DES IHSSIOXS ÉTRANGÈRES. I.XXV
que je connois aussi que le roman ftAmadis est une fable , parce qu'aucune histoire connue pour vraie ne me parle des personnages qu'il nomme, et dans le temps où il les suppose , et que je vois dans le même temps des choses toutes différentes. Je tiendrai encore pour fable les faits merveilleux racontés sur une tradition incertaine , par des auteurs qui ont vécu long-temps après celui dans lequel on les suppose arrivés : ainsi , ni Ovide , ni les poètes grecs qu'il a suivis, fut-ce Homère ou Hésiode, ne méritent aucune créance sur leurs métamorphoses , parce qu'aucun d'eux ne prétend avoir vu le changement de Daphné en laurier, ou d'Io en vache, ni l'avoir appris de ceux qui en avoient été témoins. Une autre marque de fable sont les faits monstrueux, et qui ressemblent aux chimères des songes , comme qu'un homme ait tranché une montagne d'un coup d'épée, qu'il ait avalé un fleuve, et d'autres imaginations grotesques , dont nous voyons remplies les histoires des inahométans et des Indiens. Il est aisé aux hommes de diminuer par l'imagination un fleuve et une montagne , et de grossir à l'infini la figure humaine , comme l'on fait en peinture ; mais, laissant les choses comme elles sont en effet , il n'est pas aisé de concevoir de tels prodiges , et d'ailleurs on ne voit pas quelle en auroit pu être l'utilité.
Une autre marque de fable est le vide considérable dans les histoires ; par exemple , on dira qu'il y avoit en tel lieu un roi d'un tel nom , qui fit bâtir il y a dix mille ans une grande ville. Puis on dira qu'il y en eut deux mille ans après un tel autre , ou plusieurs de suite ; puis après trois mille ans d'intervalle encore d'autres ; ou bien cette suite de temps sera remplie seulement d'une suite de noms sans aucuns faits , comme les dynasties des anciens rois d'Egypte que nous voyons dans la chronique d'Eusèbe. Tout cela rend les histoires fort suspectes.
Par ces moyens, employés avec discrétion, on pourroit réduire les Indiens à se délier de leurs traditions et de leurs histoires, et à goûter les nôtres. » Vous croyez , leur diroit-on, que Sonnnonocodam vivoit en tel temps, et qu'il a fait teille merveille. L'a-t-il écrit ou quelque autre de son temps? Coin-