‹ Choix des historiens grecsChapitre 7 sur 286 · CXIX. Harpage s'étant, h ces paroles, pros · texte numérisé non relu

CXIX. Harpage s'étant, h ces paroles, pros

imiê devant le roi, s'en retourna chez lui, cgabent flatté de l'heureuse issue de sa faute, rt de ce que le roi l'avait invité au festin qu'il (li)onaiten réjouissance des bienfaits de la forte. Il ne fut pas plus tôt entré chez lui, qu'il appela son fils unique, âgé d'environ treize '^s, l'envoya ao palais d'Astyages, avec ordre <le faire tout ce que ce prince lui commandent; et transporté de joie, il raconta cette avenmreàsafemme.

Dès que le fils d'Harpage fut arriva au palais, %ae^ le fit égorger ; on le coupa ensuite par ^^^orceaux, dont les uns furent rôtis et bouillis; ^ les apprêta de diverses manières, et on tint •"^tûQt prêt à être servi. L'heure du repas ve- *^i les convives s'y rendirent , et Harpage m, eux. On servit à Astyages et aux autres ^(pQeurs du mouton, et à Harpage le corps de «^ fils, excepté la tête et les extrémités des <^ et des pieds, que le roi avait (ait mettre 'part dans une corbeille couverte. Lorsqu'il f^t avoir assez mangé, Astyages lui demanda ^i êuit content de ce repas, c Très-content, ^oditfiarpage.» Aussitôt ceux qui enavaiait

CLIO. - LIVRE I

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reçu Tordre, apportant dans une corbeille couverte la tête , les mains et les pieds de son fils, h lui présentèrent , en lui disant de la décou« vrir, et d'en prendre ce qu'il voudrait. Harpage obéit, et découvrant la corbeille, il aperçut les restes de son fils. II ne se troubla point, et sut se posséder. Astyages lui demanda s'il savait de quel gibier il avait mangé. Il répondit qu'il le savait, mais que tout ce que faisait un roi lui était agréable. Après cette réponse, il s'en retourna chez lui avec les restes de son fils, qu'il n'avait, à ce que je pense, rassemblés que pour leur donner la sépijlture.

CXX. Le roi, s'étant ainsi vengé d'Harpage, manda les mêmes mages qui avaient interprété son songe de la manière que nous avons dit » afin de délibérer avec eux sur ce qui concernait Gyrus. Les mages arrivés , il leur demanda quelle explication ils avaient autrefois donnée du songe qu'il avait eu. Ils lui firent la même réponse : c Si l'enfant , dirent-ils , n'est pas mort , en un niot , s'il vit encore, il l^ut qu'il règne. — L'enfant vit et se porte bien, leur dit Astyages; il a été élevé à la campagne : les enfants de son village l'ont élu pour leur roi. Il a fait tout ce que font les véritables rois il s'est donné des gardes-du-corps , des gardes de la porte, des officiers pour lui faire le rapport des affaires; en un mot, il a créé toutes les autres charges. Que 'pensez-vous que cela puissQ présager ?

»— Puisque l'enfant vit, répondirent les mages, et qu'il a régné sans aucun dessein prémédité, rassurez-vous, seigneur, vous n'avez plus rien à craindre , il ne régnera pas une seconde fois. Il y a des oracles dont l'accomplissement s'est réduit à un événement frivole, et des songes qui ont abouti à bien peu de chose. — Je suis moi -même aussi de cet avis , reprit Astyages : l'enfant ayant déjà porté le nom de roi , le songe est accompli ; je crois n'en avoir plus rien à craindre. Cependant réfléchissez-y mûrement, et donnez-moi le conseil que vous penserez le plus avantageux à votre sûreté et à la mienne. —Seigneur, dirent les mages, la stabilité et la prospérité de votre règne nous importent beaucoup ; car enfin, iapuissance souveraine, venant à tomber entre les mains de cet en* font, qui est Perse, passerait à une autre na«»

HISTOIRE DHÉRODOTE.

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1 tioQ ; et les Perses ; nous regardant comme 1 des étrangers , n auraient pour nous aucune

> considération » et nous traiteraient en escla- » ves. Mais vous » seigneur , qui êtes notre

> compatriote y tant que vous occuperez le » trône , vous nous comblerez de faveurs , et 9 nous I égnerons m partie avec vous. Ainsi no- » tre intérêt nous oblige, à tous égards, à pour- » voir à votre sûreté et à celle de votre empire* » Si nous pressentions maintenant quelque dani ger , nous aurions grand soin de vous en » avertir ; mais puisque Tissue de votre songe 1 est frivole , nous nous rassurons , et nous » vous exhortons à vous tranquilliser de même :

> éloignez de vous cet enfant , et renvoyez- I le en Perse à ceux dont il tient le jour, i

GXXI. Astyages, charmé de cette réponse, manda Cyrus. c Mon fils , lui dit-il, je vous ai i traité avec injustice sur la foi d*un vain soni ge ; mais enfin votre heureux destin vous a » conservé , et vous vivez. Soyez tranquille ; i partez pour la Perse , escorté par ceux que » je vous donnerai pour vous accompagner : » vous y verrez votre père et votre mère , qui » sont bien différents de Mitradates et de sa » femme, i

CXXII. Astyages ayant ainsi parlé , renvoya Cyrus en Perse. Cambyses et Mandane , ayant appris qui il était , le reçurent et l'embrassèrent comme un enfant qu'ils avaient cru mort en naissant. Ils lui demandèrent comment il avait été conservé : Cyrus leur répondit que , jusqu'alors , il l'avait ignoré , et qu'à cet égard il avait été dans une tiès-grande erreur ; qu'en chemin il avait été instruit de tes malheurs ; qu'il s'était cru fils du bouvier d* Astyages , mais que depuis son départ il avait tout appris de ses conducteurs. Il leur conta comment il avait été nourri par Cyno, la femme du bouvier , dont il ne celait de se louer, et de répéter le nom. Son père et sa mèi*e, se servant de ce nom pour persuader aux Perses que leur fils avait été conservé par uue permission particulière des dieu]^, publièrent partout que Cyrus ayant été exposé dans un lieu désert, une chienne Tavait nourri. Voilà ce qui donna lieu au bruit qui courut.

CXXIII. Cyrus étant parvenu à Tàge viril » comme il était le plus brave et le plus aimable des jeunes ^s de son âge, Harpage^ qui dé-

sirait ardemment se venger d* Astyages, lui envoyait des présents, et le pressait de le seconder. Etant d'une condition privée, il ne voyait pas qu'il lui fût possible de se venger par luimême de ce prince; mais ayant observé que Cyrus, en croissant, lui donnait l'espoir de la vengeance, et venant à comparer les aventures de ce prince et ses malheurs avec les siens , il s'atucha à lui » et se l'associa. H avait déjà pris quelques mesures , et il avait su profiter des traitements trop rigoureux que le roi faisait aux Hèdes , pour s'insinuer dans l'esprit des grands, et leur persuader d'dter la couronne à Astyages , et de la mettre sur la tête de Cyrus.

Cette trame ourdie , et tout étant prêt, Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet ; mais comme ce prince était en Perse , et que les chemins étaient gardés , il ne put trouver, pour lui en faire part , d'autre expédient que celui-ci. S'étant fait apporter un lièvre , il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière adroite » et sans en arracher le poil ; et dans l'état où il était, il y mit une lettre , où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il avait le plus de confiance, avec un filet, comme s'il eût été un chasseur, et lui ordonna de vive voix de le porter en Perse, Cyrus , et, de lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même , et sans témoins.

CXXIV. Le domestique ayant exécutéses ordres, Cyrus ouvrit le lièvre, etjayanttronvéune lettre, il la lut. Elleéuil conçue en ces termes : f Fils de Cambyses, les dieux veillent sur vous » » autrement vousneseriez jamais parvenu à un

• si haut degré de fortune : vengez-vous d'As- » tyages, votre meurtrier : il a tout fait pour vous » oier la vie : si vous vivez, c'est aux dieux et à » moi que vous le devez. A^ous avez sans doute i appris , il y a long-temps , tout ce qu'il a fait

> pour vous perdre , et ce que j*ai souffert

• moi-même pour vous avoir remis à Mitrada-

• tes , au lieu de vous faire mourir. Si vous

> voulez suivre aujourd'hui mes conseils, tous » les états d' Astyages seront à vous. Portez les i Perses à secouer le joug ; venez à leur tête i attaquer les Mèdes ; l'entreprise vous réus« f sira, soit qu' Astyages me donne le comman*

I f dément des troupes qa*il enverra contre

» vooi , soit qu'il le confie à quelque auure des I plus dislinguës d'entre les Mèdes. Les prin-

> cipanx de la nation seront les preniiers à Ta- • bandouier ; ils se joindront à vous , et fo- » ront les plus grands efForts pour détruire sa

> puissance. Tout est ici disposé pour Texécu-

> lion. Faites donc ce que je vous mande , et

> faites-le sans différer. »

CXXV. Cyrus, ayant lu ceue lettre , ne son- ^ plusqu*à chercher les moyens les plus sages pour engagers le Perses à se révolter. Après y avoir bien réfléchi , voici ce qu'il imagina de plus expédient » et il s*y tint. Il écrivit une lettre conforme à ses vues » Fouvrit dans l'assemUée des Perses » et leur en fit lecture. Elle portail qu'Astyages le déclarait leur gou- ^«nwttr. c Maintenant donc , leur dit - il » je > vous commande de vous rendre tous ici cha- 1 ean aTœ une faux, i Tels furent les ordres de Cyrus. Les tribus qui composent la osrJDD perse sont en grand nombre. Cyrus en cooroqua quelques-unes, et les porta à se soulever contre les Mèdes. Ce sont celles qui ont le plos d'influence sur tous les autres Perses » savoir , les Pasargades , les Maraphiens et les Haspiens. Les Pasargades sont les plus illusu^es ; Les Achéménides , d'où descendent les rois de Perse » en sont une branche. Les Panthialéens , les Dérusiéens, les Germaniens sont toos laboureurs. Les autres , savoir les Daens» les Mardes , les Dropiques et les Sagartiens , sont noaiades, et ne s'occupent que de leurs troupeaux.

CXXVL Lorsqu'ils se furent tous présentés armés de faux y Cyrus leur montrant un certain canton de la Perse , d'environ dix-huit à vmgt stades , entièrement couvert de ronces et d'épines , leur commanda de l'essarter tout entier en un jour. Ce travail achevé, il leur ordonna de se baigner le lendemain , et de se rendre ensuite auprès de lui. Cependant, ayant bit mener au même endroit tout le bétail de ion père » il le fit tuer et apprêter. Outre cela, il fit apporter du vin , et les mets les plus exquis pour régaler l'armée. Le lendemain , les Perses étant arrivés , il les fit asseoir sur l'herbe, et leurdoima un grand festin. Le repas fini , Cyrus leur demanda laquelle de ces deux conditions leur paraissait préRérable , la pré* sente, on celle de la veille. Ils s'écrièrent qu'il y

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avait une grande différence entre Tune et l'aur tre ; que le jour précédent, ils avaient éprouvé mille peines , au lieu qu'actuellement ils goûtaient toufes sortes de biens et de douceurs. Cyrus saisit cette réponse pour leur découvrir ses projets, c Perses , leur dit-il , tel est maintenant l'état de vos affaires : si vous voulez m'obéir, vous jouirez de ces biens, et d'une infinité d'autres encore, sans être exposés à des travaux serviles. Si, au contraire, vous ne voulez pas suivre mes conseils , vous ne devez attendre que des peines sans nombre, et pareilles à celles que vous souffrîtes hier.* Devenez donc libres en m' obéissant ; car il semble que je sois né , par un effet particulier de la bonté des dieux , pour vous Caire jouir de ces avantages : et d'ailleurs je ne vous crois nullement inférieurs aux Mèdes ^ soit dans ce qui concerne la guerre , soit en toute autre, chose. Secouez donc au plus tôt le joug sous lequel Astyages vous tient asservis. »

CXXVIL Les Perses, qui depuis long-temps étaient indignés de se voir assujettis aux Mèdes, ayant trouvé un chef , saisirent avec plaisir l'occasion de se mettre en liberté. Astyages, ayant eu connaissance des menées de Cyrus , le manda auprès de lui par un exprès. Cyrus commanda au porteur de cet ordre de lui dire qu'il irait le trouver plus tôt qu'il ne souhaitait» Sur cette réponse, Astyages fit prendre les armes à tous les Mèdes ; et , comme si les dieux lui eussent ôté le jugement, il donna le commandement de son armée à Harpage , ne se souvenant plus de la manière dont il l'avait traité. Les Mèdes, s'étant mis en campagne , en vinrent aux mains avec les Perses. Tous ceux à qui Harpage n'avait point fait part de ses projets se battirent avec courage. Quant aux autres, il y en eut une partie qui passa d'elle-même du côté des Perses; mais le plus grand nombre se comporta lâchement de dessein prémédité.

CXXYIIL Astyages n'eut pas plus tôt appris la déroute honteuse des Mèdes, et que son armée était entièrement dissipée, qu'il s'emporta en menaces contre Cyrus. c Non, dit-il, Cyrus » n'aura pas sujet de s'en réjouir, t II n'en dit pas davantage; mais il commença par faire met-* tre en croix les mages , interprètes des songes |

qui loi avaient conseillé de laisser partir Cyrus. Il fit ensuite prendre les armes à ce qui restait de* Mèdes dans la ville» jeunes et vieux, les mena contre les Perses , et leur livra bataille. Il la perdit avec la plus grande panie de ses troupes, et tomba lui-même entre les mains des ennemis.

CXXIX. Harpage » charmé de le voir dans les fers , se présenta devant lui , Tinsulta , et , entre autres reproches , lui ayant rappelé ce repas où il lui avait fait servir la chair de son fils y il lui demanda quel goût il trouvait à l'esdavage, qui en était une suite, et s'il le préferait à une couronne. Astyages lui demanda à son tour s'il s'attribuait l'entreprise de Cyrus. Harpage reprit qu'il le pouvait avec justice , puisque c'était lui qui l'avait préparée, en écrivant à ce prince. Astyages lui fit voir qu'il était le plus inconséquent et le plus injuste de tous les hommes; le plus inconséquent, puisque, pouvant se faire roi , si du moins il était l'auteur de la révolte actuelle , il avait mis la couronne sur la téie d'un autre ; et le plus injuste, puisque , pour le repas dopt il s'agissait , il avait réduit les Mèdes en servitude. En effet , s'il était absolument nécessaire de donner la couronne à un autre , et s'il ne voulait pas la garder pour lui-même , il aurait été plus juste de la mettre sur la tête d'un Mède que sur celle d'un Perse ; qu'enfin, il avait donné des fers à sa patrie, quoiqu'elle ne fût point coupable , et qu'il avait rendu les Perses maîtres des Mèdes , eux qui en avaient été les esclaves.

GXXX. Astyages perdit ainsi la couronne , après un règne de trente-cinq ans. Les Mèdes , qui avaient possédé cent vingt-huit ans l'empire de la Haute-Asie, jusqu'au fleuve Halys , sans cependant y comprendre le temps qu'y régnèrent les Scythes , passèrent sous le joug des Perses, à causedel'inhumanitédece prince. Il est vrai que , s'étant repentis par la suite , ils le secouèrent sous Darius * ; mais ayant été vaincus dans un combat, ils furent de nouveau subjugués. Cyrus et les Perses s'étant alors soulevés contre les Mèdes , sous le r^ne d' Astyages, furent dès-lors maîtres de TAsie. Quant à Astyages, Cyrus le retint près

> Soin Darius Nothiu, l'an 4506 de la période jiH Kenne, 40S ans avant uolre ère.

HISTOIRE D'HÉRODOTE. «Sf.j.^.

de lui jusqu'à sa mort , et ne lui fit point d'autre mal.

Telles furent la naissance de Cyrus, son éducation et la manière dont il monta sur le trône. Il battit dans la suite Crésus , qui lui avait fait le premier une guerre injuste, conune je l'ai déjà dit , et par la défaite de ce prince , il devint matti^ de toute l'Asie*

CXXXI. Voici les coutumes qu'observent, à ma connaissance , les Perses. Leur usage n'est pas d'élever aux dieux des statues, des temples , des autels ; ils traitent au contraire d'insensés ceux qui le font; c'est, à mon avis, parce qu'ils ne croient pas , comme les Grecs , que les dieux aient une forme humaine. Ils ont coutume de sacrifier à Jupiter sur le sommet des plus hautes montagnes , et donnent le nom de Jupiter à toute la circonférence du ciel. Ils font encore des sacrifices au soleil , à la lune, à la terre , au feu , à l'eau et aux vents , et n'en offrent de tout temps qu'à ces divinités. Hais ils y ont joint dans^a suite le culte de Vénus- Céleste ou Uranie , qu'ils ont emprunté des Assyriens et des Arabes. Les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta , les Arabes celui d'Alitta, et les Perses l'appellent Mitra.

GXXXII. Voici les rites qu'observent les Perses en sacrifiant aux dieux dont je viens de parler. Quand ils veulent leur immoler des victimes , ils ne dressent point d'autel , n'allument point de feu., ne font pas de libations , et ne se servent ni de flûtes ni de bandelettes sacrées, ni d*orge mêlée avec du sel. Un Perse veut-il offrir un sacrifice à quelqu'un de ces dieux? Il conduit la viaime dans un lieu pur, 'et, la tète couverte d'une tiare couronnée le plus ordinairement de myrte , il invoque le dieu. Il n'est pas permis à celui qui offre le sacrifice de faire des vœux pour lui seul esa particulier : il faut qu'il prie pour la prospérité du roi et celle de tous les Perses en général ; car il est compris sous cette dénomination. Après qu'il a coupé la victime par morceaux, et qu'il en a fait bouillir la chair , il étend de l'herbe la plus tendre, et principalement du trèfle. li pose sur cette herbe les morceaux de la victime, et les y arrange. Quand il les a ainsi placés , ua mage , qui est là présent (car sans mage il ne leur est pas permis d'offrir un sacrifice ) , ua mage, dis-je, entonne une théogonie; c'est le

5«6if.j.H:.| CLIO. -. LIVRE I.

nom qu ils donnent à ce chant. Peu après, celui qui a offert le sacrifice emporte les chairs de la victime , et en dispose comme il juge à propos.

GXXXIIL Les Perses pensent devoir célébrer plus particulièrement le jour de leur naissance, que tout autre, et qu'alors leur table doit ôti^e garnie d'un plus grand nombre de mets. Ce jour-là les riches se font servir un cheval , un chameau , un âne et un bœuf entiers , rôtis aux fourneaux. Les pauvres se contentent de menu bétail. Les Perses mangent peu de viande, mais beaucoup de dessert, qu'on apporte en petite quantité à la fois. C'est ce qui leur fait dire que les Grecs en mangeant cessent seulement d'avoir faim ; parce qu'après le repas on ne leur sert rien de bon , et que si on leur en servoit , ils ne cesseraient pas de manger. Ils sont fort adonnés au vin , et il ne leur est pas permis de vomir, ni d'uriner delaol le monde. Us observent encore aujourd'hui ces usages. Ils ont coutume de délibérer 5ur les afiiaires les plus sérieuses , après avoir bu avec excès. Mais le lendemain , le maiire de la maison oit ils ont ténu conseil remet la uième affaire sur le tapis avant que de boire. Si on Tapprouve à jeun , elle passe , sinon on Tabandonoe. Il en est de même des délibérations faites à jeun, on les examine de nouveau lorsqu'on a bu avec excès.

CXXXIV. Quand deux Perses se renconireut dans les rues , on dislingue s'ils sont de même condition , car ils se saluent en se baisant à la bouche ; si l'un est d'une naissance un peu inférieure à l'autre , ils se baisent seulement à la joue ; et si la condition de l'un est fort audessous de celle de l'autre, l'inférieur se prosterne devant le supérieur. Les nations voismes sont celles qu'ils estimât le plus, toutefois après eux-mêmes. Celles qui les suivent occupent le second rang dans leur esprit ; et régbnt ainsi leur estime proportionellement au degré d'eloignement , ils font le moins de cas des plus éloignées. Cela vient de ce que se croyant en tout d'un mérite supérieur , ils pensent que le n-sie des hommes ne s'attache à la vertu que dans la proportion dont on vient de parler , et que ceux qui sont les plus éloignés d'eux sont les plus méchants. Sous l'empire des Mèdes il y avait de la subordination entre ks divers

HÉAOnOTCt

peuples. Les Mèdes les gouvernaient tous ensemble, aussi bien que leurs plus proches voisins. Ceux-ci commandaient à ceux qui étaient dans leur proximité , et ces derniers à ceux qui les touchaient. Les Perses , dont l'empire et l'administration s'étendent au loin , ont aussi dans la même proportion 4es égards pour les peuples qui leur sont soumis.

CXXXY. Les Perses sont les hommes les plus curieux des usages étrangers. Ils ont pris en effet l'habillement des Mèdes, s'imaginant qu'il est plus beau que le leur; et dans la guerre ils se servent de cuirasses à l'égyptienne. Ils se portent avec ardeur aux plaisirs de tout genre dont ils entendent parler , et ils ont emprunté des Grecs lamour des garçons. Ils épousent chacun plusieurs jeunes vierges; mais ibont encore un plus grand nombre de concubines.

CXXXVl. Après les vertus guerrières , ils regardent comme un grand mérite d'avoir beaucoup d'enfants. Le roi gratifie tous les ans ceux qui en ont le plus. C'est dans le grand nombre qu'ils fout consister la force. Ils commencent à cinq ans à les instruire; et depuis cet âge jusqu'à vingt , ils ne leur apprennent que troiç choses, à monter à cheval , à tirer de l'arc et à dire la vérité. Avant Fâge de cinq ans un enfant ne se pi^ésente pas devant son père : il reste entre les mains des femmes. Cela s'observe , afin que , s'il meurt dans ce premier âge , sa perte ne cause aucun chagrin au père.

CXXXVIL Celte coutume me parait louable; j'approuve aussi la loi qui ne permet à personnne » pas même au roi , de faire mourir «n homme pour un seul ci*ime; ni à aucun Perse de punir un de ses esclaves dune manière trop atroce pour une seule faute. Mais, si par un examen réfléchi il se trouve que les fautes du domestique soient en plus grand nombre et plus considérables que ses services, sou maître peut alors suivre les mouvements de sa colère. Ils assurent que jauiais personne n'a tué ni son père ni sa mère ; mais que toutes les his que de pareils ciimes sont arrives , on découvre nécessairement après d'exactes recherches , que^ cesenfants étaient supposés ou adultérins.' Car il est, continuent-ils, contre toute vraisemblance, qu'un enfant tue les véritables auteurs desesjom's*

CXXXVIII. Il ne leur est pas permis de par*

1er de^ cb^eas qa'U n'esl p9A permis de faire. Us Be tionvenl ries de si honteux que de meiH lif » et après le mensonge , que de contracter des dettes; et cela pour plusieurs raisons, mais surtout, parce que , disent-ils, celui qui a des dettes ment nécessairement. Un citoyen infeetë de la lèpre, proprttnent dite, ou de l'espèce de lèpre appelée leucé, ne peut entrer dans la nillei ni avoir aucune communication avec le reste des Perses : c'est, selon eux , une preuve ^*il a péché contre le soleil. Tout étranger , auaqué de ces maladies , est chassé du pays ; et par la môme raison , ils n'y veulent point souffrir de pigeons blancs. Ils n'urinent ni ne crachent dans les rivières ; ils ne s'y lavent pas même les mains , et ne permettent pas que personne y fesse rien de semblable; car ils rendent un culte aux fleuves.

CXXXIX. Us ont aussi quelque chose de singulier, qu'ils ne copnaissent pas eux-mêmes ^ mais qui ne nous a point échappé. Leurs noms, qui sont empruntés, ou des qualités du corps, ou de la dignité des personnes , se terminent par cette même lettre , que les Doriens apellent San, et les Ioniens Sigma $ et, si vous y faites attention, vous trouverez que les noms des Perses finissent tous de la même manière , sans en excepter un seul. *

CXL. Ces usages m'étant connus , je puis en parler d'une manière affirmative ; mais ceux qui se pratiquent relativement aux morts , étant cachés» on n'en peut rien dire de certain. Ils prë^ndent qu'on n'enterre point le corps d'un Perse, qu'il n'ait été auparavant déchiré par vù oiseau ou par un chien. Quant aux mages, j'ai la certitude qu'ils observent cette coutume^ Gsr ils la pratiquent à la vue de tout le monde. Une autre chose que je puis assurer, c'est qiie ks Perses enduisent de dre les corps morts, et qu ensuite ils les mettent en terre.

Les mages diffèrent beaucoup des autres hommes , et particulièrement des prêtres d'Egypte. Ceux-ci ont toqjours les mains pures du sang des anionaux, et ne tuent que ceux qu'ils immolent aux dieux. Les mages , au contraire, tuent de leurs propres mains toutes sortes d'animaux , à la réserve de Thomme et du chien : ils se font même gloire de tuer également les fourmis , les serpents et autres animaux , tant reptiles que volatiles* Mais quant à cet usage ,

HISmiRB D'HÉRODOTE. m it. j.^

laissons-le (él qu'il a été originairement établi, et reprenons le fil de notre narratiob.

CXLI. Les Lydiens n'eurent pas pltis têt été subjugués par les Perses , que les Ioniens et les Éoiiens envoyèrent à Sardes des ambassadeurs à Cyrus , pour le prlet* de les recevoir au nombre de ses snjets , aux mêmes conditions qu'ils l'avaient été de Crésos. Ce prince rqK)ndit à leur proposition par cet apologue. Un joueur de flûte , leur dit-il , ayant aperça des poissons dans la mer , joua de la flûte , s*imagrnant qu'ils viendraient â terre : se voyant trompé dans son attente, il prit iin filet, enve* loppa une grande quantité de poissons , qu'il tira sur le bord ; et , comme il les vit sauter : c Cessez , leur dit-il , cessez maintenafat de » danser , puisque votiei n'avez pas voblu le > foire au son de la flûte. >

Il tint ce discours aux lonienâ et aux Éoliebs, parce qu'ayant fait auparavaiit solliciter les Ioniens, par ses envoyés, d'abandonfaer le parti de Crésus, il d'avàit pu les y engager , et qu'il ne les voyait disposés à lui obéir, que ()arce qu'il était venu à bout de toutes ses entreprises. Telle Alt la réponse qu'il leur fit dans sa colère. Sur le rapport des députés, les Ioniens fortifièrent chacun leur ville, et s'assemblèrent tous au Panioniuiil , à la réserve des Milésiens, les seuls avec qui Cyrus fit un traité, aux mêmes conditions que celles qui leur avaient été accordées par Crésus. Dans ce conseil , il fot unanimement résolu d'envoyer demabder du secours à Sparte.

CXLII. Ces Ioniens *, % (|ui appartient aussi le Panionium, ont bâti leurs villes dans la contrée la plus agréable que je connaisse , soit pour la beauté du ciel , soit pour la température des saisons. En effet, les pays qui environnent l'Ionie, soil au-dessus, sott au-dessous , à l'est ou à l'ouest , ne peuveiit entrer en comparaison avec elle , les uns étant exposés aux pluies et au froid , les autres aux chaleurs et à la sécheresse. Ces Ioniens n'ont pas le même dialecte ; leurs mots ont quatre sortes de terminaisons. Milet est la première de leurs villes du côté du midi ; et ensuite Myonte et Priène : elles sont en Carie , et leur langage est le même. Éphèse , Colophon , Lébédos ,

' n t'exprime ainsi pour les distinguer des antres lonieni, et entre aatrei des Atbéaieos»

MàV.J.-

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