‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 22 sur 70 · XX VJ NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XX VJ NOTICE HISTORIQUE

la Cochincliine et du Japon : les missions de l'Inde , qui renfermoient l'Indostan , la presqu'île en-deçà et au-delà du Gange, et qui s'étendoient jusqu'à Manille et aux nouvelles Philippines } les missions du Levant, qui comprenoient l'Archipel, Constanlinople, la Syrie, l'Arménie, la Crimée , l'Ethiopie , la Perse et l'Egypte ; enfin les missions de l'Amérique , commençant à la baie d'Hudson , et remontant par le Canada, la Louisiane, la Californie, jusqu'aux fameuses réductions ou peuplades du Paraguay. Le séminaire établi rue du Bac étoit chargé d'envoyer des missionnaires en Chine , au Tunquin , en Cochincliine , dans le royaume de Siam et à Pondichéry.

La congrégation du Saint-Esprit envoyoit aussi des missionnaires à la Chine et aux Indes, au Canada et dans l'Acadie. Plus tard elle fut particulièrement chargée d'entretenir vingt missionnaires avec un préfet apostolique à Cayenne ( Guiane française). La congrégation du Saint- Esprit envoya en outre des missionnaires en Afrique.

La congrégation de Saint-Lazare étoit chargée des missions du Levant, et des provinces de l'intérieur de la Chine.

Colbert et Louvois ont eu la gloire d'établir la plus grande partie de ces missions. Ces deux grands ministres aperçurent tous les fruits que Ton devoit en recueillir, d'abord pour la religion , et ensuite pour les sciences , pour les arts et pour le commerce. Le père de Fontaney , missionnaire, nous a conservé dans une de ses lettres les paroles que lui adressoit à ce sujet M. Colbert : « Les sciences, lui disoit-il, mon père , ne méritent pas que vous preniez la peine de passer les mers et de vous réduire à vivre dans un autre monde , éloigné de votre patrie et de vos amis ; mais comme le désir de convertir les infidèles et de gagner des âmes à Jésus-Christ porte souvent vos pères à entreprendre de pareils voyages, je souhaiterois qu'ils se servissent

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de l'occasion , et que , dans le temps où ils ne sont pas si occupés à la prédication de l'Evangile , ils fissent sur les lieux quantité d'observations qui nous manquent pour la perfection des sciences et des arts. »

Il s'agissoit alors de coopérer à un grand travail géographique entrepris par ordre du roi. L'académie des sciences , qui étoit chargée de ce travail , avoit envoyé plusieurs de ses membres dans les ports de l'Océan et de la Méditerranée, en Angleterre , en Danemarck, en Afrique et aux îles de l'Amérique , pour y faire les observations nécessaires. Mais on avoit besoin de recueillir des observations du même genre dans la Chine et dans les Indes , et il étoit difficile et dangereux de pénétrer dans ces contrées. Il falloit un intérêt plus puissant que celui de satisfaire une curiosité scientifique , pour déterminer des Européens à s'exposer aux périls d'un semblable voyage , et aux persécutions qui se renouvellent si souvent contre les chrétiens chez ces peuples. Les missionnaires , que l'intérêt de la religion y conduisoit, pouvoient seuls rendre aux sciences le service sollicité par M. Colbert.

La mort de ce grand homme retarda quelque temps l'exécution de son projet. Mais ses desseins furent accomplis par le marquis de Louvois qui profita de l'occasion d'une ambassade qu'on envoyoit au roi de Siam, pour faire partir quelques missionnaires choisis avec toutes les instructions nécessaires pour l'exécution du travail projeté. Le collège de Louis-le-Grand fournit six jésuites habiles dans les sciences , que le roi , par un privilège unique, fit recevoir de l'académie avant leur départ; c'étoient les pères Fontaney, Tachard, Gerbillon , Lecomte , Bouvet et Visdelou. Ces missionnaires arrivèrent à Siam à la fin de septembre i685. Bientôt après, l'empereur de la Chine, Kang-Hi, que le père Verbiest avoit prévenu en faveur de la religion et des sciences de

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l'Europe, les appela dans ses états. « Que tous viennent à ma cour, dit- il : ceux qui savent les mathématiques demeureront auprès de moi ; les autres iront dans les provinces où bon leur semblera. » L'empereur garda en effet auprès de lui plusieurs missionnaires pour lui apprendre les mathématiques et la philosophie. Le père Gerbillon trouva bientôt l'occasion de rendre à ce prince un service plus important. Ce fut lui qui négocia la paix entre les Moscovites et les Chinois. L'empereur, plein de reconnaissance pour les missionnaires francois , leur donna une maison dans la première enceinte de son palais , et fit déclarer par ses tribunaux qu'il étoit permis aux Chinois d'embrasser la religion chrétienne.

Le père Parennin traduisit pour ce prince en langue tartare un cours d'anatomie et de médecine. Il écrivit aux membres de l'académie des sciences, en leur adressant ces ouvrages :

Messieurs, « Vous serez peut-être surpris que je vous envoie de si loin un traité d'anatomie , un cours de médecine et des questions de physique écrites en une langue qui sans doute vous est inconnue $ mais votre surprise cessera , quand vous verrez que ce sont vos propres ouvrages que je vous envoie habillés à la tartare. »

Que ne devoit-on pas attendre, pour le progrès des sciences et des arts , d'une correspondance établie de Paris à Pékin avec de pareils hommes ! Combien de notions curieuses sur l'état du pays , sur les cultes , les lois, les mœurs, la langue et la littérature de ses habitans , ont dû. être recueillies par ces missionnaires qui ne les ont pas vus en courant comme le font les voyageurs ordinaires , mais qui ont passé la moitié de leur vie au milieu d'eux , tantôt dans le palais des rois , tantôt dans la chaumière du

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pauvre , et toujours en relation avec toutes les classes de la société ! Quelle masse d'observations précieuses ne doit pas renfermer une correspondance continuée d âge en âge par des hommes qui se succédoient sans interruption dans les mêmes travaux, comme un seul homme qui auroit vécu plusieurs siècles et qui auroit observé continuellement!

« La Chine nous fut connue comme la France ; nous eûmes les manuscrits originaux et les traductions de son histoire } nous eûmes des herbiers chinois, des géographies , des mathématiques chinoises 5 et, pour qu'il ne manquât rien à la singularité de cette mission , le père Ricci écrivit des livres de morale dans la langue de Confucius, et il passe encore pour un auteur élégant à la Chine. » (Génie du christianisme.)

Si ce goût des lettres , des sciences et des arts , qui rend si attrayante pour les gens du monde la lecture de la correspondance des missionnaires , paroissoit frivole à quelques esprits préoccupés du seul intérêt de la religion , ils se désabuseroient bientôt en apprenant, dans le récit des travaux de ces pères , que leurs connoissances dans les arts du monde ne furent point étrangères à leurs succès , et qu'elles servirent d'instrument aux desseins de la Providence. C'est à la faveur de ces connoissances que le jésuite se faisoit accueillir des lettrés et réussissoit à confondre les bonzes ; c'est le compas et le télescope à la main qu'il parvenoit à s'introduire jusque dans le palais des empereurs de la Chine. « Les jésuites avoient réussi en Amérique, dit Voltaire, en enseignant à des sauvages les arts nécessaires : ils réussirent à la Chine en enseignant les arts les plus relevés à une nation spirituelle. »

Ainsi chaque mission avoit un caractère distinct, et nécessitoit l'emploi d'un mérite particulier. C'étoit encore une mission savante que celle du Levant. On y envoya

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