CLIO.— UVRE L
SK
Téos, Cfaizomènes, Phocéesonl en Lydie. Elles parient entre elles une même langue , mais qui ne s'accorde en aucune manière avec celle des ^llès que je viens de nommer. Il y a encore trois nôtres villes ioniennes , dont deux sont dans les lies de Samos et de Ghios » et la troirième y qu*oû appelle Ery tbres , est en terre ferme. Le hhgage de ceux de Ghios et d'Erythresest le même; mais les Samiens ont eus seuls une lan^fue particulière : tels sont les quatre idiomes qui caractérisent l'ionien.
CXLIlI. Parmi ces ionietis » il n'y eut que ks habitants de Milet qui , pour se mettre à eoinert de tout danger , firent un traité avec Cyros. Qbanl aux insulaires, ils n'avaient pour Ws rien à craindre ; les Pbéfaiciens n'étant pas Hkcsre somnis aut Perses , et ceux-ci n'aydnt ]iiideioiritte. LesMilésiénsaii reste s'étaient s^râ des antres Ioniens, parce que si tous ks Grecs fétinis étaieiït alors très-ftiibies , les fooféns Tétaient encore plus , et parce qnlls ne joaissaient d'aucune sorte de considération. En effet y si l'on excepte Athènes , ils n'avaient pas une seule ville qui eût de la célébrité. Le reste des Ioniens et des Athéniens ne voulaient pas qn'oii les appelât lofaiens ; ce nom leur déphisait , et même encore aujourd'hui la plupart rôtigfissent de le porter. Les douze villes d0Dt Je vietis de parler s'en taisaient honneur. Elles firent construire un temple , qu'elles ap- ^ièretit de leur nom Pantonium , et prirent b résolution d'en exclure les autres villes ioileiines : les Sufyrnéens furent les seuls qui ^mandèrent à y être reçus.
CXLIV. II en est de même des Doriens de Il Pentapole , pays qui s'appelait auparavant Bexapole. Ils se gardent bien d'admettre au mnple triopique aucuns Doriens^de leur voi« sîoa|[e; et nâême s'il est arrivé à quelques-uns ffeatre e«x de violer les lois de ce temple , ils Ten ont exclu. En voici un exemple. Dans les jenx qui se célèbrent en l'honneur d'Apollon Triopîea , on proposait autrefois des trépieds (Tairain pour les vainqueurs. Mais il ne leur Hait pas permis de les emporter du temple ; 1 fallait les y consacrer au dieu. Un habitant (THalicamasse » nommé Agasiclès , apnt obtenu le prix )i ces jeux, emporta, au mépris êe cette loi , le trépied dans sa maison » et l'y appendit. Les cinq villes doriênnes » Unde , la-
lyssos , Gamiros , Cos et Chide punirent Hâlicarnasse, qui étoit la sixième, enTaxcluant de leur association.
CXLV. Les Ioniens se sont, je crois , par«i tagés en douze cantons , et n'en veulent pas ad-* mettre lin plus grand nombre dans leur confé* dération » parce que dans le temps qu'ils habitaient le Pâoponnèse, ils étaient divisés en doute parties , de même que le sont encore maintenant les Ach jeens , qui les en ont chassés. Pellène est la première ville des Achseens du cêtéde Sicyone ; l'on trouve ensuite iEgire, .£ges , que traverse le Grathis, qui n'est jamais à sec, et qui a donné son nom. à une rivière d'Italie. On voit après, Bure, Hélice, ob les Ioniens se réfugièrent après avoir été défaits par les Achseens. Viennent ensuite ifigiun , Rhypes , Pâtres , Phares et Oleiius qu'arrose le Pirus, rivière considérable. Les deiix dernières enfin sont Dyme et la ville des Tritéensy hi seule qui soit située au milieu des terres.
GXLVI. Ges douce cantons, qui sont au-^ d'hui aux Achsecns, appdrtenaient alors aux Ioniens ; et ce fut cette raison qui engagea ceuxci à se bâtir douae villes en Asie. Ge serait une msigne folie de dire que ces Ioniens sont plus distingués, ou d'une naissance plus ilhistre que le reste des Ioniens; car les Abantes de l'Ëubée en font une partie assez considérable, et cependant ces t)euples n*out rien de commun avec les Habitants de l'ionië, pas mêhiele nom. Ges Ioniens sont un mélange de MinyenS" Orchoménlens, de Gadméens, de Dryopes»
d'une portion de * Phocidiens , de Molosses » d'Arcadiens-Pélasges^de Doriens-Ëpidaurîens, et de plusieurs autres natidns. Geux d'entre ces peuples, qui sortirent autrefois du Prylanée des Athéniens, s'estiment les plus nobles et les plus illustres des Ioniens. Lorsqu41s allèrent fonder cette colonie, ils ne menèrent point de femmes avec eux ; mais ils épousèrent des Gariennes, dont ils avaient tuéles pères. Ges femmes, furieuses du massacre de leurs pères, de leurs marb et de leurs enfants^ et de ce qu'après une telle action, ils les avaient ëpottsées, s'imposèrent la loi de ne jamais prendre leurs repas avec leurs maris, de ne jamais leur donner ce nom; loi qu'elles firent serment
' Les Phocidiens ëtaieot des peuples de la Phodde ^ les Phocéens, les hahitantsde Pbooéecn lonie.
(l'observer, et «{uVlles transmirent à leurs ItHes : œ fut à Milet que cela se passu.
CXLYII. Ces Ioniens élurent pour roi, les uns des Lyeiens, issus de Glaucus, fils d'Hippolochus; lés autres, des Caucons-Pyliens, qui descendaient de Codrus, fils de Mélanthus; d*autres enfin en prirent de Tune et de Tautre de ces deux maisons^ Mais on me dira, sans doute, que ces Ioniens sont plus attachés à ce nom * que le reste de la nation. Qu'ils soient aussi les purs, les véritables Ioniens, j'y consens. Cependant tous ceux qui sont originaires d* Athènes, et qui célèbrent la fête des Apaiuries, sont aussi Ioniens. Or ils la célèbrent lous, excepté les Ëphésiens et les Colophoniens, qui en ont été exclus à cause d'un meurtre.
CXLVHI. Le Panionium est un lieu sacré du mont Myeale, que les Ioniens ont dédié en commun à Neptune Héliconien. Il regarde le .septentrion. Myeale est un promontoire du continent, lequel s'étend à l'ouest vers Samos. Leslonienss'yassemblaientde toutes leurs villes, pour célébrer une fête qu'ils appelaient Panionies. Les fêtes des ioniens ne sont pas lesseules qui se terminent^ par la même lettre; elles ont cela de commun avec celles de tous les Grecs, et avec les noms ' propres des Perses.
CXLIX. Voilà ce que j'avais à dire concernant les villes des Ioniens. Celles des Éoliens sont Cyme, qu'on appelle aussi PhricoQi<, Larisse, Neon-Tichos, Temnos, Cilla, Notium, /E{}irousa, Pitane, Mgées, Myrine, Grynia. Ce sont-ià les onze anciennes villes des Éoliens : ils en avaient donze aussi sur le continent; mais les Ioniens leur enlevèrent Smyrne. Le pays de ces Éoliens est meilleur que celui des Ioniens; mais quant à la température des saisons, il n'en approche pas.
CL. Voici à quelle occasion les Éoliens perdirent Smyrne. Des Colophoniens ayant eu du désavanuige dans une sédition, avaient été obligés de s'expatrier. Les habitants de Smyrne leur donnèrent un asile parmi eux. Quelque I<)mp8 après, ces fuf>ilifis ayant observé que les Smyrnéens célébraient liors de leur ville une
* Cc*lui d'Ioniens.
* r.i* nom des fêtes chez les Grecs se termiiiaieot par on .-1, coiiune Apalaria, Paoiooîa, etc.
* Les nooif des perKS finisseat par la leUre S.
HISTOIRE D'HÉRODOTE. msav.j.^
fête en l'honneur de fiaccbus, ils en fermèrent les portes, et s'en emparèrent. Les Éoliens vinrent tous au secours; mais enfin il fut arrêté, d'un commun accord, qu'ils laisseraient les Ioniens en possession de la ville, et que ceuxci leur rendraient tous leurs effets mobiliers. Les Smyrnéens ayant accepté cette oondition, on les distribua dans les onze autres villes éoliennes, qui leur accordèrent le droit de cité.
CLI. Telles sont les villes que les Éoliens possèdent actuellement en terre ferme, sans y compter celles qu'ils ont au mont Ida, parce qu'elles ne font point corps avec elles. Us ont aussi cinq villes dans l'Ile de Lesbos. Quant à la sixième, nommée Arisba, les Héthymnéens en ont réduit les habitants en esclavage, quoiqu'ils leur fussent unis par le sang. Ils ont aussi une ville dans File de Ténédos, et une autre dans les îles qu'on appelle Hécatonnèses. Les Lesbiens et les Ténédiens n'avaient alors rien à craindre, non plus que ceux d'entre les Ioniens qui habitaient dans les Iles; mais les autres villes résolurent dans leur conseil , de suivre les Ioniens partout où ils voudraient les mener.
CLII. Les ambassadeurs des Ioniens et des Éoliens, s'étani rendus a Sparte en diligence, choisirent aussitôt après leur arrivée un Phocéen, nommé Pyihermus, pour porter la parole au nom de tous les autres. Pythermus se revêtit d'une robe de pourpre, afin que sur cette nouvelle, les Spartiates se trouvassent à l'assemblée en plus grand nombre. S'étant avancé au milieu d'eux, il les exhorta, par ua long discours, à prendre leur défense; mais les Lacédémoniens, sans aucun égard pour leur demande, résolurent entre eux de ne leur accorder aucun secours. Les Ioniens se retirèrent. Quoique les Lacédémoniens eussent rejeté leur demande, ils ne lais$èi*ent pas de faire partir sur un vaisseau à cinquante rames, des gens qui, a ce qu'il me semble, devaient observer l'état où se trouvaient les atïaires de Gyrus et de rionie. Lorsque ce vaisseau fut arrive à Phocée, ces députés envoyèrent à Sardes Lacrinès, le plus considérable d'entre eux, pour faire part à Cyrus du décret des LacédémonienSt qui portait qu'il se gardûlbien de faire tort à aucune ville de la Grèce; (ju'antrement Sparte ne le soufA-irait pas*
CLIO. — LIVRE I
CLUI. Lacrinès ayant exécuté ses ordres, on dit que Gyms demanda aux Grecs, qui étaient prësenls, quelle sorte d'hommes c'était quelesLaoédémoniens, et quelles étaient leurs foraes, pour oser lui faire dépareilles défenses. Sorla réponse qu'ils lui firent, il parla ainsi au liéraot des Spartiates : c Je n'ai jamais redouté I cette espèce de gens qui ont au milieu de
> leur ville une place, où ils s'assemblent pour
> se tromper les uns les autres par des ser-
> méats réciproques ; si les dieux me conser- I vent la santé, ils auront plus sujet de s'entre-
> tenir de leurs malheurs que de ceux des
I lomens. » Cyrus lança ces paroles menaçantes contre tous les Grecs, parce qu'ils ont dans kiirs Yilles des places ou marchés, où l'on vend et où l'on acbète ; et que les Perses n'ont pas comme d'acheter ni de vendre ainsi dans des pbœs, et que l'on ne voit point chez eux de marchés. Ce prince donna ensuite le gouvernement de Sardes à un Perse, nommé Tabalus; et ayant chargé Pactyas, Lydien, de transporter en Pêne les trésors de Crésus et des autres LyifienSy 3 retourna à Agbatanes, et emmena Crous avec lui, ne faisant point assez de cas des Ioniens, pour aller d'abord contre eux. Babylone, les Bactriens, les Saoes et les Égyptiens, étaient autant d'obstacles à ses desseins.
II résolut de marcher en personne contre ces peuples, et d'envoyer un autre général contre les Ioniens.
CLIV. Cyrus ne fut pas plus tôt parti de Sardes que Pactyas fit soulever les Lydiens contre œ prince et contre Tabalus. Comme il avait oitre les mains les richesses de cette ville, il se rendit sur le bord de la mer, prit des troupes à m solde, engagea les habitants de la côteà s'ar- Hier en sa feveur ; et marchant contre Sardes, M assiégea Tabalus, qui se renferma dans la cîiadeUe.
CLY* Sur cette nouvelle, que Cyrus apprit en chemin, ce prince dit à Crésus : c Quand
• verrai- je donc la fin de ces troubles? Les » Lydiens ne cesseront point, suivant toutes » Im apparences, de me susciter des afiaires,
• et de s'en faire à eux-mêmes. Que sais-je s'il » ne serait pas plus avantageux de les réduire » en serviiiide? J'en ai agi, du moins à ce qu'il » nie semble, comme quelqu'un qui aurait » épargné les enfants de celui qu'il aurait fût
» mourir. Vous étiez pour les Lydiens quelque • chose de plus qu'un père, je vous emmène » prisonnier ; je kur ai remis leur ville, et je » m'étonne ensuite qu'ils se révoltent! > Ce discours exprimait la manière de penser de ce prince : aussi Crésus, qui craignait qu'il ne détruisit entièrement la ville de Sardes, et qu'il n en transplantât ailleurs les habitants, reprit la parole. < Ce que vous venez de dire, sei* gneur, est spécieux ; nmis ne vous abandonnez pas entièrement aux mouvements de votre colère, et ne détruisez point une ville ancienne, qui n'est coupable ni des troubles précédents, ni de ceux qui arrivent aujour* d'hui. J'ai été la cause des premiers, et j'en porte la peine. Pactyas a offensé celui à qui vous avez confié le gouvernement de Sardes ; qu'il en soit puni. Pardonnez aux Lydiens ; mais de crainte qu'à l'avenir ils ne se soulèvent, et qu'ils ne se rendent redoutables, envoyez-Jour défendre d'avoir, des armes chez eux, et ordonnez-leur de porter des tuniques sous leurs manteaux, de chausser des bro* dequins, de faire apprendre à leurs enfants à jouer de la cithare, à chanter, et les arts propres ù les rendre efféminés. Par ce moyen, seigneur, vous verrez bientôt des hommes changés eu femmes, et il n'y aura plus à craindre de révolte de leur part. » CLVi. Crésus lui donna ce conseil, qu'il croyait plus avantageux pour les Lydiens, que d'être vendus comme de vils esclaves. 11 sentait qu'à moins de lui alléguer de bonnes raisons, il ne i*éussirait pas à le faire changer de réso* lution : et d'ailleurs il appréhendait que si les Lydiens échappaient au danger présent, ils ne se soulevassent dans la suite contre les Perses, et n'attirassent sur eux une ruiné totale. Ce conseil causa beaucoup de joie à Cyrus, qui, étant revenu de sa colère, témoigna à Cr^us qu'il le suivrait. En même temps il manda un Mède, nommé Mazarès, lui ordonna de déclarer aux Lydiens l'avis que Crésus lui avait suggéré; et de plus il lui commanda de réduire en servitude tous ceux qui s'étaient ligués avec eux pour assiéger Sardes ; mais surtout de lui amener Pactyas vivant. Ces ordres donnés en chemin, il continua sa route vers, la Perse.
CLVII. Pactyas apprenant que l'armée, qui marchait contre lui, approchait de Sardes»
HISTOIRE D'HÉRODOTE
sieiT.j.-c.
prît fëpouvante, et se sauva à Cyme. Cepen« dant M azarès arriva à Sardes avec une très* petite, partie de Tarmée de Cyrus; mais n'y ayant pas trouve Pactyas» il fit d'abord exécuter les ordres du roi : les Lydiens se soumirent, et changèrent leur ancienne manière de vivre. Il envoya ensuite à Gyme sommer les habitants de lui livrer Pactyas. Il fut résolu dans rassemblée des Gyméens qu'on enverrait consulter l'oracle des Branchides, sur le parti qu'il fallait prendre ; car il y avait là un ancien oracle, auquel les^ Ioniens et les ËoUens avaient tous coutume de recourir. Ge lieu est dans le territoire de Hilet, au-dessus du port de Panorme.
CLVIII. Les Gyméens ayant envoyé des * députés aux Branchides, demandèrent à l'oracle de quelle manière ils devaient se conduire à l'égard de Pactyas, pour se rendre agréables aux dieux. L'orade répondit qu'il fallait le livrer aux Perses. Sur le rapport des députés, les Gyméens se disposèrent à rendre Pactps ; mais , quoique le peuple se mît en devoir de le iaire, Aristodicus, fils dTléraclide, homme de distinction parmi les citoyens de Gyme, s'opposa à celte résolution, et empêcha qu'on ne la suivit, jusqu'à ce qu'on eût fait au sujet de Pactyas une seconde 'députation, dans laquelle il fut admis, soit qu'il se défiât de l'oracle, soit qu'il soupçonnât d'infidélité le rapport des députés.
GLIX. Les députés étant arrivés aux Branchides, Aristodicus, portant la parole pour eux, consulta le dieu en ces termes : c Grand Dieu, » le Lydien Pactyas est venu chercher un asile
> parmi nous, pour éviter la mort dont le me- » nacent les Perses. Us le demandent, et nous
> ordonnent de le remettre entre leurs mains ;
> mais, quoique nous redoutions leur puissance^ » nous n'avons pas osé, jusqu'ici, leur livrer
Y ce suppliant, que nous n'ayons appris de
Y vous avec certitude ce que nous devons
> faire. » Le Dieu lui fit la liéme réponse, et iui commanda de rendre Pactyas aux Perses. Sur cela, Aristodicus alla, de dessein prémédité, autour du temple^ et enleva les moineaux
' Bionponoi loot id des dépotés qo'on envoie consulter les Oracles. Les Grecs les appelaient aussi etoifioX. n est en ce sens dans l'Œdipe roi, de Sophodes, vers I f 4, et en oent «utret endroits.
et toutes les autres espèces d'oiseaux qui y avaient fiait leurs nids. On raconte que, tandis qu'il exécutait son dessein, il sortit du sanctuaire une voix qui s'adressait à lui, et lui disait : c 0 le plus scélérat de tous les bommesl » as-tu bien la hardiesse d'arracher de toioii » temple mes suppliants? i Et qu'Aristodicus; sans se déconcerter, kii répondit: c Quoi!
> grand Dieu, vous proié{|;ei vous-môme vos » suppliants, et vous ordonnez auxGyméens de s livrer le leur? Oui , je le veux, reprit la
> même voix; et, c'est afin qu'ayant eom-
> mis une impiété, vous en périssiez plus tôt, et » que vous ne veniez plusconsulter l'oracle pour 1 savoir si vous devez livrer des suppliants. «
GLX. Sur le rapport des députés, les Gyméens envoyèrent Pactyas à My tilène , ne voubnt ni s'exposera périr en le livrant, ni se Caire assiéger en continuant de lui donner una^le. Mazarès ayant iait redemander Pactyas aux Mytiléniens, ils se disposaient à le lui re« mettre moyennant une certaine récompense , ce que je n'ose cependant pas assurer , parce que la convention n*eut pas lieu. Les Gyméens ayant eu connaissance des desseins des My tiid^ niens, envoyèrent à Lesbos un vaisseau qui transporta Pactyas à Gbiosl
Les habitants de cette Ile l'arrachèrent du temple de Minerve Poliouchos, et le livrèrent à Mazarès, à condition qu'on leur donnerai^ l'Atarnée, pays de la Mysie, vis-à-vis de Lesbos. Lorsque les Perses eurent Pactyas en leur puissance, ils le gardèrent étroitement à dessein de le présentera Gyrus. Depuis cet événement, il se passa beaucoup de temps, sans queles habiuints de Ghios osassent, dans les sacrifices » répandre sur la tète de la victime » de l'orjfe d'Atamée, ni offrir à aucun dieu des gâteaux feits avec de la farine de ce canton, et qu'on excluait des temples tout ce qui en provéïkit.
GLXI. Les habitants de Ghios n'eurent pas plus tôt livré Pactyas, quetfazarès marcha contre ceux qui s'étaient joints à ce rebelle pour assiéger Tabalus. Il réduisit les Priéniena en servitude, fit une incursion dans la plaine du Méandre, et permit à ses soldats de tout fnller. Il traita de mém#) la Magnésie* ; après quoi étant tombé malade, il mourut.
' C'est le territoire de Magnésie, Tille fitnée près du IMandre.
CLXB. Barpage lui succéda dans le commandement de Tarmëe. Il était Mède de nalion, aussi bieu que Mazarès» el c est celui à qui Astyage avait dQoné un repas abominable, et qui avait aidé Gyrus à s emparer du trône de Médie* Dès que Gyrus l'eut nommé général, il passa en |onie, et ayapt forcé les habitants à se renfermer dan^ {es villeç;, i| s'en rendit ensuite Biaitre par If moyen de cavaliers on terrasses , qa'îl fit élever pris fi^ murs. Phooée fut la première ville d'Iome qu'il attaqua de la sorte. CLXill. Les Pliocéens sont les premiers chez les Grecs qui aient entrepris de longs voyages mr mer, et qui aient fait connaître la mer Adriatique, la Tyrrbéiue , l'Ibérie et Tartessqs. Ils ve se servaient point de vaisseaux ronds, mais te^njttcaux i cinquante rames. Étant arrivés i TtfiBRaSr îla ae rendirent agréables i Arganthomus , rai des Tartessieus, dont le r^efut de fuire-vingts ans, et qui en vécut en tout «nr vingt. Les Phocéens surent tellement se âveaioier de ce prince, qu'il voutqt d'abord les portera quitter l'ionie, pour venir s'établir dans Tendroit de son pays qui leur plairait le pbs; mais n'ayant pu les y engager, et ayant danslasBiteapprisd*euxquelesforce8deCrésus allaient toujours en augmentant , il leur donna oae soauiied'ar|ent pour entourer leur ville de BNirailles. Cette somme devait être considérable, puisque l'enceinte de leurs murs est d'une vaste éteiHluei toute de pierres jointes avec art. Cl^Xiy* Harpage n'eut pasplu^ tôt approché de la place, qu'il en forma le siège, fisdsant dire en même temps aux Phocéens qu'il serait con* tent s'ils voulaient seulement abatu*e une tour de la ville, et consacrer une maison. Gomme ils aepouYttent souffrir l'esclavage, ils demandèrent QB jour pour délibérer sur sa proposition, promettant, après cela , de lui faire réponsCè Ils le prièrent aussi de retirer ses troupes de devant leurs murailles pendant qu'on serait an conseil. Harpage répondit que , quoiqu'il B^igDoràt pas leurs projets, il ne laissait pas cepeadaut de leur permettre de délibérer. Pen* dant qn*Harpage retirait ses troupes de devan^ b ville, les Phocéens lancèrent leurs vaisseaux en mer, y mirent leurs femmes , leurs enfants et leurs meubles; et de plus, lies statues et les offrandes qfii se trouvèrent dans les temples , «xoepïé tes peintures et les statues de brmne
CLIO.-UVRE I
et de pierre. Lorsqu'il eurent porté tous Jeurs effets à |)ord de oes vaisseaux , ils s'em^ barquèrent et firent voile vers ChioS : les Ferses ayant trouvé la ville abandonnée, s'en em^ parèrent.
GLXV. Les Phocéens demandèrent k acheter les QBnusses ; mais voyant que les habitants de Gbios.ne voulaient pas les leur vendre, daAs la crainteqn'ib n'y attirassent le commerce, au préjudice de leur Ile, ils mirent à la voHe pour se rendre à Gyme * , où vingt ansaupanivant ils avaient bâti la ville d'Alalie pour obéir à un oracle. D'ailleurs Arganthonius était mort dans cet intervalle. Ayant donc mis è la voile pour s'y rendre, ils allèrent d'abord à Phocee, et égorgèrent -la garnison qu'Harpage y avait laissée. Faisant ensuite les plus terribles impré cations contre ceux qui se sépareraient de la flotte, ils Jetèrent à la mer une masse de fer ardente, et Qrent serment de ne retourner jamais à Pbocée, que cette masse ne revint sur feau. Tandis qu'ib étaient en routepour aller à Gyrne, plus de la moitié, toudiés de compassion, et regrettant leur patrie et leurs ancîenhes demeures, violèrent leur serment, et retournèrent à Phocée. Les autres, plus religieux,' partirent des lies OEnusses , et continuèrent leur route.
CLXVI. Lorsqu'ils furent arrivés à Gyrne , ils élevèrent des temples, et demeurèrent cinq ans avec les colons qui les avaient précédés ; mais comme ils ravafg^eaient et pillaient tous leurs voisins, les Tyrrhéniens eties Garthagi^ nois mirent les uns et les autres en mer, d'un commun accord, soixante vaisseaux. Les Phocéens, ayant aussi équipé de leur cAté pareil nombre dé vaisseaux, allèrent à leur rencontre sur la mer de Sardajgne. Ils remportèrent la victoire, mais elle leur coûta cher f car ils per-* dirent quarante vaisseaux, et les vingt autres ne purent servir dans la suite, les éperons ayant été ianssés. Us retournèrent à Alalie, et prenant avec eux leurs femmes, leurs enfents et tout ce qu'ils purent emporter dd reste de leurs biens , ils abandonnèrent l'Ile de Gyme, et firent voile vers Rhégium.
GLXYII. LesGarthaginOisetles Tyrrhéniens ayant tiré au sort les Phocéens qui avaient été
<Gon0«
HISTOIRE lyHÉKODOTE.
iaîts prisanniei's sur les vaisseaux détruits, ceux- .ci en eurent un beaucoup plus grand nombre. Les uns et les autres les ayant menés à terre , Jes assommèrent à coup de pierres. Depuis ce temps-là, ni le bétail, ni les bètes décharge, ni Jes hommes même, en un mot, rien de ce qui appaîtenait aux Agylléens ne pouvait traverser je champ où les Phocéens avaient été lapidés, sans avoir les membres disloqués, sans devenir perclus, ou sans tomber dans une espèce d*apoplexie. Les Agylléens envoyèrent à Delphes pour expier leur crime. La Pythie leur ordonna de faire aux Phocéens de magnifiques sacrifices funèbres, et d*instituer en leur honneur des jeux gymniques et des courses de chars. Les Agylléens observent encore maintenant ces cérémonies. Tel fut donc le sort des Phocéens. Ceux qui s'étaient réfugiés à Rhégium, en étant partis, bâtirent dans les campagnes dOEnotrie Ja ville quon nomme aujourd'hui Hyèle. Ce fut par le conseil d*un habitant de Posidonia, qui leur dit que la Pythie ne leur avait pas ordonné, par sa réponse , d'établir une colonie dans file de Cv me, mais d'élever un monument au héros Cirnus.
CLXYIll. Les Téiens se conduisirent à peu pi'ès comme les Phocéens. En effet, Glarpage ne se fut pas plus tôt rendu maiirede leurs murs, par Je moyen d'une terrasse, qu'ils s'embarquèrent et passèrent en Thrace, où ils bâtirent la ville d'Abdère. Timésias de Ctazomène l'avait fondée auparavant ; mais les Thraces l'ayant chassé, il n'en jouit pas. Les Tâens d'Abdères lui rendent maintenant des honneurs comme à un héros.
CLXiX. Ces peuples furent les seuls, parmi les Ioniens, qui aimèrent mieux abandonner leur patrie que de porter le joug, n est vrai que le reste des Ioniens , si l'on excepte ceux de Milet, en vinrent aux mains avec Harpage, de méaie que ceux qui avaient quitté l'Ionie , et qu'jlsdonnèrent des preuves de leur valeur, en défendant chacun sa patrie ; mais ayant été vaincus et étant tombés en la puissance de l'ennemi , ils furent contraints de rester dans le pays, et de se soumettre au vainqueur. Quant aux Hiléaiens, ils avaient, comme je l'ai dit plus haut, prêté serment de fidélité a Cyrus, et jouissaient d'une parfaite tranquillité. L'Ionie fut donc ainsi réduite en esclavage pour la
seconde fois i . Les Ioniens qui habitaient les ties craignant un sort pareil à celui qu'Harpage avait lait épronver à ceux du continent, se rendirent d'eux-mêmes à Cyrus.
CLXX. Quoiqu'accablésde maux, les Ioniens ne s'en assemblaient pas moins au Panionium. Bias de Priène leur donna, comme je Fai appris» un conseil très-avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les Grecs, s'ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s'embarqua tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en Sardaigne, et à y fonder une seule ville pour tous les Ioniens. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient de l'esclavage, qu'ils s'enrichiraient, et qu'haUtant k plus grande de toutes les lies , les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que s'ils restaient en lonie, il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna Bias aux Ioniens, après qu'ils eurent été réduits en esclavage; mais avant que leur pays eût été subjugué , Thaïes de Milet, dont les ancêtres étaient originaires de Phénicie, leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d'établir à Téos , au centre de l'Ionie, un conseil-général pour toute la nation , sans préjudîcier au gouvernement des autres villes, qui n'en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers, que si elles eussent été autant décantons différents.
CLXXI. Harpage ayant subjugué l'Ionie , marcha contre les Cariens , les Cauniens et les Lyciens, avec un renfort de troupes que lui avaient fourni les Ioniens et les EoUens. Les Cariens avaient passé des Iles sur le continent ; ils avaient été anciennement sujets de Minos : on les appelait Lélèges. Ils habitaient alors les tics, et ne payaient aucune sorte de tribut, autant que j'ai pu l'apprendre par les plus anciennes traditions; mais ils fournissaientà Minos des hommes de mer, toutes les fois qu'il en avait besoin. Pendant que ce prince, heureux à la guerre, étendait au loin ses conquêtes, les Cariens acquéraient de la célébrité, et se distin* guaient plus que tous les peuples connns jus* qu'alors. On leur doit trois inventions, dont les Grecs ont fait depuis usage. Ce sont en effet les Cariens qui, les premiers, ont enseigné à mettre
1 Elle avait été satiiiiguéc poor la première fois iiar
Màv.j^-c
CLIO,— LIVRE I
des paBai^es 8ur les dasqnes , qui ont oroë de figures leurs boucliers, et qui ont ajouté une anse de cuir à cette arme défensive ; car» jus* qu'alors, tous ceux qui avaient coutume de se servir du bouclier, le gouvernaient par le moyen d'un baudrier de cuir , qui le tenait suqpendu au ool et sur fépaule gauche. Longtemps après, les Doriens et les Ioniens diassèrent les Cariens des lies , et c'est ainsi que les Cariens passèrent sur le continent. Voilà ce que les Cretois racontent des Cariens; mais ceux-ci pensent différemment de leur origine. Ils se di« sent nés dans le continent même, et croient qQ*ils n'oDt jamais porté d'autre nom que celui qa 9s ont présentement. Ils montrent aussi à Mutasses un ancien temple de Jupiter Carien, os îb n'admettent que les Mysiens et les Ly« dias, àcause de l'affinité qu'ils ont avec ces peoples. Us disent en efFet que Lydus et My- «s allient frères de Car ; et ce motif les leur a fm admettre dans ce temple, d'où sont ex* dm ceux de toute autre nation, quoiqu'ils parient b ménae langue.
CLXXII. Quant aux Cauniens, il me semble qu'ils sont autochthones, quoiqu'ils se disent originaires de Crète. S'ils ont formé leur langue snr celle des Cariens, ou les Cariens sur eeUe des Caunieos, je ne puis en juger avec certitude. Us ont cependantdes coutumes bien différentes de celles des Cariens et du reste des hommes. Il est ches eux très-honnéte des'as* sembler pour boire, hommes, femmes et enfants, suivant les liaisons que forment entre eux Tâge et l'amitié. Us avaient des dieux Àrangers; mais ayant changé de sentiment à kar ^;ard, il fut résolu qu'on n'adresserait à Favenir ses vœux qu'à ceux du pays. Toute la jeunesse Caunière se revêtit donc de ses armes, et frappant l'air de ses piques , elle les accompagna jusqu'aux frontières des Calyndiens, en oiaat qu'elle chassait les dieux étrangers.
CLXXIIL Les Lyciens sont originaires de Crète , et remontent à la plus haute antiquité ; car dès les temps les plus reculés cette Ile tout entière n'était occupée que par des Barbares. Sarpédon et Minos , tous deux fils d'Europe , s'en disputèrent la souveraineté. Minos eut l'avantage, et Sarpédon fut chassé avec tous ceux de son parti. Ceux-ci passèrent dans la Milyade, canton de l'Asie ; car le pays qu'liabitent au*
jourd'hui les Lyciens s'appelait autrefois M^ lyade, et les My liens portaient alors le nom de Solymes. Tant que Sarpédon régna sur eux , on les appela Termites , nom qu'ils avaient apporté dans le pays , et que leurs voisins leur donnent encore maintenant. Biais Lycus, fils de Pandion , ayant été aussi chassé d'Athènes par son frère Egée, ets'étant réfugié chez les Termiles auprès de Sarpédon , ces peuples s'appellent avec le temps Lyciens, du nom de ce prince. Ils suivent en partie les lois de Crète, et en partie celles de Carie. Ils en ont cependant une qui leur est tout-à-iait particulière , et qui ne s'accorde avec aucune de ceUes des autres hommes ; ils prennent en effet le nom de leurs mères, au lieu de celui de leurs pères. Si l'on demande à un Lycien de quelle famille il est, il fait la généalogie de sa mère, et des aïeules de sa mère. Si une femme du pays épouse un esclave , ses eniants sont réputés nobles. Si au contraire un citoyen , celui même du rang le plus distmgué , se marie à une étrangère ou prend une concubine , ses enfants sont exclus des honneurs.
CLXXIY. Les Cariens furent réduits en servitude par Harpage , sans avoir rien fait de mémorable. Ds ne furent pas les seuls. Tous les Grecsquihabitentcepaysnesedistinguèrentpas davantage. On compte parmi eux les Cnidiens, colonie deLacédémone. Leur pays, qu'on appelle Triopium , regarde la mer. La Bybassie conunence à la péninsule , et toute la Cnidie, si l'on en excepte un petit espace , est environnée par la mer ; au nord , par le golfe Céramique ; au midi , par la mer de Syme et de Rhodes. C'est ce petit espace^ qui n'a environ que cinq stades d'étendue, que les Cnidiens, voulant faire de leur pays une Ile , entreprirent de creuser pendant qu Harpage était occupé à la conquête de rionie; car tout leur territoire était en dedans de l'isthme, et ne tenait au continent que par cette langue de terre qu'ils voulaient couper. Ils employèrent un grand nombre de travailleurs ; mais les éclats de pierre les blessant en différents endroits , et principalement aux yeux , d'une manière si extraordinaire , qu'il paraissait bien qu'il y avait là quelque chose de divin , ils envoyèrent demanderàDelphes quelle était la puissance qui s'opposait à leurs efforts, La Pythie , comme les Cnidiens le disent eux-
HISTOIRE D HëRODOTE.
ttémes , leor répondit en ces termes : cNefor* » liHez pas rJsthme , et ne le creuset pas. Jn«
> piler aurait fait une ile de votre pays, si c'eût
> été sa volohlé » . Sur cetle réponse de la Pythie les Cnidiens cessèrent de creuser , et lorsqu'Harpage se présenta avec son armée , ils se rendirent sans combattre.
CLXXV. Le^ Pédasiens habitent le milieu des terres au-^lessus d'Halicarnasse. Toutes les fois que ces peuples et que leurs voisins sont menacés de quelque malheur , une longue barbe pousse à la prétresse de Minerve. Ce prodige est arrivé trois fois. Les Pédasiens furent les
seuls peu pies de Carie qui résistèrent longtemps à Harpage , et qui lui causèrent beaucoup d'em* barras, en fortifiant la montagne de Lida; mais enfin ils furent subjugués.
, GLXXVI. Les Lyciens allèrent au-devant d*Harpage , dès qu'il parut avec son armée dans les plaines de Xanthus. Quoiqu'ils ne fussent qu'une poignée de monde en comparaison des ennemis » ils se battirent , et firent des prodiges de valeur. Hais ayant perdu la bataille , et se voyant forcés de se renfermer dans leurs murs, ils portèrent dans la citadelle leurs richesses , et y ayant rassemblé leurs Gemmes, leurs enfants et leurs esclaves , ils y mirent le feu , et la ré* duîsirent ep cendres avec tout ce qui était dedans. S'étant, après cette action, réciproque-» ment engagés par les serments les plusierribles, ils firentsecrèiementune sortie contrôles Perses, et périrent tous en combattant généreusement. Ainsi la plupart des Lyciens d'aujourd'hui, qui se djsent Xanthiens , sont étrangers , si Ton en excepte quatre-vingts fiîmîUes, qui , étant alors éloignées de leur patrie, échappèrent à la ruiné commune. Ainsi fut prise la ville de Xanthus. Harpage s'empara de celle de Caune , à peu près de la même manière; car les Caunlens suî* virent en grande partie Texemple des Lyciens.
CLXXVIL Pendant qu'Harpage ravageait l'Asie mineure , Cyrus subjuguait en personne toutes les nations de l'Asie supérieure , sans en omettre aucune. Je les passerai la plupart sous silence , me contentant de parler de celles qui lui donnèrent le plus de peine , et qui méritent le plus de trouver place dans r histoire. Lorsque ce prince eut réduit sous sa puissance tont le continent » il songea a attaquer les Assyriens.
CLXXVIII. L'Assyrie contient plusieurs
sisiv.j.-c«
grandes villes ; mais BAylone est la plus célèbre et la plus forte. C'était là que les rois du pays faisaient leur résidence depuis la destruction deNinive. Cette villé^ situéedans unegrande plaine, est de forme carrée; chacun de ses o6tés ^ six-vingts stades de long , ce qui fait pour l'enceinte de la place quatre cent Quatrevingts stades. Elle es( si magnifique , que nous n'en connaissons pas unequ'on puisse luicomparer. Un fossé large , profond et plein d*eaa règne tout autour; on trouve ensuite un mur de cinquante coudées de roi d'épaisseur , sur deux cents en hauteur. La coudée de roi est de trois doigts plus grande que la moyenne.
CLXXIX. 11 est à propos d'ajouter à ce que je viens de dire, l'emploi qu'on fit de la terre des fossés , et de quelle façon la muraille fut bâtie. A mesure qu'on creusait les fossés, on en convertissait la terre en briques , et lorsqu'il y en eut une quantité suffisante, on les fit cuir« dansdes fourneaux. Ensuite, pour servir de liaison» on se servit de bitume chaud, et de trente couches en trente couches de briques^ on mit des lits de roseaux enti*elacés ensetnble. On bâtit d'abord de cette manière les bords du fossé. On passiaensuiteauxmurs, qu'on construisit de même. Ait' haut et sur le bord de cette muraille on éleva des tours qui n'avaient qu'une seule chambre» les unes vis^-vis des autres , entre lesquelles on laissa autant d'espace qu'il en fallait pour faire tourner un char k quatre chevaux. Il y avait à cetle muraille cent portes d'airain massif, comme les jambages et les linteaux. A huit journées de Babyloiie est la ville d'Is, située surime petite rivièreduméme nom» qui se jette dans l'Ëuphrate. Cette rivière roule avec ses eaux une grande quantité de bitume : on en tira celui dont furent cimentés les murs de Babylone.
CLXXX. L'Ëuphrate traverse cette ville par le ^ milieu , et la partage en deux quartiers^. Ce fieuve est grand, profond et rapide ; il vient de l'Arménie , et se jette dans la mer Erythrée *. L'une et Tautre muraille forme im coude sur le fleuve. A cet endroit commence un mur de briques cuites, dont sont bordés les
1 Du nord an nid.
* L'on est à VeA, Ttatre à Toueit.
* Le golfe Perdque.
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CUO.-UVBE h
(kfixeMësde TEaphrate. LesmiisoBSfiOBtè trois etqnafre élagesl Les>ues sont droites ^ , et Èoopëes par d*autres qui abootissent au fleove* Enfaee de ceSesH» on a pratiqué dans le mur coiBtrait tetong du fleuve; ciépètites portes paraBeoieDl d'aïr&m , pir ou Ton descend sur ses JNNrds. U y eo a autant que de rues de traverse^ CLXXXI. Le mur extérieur sert de défense. L mtérienr n'eac pas moins fort ; mais il est plus étroit. Le centre de chacun de ces deux quartiers de la ville est remarquable ; l'un, par le pdais da roi , dobc Taiceinfe est grande et bien fortifiée; i>iitrepar le lieu consacré à Jupiter Bélos, dont les portes sont d'airain » et qui subsiste encore âctilelfement« C'est un carré régîifier , qui a deux stades en tout sens. On voit an ni&eu uoe tour massive, quia un staâe tant en loBgneir qu'ea largeur ; sur cette tour s'en âève une antfe , et sur cette seconde encore one antre , et ainsi de suite ; de sorte que Ton en compte jusqu'à bnit. On apratiqué en dehors des de^^ quiTont en tournant, et par lesquels on monte à chaquetour. Au miKeu de cet escaier on troavè une loge et des sièges , oà se reposent cent qui montent. Dans la dernière tour est nue grande chapelle, dans cette chapelle un grand Ht magnifique, et près de ce Kt une taUe d'or. On n'y Voit point 'de statues. Personne n'y passe la nuit, à moins que ce ne soit nue femme du pays , dont le dieu a fait choix, comme le disent lés Ghaidéens, qtii sont les prêtres de ce dieu.
CLXXXIÏ. Ces mêmes prêtres ajoutent que le dieo vient lui-même dans la chapelle, et qu'il se repose sur le lit. Cela ne me paraît pas croyable. La même chose arrive à Thèbes'en Egypte, s'il faut en croire les Éçj'ptiens; car il y couche one femme dans le temple de Jupiter Thébéen , et Ton dit que ces deux ^ femmes ii*ont conlmeree avec aucun homme. La même chose s'^observé aussi à Patare en Lyde, lorsque le dieu honore cette viUe de sa présence. Alors on enfehne la grande prêtresse la nuit dans lé temple ; car il ne rend point en ce lieu «Torades en tout temps.
CLXXXIIL Dans ce temple de Babylone , il
' Cas mil mm4 paraDèl«s au (teinre.
* Les femqies qu'on enfermait dam la chapelle dn temple de Jupiter Sélùa, à Babylone, et dans le temple de Jointer Thébéen, à Tbèl>ereD Egypte; '^
y a une antre chapelle en bas , où Ton voit une grande statue d'or, qui représente Jupiter assis. Près rie cette statue est une grande taUe d'or. Le trône et le marchepied sont du même métal. Le tout, au rapport des Ghaidéens, vaut ^ huit cents talents d'or. On voit hors de cette chapelle nn auteid'or, et outre cela, un autre autel Irèsgrand , sur lequel on immole des victimes d'un âge fait ; car il n est permis de sacrifier sur4'an« td d'or que des animaux encore à la mamelle. Les Ghaidéens brûlent aussi sur ce grand autel, tous les ans , à la fête dé ce dieu , mille i talents pesant d'encens, il y avait encore en ce temps»ià, daiis l'enceinte sacrée, unesta* tue d'or massif de douze coudées de haut. J« ne l'ai point vue ; je me contente dé rapporter ce qu'en disent les Ghaidéens. Darius, fils d'Hystaspe, forma le projet de l'enlpver ; mais il n'osa l'exécuter. Xerxès , fils de Darius, fit tuer le prêtre qui s'opposait à son entreprise, et s'en empara. Telles sont les richesses de ce s temple. On y voit aussi beaucoup d'autres of-« fraudes particulières.
CLXXXIV. Babylonea eu un grand nombre de rois, dcint je ferai mention dans mon his^ toire d'Assyrie. Ge sont eux qui ont environné cette ville de murailles , et qiii l'ont embeliie par les' temples qu'ils y ont élevés. Parmi ces princes oh compte deux reines. La première précéda Tantre de cinq générations; elle s'ap^ pelait Sémiramis. Elle fit faire ces digues remarquables, qui retieuDent l'Euphraie dans son lit, et l'empêchent d'inopder les campagnes^ comme il le faisait auparavant.
GLXXXV.' La seconde reine, nommée Mito* cris , était plus prudente que la première. Parmi plusieurs ouvrages dignes de mémoire, dont je vais parier , ellls fit <^hii-ci. Ayant remarquai que les Mèdes , devenus puissants, ne pouvaient rester en repos, qu'ils s'étaient rendus maîtres de plusieurs* villes , et entre autres de Ninive , elle se fortifia d'avance contre eux, autantqu'eHe le put. Premièrement, elle fit creuser des canaux au-dessus de Babylone. Par ce moyen TEuphrate, qui traverse la ville par le milieu,
■ 56,teO»QiO Uf • de notre poonoaleu
> 5U^% Uy., .qnalrç onees, çfijg j^, yipgt-quatrp grains.
> ci n'est point le temple proprement dit , mais l'enceinte sacrée.
HISTOIRE lyHÉRODOTE.
de droit qu'il était auparavant, devint oblique et tortueux , au point qu'il passe trois fois par Ardéricca, bourgade d'Assyrie ; et encore maintenant ceux qui se transportent de * cetie mer ci à Babylone, rencontrent^ en descendant l'Euphrate , ce bourg trois fois en trois jours.
Elle fit faire ensuite de chaque côté une levée digne d'admiration, tant pour sa largeur que pour sa hauteur. Bien loin au-dessus de Babyloue , et à une petite distance du fleuve, elle fit creuser un lac destiné à recevoir les eaux du fleuve , quand il vient à se déborder. U avait Ijuatre cent vingt stades de tour ; quant à la profondeur, on le creusa jusqu'à ce quon trouvât l'eau. La terre qu'on en tira, servit à relever les bords de la rivière. Ce lac achevé, on en revêtit les bords de pierres. Ces deux ouvrages, savoir, l'Euphrate rendu tortueux et le lac, avaient pour butde ralentir le cours de ce fleuve, en brisant son impétuosité par un grand nombre de sinuosités, et d'obliger ceux qui se rendraient par eau à Babylone, d'y aller en frisant plusieurs détours , et de les forcer au sortir de ces détours à entrer dans un lac immense. Elle fit faire ses travaux dans la partie de ses états la plus exposée aux irruptions des Mèdes , et du côté oii ils ont moins de chemin à faire pour entrer sur ses terres, afin que, n'ayant point de commerce avec les Assyriens, ils ne pussent prendre aucune connaissance de ses affaires.
CLXXXVI. Ce fut ainsi que cette princesse fortifia son pays. Quand ces ouvrages furent achevés , voici ceux qu elley ajouta : Babylone est divisée en deux parties , et l'Euphrate la traverse par le milieu. Sous les rois précédents, quand on voulait aller d'un c6té de ,1a ville à l'autre, il follait nécessairement passer le fleuve en bateau ; ce qui était, à mon avis , fort incommode. I^itocris y pourvut ; le lac qu'elle creusa pour obvier aux débordements du fleuve, lui permit d'ajouter à ce travail un autre ouvrage qui a éternisé sa mémoire.
Elle fit tailler de grandes pierres, et lorsqu'elles forent prêtes à être mises en œuvre , et q ue le lac eut été creusé , elle détourna les eaux de l'Euphrate dans ce lac. Pendant qu'il se remplissait, l'anden lit du fleuve demeura à sec. Ce fut alors qu'on en revêtit les bords de bri-
' La MAlUemuiée. (
ques cuites en dedans de la ville, ainsi que les descentes qui conduisent des petites portes à la rivière, et l'on s'y prit comme l'on avait fait pour construire le mur : on bâtit aussi au milieu de la ville un pont avec les pierres qu'on avait tirées des carrières, et on les lia ensemble avec du fer et du plomb. Peîidant le jour on y passait sur des pièces de bois carrées-, qu'on retirait le soir, de crainte que les habitants n'allassent de l'un et de l'autre côté du fleuve, pour se voler réciproquement. Lorsqu'on eut fait passer dans le lac le» eaux du fleuve , on travailla au pont. Le pont achevé, on fit rentrer l'Euphrate dans son ancien lit, et ce fut alors que les Babyloniens s'aperçurent de l'utilité du lac, et qu'ils reconnurent la commodité du pont.
GLXXXVII. Voici la ruse qu'imagina aussi cette même reine : elle se fit ériger un tombeau sur la terrasse d'une des portes de la ville , les plus fréquentées, avec l'inscription suivante, qu'on y grava par son ordre. cSi quelqu'un des i rois qui me succéderont à Babylone vient à » manquer d'argent , qu'il ouvre ce sépulcre, » et qu'il en prenne autant qu'il voudra ; mais » qu'il se garde bien de l'ouvrir par d'ai|ircs I motifs, et s'il n'en a du moins un grand be- > soin : cette infraction lui serait funeste. >
Ce tombeau demeura fermé jusqu'au règne de Darius; mais ce prince, s'indignant de ne pas faire usage de cette porte, parce qu'il n'aurait pu y passer sans avoir un corps mort sur sa tête, et de ne point se servir de l'argent qui y étoit en dépôt, et qui semblait l'inviter à le prendre, le fit ouvrir; mais il n'y trouva que le corps de Nitocris , avec cette inscription : « Si tu n'avais pas été insatiable d'argent , et • avide d*un gain honteux , tu n'aurais pas ou*- » vert les tombeaux des morts. »
CLXXXVUI. Ce fut contre le fils de cette reine que Cyrus fit marcher ses troupes. Il était roi d'Assyrie, et s'appelait Labynète, de même que son père. Le grand roi ne se met poiut en campagne, qu'il n'ait avec lui beaucoup de vivres et de bétail , qu'il tire de son pays. Ou porte aussi à sa suite de l'eau du Choaspes , fleuve qui passe à Suses. Le roi n'en boit point d'autre. On la renferme dans des vases d'argent, après l'avoir fait bouillir, et on la transporte à la suite de ce prince sur des chariots a quatre roues , traînés par des niulets.
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