant ils allaient tous les deux au secours des rois, et lesaccompagnaint dans leurs expéditions. Le reste des alliés assemblés à Eleusis, témoins des divisions des rois de Lacédémone, et du départ des Corinthiens , se retirèrent aussi chez eux.

LXXVL Ce fut la quatrième fois que les Doriens entrèrent dans TAitique. Ils y étaient venus deux fois pour faire la guerre aux Athéniens, et deux fois pour les intérêts de ce même peuple : la première, quand ils menèrent une colonie à Mégares, expédition qu'on pourrait avec raison placer sous le règne de Codrus ; la seconde- et la troisième ^ , lorsqu'ils chassèrent les Pisistratides : la quatrième enfin , lorsque Cléomènes conduisit les Péloponnésiens contre Eleusis.

LXXVII. Cette armée s étant honteusement dissipée, les Athéniens cherchèrent alors à se venger. Ils marchèrentd abord contre les Chalcidiens ; mais les Béotiens étant venus à leur secours sur les bords de TEuripe , les Athé* niens ne les eurent pas plus tôt aperçus , qu'ils résolurent de les attaquer les premiers. En con« séquence de cette résolution, ils leur livrèrent bataille , leur tuèrent beaucoup de monde, fi-

' Castor et Pollax.

* Voyei sar ces deai eipédiUons , le S uni et

roiv.

tItSTOtRE D'HÉttODOTE.

rent sept cents prisonniers , et retoiwrtèpent une victoire cortiplèle. Ce même jour^ ils passèrent dans TEubëe , en vinrent aux mains avec les Glialcidiens, et, les avant aussi vaincus , ils hissèrent dans l'Ile une colonie de quatre mille hommes , à qui ils distribuèrent au sort les terres des Hippobotes. Tel est le nom qu^oo donnait aux habitants les plus riches de celte Ile. Ils mirent aux fers tous les prisonniers qu'ils firent tant sur eux que sur les Béotiens» et les gardèrent étroitement ; maisdans la Suite Ils les relâchèrent, moyennant deux mines par tête , et appendirent aux murs de la citadelle leurs ceps qu*on voyait encore de mon temps suspendus aux murailles, en partie brûlées par le Mède • , et vis-à-vis du temple qui est à Fouest. Ils consacrèretit aux dieux la dixième partie de l'argent qu'ils retirèrent de la rançon des prisonniers, et on en fit un char de bronÉe à quatre chevaux , qu'on plaça à main gauche tout à l'entrée des propylées de la citadelle, avec cette inscription :

■ Les Athéniens ont dompté par leurs ex- I ploits les Béotiens et les Chalcidietis , et » les

> ayant chargés de chaînes , ils ont éteint leur % insolence dans l'obscurité d'une prison. De la

> dime de leur rançon , ils ont offiert à Pallas

> ces chevaux. »

LXXYIII. Les forces des Athéniens allaient toujours en ci^oissant. On pourrait prouver de mille manières que l'égalité entre les duiyess est le gouvernement le plus avantageux ; cet exemple seul le démontre. Tant que les Athé* niens restèrent sous la puissance de leurs tyrans, Ils ne se distinguèrent pas plus à la guerre que leurs voisins ; mais ayant une fois seooué le Joug, ils acquirent sur eux une très^grande supériorité. Gela prouve que, pendant le temps qu'ils étaient détenus dans l'esclavage , ils se comportaient lâchement de propos délibéré » parce qu'ils travaillaient pour un mahre; au lieu qu'ayant recouvré la liberté, chacun s'empressa avec ardeur à travailler pour soi. Tel était l'état actuel des Athéniens.

LXXIX. Lfs Thébains, cherchant depuis cette victoire à se venger des Athéniens, envoyèrent consulter le dieu de Delphes; la Pythie leur répondit qu'ils ne pourraient pas se

> Les Penei.

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