‹ Choix des historiens grecsChapitre 61 sur 286 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

2iT

iBavorables , il était sorti une flamme de la poitrine de la statue : qu'il avait connu à ces mar» ques certaines qu'il ne prendrait pas la ville d* Argos; car si cette flamiue fût sortie de la tête de la statue, il l'aurait prise d'assaut, au lieu qu'étant sortie de la poitrine, il était clair qu'il avait fait tout ce que le dieu voulait qu'il fît. Celle défense parut aux Spartiates si plausible et si vraisemblable, qu'il fut absous à la très-grande pluralité des voix.

LXXXIII. La ville d* Argos fut tellement dépeuplée par cette défiiite , que les esclaves prirent en main le timon de l'état , et remplirent les différentes magistratures. Mais les enfants de ceu^ qui avaient perdu la vie étant parvenus à l'âge de puberté , remirent la ville en leur puissance et les chassèrent. Les esclaves se voyant chassés, s'empaièrent deTiryns après une bataille. La concorde fut quelque temps rétablie entre eux et leurs maîtres; mais dans la suite un devin , nonuné Cléandre , de Phigalia en Arcadie, leur persuada d'attaquer leurs maîtres ; cela occasionna une guerre très-longue , et qui ne fut terminée que par les avantages que remportèrent enfin et avec beaucoup de peine les Argiens.

LXXXiy. Les Argiens prétendent que ce fîit pour celte cause que Cléomènes perdit la raison , et périt misérablement. Mais les Spartiates assurent eux-mêmes que sa fureur ne vint pas des dieux , mais de l'abus du vin auquel il s'était accoutumé en fréquentant des Scythes.

Les Scythes nomades, persistant dans le dessein de se venger de l'invasion de Darius, envoyèrent des ambassadeurs à Sparte pour contracter alliance avec les Lacédémoniens. Il fut convenu entre eux que les Scythes tâcheraient de pénétrer du côté du Phase dans la Médie, et que les Spartiates partiraient d*Ëphëse, se rendraient dans l'Asie supérieure, et que les deux armées se joindraient au même endroit. Les Lacédémoniens disent que Cléomènes eut avec les Scythes , qui émient venus à Sparte pour cette négociation, une très^grande liaison et même plus intime qu'il ne convenait, et qu'il contracta avec eux l'habitude de boire du vin pur. Telle fut , selon les Spartiates , la cause qui le rendit furieux; ils ajoutent que depuis ce temps , quand ils veulent boire du vin pur, ils

Si8

HISTOIRE D*HÉttOD01f;.

At.

se disent l'an à Tautre : Imitons le&Scythes. C'est ninsi que les Spartiates parlent de la frénésie de Gléomènes ; mais je pense qu elle fut un effet de la colère des dieux qui voulaient veiiger Démarate.

LXXXV. Les Éginètes n*enreht pas plus tôt appris la mort de Giédmènes , qu'il envoyèrent ^ Sparte des députés, pour accuser Léotychides au sujet de la déiemion de leurs oiages à Athènes. Les juges s*étant assemblés» décidèrent que les Éginètes avaient été traités indignement par Léotychides , et le condamnèrent à être remis entre leurs mains , pour qu'ils l'emmenassent en Ëgine en la place des hommes qu'on leur retenait à Athènes. Les Éginètes se disposaient à exécuter cet arrêt , lorsque Tfaéasides, fils de Léoprépès, citoyen distingué de Sparte, leur parla eii ces ternies : ç Que f voulez-vous faire, Éginètes? Allez- vou$ donc » emmener le roi de Sparte que vous ont livré

> ses concitoyens? Si les Spartiates ont dans • leur colère prononcé un tel jugement, ne

> craignez-vous pas, si vous le mettez à exécu-

> tion, qu'ils n'entrent quelque jour dans votre i pays, et qu'ils ne le détruisent eblièrenient? i La-dessus les Éginètes se désistèrent de leur entreprise ; mais ce fut k condition que Léotychides les suivrait à Athènes pour se faire rendre leurs citoyens.

LXXXyi. Ce prince , étant arrivé à Athènes, redemanda les otages qu'il avait mis en dépôt. Les Athéniens, qui ne voulaient pas les remettre , temporisaient sous prétexte que les deux rois les leur ayant confiés, il n'était pas juste de les rendre à Tun en Tabsence de Fautre. Sur ce refus , Léotychides leur parla en ces termes ; c Athéniens, prenez le parti que vous 1 voudrez. Si vous rendez les otages , celte aq-

> tion sera juste; et si vous les retenez, vous

> 0n ferez une injuste ; mais je veux vous ra- » conter un fait arrivé à $parte au sujet d'tii)

> dépôt.

> Noms disons, nous ùutres Spartiates , que, f la troisième génération avant moi, GlaucuSi i fils d*Épicydes , s'était distingué à Lacédé- I mone entre ious sesconipatrioles par plusieurs » excellentes qualité^, et surtout par sa prot bité. Mais voici, ajoiitons-noudx pe qui lui ar-

> riva dans ui| tefnp^ détermiqé- H vint à §partç

> unÙilésien-pour conférer avec lui sur une

Sropositioil qii'fl voulait itri fiiirè. Je suis de . [ilet , lui dit-il , et je tiens pour goûter les » fruits de votreprobité, dont la renommée est

* aussi répandue en loiiiè que dans le reste de

* la Grèce. Les réflexions que j'ai laites surl'ë- » tat précaire de î'Ionie , toujours exposée à » des dangers, sur la tranquillité et la sûretéda » Péloponnèse, et surrinstabilité des fortunes f de mon pays , qu*on ne voit jsimais çntre les i mains des mêmes personnes, m*ont fait pren- » dre la résolution de Convertir en argent la » moitié de tous nies biens et de le déposer 1 entre vos mains , persuadé qu'il y sera en

> sûreté. Chargez- vous donc de cet argent, 1 et gardez en même temps cette marque-ci ; i votis le remettrez à celui qili vous représeni tera la t)âreille. Ainsi parla le Miiésien , et

> Glaucus reçut le dépôt à cette condition,

> Long- temps api*ès, les enfants de celui qui avait inis cet argent en dépôt ^tant venus trouver à Sparte Glaucus , et lui ayant présenté la marque , ils lui redemandèrent la somme quelui avaitremise leur père. Glaucus chercha à éluder leur demande par sa réponse. Je ne me souviens point de cette affaire , leur dit-il , et je ne me la rappelle en aucune manière. Si cependant elle me revient à la mémoire, je ferai loilt ce qui sera juste. Si J'âl ("eçu quelque chose , il convient de te rendt*e ; mais si je n'ai rien reçu dti tout , je me servirai contre vous des lois des Grecs. Je remets ddiic la décision de t^tte affaire au quatrième mois , à compter de ce jour.

» Les Milésiens s'en retournèrent chez eut d'autant plus affligés qu'ils croyaient leur argent perdu. Cependant Glaucus alla à Delphes consulter roraclé, et demanda au dieu s'il lui était permis de s'emparer de cet argent par un serinent. La pythie lui fit cette réponse : Glaucu$ fik d'Épicydes, la victoire que tu remporteras par un serment, et les richesses qui en seront le prix auront sur-lechamp pour toi quelque chose d'agréable. Jure, puisque la mort n'épargne pas celui même qut est fidèle i| ses enga^emeiits * mais 9ongequedu serment qait un fils sans nom, sans mains et sans pied$, qui d'un vol rapide fond sur Qploi qui se parjure , et ne le quitte point qu'il ne l'ait détruit, IM, 1^ maison et ssl race entière ; au lieu qu'on voit prospérer les des-

» cendants âe celui qui a reJigieusemctit observé 1 sa parole.

Glacus touché de celte r^onsc, pria le dieu • de lui pardonner ce qu'il avait dit. Tenter les » dieux, répondit la pytliie, ou commettre Tin- » Justice , c'est la même chose. Alors Glaucus

> envoya chercher les Milésiens, et leur rendit » le dépAt.

> Voici maitatènânt , Athéniens , le but que je 1 me suis proposé en vôust racontant cette his- 1 toire. Il ne Subsiste plus actuellement & » Sparte ni descendants de Glaucus, ni aucune 1 maison qu*on croie lui avoir appartenu.

> Cette race est éteinte jusque dans ses der-

> niers rejetons, et ses maisons ont été détrui- 1 tes jusque dans les fondements ; tant il est

> avantageux de n'envisager un dépôt que

> comme un effet qu'il faut rendre à celui qui

> l'aconGé. > Ainsi parla Léotychides; maiâ ne remarquant

dans les Athéniens , même après son histoire ,

Page 1