LIVRE L
dessous dans (a bataille , tous ceux qui tombèrent vifs entre les mains de l'ennemi furent chargés des chaînes qu'ils avaient apportée^, et travaillant en cet état aux terres des Tégéates, ils les mesurèrent au cordeau. Ces chaînes sul)sistent encore à présent à Tégée ; ell^ sont appendues autour du temple de Minerve Aléa.
LXVIL Les Lacédémoniens avaient été continuellement malheureux dans leur première guerre contre les Tégéates; mais» du temps de Grésus , et sous le règne d'Anaxandride et d'Ariston à Sparte, ils acquirent de la supériorité , par les moyens que je vais dire. Comme ils savaient toujours eu le dessous contre les Tégéates , ils envoyèrent demander à l'oracle de Delphes quel dieu ils devaient se rendre propice , pour avoir l'avantage sur leurs ennemis. La Pythie leur répondit qu'ils en triompheraient s'ils emportaient chez eux les ossements d'Oreste» fils d'Agamemnon. Gonune ils nepoi»vaient découvrir son monument» ils envoyèrent de nouveau demander à l'oracle en quel endroit reposaitce héros. Voici la réponse de la Pythie : c Dans les plaines de l'Arcadie est une ville
> ( on hi nomme Tégée ). La puissante nécessité
> y fait souffler deux vents. L'on y voit le type
> et l'antitype » le mal sur le mal. C'est là que i le sein fécond de la terre enferme le Hls d'A^
> gamemnon. Si tu fais apporter ses ossements I à Sparte» tu seras vainqueur de Tégée. »
Sur celte réponse les Lacédénumiens se livrèrent avec encore plus d'ardeur aux recherches les plus exactes» furetant de tous côtés, jusqu'à ce qu'enfin Lichas, un des Spartiates appelés agatho^rges, en fit la découverte. Les agatho-erges sont toujours les plus anciens chevaliers à qui on a donné leur congé. Tous le^ ans on le donne à dnq , et l'année de leur sortie ils vont partout oit les envoie la république, sans s'arrêter autre part.
LXVIII. De cet ordre éuit Lichas » qui fit à Tégée la découverte du tombeau d'Oreste, autant par hasard que par son habileté. Le commerce éumt alors réuibli avec les Tégéates» il entra chez un forgeron où il regarda battre le. fer. Comme cela lui causait de radnuration, le forgeron » qui s'en aperçut » interrimipt son travail et lui dit ; f Laoédémonien , vous auriez t été bien pfais étonné, si vous aviez vu la mdm^
HISTOIRE D*RËRODOTE.
âf.i.-c
1 merveille que moi , vous pour qui le travail • d'une forge est un sojet de surprise ! Creu- » sant un puits dans cette cour » je trouvai un » cercueil de sept coudées de long. Gomme je
> ne pouvais me persuader qu'il eût jamais 1 existé des hommes plus grands qu'aujour^ 1 d*hui y je rouvris. Le corps que j'y trouvai
> égalait la longueur du cercueil. Je l'ai me-
> sure, puis recouvert de terre. > Lichas faisant réfiexion sur ce récit du forgeron , qui lui racontait ce qu'il avait vu , se douta que ce devait être le corps d'Oreste, indiqué par IV racle. Ses conjectures lui montrèrent dans les deux soufflets les deux vents ; dans le marteau et l'enclume , le type et l'antitype ; et le fer battu sur Fendume , le mal ajouté sur le mal , parce que le fer n'avait été découvert» suivant lui , que pour le malheur des hommes.
L'esprit occupé de ces conjectures » Lichas revient à Sparte» et raconte son av^ture à ses compatriotes. On lui intente une accusation simulée, il est banni. Lichas retourne à Tégée» conte sa disgrâce au forgeron , et fait ses efforts pour l'engager à lui louer sa cour. Le forgeron refuse d'abord; mais s'étant ensuite laissé persuader^ Lichas s'y loge» ouvre le tombeau » et en tire les ossements d'Oresie» qu'il porte à Sparte. Les Lacédémoniens acquirent depuis ce temps une grande supériorité dans les combats» toutes les fois qu'ils s'essayèrent contre les Tégéates. D'ailleurs la plus grande partie du Péloponnèse leur était déjà soumise.
LXIX. Grésus » informé de l'état florissant des Lacédémoniens» envoya des ambassadeurs à Sparte avec des présents » pour les prier de s'allier avec lui. Lorsqu'ils furent arrivés » 9s parlèrent en ces termes qui leur avaient été prescrits : c Grésus » roi des Lydiens et de phi- 3 sieurs autres nations» nous a envoyés id , et » vous dit par notre[bouche : O Lacédémoniens»
> le dieu de Delphes m'ayant ordonné de con- 1 trader amitié avec les Grecs » je m'adresse à
> vous» conformément à l'oracle» parœ que » j'apprends que vous êtes les premiers peu-
> pies de la Grèce » et je désire votre amitié et » votre alliance sans fraude ni tromperie, i Tel fut le discours des ambassadeurs. Les Lacédémoniens» qui avaient aussi entendu la réponse laite à Grésus par l'orade» se réjouirent de Tarrivée des Lydiens» et firent avec eux un
traité d'amitié et d'aUiance d^nsive et offensive. Ils avaient reçu auparavant quelques bienfeils de Grésus ; car les Lacédémoniens ayant envoyé à Sardes pour y acheter de l'or» dans rintention de F^nployer à cette statue d'Apollon qu'on voit aujourd'hui an mont Thomax en Laconie» Grésus leur avait feit présent de cet or.
LXX. Tant de générosité» et la préférence qu'il leur donnait sur tous les Grecs » les déterminèrent à cette alliance. D'un côté » ils se tinrent prêts à lui donner du secours au premier avis; d'un autre» ib lui firent faire un cratère de bronze » pour reconnaître les dons qu'ils en avaient reçus. Ge cratère tenait trois cents amphores ; il était orné extérieurement » et jusqu'au bord» d'un grand nombre d'anfmaux en relief. Hais il ne parvint point à Sardes » pour l'une de ces deux raisons. Les LacédéDÛ>niens assurent qu'il fut enlevé sur les cêtes de Samos» par des Samiens » qui » ayant eu connaissance de leur voyage» les attaquèrent avec des vaisseaux de guerre. Mais les Samiens soutiennent que les Lacédémoniens chargés de ce cratère » n'ayant point fût assez de diligence» furent informés en route de la prise de Grésus et de celle de Sardes » «t qu'ils le vendirent à Samos à des particuliers , qui en firent une offrande au temple de Junon. Peutêtre aussi ceux qui l'avaient vendu dirent-ils» à I^r retour à Sparte» que les Samiens le leur avaient enlevé.
LXXI. Grésus n'ayant .pas saisi le sens de l'oracle» se disposait à marcher en Gappadoce» dans l'espérance de renverser la puissance de Gyrus et des Perses. Tandis qu'il feisait les préparatife nécessaires pour cette expédition » un Lydien » nommé Sandanis » qui s'était déjà acquis la réputation d'homme sage, et qui se rendit encore plus célèbre parmi les Lydiens par le conseil qu'il donna à Grésus , parla ainsi à ce prince : c Seigneur, vous vous disposez à » faire la guerre à des peuples qui ne sont vé- » tus que de peaux» qui se nourrissent, non
> de ce qu'ils voudraient avoir » mais de ce » qu'ils ont» parce que leur pays est rude et
> cÂérile ; à des peuples qui » feute de vin » ne » s'abreuvent que d'eau» qui ne connaissent ni
> les figues » ni aucun autre fruit agréable. » Vainqueur, qu enlèverez-vous à des gens qui
lAT.
CLIO. ^ LIVRE L
> B*oat rien? Vaincu , consklërez que de biens » TOQs allez perdre ! S'ils goûtent une fois les
> douoeiiTs de notre pays, ils ne voudront plus » y renono^r ; nul moyen pour nous de les chas-
> ser. Qiiant à moi , je rends grâces aux dieux
> de ce qu'ils n'inspirent pas aux Perses le des-
> sein d*attaqner les Lydiens. > Sandanis ne persuada pas Crësns. Il disait pourtant vrai : les Perses » avant la conquête de la Lydie , ne connaissaient ni le luxe, ni même les commodités de la vie.
LXXII. Les Grecs donnent auxCappadociens le nom de Syriens ^< Avant la domination des Perses, ces Syriens étaient sujets des Mèdes ; mais alors ils étaient sous Tobéissance de Cy- Tus ; car THalys séparait les états des Mèdes de ceux des Lydiens. L'Halys coule d'une moQlagne' d'Arménie, traverse laCilîcie;de là coniinoant son cours, il a les Matianiens à droîle, et les Phrygiens à gauche. Après avoir passé entre ces deux peuples, il coule vers le nord, renfermant d'un côté les Syriens-Cappadodens, et à gauche les Paphiagoniens. Ainsi le fleave Halys sépare presque toute l'Asie mi* neure de la haute Asie , depuis la mer , qui est vis*à-vb File de Cypre , jusqu'au Pont-Euxin. Ce pays entier forme uh détroit qui n'a que cioq journées de chemin , pour un bon marcheur.
LXXin. Crésus partit donc avec son armée pour la Cappadoce , afin d'ajouter ce pays à ses états , animé surtout et par sa confiance en l'orade, et par le désir de venger Astyages son beao-frère. Astyages , fils de Cyaxares , roi des Mèdes, avait été vaincu et fait prisonnier par Cyrus , fils de Cambyses. Voici comment il était devenu beau-frère de Crésus. Une sédition arait obligé une troupe de Scythes nomades à se retirer secrètement sur les terres de Médie. Cyaxares , fils de Phraortes et petit-fils de Déjooès,.qui régnait alors sur les Mèdes , les reçut d'abord avec humanité, comme suppliants , et même il conçut tant d'estime pour en , qu'il leur confia des enfiints pour leur apprendre b langue Scythe, et à tirer de l'arc. An boot de quelque temps les Scythes, accou^ tomes à chasser et à rapporter tous les jours
* Les Leooo-Syrient ou Syriens blanci.
s Le Tannu.
Hérodote*
du gibier , revinrent une fols sans avoir rien pris. Revenus ainsi les mains vides , Cyaxares , qui était d'un caractère violent , comme il te montra, les traita de la manière la pins dure. Les Scythes, indignés d'un pareil traitement, qu'ils ne croyaient pas avoir mérité , résolurent entre eux de couper par morceaux un des enfants dont on leur avait confié l'éducation , de le préparer de la manière qu*ils avaient cou* tume d'apprêter le gibier , de le servir à Cyaxares , comme leur chasse , et de se retirer aussitôt à Sardes auprès d'Alyattes, fils de Sadyattes. Ce projet Ait exécuté. Cyaxares et ses convives mangèrent ce qu'on leur avait servi ; et les Scythes , après cette vengeance, se retirèrent auprès d'Alyattes , dont ils implorèrent la protection.
LXXrV. Cyaxares les redemanda. Sur son refus, la guerre s'alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu'elle dura , les Mèdes et les Lydiens eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième , il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d'autre , s'érant livré bataille , le jour se changea tout à coup en nuit, pendant que les deux armées en étaient aux mains. Thaïes de Milet avait prédit aux Ioniens ce changement , et il en avait fixé le temps en l'année où il s'opéra. Les Lydiens et les Mèdes, voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n'en furent que plus empressés à faire la paix. Syennésis, roi de Cilicie , et Labynète , roi de Babylone , en furent les médiateurs; ils hâtèrent letmité, et l'assurèrent par un mariage. Persuadés que les trai* tés ne peuvent avoir de solidité sans ce puissant lien, ils engagèrent Alyattes à donner sa fille Aryéûis à Astyages , fils de Cyaxares. Ces nations observent'dans leurs traités les mêmes cérémonies que les Grecs ; mais ils se font encore de légères incisions aux bras , et sucent réciproquement le sang qui en dé(!oule.
LXXY . Cyrus tenait donc prisonnier Astyages, son aïeul niaternel, qu'il avait détrôné pour les raisons que j'exposerai dans la suite de cette histoire. Crésus , irrité à ce sujet contre Cyrus , avait envoyé consulter les oracles pour savoir s'il devait faire la guerre aux Perses/ 11 Ini était venu de celui de Delphes une réponse ambiguë , qu'il croyait favorable , et
IMeasus^ il s'ëtait dëtermioë à entrer sur les terres des Perses. Quand il fut arrivé sur les hords de l'Halys» il Je fit » à ce que je crois » passer à son armée sur les ponts qu'on y voit a présent ; mais s'il faut en croire la plupart des 'Grecs» Thaïes de Milet lui en ouvrit le passage. Crésusy disent-ils, était embarrassé pour faire traverser THalys à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n'existaient point encore en ce temps-là; Tha* lès , qui était alors au camp , fit passer à la droite de l'armée le0euve , qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s'y prit. Il fit creuser , en commençant au-dessus du camp , un canal profond en forme de croissant , afin que l'armée pût l'avoir à dos, dans la position où elle était. Le fleuve ayant été détourné de l'ancien canal dans le nouveau, longea derechef Tarmée, et rentra au-dessousdans son ancien lit. il ne fut pas plus tôt partagé en deux bras qu il devint également guéable dans l' un et dans Fautre. Quelques-uns disent même que Tancien canal Ait mis entièrement à sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Gomment en effet Crésus et les Lydiens auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour?
LXXVL Après le passage de l'Halys, Crésus avec son armée arriva dans la partie de la Cappadoce appelée la Piérie. La Ptérie, le plus fort canton de ce pays , est près de Sinope , ville presque située sur le Pont-Euxin. 11 assit son camp a cet endroit , et ravagea les terres des Syriens*. Il prit la ville des Ptériens , dont il réduisit les habitants en esclavage. Il s'empara aussi de toutes les bourgades voii>ines, en chassa les Syriens, et les transporta ailleurs, quoiqu'ils ne lui eussent donné aucun sujet de plainte. Cependant Gyrus assembla son armée, prit avec lui tout ce qu'il put trouver d'hommes sur sa route , et vint à sa rencontre. Mais avant que de mettre ses troupes en campagne, il envoya des hérauts aux Ioniens, pour les engager à se révolter contre Crésus. N'ayant pu les persuader, il se mit en marche, et vint camper à la vue de l'ennemi. Les deux armées s'essayèrent mutuellement dans la Ptérie par de violentes escarmouches. On en vint ensuite à une action générale, qui fut vive, et où il périt beau-
lin Leoco-Syriew , lei Gappadodeoi.]
HISTOffiE DflÉRODOTE. iM4T.j.-e.
ooup de monde des deux côtés ; enfin la nuit sépara les combattants &ans que la victoire se fût déclarée en faveur de Tun ou de L'antre parti.
LXX VIL Crésus se reprochant la disproportion de ses troupes, qui étaient beaucoup moins nombreuses que celles de Gyrus, et voyant que le lendemain ce prince ne tentait pas une nouvelle attaque , retourna à Sardes , dans le dessein d'appeler à son secours les Égyptiens» conformément au traité conclu avec Amasis leur roi, traité qui était antérieur à celui qu*il avait fait avec les Lacédémoniens. A se proposait aussi de mander les Babyloniens, avec qui il s'était pareillement allié, et qui avaient alors pour roi Labynète , et de faire dire aux Lacédémoniens de se trouver à Sardes à un temps marqué. Il comptait passer l'hiver tranquillement, et nuircher à l'entrée du printemps contre les Perses avec les forces de ces peuples réunies aux siennes. D'après ces dispositions » aussitôt qu'il fut de retour à Sardes il envoya sommer ses alliés par des hérauts de se ren-> dre à sa capitale le cinquième mois. Ensuite il congédia les troupes étrangères qu'il avait actuellement à sa solde, et qui s'étaient déj à mesurées contre les Perses , et les dispersa de fous côtés, ne s'imap,inant pas que Gyrus, qui n'avait remporté aucun avantage sur lui , dût faire avancer son armée contre Sardes.
LXXYIII. Pendant que Crésus était occupé de ces projets, tous les dehors de la ville se remplirent de serpents, et les chevaux, abandonnant les pâturages , coururent les dévorer. Ce spectacle, dont Crésus fut témoin, parut aux yeux de ce prince un prodige ; et , en effet, c*en était un. Aussitôt il envoya aux devins de Telmesse pour en avoir l'interprétation. Ses dé-* pûtes l'apprirent, mais ils ne purent pas la lui communiquer; car avant leur retour à Sardes, il avait été fait prisonnier. La réponse fut que Crésus devait s'attendre à voir une armée d'étrangers sur ses terres , et qu'elle subjuguerait les naturels du pays ; le serpent étant fils de la terre, et le cheval un ennemi et un étranger. Crésus était déjà pris lorsqu'ils firent cette ré« ponse; mais ils ignoraient alors le sort de Sar-« des et du roi.
LXXIX. Lorsque Crésus, après la bataille de Ptérie, se fut retiré, Gyrus, instruit du des<*
MlT.I.-
CLIO. ^ LIVRE I
MO oii il était de congédier ses iroupes à sod retour, crut , de Tavis de son conseil ; devoir Bveher avec la plus grande diligence vers Sartla, pour ne pas laisser aux Lydiens le temps (rassembler de nouvelles forces. Cette résolu-* troB prise , il Texécuta sans délai « et faisant fuset son armée dans la Lydie , il porta luintee à Crésus la nouvelle de sa marche* Ce prioce^ quoique fort inquiet de voir ses mesures déconcertées et son attente déçue , ne laissa pis de faire sortir les Lydiens , et de les mener au combat. Il n*y avait point alorsen Asie denatioo plus brave ni plus belliqueuse que les Lydiens. Ib combattaient à cheval avec de longues piques, et étaient excellents cavaliers.
LKXX. Les deux armées se rendirent dans ûœ située sous les mursdeSardes , plaine et découverte, traversée par THyllus et par dautres rivières qui se jettent dans THeriDOf , iai plus grande de toutes. L'Hermus coule d'une montagne consacrée à Cybèle, et va se perdre dans la mer près de la ville de Phocée. A la vue de farmée lydienne rangée en bataille dans cette plaine, Cyrns, craignant la ca- ^alu'îe , suivit le conseil du Mède Harpage. Il rassembla tous les chameaux qui portaient à la suite de son année les vivres et le bagage , et, leur ayant été leur charge, il les fit monter par des bcmimes velus en cavaliers , avec ordre de marcher en cet équipage, à la tête des troupes, contre la cavalerie de Crésus. Il commanda en temps à rinBmterie de suivre les cba- , et posta toute la cavalerie derrière Tinbnterie. Les troupes ainsi rangées, il leur ordcMiDa de tuer tous les Lydiens qui se présenteraient devant eux , et de n'épargner que Crésos, quand même il se défendrait encore après avoir été pris. Tels furent les ordres deCyrus. U opposa les chameaux ù la cavalerie ennemie, parce que le cheval craint le chameau , et qu'il B*ea peut soutenir ni la vue ni Todeur. Ce fut pour cela même qu*jl imagina cette ruse dans la disposition de ses troupes, afin de rendre in- Qlfle la cavalerie, sur laquelle Crésus fondait Tespérance d'une victoire éclatante. Les deux armées s'étant avancées pour combattre , les chevaux n'eurent pas plus tôt aperçu et senti les chameaux qu'ils reculèrent, et les espérances de Crésos furent perdues. Les Lydiens cependant ne prirent pas pour cela l'épouvante.
Ayant reconnu le stratagème, ils descendirent de cheval ^ et combattirent à pied contre les Perses : mais enfin , après une perte considé^ rable de part et d'autre » ils prirent la fuite, et se renfermèrent dans leurs murailles^ où les Perses les assiégèrent.
LXXXI. Crésqs , croyant que ce siège traînerait en longueur , fit partir de la citadelle de nouveaux ambassadeurs vers ses alliés. Les premiers n'avaient fixé le rendez-vous à Sardes qu'au cinquième mois ; mais ce prince étant assiégé , la commission de <:eux-ci était de demander le plus prompt secours.
LXXXII. Il envoya vers différentes villes alliées, et particulièrement à Lacédémone. Dans ce même temps il était aussi survenu une querelle entre les Spartiates et les Argiens au sujet du lieu nommé Thyrée. Ce canton faisait partie de F Argolide ; mais les Lacédémoniens l'en avaient retranché, et se l'étaient approprié. Tout le pays vers l'occident, jusqu'à Malée, appartenait aussi aux Argiens , tant ce qui est en terre ferme que l'tle de Cy thère et les autres Ues. Les Argiens étant venus au secours du territoire qu on leur avait enlevé, on convint dans un pourparler qu'on ferait combattre trois cents hommes de chaque c(^té; que ce territoire demeurerait au vainqueur ; et que les deux armées ne seraient pas présentes au combat , mais se retireraient chacune dans son pays, de peur que le parti qui aurait le dessous ne fût se couru par les siens.
Les deux armées ae retirèrent après cet accord , et il ne resta que les guerriers choisis de part et d'autre. Ils combattirent des deux cdtés avec tant d'égalité, que de six cents hommes, il n*cn resta que trois ; Alcénor et Chromius du côté des Argiens , et Othryades de celui des Lacédémoniens ; et encore fallut-il que la nuit les séparât. Les deux Argiens coururent à Argos annoncer leur victoire. Pendant ce temps-là Othryades, guerrier des Lacédémoniens, dépouilla les Argiens tués dans le combat , porta leurs armes à son camp , et se tint dans son poste. Le lendemain les deux armées arrivent: instruites de l'événement , elles s'attribuent quelque temps la victoire , les Argiens , parce qu*ils avaient l'avantage du nombre ; les Lacédémoniens y parce que les combattants d' Argos avaient pris la fuite, tandis que leur guerrier
était resté à son poste » et qu'il avait dépouillé leurs morts. Enfin la dispute s*étant échauffée , on en vint aux mains ; et « après une perte considérable de part et d'autre » les Lacédémoniens furent vainqueurs. .
Depuis ce temps-là les Argiens, qui jusquV lors avaient été obligés de pnorter leurs cheveux 9 se rasèrent la tète , et , par une loi accompskgùée d'imprécations contre les infracteurSy ils défendirent aux hommes de laisser croître leurs cheveux » et aux femmes de porter des omemens d'or» avant qu'on eût recouvré Thyr^. Les Laoédémoniens » qui auparavant avaient des cheveux courts , s'imposèrent la loi contraire» celle de les porter fort longs. Quant à Othryades» resté seul des trois cents Lacédémoniens, on dit que, honteux de retourner à Sparte après la perte de ses compagnons » il se tua sur le champ de bataille» dans le territoire de Thyrée.
LXXXIII. Telle était la situation des affaires & Sparte, lorsqu'il arriva de Sardes un héraut pour prier les Spartiates de donner du secours à Grésus » qui était assiégé dans sa capitale. Sur cette demande» on ne balai^ pas à lui en envoyer. Déjà les troupes étaient prêtes et les vaisseaux équipés : un autre courrier apporta la nouvelle que la ville des Lydiens était prise et que Grésus avait été (ait prisonnier. Les Spartiates en furent très-affligés et se tinrent en repos.
LXXXIV. Voici la manière dont la ville de Sardes fut prise. Le quatorzième jour du siège, Gy rus fit publier , par des cavaliers envoyés par tout le camp, qu'il donnerait une récompense à celui qui monterait le premier sur la muraille. Animée par ces promesses , l'armée fit des tentatives » mais sans succès : on cessa les attaques; le seul Hyrœadès , Sarde de nation , entreprit de monter à un certain endroit de la citadelle où il n'y avait point de sentinelles. On ne craignait pas que la ville fût jamais prise de ce oôtc. Escarpée, inexpugnable» cette partie de la citadelle était la seule par où Hélès» autrefois roi des Sardes» n'avait point fait porter le lion qu'il avait eu d'une concubine. Les devins de Telmisse lui avaient prédit que Sardes serait imprenable si l'on portait le lion autour des murailles. Sur cette prédiolion MélèsTavaitfait porter partout où Ion pouvait attaquer et for-
HISTOIRE D'HERODOTE. m6 iy. j -c
cer la citadelle. Hais il avait négligé le cdté qui regarde le mont Tmolus comme imprenable et inaccessible. Hyrœadès avait aperçu la veille un Lydien descendre de la citadelle par cet endroit» pour ramasser son casque» qui était roulé du haut en bas» et l'avait vu remonter ensuite par le même chemin. Cette observation le frappa , et lui fit faire des réflexions. Il y monta lui-même » et d'autres Perses après lui » qui furent suivis d'une grande multitude. Ainsi Ait prise Sardes » et la ville entière livrée au pillage.
LXXXV. Quant à Grésus » voici quel fut son sort. 11 avait un fils » dont J'ai déjà fait mention. Ge fils avait toutes sortes de bonnes qualités» mais il était muet. Dans le temps de sa prospérité, Grésus avait mis tout en usage pour le guérir , et entre autres moyens , il avait «u recours à l'oracle de Delphes. La Pythie avait répondu : c Lydien » roi de plusieurs peuples ^
> insensé Grésus, ne souhaite pas d'entendre en
> ton palais la vois tant désirée de ton fils. Il
> te serait plus avantageux de ne jamais l'en-
> tendre ; il commencera de parler le jour oit » commenceront tes malheurs. >
Après la prise de la ville » un Perse allait tuer Grésus sans le connaître. Ge prince le voyait fondre sur lui : mais accablé du poids de ses malheurs, il négligeait de l'éviter, et peu lui importait de périr sous ses coups. Le jeune prince muet, à la vue du Perse qui se jetait sur son père, saisid'effroi, fit un effort qui lui rendit la voix : • Soldat » s'écria-t-il » ne tue pas Gré- » sus. » ï( Is furent ses premiers mots , et il conserva la faculté de parler le reste de sa vie.
LXXXVl. A la prise des Sardes » les Perses ajoutèrent celle de Grésus , qui tomba vif entre leurs mains. Il avait régné quatorze ans » soutenu unsiéged*autantdejours,et»conformément à l'oracle, détruit son grand empire. Les Perses» qui l'avaient fait prisonnier » le menèrent à Gyrus. Gelui-ci le fit monter» chargé de fers » et entouré de quatorze jeunes Lydiens, sur un grand bûcher, dressé exprès» soit pour sacrifier à quelques dieux ces prénucesdela victoire, soit pour accomplir un vœu » soit enfin ponr éprouver si Grésus » dont on vantait la piété , serait garanti des flammes par quelque divinité. Ce fut ainsi » dit-on » qu'il Je traita. Grésus » sur le bûcher » malgré son accablement et
SC&f.lé^;.
CUO. — LIVRE I.
rexoèsdesadonlenr^ se rappeb ces paroles de 5olon ; que nal homme ne peut se dire heureux ant qu*il respire encore ; et il lui Tint à Tesprit, que œ n'était pas sans la permission des fcnx que ce sage les avait proférées. On asssre qa*i celte pensée , revenu à lui-même , il sortit par an profond soupir du long silence fi'il avait gardé, et s'écria par trois fois» Solon ! fK Cyms , frappé de ce nom » lui fit daoïander par ses înterprèces quel était celui qu'il invo- >ntttt. Us s'approchent, et l'interrogent. Crésus d abord ne répcmdit pas ; forcé de parler , il dit: <Cest un hommedont japréféreraisTentretien ) aux richesses de tous les rois. > Ce discours air paraissant oliscur » i's l'interrogèrent de >Miveaa. Vaincu par l'importunité de leurs prières» il répondit qu'autrefois Solon d'A- :^eaes était Tenu à sa cour ; qu'ayantcontemplé iL^tesses richesses , il n'en avait foit aucun cas; ««ee tout ce qu'il lui ^avait dit se trouvait coninné parréTénement, et qae les avertissements k ce idiilosophe ne le regardaient pas plus, lui a particulier , que tous les hommes en général, aprindpalement ceux qui se croyaient heureux. Ainsi parla Crésus. Le feu était déjà allimé , et le bûcher s'enflammait par les extrésiies. Cyros apprenant de ses interprètes la réponse de ce prince, se repent; il songe qu'il m tiomme , et que cependant il fait brûler un \miae qui n'avait pas été moins heureux que fil. D'ailtenrs il redoute la vengeance desdieux, et réfléchissant sur l'instabilité des choses huaunes, il ordonne d'éteindre promptement le ^ttcber , et d'en fiaire descendre Crésus , ainsi fe ses compagnons d'infortune ; mais les plus ?uids efforts ne purent surmonter la violence '>e$ flammes.
LXXXVII. Alors Crésus, comme le disent *« Lydiens , instruit du changement de Cyrus 3 b voe de cette foule empressée à éteindre le b, sans pouvoir y réusàr, implore à grands ^ Apollon, et le conjure, si ses ofiFrandes lui ^«t été agréables, de le secourir , de le sauver <f oa péril si pressant. Ces prières étaient accompagnées de larmes. Soudain au milieu d'un oel pur et serein , des nuages se rassemblent , ■ orage crève , une pluie abondante éteint le Wher. Ce prodige apprit à Cyrus combien Crésus était cher aux dieux par sa vertu. Il le fMdesoendredubâchor.etluidit: cOCrésus!
» quel homme vous a conseillé d'entrer snf mes
> terres avec une armée , et de vous déclarer
> mon ennemi, au lieu d'être mon ami ? — Votre
> heureux destin et mon infortune m'ont jeté ,
> seigneur, dans cette malheureuse entreprise.
> Le dieu des Grecs en est la cause ; lui seul
» m'a persuadé de vous attaquer. Eh ! qud est .
> l'homme assez insensé pour préierer la guerre i à la paix? Dans la paix les enfians forment les » yeux à leurs pères ; dans la guerre , les pères i enterrent leurs enfofts. Hais enfin il a plu aux » dieux queles choses se passassent delà sorte.»
LXXXVin. Après ce discours , Cyrus lui fit ôter ses fers, et le fitasseoir près delui.Il letraita avec beaucoup d'égards , et neput , lui et toute sa cour, l'envisager sans étonnemeot. Crésus , livré à ses pensées, gardait le silence. Bientôt, en retournant la tête, il aperçoit les Perses empressés au pillage de Sardes, c Seigneur , s'a-
> dressant à Cyrus» dois^e vous dire ce que je
> pense, ou mon état actuel me condamne-t-il » à me taire ? > Cyrus lui ordonne de parler avec assurance, c £hbien! lui demande Crésus,
> cette multitude, que fiail-elle avec tant d'ar- » deur? — Elle pille votre capitale; elle enlève » vos richesses. — Mon» seigneur, ce n'est point » ma ville , ce ne sont pas mes trésors qu'on » pille. Rien de tout cela ne m'appartient plus; » c'est votre bétail qu'on emmené , ce sont vos » richesses qu'on emporte. >
LXXXIX. Cyrus, frappé de cette répense , écarte tout le monde, et demande à Crésus le parti qu'il faut prendre dans cette conjoncture. Seigneur, réponditpil, puisque les dieux m'ont rendu votre esclave, je me crois obligé de vous avertir de ce qui peut vous être le plus avantageux, lorsque je l'aperçois mieux que vous. Les Perses,naturellement insolents, sont pauvres ; si vous souffrez qu'ils pillent cette ville, et qu'ils en retiennent le butin, il vous est probable, et vous devez y attendre, que celui qui en aura fait le plus grand , n'en sera que plus disposé à la révolte. Si donc vous goûtez mes conseils , ordonnez à quelques* uns de vos gardes de se tenir aux portes de la ville, et d*6ter le butin à vos troupes, parce qu'il fout , leur diroutnls , en consacrer la dixième partie à Jupiter. Par ce moyen, vous ne vous attirerez pomt la haine de vos soldats, quoique vous le leur enleviez de force ; et
HISTOIRE D HÉRODOTE
MiiT.J.««»
» lonqu'ih vieodroDi à oonnattre que tous » ne leur demandez rien qoe de jiute » ils
> obéiront volontiers» »
XC. Ce discours fit à Cyrus le plus grand plaiûr : il trouva le oonseil très-sage; et il en combla l'auteur de louanges; ec, après avoir donné à ses gardes les ordres que lui avait suggérés CrésuSy il s'adressa à lui : c Crésus, dit-il, puis- 9 que vos discours et vos actions me prouvent
> que vous êtes disposé à vous conduire en roi
> sage I demandez-moi ce qu'il vous plaira , 1 vons l'obtiendrez sur-le-champ. — Seigneur,
> répondit Crésus, la plus grande faveurserait » de me permettred'envoyer au dieu des Grecs, » celui de tous les dieux que j'ai le plus ho- 9 noré, les fers que voici, avec ordre de lui de- 9 mander s'il lui est permis de tromper ceux
> qui ont bien mérité de lui. > Le roi l'interroge pour savoir quel sujet il avait de s'en plaindre, et quel était le motif de sa demande. Crésus répéta les projets qu'il avait eus , et l'entreiint des réponses des oracles, de ses offrandes surtout, et des prédictions qui l'avaient animé à kl guerre contre les Perses. Il finit en lui demandant de nouveau la permission d'envoyer faire au dieu des reproches, c Non-seulement
> cette permission , dit en riant Cyrus , mais » ce que vous souhaiterez désormais, je vous i l'accorde, i A ces mots , Crésus envoie des Lydiens à Delphes, avec ordre de placer ses fers sur le seuil du temple ; de demander au dieu s'il ne rougissait pas d'avoir , par ses oracles^ excité Crésus à la guerre contre les Perses, dans l'espoir de ruiner l'empire de Cyrus ; de lui montrer ces chaînes , seules prémices qu'il pût lui offrir de cette expédition ; et de lui demander si les dieux des Grecs étaient dans l'usage d'être ingrats.
XCI. Les Lydiens ayant exécuté , à leur arrivée à Delphes , les ordres de Crésus , on assure que la Pythie leur fit ceite réponse: c II » estimpossiMe même à un dieu, d'éviter lesort
> marqué par les destins. Crésus est puni du
> crimede son cinquième ancêtre, qui, simple
> garde d'un roi de la race des Hêraclides , se » prêta aux insîig^aiions d'une femme artifi- » cieuse, tua son maître, et s'empara delà cou- » ronne, à laquelle il n'avait aucun droit. Apol-
• Ion a mis tout en usage pour détourner de
• Oéstts le malheur de Sarde^i, et ne le faire
tomber que sur ses enfants; mais il ne lui a pas été posssible de fléchir les Parques. Tout ce qu'elles ont accordé à ses prières , il en a gratifié ce prince. Il a reculé de trois ans la prise de Sardes. Que Crésus sache donc qu'il a été fait prisonnier trois ans plus tard qu'il n'éuit porté par les destins. En second lieu , il Ta secouru lorsqu'il allait devenir la proie des flammes. Quant à l'oracle rendu , Crésus a tort de se plaindre. Apollon lui avait prédit qu'en faisant la guerre aux Perses, il détruirait un grand empire. S'il eût voulu prendre sur cette réponse un parti salutaire, il aurait dû envoyer demander au dieu s'il entendait l'empire desLydiens ou celui deCyrus?N'ayant ni saisi le sens del'orade, ni faitinterrogerde nouveau le dieu, qu'il ne s'en prenne qu'iH luimême. Il n'a pas non plus en dernier lieu compris la réponse d'Apollon , relativement au mulet. Cyrus était ce mulet , les auteurs de ses jours étant de deux nations diflerentes; son père était d'une origine moins illustre que sa mère; celle-ci était Mède et fille d' Astyages, roi des Mèdes ; l'antre , Perse et sujet de la Médie; et quoique inférieur en tout, il avait cependant épousé sa souveraine. » Les Lydiens s'en retournèrent k Sardes avec cette réponse de la Pythie , et la communiquèrent à Crésus. Alorsil reconnut que c'était sa faute, et non celle du dieu. Ainsi fut détruit l'empire de Crésus^ et Tlonie subjuguée pour la première fois.
XCIl. Les offrandes dont j*ai parié ne sont pas les seules que Ci*ésus fit aux dieux; on en voit encore plusieurs autres en Grèce, il fit présent à Thèbes en Béoûe, d'un trépied d'or» qu'il consacra à Apollon Isménien; à Ephèse , des génisses d'or,, et de la plupart des colonnes du temple, et il envoya à celui de Minerve Pronœa , à Delphes , un grand bouclier d'or. Ces donssnbsisuientenooredemon temps; il s'en est perdu plusieurs autres. Quant à ceux qu'il donna aux Branchides dans le pays des Hilésiens , ils étaient, autant que j'ai pu le savoir, semblables à ceux qu il fit ù Delphes et demême poids. Les présents q u'il envoyaàDelpheset au temple d' Amphiaraûs, venaient de son propre bien,]c'étaient les prémices de son patrimoine ; les autres au contraire provenaient des biens d'un ennemi , qui avait formé un parti contre lui avant son
WAf.J.^4.
CUO. -- LIVRE I.
némmeat à fai oottronne» et qui a?tit prisavM dialear les intérêts de Pantalëon » qu'il voulait pbeer sur le trône de Lydie. Pantaléou était liis d*AIyatt68, et frère de Gréeoa , mais d'une autre mère; cttrCrésqs était né d'uneCari^uie, A Pantaléon d'une Ionienne. Crésus ne se vit pas plus tôt en possession de la couronne que SDO père fui avait donnée, qu'il fit périr cruelkaient celui qui avait formé un parti contre lui. Qaant slwl biens de ee conspirateur* qu'il avait destinés auparavant à être oflerts aux dieux» il les envoya alors, oonune nous l'avons dit , aux temples qpie nous venons de nommer. Mais en CD voi'è assez sur les offrandes de Crésus.
XCm. La Lydien'offre pas, comme certains attres pays , des merveilles qui méritent place dans rhtstoire, sinon les paillettes d'or détachées du Toiolns 9 par les eaux du Pactole. On f voit cependant un ouvrage bien supérieur à itat que Ton admire ailleurs ; (j'en excepte Mmtefuis les monuments des Egyptiens et des Babytooiens); c'est le tombeau d'Âlyattes, père de Crésus. Lepoiu*tour est composé de grandes pierres, et le reste de terre amoncelée. 11 a été construit aux frais des marchands, des artisans t( des courtisanes. Cinq termes, placés au haut da moBuaieDt,subsÎBtaient encorede mon temps, et marquaient par des inscriptions la portion (^ chacune de ces trois classes avait fait bâtir, baprès les mesures, la portion des courtisanes était visiblement la plus considérable; car toutes «:i filles, dans le pays des Lydiens, se livrent à b prostitution : elles y gagnent leur dot , et l'XiiînHept ce commerce jusqu'à ce qu'elles se flisrient. Elles ont ledroitde choisir leurs époux. Ce monument a six ^ stades deux pièthres de Hmr , et treize pièthres de largeur. Tout auprès est un grand lac qui ne tarit jamais, à ce que lisent les Lydiens. On Tappelle le lac Gygée.
Les loin des Lydiens ressemblent beaucoup à fêles des Grecs, excepté dans ce qui regarde la prostitution des filles. De tous les peuples fÊt nous connaissions , ce sont les premiers qui aient frappé, pour leur usage, des monnaies i'or et d'argent, et les premiers aussi qui aient
'Ccrtà^ire cinq emA qoatre^iagt-dlx-liott toiset ^en pieds dix pouces de tour, rar deux ceat quatre tol- ■t trois pieds neuf ponces de largeur; ainsi la largeur et dMcon de* deoi auUres cAtés devait être de quatre» toiaei tra^ pisd» Ml ponosk
fait le métier de reyendeuf. A les en croire , ik sont les inventeurs de différents jeux, actuellement en usage, tant ches eux que chez les Grecs; et ils ajoutent que ?ers le temps où ces jeux fu* rent inventés , ils envoyèrent une colonie dans la Tyrrhénie. Voici comment ils racontent ce lait.
XaV. Sous le règne!d*Atys, fils de Hanès, toute la Lydie fut affligée d'une gracde famine, que les Lydiens supportèrent quelque temps avec patience. Mais voyant que le mal ne cessait point, ils y ohercbèrent un remède, et'chacnn en imagina à sa manière. Ce fut à celte occasion qu'ils inventèrent les dés , les osselets , la balle et toutes les autres sortes de jeux , excepté celui des jetons , dont ils ne s'attribuent pas la découverte. Or, voici l'usage qu'ils firent de cette invention, pour tromper la iaim qui les pressait. On jouait alternativement pendant un jour entier, afin de se distraire du besoin de manger ; et le jour suivant on mangeait au Heu de jouer. Us menèrent cette vie pendant dixhuit ans ; mais enfin , le mal , au lieu de diminuer, prenant de nouvelles forces , le roi partagea tous les Lydiens en deux classes, et les fit tirer au sort , l'une pour rester , l*autre pour quitter le pays. Celle que le sort destinait à res* ter eut pour chef le roi même, et son fils Tyr* rhénus se mit à la tête des émigrants.
Les Lydiens que le sort bannissait de leur patrie allèrent d*abord à Smyrne , où ils construisirent des vaisseaux, les chargèrent de tous les meubles et instruments utiles , et s'embarquèrent pour aller chercher des vivres et d'autres terres. Après avoir côtoyé différents pays, Us abordèrent en Ombrie, où ils se bâtirent des villes, qu*ils habitent encore \ présent; mais ils quittèrent le nom de Lydiens, et prirent celui deTyrrhénîens, deïyrrhénus, fils de leur roi , qui était le chef de la colonie. XCV. On a vu les Lydiens subjugués par les Perses; mais quel était ce Gyrus qui détruisit l'empire de Crésus? Comment les Perses obtinrent4is la souveraineté de l'Asie? Ce sont des détails qu'exige l'intelligence de cette histoire. Je prendrai pour guides quelques Perses qui ont moins cherché à relever les actions de Cy** rus, qu'i éerire la vérité; quoique je n'ignore point qu'il y ait sur ce prince trois autres sentiments.
HISTOIRE D'HÉRODOTE
MSat.J.-C«
II y avait cinq cent vtaigt ans que les Assyriens étaient les maîtres de la haute Asie, lorsque les Mèdes comnotencèrent les premiers à se révolter. En combattant pour la liberté contre les Assyriens, les Mèdes s'aguerrirent, et parvinrent à secouer le joug, et à se rendre indépendants : les autres ^ nations les imitèrent.
XGVl. Tous les peuples de ce continent se gouvernèrent d'abord par leurs propres lois; mais voici comment ils retombèrent sous la tyrannie. Il y avait chez les Mèdes un sage nommé Déjocà ; il était fils de Phraortes. Ce Déjo» ces , épris de la royauté , s'y prit ainsi pour y parvenir. Les Mèdes vivaient dispersés en bourgades. Déjocès, considéré depuis long-temps dans la sienne, y rendait la justice avec d'autant plus de zèle et d'application, que dans toute la Médie les lois étaient méprisées, et qu'il savait que ceux qui sont injustement opprimés détestent Tinjustice. Les habitants de sa bourgade , témoins de ses mœurs , le choisirent pour juge. Déjocès, qui aspirait à la royauté , faisait paraître dans toutes ses actions de la droiture et de la justice. Cette conduite lui attira de gi*ands éloges de la part de ses concitoyens. Les habitants des autres bourgades, jusqu'alors opprimés par d'injustes sentences , apprenant que Déjocès jugeait seul conformément aux règles de l'équité , accoururent avec plaisir à son tribunal, et ne voulurent plus enfin être jugés par d'autres que par lui.
XCVIL La foule des clients augmentait tous les jours, par la persuasion où Ton était de l'équité de ses jugemenls. Quand Déjocès vit qu'il portait seul tout le poids oes affaires, il refusa démonter sur le tribunal, sur lequel il avait jusqu'alors rendu la justice, et renonça formellement à ses fonctions. Il prétexta le tort qu'il se faisait à lui-même, en négligeant ses propres afiaires, tandis qu'il passait les jours entiers à terminer les différends d'autrni. Les brigandages et l'anarchie régnèrent donc dans les bourgades avec plus de violence que jamais. Les Mèdes s'assemblèrent , et tinrent conseil sur leur état actuel. Les amis de Déjocès y parlèrent, comme je le pense, à peu près en oes termes : c Puisque la vie que nous menons
< Ce aont les aatrei natioiis «oumiiM aux Anyrieoi.
i ne nous permet plus d'habiter œ pays, dioi- » sissons un roi ; la Médie étant alors gouver- » née par de bonnes lois , nous pourrons cul- » tiver en paix nos campagnes, sans craindre » d'enétrechassésparrinjusticeetla violence.» Ce discours persuada les Mèdes de se donner un roi.
XCVIII. Aussitôt on délibéra sur le choix : toutes les louanges , tous les suffrages se réu* nirent en faveur de Déjocès : il fut élu roi d'un consentement unanime. Il commanda qu'on lui bâtit un palais conforme à sa dignité, et qu'on lui donnât des gardes pour la sûreté de sa personne. Les Mèdes obéirent. On lui construisit, i l'endroit qu'il désigna , un édifice vaste et bien fortifié , et on lui permit de choisir dans toute la nation des gardes à son gré.
Ce prmce ne se vit pas plus tôt sur le trône » qu'il obligea ses sujets à se bâtir une ville , à l'orner et à la fortifier, sans s'inquiéter des autres places. Les Mèdes, dociles à cet ordre, élevèrent cette ville forte et immense, connue aujourd'hui sous le nom d'Agbatanes, dont les murs concentriques sont renfermés l'un dans l'autre, et construits de manière que chaque enceinte ne surpasse l'enceinte voisine que de la hauteur des créneaux. L'assiette du lieu , qui s'élève en colline, en focilita les moyens. On fit encore quelque chose de plus. Il y avait en tout sept enceintes, et dans la dernière le palais et le trésor du roi. Le circuit de ht plus grande égale à peu près celui d'Athènes. Les créneaux de la première enceinte sont peints en blanc ; ceux de la seconde en noir ; ceux de la troisième en pourpre; ceux de la quatrième en bleu; ceux de la cinquième sont d'un rouge orangé. C'est ainsi que les créneaux de toutes les enceintes sont ornés de différentes couleurs. Quant aux deux dernières, les créneaux de l'une sont argentés , et ceux de l'autre dorés.*
XCIX. Tels furent et le palais que se fit construire Déjocès , et les maisons dont il l'envi* ronna. Le reste du peuple eut ordre de se loger autour de la muraille. Tous ces édifices achevés , il fut le premier qui établit pour règle que personne n'entrerait chez le roi; que toutes les affaires s'expédieraient par l'entremise de certains * officiers , qui lui en feraient un rap-
' CékaientiM mlnislret, mi viain.
MAr.j.-G.
CLIO. — UVRE I
port; que persôniie m regarderait le roi. II ordonnai , outre cela , qu'on ne rirait ni ne cradierait en sa présence, et qa*il serait honteux à tout le monde de £aûre ces choses en présence les uns des autres.
Déjocès institua ce cérémonial imposant, afin que les personnes de même âge que lui» et avec qui 3 aurait été élevé, et que ceux dont la nais* aance n'âai t pas moins distinguée que la sienne, et qui ne lui étaient inférieurs ni en bravoure n en mérite , ne lui portassent point envie , et ne conspirassent point contre sa personne. Il croyait qu'ai se rendant invisible à ses su* jets il passerait pour un être d'une espèce difimnte.
C. Ces règlements laits, et son autorité affermie, il r^sdit sévèrement la justice. Les pro* ces lui étaient envoyés par écrit : il les Jugeait et les renvoyait avec sa décision. Telle était sa iKthode pour les procès. Quant à la police, s*il apprenait que quelqu'un eût fiiit une injure , il le mandait et lui infligeait une peine proportionnée an délit, et, pour cet effet, il avait dans tous ses états des émissaires qui veillaient sur les actions et les discours de ses sujets.
CI. Déjocès rassembla tous les Mèdes en un leul corps, et ne régna que sur eux. Cette nation comprend plusieurs peuples, les Buses, les Piarétacéniens, les Struchates, les Arizantes, ksBndiens^ les Mages.
en. D^ocès mourut après un règne de dnqumte-trois ans. Son fils Phraortes lui succéda. Le royaume de Médie ne suffit pas à son ambition . Il attaqua d'abord les Perses, et ce fut le premier peuple qu'il assujettit. Avecces deux ntions , Tune et l'autre très*puissantes, il subiagaat ensuite l'Asie, et marcha de conquêtes en conquêtes jusqu'à son expédition contre les Aslyriens et contre la partie de cette même naûon qui habitait Ninive. Quoique les Assyriens, wrefbis maîtres de F Asie, fussent alors seuls et abandonnés de leurs alliés , qui avaient se- Qooé le joug, ils se trouvaient cependant encore dans un état florissant. Pbraortes périt (hns cette expédition avec la plus grande partie de son année , après avoir r^é viogt-deox
C1U. Ce prince étant mort, Cyaxares son fis, et petit-fils de Déjocès, lui succéda ; on dit qa il fut encore plus belliqueux que ses pères,
n sépara le premier les peuples d'Asie en difEé^ rents corps de troupes, et assigna aux piquiers, àrla cavalerie, aux archers; chacun un rang à part : avant lui to^s les ordres étaient confondus. Ce fut lui qui fit la guerre aux Lydiens , et qui leur livra une bataille, pendant laquelle le jour se changea en nuit. Ce fut encore lui qui , après avoir soumis toute l'Asie au-dessus du fleuve Halys , rassembla toutes les forces de son empire, et marcha contre Ninive, résolu de venger son père par la destruction de cette ville. Déjà il avait vaincu les Assyriens en bataille rangée ; déjà il assiégeait Plinive, lorsqu'il fat assailli par une nombreuse armée de Scythes, ayant à leur tête Madyas leur roi , fils de Protothyès. C'était en chassant d'Europe les Cimmériens , qu'ils s'étaient jetés sur l'Asie : la poursuite des fuyards les avait conduits jus* qu'au pays des Mèdes.
CIV. Du Palus-Méotis au Phase et à la Colchide , on compte trente journées pour quelqu'un qui marche bien. Pour se rendre de la Colchide en Màiie , on passe des montagnes , et le trajet n'est pas long; car il ne se trouve en* tre ces deux pays que celui des Sapires. Lorsqu'on l'a traversé , on est sur les terres des Mèdes. Les Scythes néanmoins n'y entrèrent pas de ce côté; mais ils passèrent plus haut, et par une route beaucoup plus longue, laissant le mont Caucase sur leur droite. Les Mèdes, ayant livré bataille aux Scythes , la perdirent avec l'empire de l'Asie.
CV. Les Scythes, maîtres de toute l'Asie, marchèrent de là en Egypte; mais quand ils furent dans la Syrie de^ Palestine, Psammitichus , roi d'Egypte , vint au-devant d'eux , et à force de pr^ents et de prières, il les détourna d'aller plus avant. Us revinrent donc sur leurs pas , et passèrent par Ascalon , en Syrie , d'où ils sortirent la plupart sans y faire aucun dégât , à l'exception de quelques-uns d'entre eux qui , ayant été laissés en arrière , pillèrent le temple de Vénus Uranie. Ce temple, autant que je l'ai pu savoir par mes informations, est le plus ancien de tous les temples de celte déesse. Celui de Cypre lui doit son origine , de l'aveu même des Cypriens. Celui de Cythère a été aussi b&ti par les Phéniciens, originaires de
* Cette Syrie est appelée Syrie de Palaitine, pour la distinguer de la Syrie de Gappâdoee.
HISTOiftE D'HÉRODOTE.
lH6AV.I.«ti.
cette Syrien La déesse envoya une maladie de femme à ceux d'entre les Scythes qui avaient piUë le temple d' Ascalon » et ce châtiment s'étendit à jamais sur leur postérité. Les Scythes disent que cette maladie est une punition de ce sacrilège , et que les étrangers qui voyagent dans leur pays s'aperçoivent de l'état de ceux que les Scythes appellent Enarées.
CVL Les Scythes conservèrent vingt -huit ans l'empire de l'Asie. Ils ruinèrent tout par leur violence et leur négligence. Outre les tributs ordinaires, ils exigeaient encore de chaque particulier un impôt arMtraire; et indépendamment de ces contributions, ils parcouraient tout le pays, pillant et enlevant à chacun ce qui lui appartenait. Gyaxares et les Mèdes en ayant invité chez eux la plus grande partie, les massacrèrent après les avoir enivrés. Les Mèdes recouvrèrent par ce moyen et leurs états et l'empire sur les pays qu'ils avaient auparavant possédés. Ils prirent ensuite la ville de Ninive: quant à la manière dont ils s'en rendirent maîtres , j'en parlerai dans un autre ouvrage. Enfin ils subjuguèrent les Assyriens, excepté le pays de Babylone. Ces conquêtes achevées , Gyaxares mourut : il avait régné quarante ans, y compris le temps que dura la domination des Scythes.
GYII.^Astyages son fils lui succéda. Il naquit à ce prince une fille, qu'il nomma Mandane. Il s'imagina, en dormant , qu'elle urinait en si grande abondance que sa capitale et l'Asie entière en étaient inondées. Ayant communiqué ce songe à ceux d'entre les mages qui faisaient profession de les interpréter, il fut effrayé des détails de leur explication , et il le fut au point que lorsque sa fille fut nubile, il ne voulut pas lui donner pour époux un Mède distingué par sa naissance; mais il lui fit épouser un Perse ^ nommé Gambyses, qu'il connaissait pour un homme d'une grande maison^ et de mœurs douces et tranquilles, parce qu'il le regardait comme bien inférieur à un Mède de médiocre condition.
GVIII. La première année du mariage de Gambyses avec Mandane, Astyages eut un autre songe. Il lui sembla voir sortir du sein de sa fille une vigne qui couvrait toute l'Asie. Ayant
* De la Syrie de PilnUoe.
communiqué oé songe aux interprètes, il fit venir de Perse Mandane « sa fille, qui était en« ceinte et proche de son terme. Aussitôt après son arrivée , il la fit garder, dans le dessein de faire périr l'enfant dont elle serait mère, les mages , interprètes des songes, lui ayant prédit, d'après cette vision, que Tenfimt qui naîtrait dç cette princesse régnerait un jour à sa place. Comme Astyages se tenait en garde contre cet événement 9 Gyrus fut à peine né, qu'il manda Harpage , son parent , celui de tous les Mèdes qui lui était le plus attaché, et sur lequel il se reposait du soin de toutes ses afEaires. i Harpage, luidit-il,exécute fidèlement l'ordre » que je vais te donner, sans chercher à me trom- » per , de crainte qu'en t'attacbant à d'autres » maîtres que moi, tu ne travailles à ta propre 9 perte. Prends l'enfant qui vient de naître de 9 Mandane, porte-le dans ta maison, fais-le » mourir, et l'inhume ensuite comme il te 1 plaira. — Seigneur, répondit Harpage, j'ai ton- » jours cherché à vous plaire , et je ferai mon » possible pour ue jamais vous offenser. Si » vous voulez que Tenfant meure, j'obéirai » exactement à vos ordres , du moins autant
> qu'il dépendra de moi. i
GIX. Après cette réponse, on remit Te nfant couvert de riches ornements entre les mains d'Harpage, afin qu'il le fit mourir. 11 s'en retourna chez lui les larmes aux yeux, et en abor* dant sa femme, il lui raconta tout ce qu'A^Styages lui avait dit* c Quelle est votre résolution? » reprit-elle. — Je n'exécuterai point lesordres » d' Astyages, répondit-il^ dût-il devenir encore -» plus emporté et plus furieux qu*il ne l'est » malmenant ; je n'obéirai point à ses volontés; f je ne me prêterai point à ce meurtre : non , i je ne le ferai point, par plusieurs raisons, i Premièrement, je suis parent de l'enfant; » secondement , Astyages est avancé en âge ,
> et n'a point d'enfants mâles. Si, après sa
> mort, la couronne passe à la princesse sa
> fille » dont il veut aujourd'hui que je fesse i mourir le fils, qœ me restert-il, sinon la per* 9 spcctive du plus grand danger? Pour ma su* p reté, il faut que Tentant périsse, mais que » ce soit par les mains de quelqu'un des gens
> d' Astyages , et non par le ministère des • miens. »
GX^. U dit| et sur-le-champ 9 il envoya un
Slllf.l*-C«
exprès à cdui des bonviers d*A8tyage« qu'il avait mener ses troupeaux dans les meilleurs pAturages, et sur les montagnes les plus firéquen» tées par les bétes sauvages. H s'appelait Mitra- (htes; sa femme, esclave d'Astyages, ainsi que loi, se nommait Spuco, nom qui, dans la langue des Mèdes, signifie la même chose que Cyno dans celle des Grecs; car les Mèdes appellent ne chienne Spaco. Les pâturages où il gardait les bœufs du roi étaient au pied des montagnes, au nord d'Agbatanes , et vers le Pont- Eoxin. De ce côté-là, vers les Sapires, la Mëdie est on pays élevé , rempli de montagnes et couvert de forêts; au lieu que le reste du rD}^ame est plat et uni. Le bouvier, que l'on anit mandé en diligence, étant arrivé, Harjiagelui parla ainsi : c Astpges te commande ) de prendre cet enfiint, et de l'exposer sur la ) montagne la plus déserte , afin qu'il périsse 1 promptement. Il m'a ordonné aussi de te dire I que, si tu ne le lais pas mourir, et que tu lui ) sauves la vie de quelque manière que ce soit,
> il te fera périr par le supplice le plus cruel.
> Ce n'est pas tout : il veut encore que je sache
> par moi-même si tu as eiposé cet enfont. > CXI. Aussitôt Hitradates prit l'eiAint , et
retoorna dans sa cabane par le même chemin. Tandis qu'il allait à la ville, sa femme, qui n'attendait de jour en jour que le moment d'accoucher, mit au monde un fils, par une permis- »0D particulière des dieux, ils étaient inquiets rue de l'autre : le mari craignant pour sa iemme, prête à accoucher; la femme, pour son mari, parce que Harpage n'avait pas coutume de le mander. Dès qu'il fut de retour, sa femme, surprise de le voir au moment qu'elle s'y attendait le moins, lui parla la première, et voulut moir pourquoi Harpage l'avait envoyé cher^ cher avec tant d'empressement, c Ma femme,
> lui dit-il, je n'ai pos plus tôt été dans la ville, * que f ai vu et entendu des choses que je vou- *drais bien n'avoir ni vues ni entendues, et I plût aux dieux qu'elles ne fussent jamais ar-
> rivées à nos maîtres ! Toute la maison d'Har- » page était en pleurs. Frappé d'effroi, je pé- >nèire dans l'intérieur, je vois à terre un
> enfant qui pleurait , qui palpitait. 11 était
> couvert de drap d'or et de langes de diverses » couleurs. Harpage ne m'eut pas plus tôt aper- » ^ quil me commanda d'emporter promp-
GLIO. ~ LIVRE L
> tement cet en£stnt, et de l'exposer sur la
> montagne la plus fréquentée par les bêtes fé-
> roces : il m'a assuré que c'était Astyages lui-
> même qui me donnait cet ordre, et m*a fait
> de grandes menaces si je manquais à l'exéi cuter. J'ai donc pris cet enfant et l'ai em-
> porté, croyant qu'il était à quelqu'un de sa i maison ; car je n'aurais jamais imaginé quel
> était son véritable père. J'étais cependant » étonné de le voir couvert d'or et de langes si
• précieux, le ne l'étais pas moins de voir toute
> la maison d'Harpage en pleurs. Enfin , che-
> min faisant, j'ai bientôt appris du domestique 9 qui m'a accompagné hors de la ville, et qui » m'a remis l'enfant, qu'il est à Mandane, fille î d' Astyages, et à Cambyses, fils de Cyrus , et
> qu' Astyages ordonne qu'on le fasse mourir.' » Le voici cet enfant. •
CKII. En achevant ces mots, Hitradates découvre l'enfant, et le montre à sa femme. Charmée de sa grandeur et de sa beauté, elle embrasse les genoux de son mari, et lesupplie» les larmes aux yeux , de ne point exposer cet enfant, il lui dit qu'il ne pouvait s'en dispenser , qu'il pouvait venir des surveillants de la part d'Harpage , et que s'il n'obéissait pas, il périrait de la manière la plus cruelle. Spaco, voyant que ses discours ne faisaient aucune impression sur son mari, reprit la parole € Puisque je ne saurais , dit-elle , te per-
• suader , et qu'il faut absolument qu'on vofe i un enfant exposé, fais du moins ce que je » vais te dire. Je suis accouchée d'un enfant
> mort, va le porter sur la montagne, et nour-
• rissons celui de la fille d' Astyages, comme
> s'il était à nous. Par ce moyen on ne pourra » te convaincre d'avoir offensé tes maîtres , et
> nous aurons pris un bon parti : notre enfant
• mort aura une sépulture royale, et celui qui
> reste ne perdra point la vie. »
CXIIL Le bouvier sentit que, dans celte conjoncture, sa femme avait raison, et sur-le-champ il suivit son conseil. Il lui remet l'enfant qu'il avait apporté pour le faii^ mourir , prend le sien, qui était mort, le met dans le berceau du jeune prince, avec tous ses ornements, et va l'exposer sur la montagne la plus déserte. Le troisième jour après, ayant laissé pour garder le corps un de ceux qui avaient soin des troupeaux sous ses ordres, il alla à la ville, et s*étant
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HISTOIRE D'HERODOTE
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rendu chez Harpage, il lui dit qu'il était prêt à lui montrer le corps de l'enfant. Harpage, ayant envoyé avec lui ses gardes les plus affidés, fit, sur leur rapport, donner la sépulture au fils de Mitradates. A l'égard du jeune prince ,- Spaco en prit soin et l'éleva. 11 fut dans la suite connu sous le nom de Cyrus ; mais Spaco lui donna quelque autre nom*
GXIY. Cet enfant, étant âgé de dix ans, eut une aventure qui le fit reconnaître. Un jour que, dans le village où étaient les troupeaux du roi, il jouait dans la rue avec d'autres enfants de son âge, ceux-ci l'élurent pour leur roi, lui qui était connu sous le nom de fils du bouvier. Il distribuait aux uns les places d'intendants de ses bâtiments, aux autres celles de gardes-ducorps; celui-ci était Fœil du roi, celui-là devait lui présenter les requêtes des particuliers : chacun avait son emploi, selon ses talents et le jugement qu'en portait Cyrus. Le fils d'Artembarès, homme de distinction chez les Mèdes, jouait avec lui. Ayant refusé d'exécuter ses ordres, Cyrus le fit saisir par les autres enfants, et maltraiter à coups de verges. On ne l'eut pas plus tôt relâché, qu'outré d'un traitements! indigne de sa naissance, il alla à la ville porter ses plaintes à son père contre Cyrus. Ce n'est pas qu'il lui donnât ce nom ; Cyrus ne le portait point encore; mais il l'appelait le fils du bouvier d*Astyages. Dans la colère où était Artembarès, il alla trouver le roi avec son fils, et se plaignit du traitement odieux qu'il avait reçu, c Seigneur , dit-il , en découvrant les
> épaules de son fils, c'est ainsi que nous a ou-
> tragés un de vos esclaves , le fils de voure » bouvier, i
CXV. A ce discours, à cette vue, Astyages, voulant venger le fils d' Artembarès, par égard pour le père , envoya chercher Mitradates et son fils. Lorsqu'ils furent arrivés : € Comment,
> dit le prince à Cyrus, en le regardant, étant
> ce que tu es, as-tu eu l'audace de traiter
* d'une manière si indigne le fils d'un des pre- » miers de ma cour? — Je l'ai fait, seigneur, avec » justice, répondit Cyrus. Les enfants du viU B lage , du nombre desquels il était , m'avaient
> choisi en jouant pour être leur roi ; je leur en
* paraissais le plus digne : tous exécutaient mes 1 ordres. Le fils d' Artembarès n'y a eu aucun 9 égard, et a refuse de m'obéir. Je l'en ai punL t
> Si cette action mérite quelquechâtimeut, me
> voici prêt à le subir, i
CXVI. La ressemblance des traits de cet en- £ant avec les siens, sa réponse noble, son âge, qui s'accordait avec le temps de l'exposition de son petit-fils, tout concourait en un mot â le faire reconnaître d' Astyages. Frappé de cescirconstances , ce prince demeura quelque temps sans pouvoir parler ; mais enfin revenu à lui , et voulant renvoyer Artembarès afin de sonder Mitradatesen particulier :c Artembarès, lui dit- » il, vous n* aurez aucun sujet de vous plaindre • de moi , ni vous, ni votre fils, i Ensuite il or-* donna à ses officiers de conduire Cyrus dans l'intérieur du palais. Resté seul avec Mitrada-* tes, il lui demanda où il avait pris cet enfant, et de qui il le tenait. Celui-ci répondit qu'il en était le père, que sa mère vivait encore et demeurait avec lui. Astyages répliqua qu'il ne prenait pas un bon parti , et qu'il voulait de gaîté de cœur se rendre malheureux. £n disant cela il fit signe à ses gardes de le saisir. Mitradates voyant qu'on le menait à la question, avoua enfin la vérité. Il reprit l'histoire dès son commencement, découvrit tout, sans rien disAnuler, et, descendant aux plus humbles supplications, il pria le roi de lui pardonner.
CXVII. La vérité découverte , Astyages ne tint pas grand compte de Mitradates ; mais violemment irrité contre Harpayge, il commanda à ses gardes de le faire venir; et lorsqu'il parui devant lui , il lui parla en ces termes : c Har* » page, de quel genre de mort as-tu fait périr 1 l'enfant de ma fille, que je t'ai remis? > Harpage, apercevant Mitradates dans l'appartement du roi, avoua tout sans détour, de crainte d'être convaintui par des preuves sans réplique. Seigneur, dit-il, quand j'eus reçu Tenfani, j'examinai comment je pourrais, en me conformant à vos volontés, et sans m'écarter de ce que je vous dois, n'être coupable d'un meurtre , ni à l'égard de la princesse votre fille, ni même au vôtre. Je mandai en conséquence Mitradates : je lui remis l'enfant entre les mains, et lui dis que c'était vous-même qui ordonniez sa mort. Je ne me suis point écarté en cela de la vérité, puisque vous m'aviez commandé de le faire mourir. En lui livrant cet enfant, je lui enjoignis de l'expo-
) ser sar une montagne déserte, et de rester ) auprès de lui jusqu'à ce qu'il fftt mort. Enfin tjele menaçai des plus rigoureux tourments ) ùl n'accomplissait tout de point en point. ) Ces ordres exécutés, et Tenfont étant mort, ) je loi rendis les derniers devoirs, sur le rap- ) port de mes eunuques les plus fidèles, que ) /envoyai sur les lieux. Les choses, seigneur, ) se sont passées de cette manière, et tel est le ) sort qu*a éprouvé cet enfant. > C&VIII. Harpage parla sans détour; mais Astyages, dissimulant son ressentiment, lui répéta d'abord toute l'histoire, comme il l'avait apprise de Hitradates; après quoi il ajouta que Feofant vivait , et qu'il en était content, c Car ) enfin, dit-il, la manière dont on l'avait traité ) me faisait beaucoup de peine, et j'étais très- I > sensible aux reproches de ma fille. Mais ) puisque la fortune nous a été fevorable, en- ) Toyez-moi votre fils pour tenir compagnie au «jeune prince, nouvellement arrivé, et ne ) manquez pas de venir souper avec moi ; je
> veux offrir, pour le recouvrement de mon
> petii-fils , des sacrifices aux dieux , à qui cet
> boneur est réservé. »