‹ Choix des historiens grecsChapitre 66 sur 286 · ERATO. - LIVRE VI · texte numérisé non relu

ERATO. - LIVRE VI

doublèrent le promontoire Snnium, dans le d^sein de prévenir les Athéniens , et d'arriver dans leur ville avant eux. On prétend à Athènes qu'ils conçurent ce projet par l'artifice des AIcmseonîdes, qui, selon les conventions faites avec euXy leur montrèrent un bouclier, tandis qu'ils étaient déjà sur leurs vaisseaux.

CXVI. Pendant que les Perses doublaient le promontoire Sunium, les Athéniens accoururent à toutes jambes au secours de leur ville, et prévinrent l'arrivée des Barbares. Ils partirent d'un lieu consacré à Hercules à Marathon, et campèrent dans un autre consacré au même dieu à Cynosarges. Les Perses jetèrent l'ancre au-dessus de Phalère, qui servait alors de port tiux Athéniens , et après y être restés quelque temps , ils reprirent la route d'Asie.

ex VIL II périt a la journée de Marathon environ six mille quatre cents hommes du côté des Barbares » et cent quatre-vingt-douze de celui des Athéniens. Telle est an juste la perte des uns et des autres. Il arriva en cette bataiUe une chose bien étonnante à un Athénien, nommé Epizélns , fils de Guphagoras. Pendant qu'il était aux prises avec l'ennemi , et qu'il se conduisait en homme de cœur, il perdit la vue , sans avoir été frappé en aucune partie du corps, ni de près , ni de loin , et depuis ce moment il demeura aveugle le reste de sa vie. On m'a assuré qu'en parlant de cet accident , il disait qu'il avait cru voir devant lui un grand homme pesamment armé , dont la barbe ombrageait tout son bouclier ; que ce spectre le passa , et alla tuer celui qui combattait à ses côtés. Telle est l'histoire que racontait Épizélus, suivant le récit qu'on m'en a foit.

CXVIIL Datis eut à Mycone , en retournant en Asie avec l'armée, une vision pendant son sommeil ; mais on ne dit point ce que c'était que cette vision. Dès que le jour parut, il fit faire des perquisitions sur toute la flotte, et ayant trouvé sur un vaisseau phénicien une statue dorée d'Apollon , il demanda dans quel temple on l'avait pillée. Lorsqu'il l'eut appris, il se rendit lui-même sur un vaisseau à Délos,mit en dépôt la statue dans le temple, et enjoignit aux Déliens, qui étaient alors de retour dans leur tle, de la reporter au Délium des Thébains *, qui

. ' Temple d'Apollon dans la ville de Déliam, Hérodote.

est sur le bord de la mer , vis-à-vis de Chalcis. Cet ordre donné , Datis remit à la voile pour rejoindre sa flotte. Les Déliens ne reportèrent point la statue ; mais au bout de vingt ans , les Thébains la transportèrent eux-mêmes à Délium, en vertu d'un oracle.

CXIX. Datis et Artaphemes n'eurent pas plus tôt abordé en Asie, qu'ils menèrent à Snses les Érélriens qu'ils avaient réduits en esclavage. Darius était très-irrité contre les Érétriens avant qu'ils eussent été faits prisonniers , parce qu'ils l'avaient attaqué les premiers , sans qu'il leur en eût donné aucun juste sujet. Mais dès qu'on les lui eut amenés, et qu'il les vit en son pouvoir, il ne leur fit point de mal, et les envoya à Ardericca , siaihme de la Gissie, qui lui appartenait en propre. Ce staihme est à deux cent dix stades de Suses , et à quarante du puits qui fournit trois sortes de substances, du bitume, du sel et de l'huile, qu'on puisse de la manière que je vais dire. On a une bascule ou machine propre à tirer de l'eau ; on y attache, au lieu de seau, la moitié d'une outre» qu'on baisse sous ces substances, et avec laquelle on les puise. On les verse ensuite dans un réservoir , et de là elles se répandent dans un autre» où elles prennent trois formes différentes : le bitume s'épaissit, le sel se cristallise sur-le- ' champ^ et l'on ramasse l'huile dans des vases. Les Perses appellentcette huile rhadinacée. Elle est noire et d'une odeur forte. Darius envoya lesËrétrienshabiterdanscelieu.llsroccupaient encore de mon temps, et ils avaient conservé leur ancienne langue. Tel fut le traitement qu'é* prouvèrent les Érétriens.

CXX. Deux mille Lacédémoniens arrivèrent à Athènes après la pleine lune. Us avaient une si grande ardeur de joindre les ennemis, qu'ils ne mirent que trois jours pour venir de Sparte dans FAttique. Quoiqu'ils fussent arrivés après le combat , ils avaient un tel désir de voir les Mèdes, qu'ils se transportèrent à Marathon pour les comtempler \ Ils complimentèrent ensuite les Athéniens sur leur victoire, et s'en retournèrent dans leur pays.

CXXI. On fit courir contre les Alcmœonides le bruit que, d^intelligence avec les Perses, ils

* L'hMtorien veut i>arlcr dos morts étendai sur le cbarop de bataille*

as HisiTomE d'h£rqdqt£.

leur avaient montre un bouclier , comme i^'ils

eussent voulu réduire Alhènes sous le joug des

Barbares et celui d*Hippias: j'en suis étonné ,

et je ne puis y ajouter foi. Il parait en effet

qu'ils ont eu plus d*aversion pour les tyrans

queCalliaSy fils de Phéoippe et père d'Hippo-

nicus, ou que du moins elle a été aussi grande.

Or, Gallias fut le seul homme à Athènes qui

osât acheter les biens de Pisistrate lorsque la

république les fit mettre en vente , après qu'elle

Feut banni; et d'ailleurs, il fit bien d'autres

choses qui attestaient la haine qu'il lui portait. GXXII. Ce Gallias mérite qu'on en parle souvent , tant à cause de l'ardeur qu'il témoigna

pour la liberté de sa patrie, que parce qu'à Oly m-

pie il fut vainqueur à la course du cheval , qu'il

fut le second au combat du char à quatre chevaux , et qu'ayant été victorieux aux jeux py-

thiques , il l'emporta en cette occasion sur tous

les Grecs par sa magnificence. Il le mériie aussi

par la conduite qu'il tint' avec ses trois filles;

car lorsqu'elles furent eu âge d'être mariées, il

leur donna une riche dot, et leur ayant permis

de se choisir des époux dans toute la nation, il

les maria à ceux dont elles avaient fait choix. GXXIII. Les Alcrnseonides ne haïssaient pas

moins les tyrans que ce Gallias. Aussi suis-je

étonné de cette accusation , et je ne puis croire

qu'ils aient montré un bouclier aux Perses, eux.

qui avaient vécu loin de leur patrie tout le temps

de la domination des tyrans^ qui avaient forcé

par leurs trames les Pisîstratides à abandonner

la tyrannie, et qui , par cette conduite , avaient plus contribué , à mon avis , à la liberté d'Athènes qu'Harmodius et Aristogiton. Geux-ci en effet , bien loin de faire cesser la tyrannie des Pisistratides, ne firent, en tuant Hipparque, qu'aigrir de plus en plus les tyrans ; au lieu que les AIcmaeonides ont évidemment rendu la liberté à leurs concitoyens , si du moins il est vrai qu'ils aient engagé la pythie , comme je l'ai dit précédemment * , à ordonner aux Lacédémoniens de remettre Athènes en liberté.

CXXIV. Peut-être trahirent-ils leur patrie pour se venger de quelque mécontentement qu'ils avaient reçu du peuple. Mais il n'y avait personne , du moins à Athènes , qui fût plus estimé et plus comblé d'honneurs. U est donc

4M AV. i.^

contre toute vraisemblance qu'ils aient mentit par ce motif un boudier aux Perses. Gependant un bouclier servit de signal; c'est un faitcer* tain ; on ne peut le révoquer en doute. Mais par qui ce signal fut-il donné? je n'en puis rien dire de plus certain que ce qu'on vient de lire.

GXX V. Les AlcmaeoDÎdes se Sont toiyonrs distingués à Athènes , dès les plus anciens temps et dès leur première origine. Mais ils eut en-> coretiré un plus grand lustre d'Alcmseon, etdç Mégaclès après lui. Alcmseon, fils de M^clès, rendit aux Lydiens, que Crésus avait envoyés pour consulter l'oracle de Delphes, tous les services qui dépendaient de lui. Ge prince, vat» struit de l'accueil qu'il avait fait à ses députés , le manda à Sardes, et lui fit présent , à son ar* rivée, d'autant d'or qu*il en p4>urrait emporter en une seule fois. AIcms&on mit en usage toute son industrie, afin de tirer le plus d'avantage possible d'un tel don. Ayant pris un habit des plus amples et les plus larges brodequins qu'il put trouver, il alla au trésor, conduit parles officiers du prince. U se jeta sur un tas de paillettes d'or, en entassa premièrement le long de ses jambes autant qu'il en pouvait tenir dans ses brodequins ; il en remplit ensuite toute Tarnpleur de son habit, en poudra ses cheveux, et en ayant empli sa bouche, il sortit du trésor» les joues bouffies, le corps bossu, traînant à peine ses brodequins , et ressemblant moins à un homme qu'à toute autre chose. Grésus se mil à rire en le voyant. Non-seulement il lui fit présent de cet or, mais il y ajouta d'autres dons qui n'étaient pas moins considérables. Gette maison étant ainsi devenue trè^-riche, Alcoa^dOB nourrit des chevaux * , et fut victorieux à Otym* pie, à la course du char à quatre ct^vaux.

GXXVI. La seconde génération après, GIia« thènes , tyran de Sicyone , éleva encore pkis haut cette maison , et lui donna parnu les Grées un éclat qu'elle n'avait point eu jusqu'alors. Clisthènes, fils d' Aristonynuis , petit-fils de Myron, et arrière-petit-fils d'Andréas, avait une fille, nommée Agariste, qu'il ne voulait marier qu'au plus accompli de tous les Grecs. Pendant la célébration des jeux olympiques, GCsthèoes,

* Ut. V, S. Luii, uf I.

> L*AUtque étant sans pâturages, les chevanx f éUdent fort cbers»

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