‹ Choix des historiens grecsChapitre 92 sur 286 · LIVRE VIIL î · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL î

délie , et d'y faire les sacrifices suivait *lcur usage , soit qu'un songe l'obligeût à leur donner ces ordres, soit qu'il lui vînt un scrupule sur ce qu'il avait fait brûler le temple. Les bannis obéirent.

LY. Je vais dire maintenant ce qui m'a engagé à rapporter ces faits. Erechthée , qu'on ' dit fils de la Terre , a dans cette citadelle un ^ temple où l'on voit un olivier et ime mer. Les Athéniens prétendent que Neptune et Minerve les y avaient placés comme un témoignage de la contestation qui s'était élevée entre eux au sujet du pays. Le feu qui brûla ce temple consuma aussi cet olivier ; mais le second jour après l'incendie, les Athéniens, à qui le roi avait ordonné d'offrir des sacrifices, étant arrivés au temple , remarquèrent que la souche de l'olivier avait poussé un rejeton d'ime coudée de haut.

LVI. Les Grecs, assemblés à Salamine, ayant appris le sort de la citadelle d'Athènes, en furent tellement consternés, que quelquesruns des généraux, sans attendre qu'on eût ratifié l'affaire proposée au conseil, se jetèrent sur leurs vaisseaux , firent hausser les voiles, dans le dessein de partir: et ceux qui étaient restés au conseil décrétèrent qu'il fellait combattre devant l'isthme. La nuit venue, ils sortirent du conseil, et remontèrent sur leurs vaisseaux.

LYII. Lorsque Thémistodes fut arrivé sur son bord , Mnésiphile d'Athènes lui demanda quelle était la résolution du conseil; et, sur ce qu'il apprit qu'il avait été décidé qu'on se rendrait à l'isthme, et qu'on livrerait bataille devant le Péloponnèse, il dit : c Si on lève l'ancre ,

> si l'on quitte Salamine , il ne sc^donnera point t sur mer de combat pour la patrie : personne

> ne retiendra les alliés, Ëurybiadeslui-méine » ne le pourra pas : ils s'en retourneront chacun » dans leur ville; la flotte se séparera, et la

> Grèce périra faute d'un bon avis. Allez, et

> tâchez de faire casser ce décret , s'il en est » encore moyen , et engagez par toutes les voies

> possibles Eurybiades à changer de senti- » ment, et à rester ici. t

LYIII.ThémistocIes goûta fort ce conseil, et, sans rien répondre , il alla sur-le-champ au vaisseau d'Eurybiades* Lorsqu'il fut arrivé, il lui dit qu'il venait conférer avec lui sur les intérêts ' communs. Eurybiades le fit monter sur son

PISTOIRE DHËROpOTÊ.

bord, et lui demanda quel sujet ramenai^. Alors Thémistocles , s'ass^yam auprès de lui, lui proposa l'opinion de Mnésiphile, comme si elle lui eût appartenu en propre, et, y ajoutant l)eaucoup d'autres motifs , il le pria avec tant d'instance , qu'enfin il l'engagea à sortir de son vaisseau pour convoquerle conseil.

LIX. Quand les généraux furent tous assem- Wés, avant qu'Eurybiades eût exposé le sujet pour lequel il les avait convoqués, Tliémistocles leur parla beaucoup en homme qui désirait passionnément de faire passer son avis. Mais Adimante, fils d'Ocytus, général des Corinthiens, l'interrompant : < Thémistocles, lui » dit-il , on frappe avec des baguettes ceux qui,

> dans les jeux publics, partent avant les au-

> très, — Oui, répartit Thém"siocles en se jusf tifiant, mais ceux qui restent en arrière ne

> sont pas couronnés. >

LX. Telle fut la réponse honnête qu'il Gf au général corinthien, S'adressant ensuite à Eurybiades, il ne lui dit plus, comme auparavant , que dès qu'on aurait levé l'ancre de devant Salamine les alliés se disperseraient; car il aurait cru manquer aux bienséances en accusant quelqu'un en présence des alliés. Mais il eut recours à d'autres motifs.

c Eurybiades, lui dit-il, le salut de la Grèce

> est maintenant entre vos mains ; vous la sau- » verez si, touché de mes raisons, vous li- » vrez ici bataille à l'ennemi , et si , sans vous

> laisser persuader par ceux d'un avis con-

> traire, vous ne levez point Tancre pour vous

> rendre à l'isthme. Écoutez , et pesez les rai- I sons de part et d'autre. En donnant bataille

> à l'isthme, vous combattrez dans une mer

> spacieuse, ou il est dangereux de le faire, » nos vaisseaux étant plus pesants et en moin-

> dre nombre que ceux des ennemis. Mais

> quand même nous réussirions, vous n'en per-

> driez pas moins Salamine , Mégare etÉgine.

• Car l'armée de terre des barbares suivra celle

• de mer, et par celte conduite, vous la mè- » nerez vous-même dans le Péloponnèse, et » vous exposerez la Grèce entière à un danger » manifeste.

» Si vous suivez mon conseil , voici les avan-

> tayes qui en résulteront. Premièrement, en

> combattant dans un lieu étroit avec un petit 1 nombre de vaisseaux contre un plus grand ,

npus r^piponerod^, selçii tQQMs 1^ picobabh lités de la guerre, une grande victoire ; parcç qu'un détroit nous est autant avantageux que la pleine mer l'est ^ux ennemi^. Secondement, nous conserverons Salamine, ou nouf avons déposé nos femmes et pas enfiants.J'y trouve encore cet avantage-ci, qejui-lù même que vous avez princjp^ement en vue. En demeurant ici, vous ne combattrez pas moins pour le Péloponnèse que si vou^ étiez près de risthme. Par conséquent , si voifs êtes sage, vous ne mènerez point la flotte v^rs le Péloponnèse.

> Si, comme du moins je {'espère, nous battons sur mer les ennemis, i]s n'iront point à l'isthme, et s'en retourneronl en désordre sans s'avancer au-delà de l'Attîque. Mous sauverons Mégare, É^ineet Salamine, où même un oracle nous prédit que nous les vaincrons. Quand on prend un par ti conforme à la raison , on réussit presque toujours; mais lorsqu'on se décide contre toute vraisemblance , Dieu même n'a pas coutume de seconder nos vues. >

LXI. A ces mots , Adimante de Corintbe interrompt une seconde fois Thémistocles , lui impose silence , conune s'il n'eût eu ni feu nî lieu, détourne Euryhiades d'aller de nouveau aux opinions en faveur d*un homme qui Q'a plus de patrie , et l'assure qu'il ne le permettra que lorsque Thémistocles aura montré la sienne. 11 faisait ces reproches au général athénien , parce qu'Athènes était prise et au pouvoir des ennemis. Thémistocles, ne pouvant plus se contenir, dit beaucoup de choses dures à Adimante et aux Corinthiens, et leur fit voir que les Athéniens auraient une patrie et une ville plus puissantes que la leur tant qu'ils auraient deux cents vaisseaux montés par leurs citoyens, puisqu'il n'y avait point en Grèce d*état assez fort pour résister à leurs attaques.

LXII. S'adressant ensuite à Eurybiades : c En restant à Salamine, lui dit-il avec encore

> plus de véhémence, et en vous comportant » en homme de cœur, vous sauverez la Grèce;

> si vous en partez , vous en serez le destruc- » teur. Nos vaisseaux sont toute notre res-

> source dans cette guerre. Suivez donc mon

> conseil ; mais si vous refusez de le faire, nous

> nous transporterons avec nos femmes , nos

4t0lT. J--€.

» enfonts et nos esclaves à Siris en Italie , qui 1 nous appartient depuis lon{;-temp$ , et dont^ > suivant les oracles , nous devons être les » fondateurs. Abandonnés par des alliés tels 1 que nouS; vons vous souviendrez alors de » m^s paroles.!

LXIII. Ce discours fit changer de résolution èEurybiades. Pour moi, je pense qu*il en changea parce qu*il craignait de se voir abandonné des Athéniens , s*it menait Tarmée navale à l'isthme; car ceux-ci venant à se séparer, le reste de la flotte n*éiait plus assez fort pour résister aux attaques des barbares. Il donna donc la préférence à l'avis de Thémîsiocles , et il fut décidé qu'on combattrait à Salamine.

LXIV. Les capitaines de la flotte , qui jusqu'alors s'étaient harcelés des paroles , se préparèrent à combattre en cet endroit, dès qu*Eurybiades en eut pris la résolution. Le jour parut , et au moment que le soleil se levait , il y eut un tremblement de terre qu'on sentit aussi sur mer. Là-dessus , on fut d'avis d'adresser des prières aux dieux , et d'appeler les iEaddes au secours de la Grèce. Cette résolution prise, on fit des prières à tous les dieux ; et de Salamine môme , où l'on était alors , on invoqua Ajax et Télamon , et l'on envoya un vaisseau à Ëgine , pour en faire venir iÉacus avec le reste des iËacides.

LXV. Dicéus d'Athènes, fils de Théocydes , banni , et jouissant aloi's d'une grande considération parmi les Mèdes *, racontait que s'étant trouvé par hasard dans la plaine de Thria avec Démarate de Lacédéaione, après quel'Attique, abandonnée par lesAthéniens, eut éprouvé les pavages de l'armée de terre de Xerxès, il vit s*élever d'Eleusis une grande poussière, qui semblait excitée par la marche d'environ trente mille hommes; qu'étonné de cette poussière , et ne sachant à quels hommes l'attribuer, toutà-coup ils entendirent une voix qui lui parut le mystique lacchus. 11 ajoutaitque Démarate n'étant pas instruit des mystères d'Eleusis, lui demanda ce que c'était que ces paroles, c Dé- » marate, lui répondit-il, quelque grand mal- » beur menace l'armée du roi, elle ne peut

> Téviier. L'Atiique étant déserte, c'est une

> divinité qui vient de parler. Elb part d'É-

^ Lei Pertes.

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