URANIE.- LIVRE VIII
> leusis, etmarchf^au secoure de^ Athéniens » et des alliés, cela est évident. Si elle se porte
> vers le Péloponnèse , le roi et son armée de
> terre courront grand risque; si elle prend
> le chemin de Salamine , où sunt les vaisseaux, » la flotte de Xerxès sera en daqger de périr.
> Les Athéniens célèbrent touslt'S ans cette fête
> en l'honneur de Cérès et de Proserpine » et 1 Ton initie à ces m y s. ères tous ceux d'entr'eux
> et d'entre les autres /Grecs qui le désirent*
> Les chants que vous enteodez sont ceux qui
> se chantent en cette fête en l'honneur d'iac-
> chus. Lu dessus Démarate lui dit, continuait '
> Dicéus: Soyez discret, et ne parlez de cela à i qui que ce soit; car si Ton rapportait au roi
> votre discours, vous perdriez la tête, et ni
> moi , ni personne ne pourrait obtenir votre
> grâce. Restez tranquille, les dieux prendront
> soin de l'armée. >
Tel fut, disait Dicéus, l'avis que lui donna Démarate. Il ajoutait qu'après cette poussière et cette voix, il parut un nuage, qui, s'étant élevé, se porta à Salamine, vers l'armée des Grecs, et qu'ils connurent pair-là, Démarate et lui, que la flotte de Xerxès devait périr. Tel était le récit de Décius, fils de Théocydes, qu'il appuyait du témoignage de Démarate, et de quelques autres personnes.
LXVL Lorsque les troupes navales de Xerxès eurent considéré la perte des Lacédémoniens-^ , elles se rendirent de Trachis à Histiéc, où elles s'arrêtèrent trois jours; elles tra* versèrent ensuite TEuripe, et en trois jours elles se trouvèrent à Pbalère. Les armées de terre et de mer des barbares n'étaient pas moins nombreuses, à ce que je pense, à leur entrée dans i'Attique , qu'à leur arrivée aux Thermopyles et au promontoire Sépias. Car, en la place de ceux qui avaient péri dans la tempête, au passage des Thermopyles et au combat naval d'Artémisium, je mets tous les peuples qui ne suivaient pas encore le roi , comme les Héliens ^, les Doriens, les Locriens, les Béotiens , qui accompagnèrent Xerxès avec toutes leurs forces, excepté les Tbespiens et les Platéens. Il fut encore suivi par les Carys-
^ Voyez ci-denas, % xxit.
* LetpeQple8de1aM«ideoaMéKade,etiimi eeux de rUe Mékw.
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HISTOIRE D'HÉRODOTE
tiens, iesAndriens, les Théniens et les autres insulaires, excepté les iiabiiants des cinq îles dont j*ai rapporté ci-devant les noms. En effet, plus Xerxès avançait en Grèce, et plus son armée grossissait par le nombre des nations qui se joignaient à lui.
LXVII. Toutes ces troupes étant arrivées, les unes à Athènes, les autres à Phalère, excepté lesPariens, qui attendaient ù Gythnos les événements de la guerre, Xerxès lui-même se rendit sur la flotte pour conférer avec ses principaux officiers, et pour savoir quels étaient leurs sentiments. Il s assit sur son trône à son arrivée, et les tyrans des différentes nations, et les capitaines des vaisseaux qu'il avait mandés, prirent place chacun suivant la dignité qu'il tenait de lui , le roi de Sidon le premier, celui de Tyr ensuite, et le reste après eux. Quand ils se furent tous assis a leurs rangs, Xerxès , voulant les sonder, leur fit demander par Mardonius s'il devait donner bataille sur mer. Mardonius les interrogea tous , à commencer par le roi de Sidon , et tous furent d'avis de livrer bataille, excepté Artémise, qui lui adressa ces paroles :
LXVIII. c Mardonius, dites au roi de ma part : Seigneur, après les preuves que j'ai données de ma valeur au combat livré sur mer près de TEubée, et les belles actions que j*y ai faites , il est juste que je vous dise mon sentiment , et ce que je crois le plus avantageux à vos intérêts. Je suis d'avis que vous épargniez vos vaisseaux, et que vous ne donniez pas de combat naval , parce que les Grecs sont autant supérieurs sur mer à vos troupes que les hommes le sont aux femmes. Y a-i-il donc une nécessité absolue de risquer un combat sur mer ? N'étes-vous pas maître^ d'Athènes , Tobjet principal de cette expédition? Le reste de laGrèce n'est-il pas en votre puissance ? Personne ne vous résiste, et ceux qui l'ont fiiit ont en le sort qu'ils méritaient. Je vais vous dire maintenant de quelle manière tourneront], à mon avis , les affisiires de vos ennemis. Si , au lieu de vous presser de combattre sur mer, vous retenez ici vos vaisseaux à la rade, ou si vous avancez vers le Péloponnèse, vous viendrez facilement à'bout, Seigneur, de vos projets; car les Grecs ne peuvent pas foire une longue résistance :
4<0âV.J.-c.
vous les dissiperez, et ils s'enfuiront dans leurs villes ; car ils n'ont point de vivres dans cette i!e, comme j'en suis bien informée ; et il n'est pas vraisemblable que, si vous foites marcher vos troupes vei^ le Péloponnèse, les Péloponnésieus, qui sont venusàSalaniine, y restent tranquillement; ils ne se soucieront pas de combattre pour les Athéniens. Mais si vous précipitez la bataille, je crains que la défaite de votre armée de mer n'cntraine encore après elle celle de vos troupes de terre. Enfin, Seigneur, faites attention que les bons maîtres ont ordinairement de mauvais esclaves, et que les méchants en ont de bons. Vous êtes le meilleur de tous les priaces , mais vous avez de mauvais esclaves parmi ceux que l'on compte au nombre de vos alliés, tels que les Égyptiens , lesGypriens, iesCiliciens et les Pamphyliens, peuples lâches et méprisables. •
LXIX. Les amis d*Artémise craignaient que le discours qu'elle avait tenu à Mardonius ne lui attirât quelque disgrâce de la part du roi , parce qu'elle tâchait de le détourner de combattre sur mer. Geux qui lui poruient envie , et qui étaient jaloux de ce que ce prince Thonoraii plus que tous les autres alliés , furent charmés de su réponse, ne doutant pas qu'elle n'occasionnât sa perte. Lorsqu'on eut foitâ Xerxès le rapport des avis, celui d'Artémise lui fit beaucoup de plaisir. Il regardait auparavant cette princesse comme une femme de mérite; mais en cette occasion , il en fit un plus grand éloge. Cependant il voulut qu'on suivit l'avis du plus grand nombre; et comme il peu* sait que ses troupes n'avaient pas foit leur devoir de propos délibéré dans le combat près de l'Eu1)ée, parce qu'il ne s'y était pas trouvé , il se disposa à être spectateur de celui de Salamine.
LXX. L'ordre du départ donné, la flotte des Perses s'avança vers Salamine, et se rangea à loisir en ordre de bataille. Le peu de jour qui restait alors leur fit différer l'attaque, et la naît étant survenue, on s'y prépara pour le lendemain. Cependant la frayeur s'empara des Grecs, et surtout des Péloponnésiens. Ils craignaient, parce qu'ils étaient sur le point de combattre â Salamine pour les Athéniens , et que, s'ils perdaient la bataille, on ne les assié^
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ge:\x dansl'tle, tandis que leur pays serait sans défense.
LXXI. L'armée de terre des barbares panit cette même nuit poar le Péloponnèse, quof^ qu'on eût mis tout en usage pour Teippôcher d'y pénétrer par le continent. Car les Péioponnésiens n'eurent pas plus (6t appris la défaite et la mort de Léonidas et de ses troupes aux Tbermopyles , qu'ils accoururent de toutes leurs villes à l'isthme, sous \\ conduite de Ciéombroie, fils d'Anaxandrides et frère de Léonidas.
Lorsqu'ils furent à l'isthme, ils bouchèrent avec de la terre le chemin de Sciron, et suivant la résolution prise dans le conseil, ils travaillèrent ensuite à fermer d'un mur l'isthmed'un bouta Fautre. L'ouvrage avançait beaucoup , et personne, parmi tant de milliers d'hommes, ne s'exemptait du travail. Les uns portaient des pierres, les autres des briques, du bois , du saUe ; l'ouvrage ne discontinuait ni jour ni nuit.
LXXII. Ceux d'entre les Grecs qui marchèrent avec toutes leurs forces à la défense de l'isthme furent les Lacédémoniens, tous les Arcadiens , les Eléens , les Corinthiens , les Sicyoniens, les Epidauriens , les Phliasiens, les Trézéniens et les Hermionéens. Tels sont les peuples qui , effrayés du péril dont la Grèce était menacée, vinrent à son secours. Quant au reste des Péloponnésiens, ils ne s'en inquié-
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riens sous la domination des Argiens, ainsi ^e les Ornéates et leurs voisins. Toutes Jes villes de ces sept nations , excepté celtes dont ]*iii parlé*, se séparèrent de la cause commune; et, s'il m'est permis de dire librement ma pensée» ils le firent par attachement pour les Mèdes '.
LXXIV. Les Grecs qui étalent à l'isthme s'occupaient de ce travail avec autant d'ardeur que si c'eût été leur dernière ressource, et qu'ils eussent pei du l'espoir de se distinguer sur mer. Ceux qui étaient à Salamine, apprenant la marche des barbares, étaient également saisis de crainte, quoique ce fût moins pour eux-mêmes que pour le Péloponnèse. Étonnés de l'imprudi'nce d'Eurybiades, ils se communiquèrent d'abord en secret ce qu'ils en pensaient; mais enfm ils éclatèrent, et il fallut assembler le conseil. La même question fut beaucoup agitée ; les uns furent d'avis de cingler vers le Péloponnèse, et de s'exposer plutôt pour sa défense que de rester à Salamine,et d'y combattre pour un pays déjà subjugué; les Athéniens» les Eginètes et les Mégariens soutinrent, au contraire, qu'il fallait livrer bataille où l'on se trouvait.
LXX V. A peine Thémistocles se fiit-il aperça de la supériorité que prenait l'avis des Péloponnésiens, qu'il sortit secrètement du con« seil, et qu'il dépêcha dans une barque à la flotte des Mèdes ^ un exprès, avec des instructions sur ce qu'il devait leur dire. Cet envoyé
tèrent en aucune manière; ils restèrent chez l s'appelait Sicinnus ; il était son domestique, et quoique les jeux Olympiques et les fêtes | précepteur de ses enfants. Quelque tempsaprès
cette guerre» Thémistocles l'enrichit, et le fit recevoir parmi les citoyens de Thespies, lorsqu'ils accordèrent le droit de cité à différentes personnes. Arrivé avec sa barque à la flotte des Perses, Sicinnus adressa ce discours ù leur$ chefs: c Le général des Athéniens, qui est bien • intentionné pour le roi , et qui préfère le » succès de vos armes à celui des Grecs, m'a
> dépêché vers vous à leur insu , avec ordre de i vous dire que les Grecs ^ effrayés , délibèrent
> s'ils ne prendront point la fuite. Il ne tient
> donc qu'à vous de faire la plus belle action
> du monde, à moins que par votre négligence
> vous ne les laissiez échapper. Ils ne sont
4 SULXII.
* LetPenas.
^ Des Perses.
Caniiennes fussent déjà passés.
LXXIIL 11 y a dans le Péloponnèse sept nations différentes. Deux, originaires du pays, occupent encore aujourd'hui le même canton qu'elles habitaient autrefois : ce sont les Arcadiens et les Cynuriens. Une troisième, celle des Achéens» n'est point sortie du Péloponnèse, mais du canton oii elle demeurait, pour se fixer dans un autre. Les quatre autres nations, les Doriens, les Etoliens, les Dryopes et les Lemniens, sont étrangères. Les Doriens ont beaucoup de villes célèbres; les Etoliens n'ont que celle d'Elis; les Dryopes possèdent Hermione et Asine vers Cardamy de Laconie. Les Paroréates sont tous Lemniens. Les Cynuriens, €|uoiqu' Autochtones, paraissent Ioniens à quelques-uns ; avec le temps , ils sont devenus Do-
1 point d'accord entr'eux, et au lieu de résis-
> ter, vous verrez les deux partis aux prises » l'un contre Tautre, et se détruire mutuelle- 9 ment. > Cet avis donné, Sicinnus se retira 8ur-le-cban)p.
LXXVl. Comme ce conseil leur parut sin* çère, ils firent d*abord passer un grand nombre de Perses dans la petite ile de Psyttalie, située entre Salamine et le continent; ensuite, • quand on fut au milieu de la nuit, l'aile âe leur armée navale qui reg^ardait Toccident avança vers Salamine, afin d'envelopper les Grecs, et les vaisseaux qui étaient autour de Céos et de Cynosure levèrent l'ancre, et couvrirent tout le détroit jusqu'à Munychie. Ils avaient fait avan^cer leur flotte en cet ordre afin d'empêcher les Grecs de se sauver, et que, les tenant investis à Salamine, ils tirassent vengeance des batailles jd*Artémisium. Quant au débarquement des Perses à Psy Italie, on l'avait fait, parce que cette lie étant dakis le détroit où devait se donner la bataille , et les hommes et les vaisseaux endommagés devant naturellement s'y rendre après que l'action aurait été engagée, ils auraient pu sauver les leurs et tuer leurs ennemis. Ils firent ces dispositions secrètement pendant la nuit^ et sans prendre aucun repos, afin d'en dérober la connaissance aux Grecs.
LXXVII. Quand je réfléchis sur ces événenoents, je ne puis contester la vérité des oracles, et je ne cherche point à les détruire lorsqu'ils s'énoncent d'une manière aussi claire que celui-ci :
€ Quand ilsauront couvert de leurs vaisseaux
> le rivage sacré de Diane * et celui de Gynos sure^etque, pleins d'un fol espoir, ils au- 3 ront saccagé l'illustre ville d'Athènes , la ven-
l^ance des dieqx réprimera le Dédain , fils de l'Insolence, qui, dans sa fureur, s'imagine faire retentir l'univers entier de son nom ; l'airain se mêlera avec l'airain , et Mars en-
> sang antera la mer. Alors le fils de Saturne 9 et la Victoire respectable amèneront' aux
> Grecs le beau jour de la liberté. » Bacis s'exprimant d'une manière si claire, je
n'ose contredire les oracles , et je n'approuve point que d'autres le fassent.