‹ Choix des historiens grecsChapitre 59 sur 286 · LIVRE VI. S · texte numérisé non relu

LIVRE VI. S

femme de son ami; mais celui-ci lui dit que ce point seul excepté , il consentait au reste. Ce- 'pendant Agétus, contraint par son serment, et par la surprise frauduleuse d'Ai*iston , la lui laissa emmener.

LXIII. Ainsi Ariston renvoya sa seconde femme, et épousa cette troisième , qui accoucha 4,e Démarate à un temps trop court , et avant que les dix mois fussent accomplis. Ariston siégeait avec les Éphores , lorsqu'un de ses officiers vint lui annoncer quil lui était né un fils. Comme il savait en quel temps il avait épousé cette femme, il calcula les mois sur ses doigts, et dit ensuite avec serment : • Cet enfant ne peut être à moi. Les Éphores l'entendirent; mais dans le moment ils n'y firent aucune attention. L'enfant grandit, et Ariston se repentit de ce mot imprudent ; car il fut intimement persuadé qu'il était son fils. II le nomma Démarate, * parce qu'avant sa naissance, tout le peuple de Sparte avait demandé aux dieux, avec d'instantes prières, qu'il naquit un fils à Ariston , le plus estimé de tous les rois qui avaient jusqu'alors régné da6s cette ville.

LXIV. Dans la suite Ariston mourut , et Démarate lui succéda. Mais les destins avaient sans doute* résolu que le mol qu'on avait entendu dire au père fît perdre la couronne au fils« Cléomènes l'avait pris en aversion, d'abord lors« qu'il ramena l'armée d'Eleusis, et dans cette occasion-ci, lorsque Cléomènes passa en Égine pour y arrêter ceux des Ëginèies qui avaient pris le parti des Mëdes.

LXV. Cléomènes , brûlant de se venger , fit promettre à LéotychiHes, fils de Ménarès, petit-fils d' Agésilaûs , et de la même branche que Déinai^te, de le suivre en Égine, s'il |X)uvait l'établir roi à la place de celui-ci^ e|. transigea avec lui à celte condition. Léotychides baissait Mortellement Démarate, parce qu'étant fiancé avec Percale, fille de Ciiilon '^i petite-fille de Démarmène, i\ l'avait privé de ce mariage pur ses artifices , et parce qu'il l'avait prévenu .en l'enlevant et en la prenant pour sa femnufc. Telle était la cause de la haine que portait Léotychides à Démarate. Il soutint alors avec serment, à la solli^iation de Cléomènes, que Démarate

4 Démarate est an mot oompoté de âUtuç, peuple, et ,^*àp9iipMt,je prie, et signifie populi predhus et voUsexpe»

traité de mêniet II VO^t ensuilk emmener la latusr Ce nom .revient « pea près à Dieo-danné

HISTOIRE D'HÉRODOTE

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ii'ëiaDt poîQt fils d'Ariston, la couronne de Sparte ne lui appartenait pas légitimement. Après ce serment , il ne cessa de le poursuivre , et de répéter le propos qu'avait tenu Ariston lorsqu'un de ses officiers étant venu lui annoncer la naissance de son fils, il supputa les mois, Cl jura que cet enfant n'était point à lui. LéotychideSy insistant sur ce propos, prouvait que Démarate n* était ni fils d' Ariston , ni roi lé* gîtîme de Sparte , et il prenait à témoin les Ephores qui siégeaient alors avec ce prince, et qui lui avaient entendu tenir ce langage.

LXVI, Enfin des disputes s* étant élevées à ce sujet , les Spartiates résolurent de demander à l'oracle de Delphes si Démaraie était véritablement fils d'Arision. Celle afiaire ayant été déférée à la Pythie par les soins de Cléomènes, celui-ci mit dans ses intérêts Cobon, fils d'Aristophante , qui jouissait à Delphes d*un trèsgrand crédit. Cobon persuada Périalle, grande prétresse d* Apollon , de dire ce que souhaitait d'elle Cléomènes. Ainsi lorsque les députés de Sparte interrogèrent la Pythie , elle décida que Démarate n'était point fils d' Ariston. Mais dans la suite ces intrigues ayant été découvertes, Cobon fut banni de Delphes, et Périalle dé-

pOSCOf

LXVn. Ce fut ainsi qu'on s'y prit pour détrôner Démarate, Mais un autre affront le força de se sauver de Sparte, et de chercher un asile ehev les Mèdes. Il avait été éhi , après être descendu du trône , pour exercer un emploi dans la magistrature. Un jour qu'il assistait aux G-ymnopédies, Léotychides, qui était déjà roi en sa place, lui envoya demander, par dérision et pour l'insulter, comment il trouvait une place de magistrat après avoir été roi. Piqué de celte question, Démarate répondit qu'il connaissait par expérience Tun et l'aiiire eut ; mais qie Léotychides n'était pas dans le même cas. Qami reste celte question serait un jour pour les Lacédémoniens la source de mille maux , ou de biens infinis. Cela dit, il sortit du ihéûtre en se couvrant le visage , et se retira dans sa mai-* son. Il n'y fut pas plus tôt, qu'il fit les préparatifs d'un sacrifice, et qu'il immola un bœuf à Jupiter. Le sacrifice achevé, il envoya prier sa mère de se rendre auprès de lui.

LXVIU. Lorsqu'elle fut venue, il lui mit entre les mains une partie des entrailles de la y'K^

time, et lui tint ce discours d*une manière sup« pliante : < Je vous conjure, ma mère, et par Jupiter Hercéen , et par les autres dieux « que je prends à témoins , de me dire sans aucun déguisement qui est mon père ; car Léotychides m'a reproché dans une querelle « que vous étiez enceinte de votre premier mari , lorsque vous passâtes dans la maison d' Ariston. D'autres tiennent des propos encore plus téméraires; ils prétendentque vous vous êtes abandonnée à un muletier qui était a votre service, et que je suis son fils. Je vous conjure donc, au nom des dieux, ma mère , de me dire la vérité. Si vous avez commit quelqu'une des fautes que l'on vous impute» vousn êtes poinlla seule, et vous avez beaucoup de compagnes. Il court même un brnit dans Sparte qu' Ariston ne pouvaitavoir d'enfants, et qu'autrement il en aurait eu de ses pre^ mières femmes.

LXIX. > Mon fils, lui répondit-^Ile , puisque vous me pressez avec tant d'instances de vous dire la vérité , je vais vous la déclarer sans le moindre déguisement. La troisième nuit après mon mariage avec Ariston, un spectre, qui lui ressemblait , vint me trouver. Lorsqu'il eut couché avec moi, il me mit sur la tète les couronnes qu'il portait et se retira. Ariston entra ensuite , et ayant aperçu ces couronnes , il me demanda qui me les avait données. Je lui répondis que c'était lui. Il le nia; mais j'assurai ce fait avec serment, et je lui dis qu il était indéceut à lui de le nier; qu'il était venu peu auparavant, et qu'après avoir couché avec moi , il m'avait donné ces couronnes. Quand il me vit soutenir ce fait avec serment, il reconnut qu'il y avait là quelque chose de diviir. D'un côté, il parut que ces couronnes avaient été prises de la chapelle du héros Astrabacus, qui est près de la porte de la cour du palais ; d'un auire , les devitis répondirent que (tétait ce héros qui était veAu lui-même me trouver. Voilà , mon fils» tout ce que vous désiriez savoir. Le héros Astrabacus est votre père , et vous êtes son fils , ou celui d' Ariston; car je vous conçus cette nuit. Vos ennemis insistent principalement sur ce qu'Ariston, ayant reçu 'la nouvelle de votre naissance , <lît lui-même en présence de plusieurs personnes, qoevous n*^ez pas son fils»

iMfciT.j^. ERATO- - LIVRE VL

» parce que le terme de dix mois n'était pas en- » core passé ; mais cette parole lui échappa , i j)arcê qu'il n'était pas instruit à cet égard ; car » les femmes accouchent à neuf mois, àsept , et

> nç vont pas toutes jusqu à la fin dq dixième

> fi)ois ^ Quant à moi, mon fils, je vous mis s au monde au bout de sept mois ; et Âriston

k-ecotinut lui-même peu de temps après son » imprudence. N'ajoutez donc point foi aux

> propos qu'on tient sur votre naissance. Je

> vous ai dit la vérité entière : puisse la femme » de Léotychides, puissent celles des gens qui

> tiennent un tel langage , donner à leurs ma-

> ris des enfants de muletier ^ ! > LXX. Démarnte ayant appris cequ^il voulait

savoir, se niunit de provisions pour un voyage, et partit pour TËlide , sous prétexte d aller consulter l'oracle de Delphes. Sur un soupçon qu'il avait dessein de prendre la fuite, les Lacédémoniens le poursuivirent, mais il les prévint, et passa d'Élide dans File de Zacynthe. Les Lacéqémopiens y passèrent après lui , enlevèrent 3es esclaves, et voulurent se saisir de sa personne; mais les 2acyi|ihiens n'ayant pas voulu le leur livrer , il se relira en Asie auprès du roi Dâirius. Ce prince le reçut magnifiquement, et lui donna des terres et dfs villes K Ce fut ainsi que Pémaraie se retira en Asie , après avoir éproi^vé ub tel sort. Il s'était souvent distingué parmi ses concitoyens, par ses actions et par sa prudence , et surtout par le prix de la course du char à quatre chevaux , qu'il remporta aiix jeux olympiques, honneur qu'il ne partagea avec aucun autlre roi de Sparte.

LXXL Bémarate ayant été déposé, Léotychides , fils de M énarès , lui succéda. Zeuxidamus, que quelques Spartiates appelaient Cyniscus^,éuit son fils, Il ne régna point à Sparte, et mourut avant son père , laissant un fils nommé Archîdarous. Cette perte engagea Léotychides à se remarier i il épousa Eurydamé , sœur de Menius , et fille de Diactorides. Il n'en eut point d'enfants mAles ; mais une fille nommée Lampito , qu*épousa de son consentement Archida* mus, fils de Zeuxidamus.

LXXIL Léotychides ne passa pas non plus

« Yoyei cMcÊtm, S» uiu«

• Gela fait allnaiov à m foi fat AI, I. UTUf.

• Voyos livi f ih I» cm

• Petit chien.

su vieillesse à Sparte, elOémaratefblenquel* que sorte vengé, comme je vais le dire. Il coonv mandait en Thessalie l'aroiée de Lacédémone, et il lui était aisé de se rendre maître do tout le pays; naais il accepta une grande somme d'argent , et fut pris sur le faut dans le camp même assis sur un sac d'argent. Ayant été déféré ea justice , il fut banni de Sparte , et sa maison ra^sée. 11 se retira à Tégée où il mourut ; mai» œs choses n'arrivèrent que long-temps après.

LXXIIL Cléomènes * ayant réussi dans mm . entreprise contre Démarate, prit aussitôt avec lui Léotychides , et alla attaquer les ÉginèteSj contre lesquels il étoit violemihent irrité, à cause de l'insulte qu'ils lui avaient Faite. Les Éginète^ voyant les deux rois venir contre eux, ne cru^» rent pas devoir faire une plus longue résistance. On en choisit dix des plus distingués par leur naissance et par leurs richesses , et entre autres Crios, fils de Polycrite, et Casambus , fils d'A* ristocrates , qui avaient le plus d'autorité dan6 l'Ile , et on les mena dans T Attique , où ils furent mis en dépôt entre les mains des Athéniens, leurs plus grands ennemis.

LXXIV. Après cette expédition , Cléomènes s'étantaperçuque ses intriguesoontre Démarate étaient découvertes, redouta la colère des Spartiates, et pour se aoustraire à leur jugement, il se retira secrètement en Thessalie. De là il ^iat en Arcadie, où il chercha à exciter dea troubles , animant lès Arcadiens contre Sparte; et entre autres serments qu'il exigea d'eux , il leur fil promettre de le suivre partout où il voudroit les mener. Il désirait ardemment conduire les principaux du pays à la ville de Mqp nacris , pour les y faire jurer par les eaux du Styx, que l'on dit être en cette ville d' Arcadie. Ce qui parait de cette eau est en petite quantité et coule goutte à goutte d'un rocher dans un vallon environné de tous côtés d'une muraille* Nonaoris , où se trouve cette fontaine , e^ une ville d' Arcadie prés de Phénée.

LXXV< Les intrigues de Cléomènes étant venues à la connaissance des Lacédémoniena, la 'Crainte le leur fit rappeler à Sparte aux mêmes conditions qu'il était monli sur le trône auparavant. Mais i peine y fut-il arrivé, «lu'îl

4 Hérodote reprend Id if narration qall avait M^ rompue, S u

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