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le père Sicard, qui joignoit aux vertus du missionnaire une littérature et une érudition immenses. Il fut chargé par monseigneur le duc d'Orléans, alors régent du royaume , de faire la recherche exacte des anciens monumens que possédoit l'Egypte , et d'en faire lever les plans par des dessinateurs qu'on lui envoyoit. Il visita ces fameuses contrées , avec le savant abbé Pincia , Piémontais , qui faisoit la comparaison des monumens de l'Egypte avec ceux de l'Italie. Le père Sicard alla d'Alep au Caire, à Thèbes, au Delta , à la mer Rouge , au mont Sinaï et aux Cataractes. Personne n'a mieux connu que le père Sicard l'Egypte ancienne et moderne , dont il a donné la deseriptioii . Enfin cette vie d'un savant fut couronnée par la mort d'un saint. A son retour de la Haute-Egypte , le père Sicard apprit que la peste s'étoit déclarée au Grand-Caire. Il se dévoua au service des pestiférés, et fut lui-même bientôt atteint de ce fléau.
Tandis que de savans missionnaires visitoient le berceau de l'antique civilisation , et interrogeoient les ruines de l'Egypte et de la Grèce, d'autres missionnaires s'enfonçoient dans les marais de la Guiane , et , pour opérer la conversion de quelques peuplades sauvages , se faisoient sauvages euxmêmes, suivant l'expression d'un de ces apôtres. 11 falloit suivre les tribus errantes des Indiens à travers de vastes prairies couvertes d'eau et remplies de serpens et de crocodiles. Le caractère inconstant et l'humeur vagabonde de ces Indiens accoutumés à la vie sauvage, n'olfroient pas moins de difficultés à vaincre que le pays au milieu duquel ils erroient. « Etre missionnaire parmi ces sauvages, dit l'un des pères jésuites, c'étoit en rassembler le plus possible pour en former une espèce de bourgade , afin qu'étant fixés dans un lieu , on pût les former peu à peu aux devoirs de l'homme raisonnable et aux vertus de l'homme chrétien. » Le père Creuilly , fondateur des missions de la
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Guiane, et les pères Lombard et Ramette qui marchoient sur ses traces, parvinrent à opérer ce prodige. Ils décidèrent des sauvages vagabonds , à former de grands villages , et à défricher les terrains qui se trouvoient à l'entour. Le plus difficile étoit de construire les églises. Rien n'est si touchant que la manière dont on parvint à s'en procurer une dans le village de Kourou, fondé par le père Lombard. « Comment payer l'architecte charpentier de Cayenne , qui demandoit quinze cents francs pour les frais de l'entreprise ? Le missionnaire et ses néophytes , riches en vertus, étoient d'ailleurs les plus pauvres des hommes. La foi et la charité sont ingénieuses. Les Galibis s'engagèrent à creuser sept pirogues , que le charpentier accepta sur le pied de deux cents livres chacune. Pour compléter le reste de la somme , les femmes filèrent autant de coton qu il en falloit pour faire huit hamacs. Vingt autres sauvages se firent esclaves volontaires d'un colon , pendant que ses deux nègres , qu'il consentit à prêter , furent occupés à scier les planches du toit de l'édifice. Ainsi tout fut arrangé , et Dieu eut un temple au désert. » ( Génie du christianisme. Lettres Edifiantes. )
Les missionnaires fournissoient encore des curés à nos colonies des Antilles. Ils furent pour les nègres esclaves ce que Las-Casas avoit été pour les premiers habitans du ]\ouveau-Monde. La charité de l'évêque de Chiapa fut égalée par celle du père Boutin , l'apôtre de Saint-Domingue. Son nom étoit célébré dans tous nos ports , par les marins dont il avoit été le directeur et le père. Mais c'est surtout dans la conduite et l'instruction des nègres que triomphoit le zèle de ce vertueux missionnaire. Comme il n'avoit pas reçu le don des langues ainsi que les premiers apôtres, il fut obligé d'y suppléer par un travail long et opiniâtre. Il acquit enfin une connoissance suffisante du langage de tous les peuples de la côte de Guinée, qu'on
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transportait dans nos colonies , pour comprendre tous ces malheureux et pour en être lui-même compris. Quant à ceux qui , après un séjour de quelque temps dans les colonies , commencoient à entendre un peu le françois , le père Boutin , dans les instructions qu'il leur faisoit , proportionnoit le style de ses discours à leur manière de s'exprimer. C'est ainsi qu'à force de patience , il parvint à faire entendre aux nègres les vérités du christianisme , et à adoucir leur sort par les consolations de la religion. Il fonda au Cap un hôpital et une maison de jeunes orphelines , qu'il fit construire à ses dépens.
Une institution qui produisoit tant de bienfaits, un établissement dans lequel se conservoit un fonds inépuisable de religion et de charité qui se répandoit sur toutes les parties de la terre , devoit attirer les regards et la protection de ce roi qui marqua toutes les années de son règne par des bienfaits , et qui périt victime de sa fidélité à la religion de ses ancêtres. Louis XVI, à peine sur le trône , acheva l'ouvrage de Louis XIV. Il régularisa la fondation de ce grand monarque en faveur des missions étrangères par des lettres - patentes du mois de mai 1775 (1), qui consacrèrent définitivement l'association des missionnaires et des directeurs du séminaire de la rue du Bac , réglèrent les droits de cette société , et son administration.
Cette institution dut périr avec son bienfaiteur : elle fut emportée par le torrent révolutionnaire, qui entraîna dans son cours tous les monumens élevés à la religion et le culte lui-même.
Lorsque après ce grand naufrage , l'on essaya de reconstruire en France l'édifice social, l'on sentit que les débris
(1) Voir ci-après l'acte n° 6.
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de nos institutions religieuses dévoient entrer pour quelque chose dans les fondemens de ce nouvel édifice. L'association des prêtres-missionnaires fut rétablie par un décret du 27 mai i8o4 (i)- La politique restitua ensuite à cette association une partie de ce que la piété de nos rois lui avoit donné. Ce fut l'objet d'un décret du 16 mars 1800 (2) , et le 28 du même mois (3), un autre décret plaça les établissemens de mission dans les attributions de la grande-aumônerie.
Mais la politique, qui n'a point pour base la piété, ne peut rien fonder de durable et d'assuré 5 car elle est elle-même sujette au flux et au reflux de toutes les passions humaines.
L'existence rendue aux missions étrangères par les décrets de i8o4 et de i8o5 fut de courte durée. Elles furent enveloppées dans la proscription qui atteignit le vénérable chef de l'Église. Un décret du 26 septembre 1809 (4) supprima toutes les congrégations de mission à l'intérieur et à l'extérieur, et révoqua les concessions précédemment faites en leur faveur.
Mais ces pieuses institutions, dont le sort avoit toujours été lié par une honorable solidarité à celui de l'Eglise et de la monarchie, dévoient recevoir une nouvelle existence de la restauration qui a replacé , en 1 8 1 4 , la piété avec la légitimité sur le trône. L'auguste descendant de saint Louis et de Louis XIV ne pouvoit laisser dans la proscription et dans l'oubli les établissemens fondés par ses aïeux pour la propagation du christianisme. Il étoit digne aussi de ce monairpue , célèbre entre tous les princes de l'Europe par la protection éclairée qu'il accorde aux lettres, aux sciences et aux arts , de ranimer ce commerce scientifique que la
(1) Voir ci-après l'acte n° 7.
(2) Voir ci-après l'acte n° 8.
(5) Voir ci-après l'acte n° 9- (4) Voir ci-après l'acte n° io.
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France entretenoit par ses missionnaires avec toutes les parties du monde, et qui avoit enrichi le royaume de tant d'innocentes et précieuses conquêtes.
Une ordonnance royale du 2 mars 1810(1) a rétabli le séminaire des missions étrangères de la rue du Bac.
La congrégation de Saint-Lazare a été également rétablie par une ordonnance royale du 3 février 1816(2), qui lui a assigné pour chef-lieu la maison de la rue de Sèvres, où réside le vicaire-général.
La même ordonnance a rétabli la congrégation du Saint- Esprit.
Une autre ordonnance du i'i août 1823 (3) a autorisé la formation d'un petit séminaire dans la maison chef-lieu de la congrégation du Saint-Esprit.
Les lettres-patentes du mois de mai 1775 , concernant la propriété et l'administration du séminaire général des missions étrangères, ont été approuvées et confirmées par une nouvelle ordonnance en date du i5 octobre i8s3 (4).
Au reste , la tradition des règles et des moyens suivis autrefois avec tant de succès, pour instruire et préparer à leurs saintes fonctions les jeunes missionnaires, n'avoit jamais été perdue. Elle avoit été conservée par les vertueux ecclésiastiques qui présidoient avant la révolution à ces établissemens , et qui , dans la proscription et l'exil , n'ont jamais cessé d'entretenir leur pieuse association, et de fournir aux missions tous les secours qui restoient à leur disposition.
Ainsi les fruits de leur zèle avoient échappé au pouvoir ennemi qui s'étoit efforcé vainement de tarir la source
(1) Voir ci-après l'acte nn 1 1 .
h.) Voir ci-après lacté n° 11.
(5) ^ oir ci-après l'acte n° i5.
(4) Voir ci-après l'acte n" )4-