‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 53 sur 70 · CHINE · texte numérisé non relu

CHINE

accordés à l'agriculture ; sa population prodigieuse et sa manière de pourvoir à la subsistance de ses habitans 5 son corps de mandarins , de lettrés et de censeurs -, sa religion et ses superstitions -, son tribunal des rites *, sa langue et les caractères de son écriture ; ses sciences , ses arts , ses poètes , ses historiens , ses philosophes célèbres , et ses législateurs plus fameux encore ; enfin ses monumens anciens et modernes, tout excite la curiosité. Aussi la Chine a-t-elle occupé le loisir et l'attention d'un si grand nombre d'écrivains , qu'il faut s'armer de courage pour démêler la vérité au milieu de notions souvent obscures et quelquefois opposées. Nous avons eu recours pour y parvenir aux relations les plus récentes et les plus estimées. Puissent nos tableaux , par leur exactitude , faire reconnoître les succès de nos efforts !

L'empire de la Chine, que l'on dit presque aussi grand que l'Europe , et qui la surpasse en population , est renfermé entre les 20e et '\ie degrés de latitude N. , et les c)5c et i-20e degrés de longitude. Ce vaste pays est borné par la Mongolie , la mer Jaune , la mer de la Chine , et le canal Formosa -, par le Tunquin , le Thibet et le Sifan. La Chine est séparée du pays des Mantchoux par cette fameuse muraille qui se prolonge dans une étendue de cinq cents lieues, jusque dans les plaines et les vallées les plus profondes. Cet empire se divise en quinze provinces , qui , par leur étendue et leur population , pourraient passer pour autant de royaumes. 11 est coupé par cinq ou six chaînes de montagnes, qui toutes ensemble ne sont que des prolongemens du grand plateau central de l'Asie et des alpes thibétaises et mongoliennes.

Une multitude de neuves, de rivières et de lacs qui traversent la Cliine, procurent à l'agriculture et à la navigation intérieure des avantages incalculables , augmentés encore par des canaux que l'industrie de ses habitans a creusés. Il y en a plusieurs qui s'étendent jusqu'à trois cents lieues. Le plus célèbre communique de Pékin à Canton. Il a environ six cents lieues de cours. Il a été construit vers la fin du treizième siècle , par le fils de Gengiskan. Il résulte de la vaste étendue de cet empire des différences très-variées dans le climat. On y éprouve ici , des chaleurs excessives; là , le froid s'y fait sentir plus fortement que dans aucune des contrées de l'Europe, qui

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sont situées sous les mêmes latitudes. L'élévation du sol dans les régions septentrionales et occidentales de la Chine, la nature du terrain qui est imprégné de nitre, les neiges qui couvrent , pendant une grande partie de l'année , les montagnes centrales de l'Asie, sont les principales causes de cette diversité de température. D'un autre côté , la proximité d'un immense océan modifie d'une manière particulière le climat et les saisons des provinces maritimes.

A Pékin , les extrêmes du froid et de la chaleur sont beaucoup plus grands qu'à Madrid , quoique la latitude soit à peu près la même. Les gelées commencent à Pékin dès le mois de novembre , et continuent, presque sans interruption , jusqu'à la fin de mars. Le froid est promptement suivi d'une chaleur excessive. Il n'y a proprement à Pékin que deux saisons , l'hiver et l'été. Dans l'hiver, il ne tombe que de la neige et en petite quantité 5 l'été, aux mois de juillet et d'août, les pluies sont très-abondantes. Les trombes qui se montrent d'une manière si terrible , dans le golfe de Tunquin , sont communes aux parages de la Chine. On y éprouve des ouragans qui souvent y causent de grands ravages. Au printemps et à l'automne , les vents soufflent avec violence au lever du soleil, et cessent notablement à son coucher. Ils apportent souvent une poussière jaune et très-abondante, qui ressemble à une pluie de soufre 5 on a lieu de croire que cette pluie se compose des étamines des fleurs de pins et de sapins qui se trouvent dans le voisinage de Pékin. On aperçoit souvent des aurores boréales et des phénomènes lumineux. Pendant le jour même , ils sont quelquefois visibles ; mais ils n'en sont pas moins de la même nature que ceux qui s'aperçoivent la nuit.

Montesquieu avoit adopté le système de l'influence des climats sur les vertus et les passions des peuples , système

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imaginé par Charron dans son livre de la Sagesse, ouvrage semé tout à la fois de vérités utiles et de paradoxes qui le déparent. 11 peut être intéressant de savoir ce que pensent îes Chinois de cette doctrine. «Sans doute, dit l'empereur Kang-Hi , les causes physiques influent sur le caractère; mais il faut pour cela qu'elles soient combinées avec lescauses morales. Quand la cour étoit dans les provinces méridionales, les richesses qu'elle y attiroit y avoient porté un luxe , une mollesse et une corruption de mœurs qui avoient presque changé les hommes en femmes, tant ils étoient devenus mous, délicats et esclaves du bien-être et des commodités de la vie. Maintenant que la cour est dans les provinces du nord , ils sont devenus plus fermes , plus agissans et plus réglés. Ceux du nord, au contraire, s'amollissent et se corrompent insensiblement. Nos naturalistes et nos astrologues se trompent, lorsqu'ils veulent juger le caractère des hommes , leur génie et leurs mœurs d'après le climat et les étoiles. Je suis sur le trône depuis trente ans-, j'ai vu, j'ai employé des hommes de tous les climats de mon empire. Les gens de bien de tous les pays se ressemblent. L'histoire particulière de chaque province compte des guerriers , des savans , des littérateurs , des artistes , des grands hommes et des monstres. L'homme est homme partout , et dans la môme ville , il y a plus de différence de tel homme à tel homme , que des peuples du nord à ceux du midi. Le poète Lieou-Tchi a dit très-finement : Aucun climat n'adoucit le tigre , ni ne donne du courage au lapin. »

« Ce n'est pas, dit aussi l'empereur Chang-Tsu-Hoang- Ti , que je veuille admettre pour beaucoup l'influence des climats. J'ai visité les provinces méridionales, et j'ai trouvé que par-delà le fleuve Kiang , le climat portoit à la mollesse-, que les habilans étoient foibles, et mangeoient peu. En deçà, le climat est très-bon : les homme? y sont

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forts et robustes , parce que les alimens et les boissons y sont fort nourrissans. Tout cela est vrai } mais quand il faut rapporter ce caractère et ces mœurs à leurs véritables causes , c'est une erreur de les faire dépendre principalement du climat et de la température. Quand les tempéramens s'allèrent et se vicient par l'influence du climat, il est d'une sage politique de la part du souverain de combattre cette influence par l'éducation et les lois. »

Le système des climats souffriroit donc de grandes difficultés ta la Chine. L'activité, par exemple , et l'industrie caractérisent bien plus les Chinois des provinces du midi que ceux des provinces septentrionales. Leurs anciennes et nouvelles révoltes prouvent qu'ils sont aussi jaloux de leur liberté que les Spartiates , qui n'habitoient pas davantage le nord de la Grèce. Il seroit curieux de comparer, pour juger de la doctrine des climats, les mœurs européennes avec celles de la Chine. Au reste, c'est témérité et perte de temps que de vouloir toujours arracher à la nature son secret. Elle nous laisse observer les résultats , mais elle nous interdit la connoissance des premières causes et des principes qui dirigent sa marche. « L'homme, qui mesure le ciel et la terre, dit Lieou-Tchi, ue sait pas mesurer la capacité de son cerveau; la réflexion et la science ont beau l'étendre, l 'univers ne peut y entrer. »

Les Chinois sont de moyenne taille; ils ont le visage large , les yeux noirs et petits , le nez plus court que long. Les idées qu'ils ont sur la beauté leur sont toutes particulières; ils arrachent avec des pinces les poils de la partie inférieure du visage, et n'en laissent qu'un petit nombre épars en forme de barbettes. Leurs princes tartares les obligent , dit-on , de se couper les cheveux -, du moins esl-il certain que , semblables en cela aux mahométans , ils ne portent qu'un petit bouquet de cheveux sur le haut de la lête. L'homme qui a le plus d'embonpoint est à leurs

yeux leplusbeau. Le teint est clair dans les provinces du nord, et basané vers le midi. Les gens de qualité et les savans, moins exposés au soleil, ont le teint délicat. Les gens de lettres , par un raffinement de vanité , laissent croître leurs ongles pour montrer qu'ils ne s'occupent d'aucun travail manuel.

Les femmes ont les yeux petits, les lèvres arrondies et vermeilles, la chevelure noire, les traits réguliers, le teint délicat et fleuri. Une Chinoise n'est belle qu'autant qu'elle a les pieds d'une petitesse extrême 5 c'est la beauté par excellence. Le soin qu'on prend de leur donner cette perfection fait le tourment et le supplice de la jeunesse. Il faut emmailloter les pieds et les tenir étroitement serrés. Aussi , dans un âge plus avancé , elles semblent chanceler plutôt que marcher.

L'habillement varie suivant la distinction des rangs et la diversité des saisons. Comme il y a fort peu de laines à la Chine , on supplée aux draps par les pelleteries , et à nos autres étoffes par celles qu'on y fait , en employant le coton, le chanvre, le lin, et différentes racines 5 surtout par cette prodigieuse quantité de soieries dont les Chinois ont varié les espèces selon les saisons , et qu'ils ont eu la sagesse de mettre au niveau de tous les états. La loi, qui règle tout à la Chine, a déterminé la nature et la forme des habillemens, et jusqu'à la couleur qui distingue les rangs , les états et les professions. L'empereur et les princes du sang ont seuls le droit de porter le jaune. Les mandarins se vêtissent d'un satin fond rouge, mais seulement dans les jours de cérémonie. Les autres jours ils s'habillent en noir, bleu ou violet.

La classe ordinaire du peuple ne porte que le noir ou le bleu, et l'habit est toujours de coton uni. Les hommes ont des chapeaux en forme de cloche ; les personnes de distinction les garnissent de pierreries et de bijoux. Le resto

du vêtement est aisé , large , et consiste en une veste avec une ceinture, un habit ou robe par -dessus, des bottines de soie piquées en coton , et une paire de caleçons. Le peuple ne porte que des souliers.

La mode et le caprice n'ont aucun empire sur la forme de l'habillement. Les femmes mêmes , dont le costume diffère peu de celui des hommes , sont assujetties à cette loi d'uniformité, et elles ne peuvent se permettre de nouvelles modes, si ce n'est dans l'arrangement des fleurs et des autres ornemens qu'elles mettent sur la tète. Elles ont en général un réseau de soie qui leur tient lieu de chemise , et par-dessus elles portent une veste et de grands caleçons de soie , qui dans l'hiver sont garnis de fourrures. Elles mettent de plus, par-dessus cette veste, une longue robe de satin, rassemblée avec grâce autour du corps, et nouée avec une ceinture. Les couleurs sont différentes ; le goût consiste dans leur choix et leur contraste. Les femmes laissent croître leurs ongles, et ne conservent de leurs sourcils qu'une ligne arquée et très-mince j tandis que chez les hommes , l'embonpoint est un des caractères de la beauté 5 chez les femmes , elle consiste dans la finesse et la délicatesse de la taille. Elles ne négligent aucun moyen d'atteindre à cette perfection, et de la conserver.

Le cotonnier, arbre, et le cotonnier , herbacé, sont aujourd'hui la grande ressource du peuple pour les vêtemens.

Les Chinois aiment la modestie et la simplicité dans la manière de se vêtir : il en faut excepter les jours de cérémonies , où l'on fait paroître de la magnificence, mais sans jamais se permettre d'outre-passer la loi,' qui a tout réglé. La cour a fait imprimer un livre où tout est expliqué et gravé en planches , qui représentent chaque costume. C'est une précaution de prudence pour qu'il ne soit rien innové à cet égard, ni à la ville, ni dans les provinces. Les habits d'apparat de l'empereur varient selon les cérémonies re-

ligieuses, politiques ou domestiques pour lesquelles il les prend. Les ornemens distinctifs des habits sont tellement combinés, qu'ils vont toujours en diminuant depuis l'empereur jusqu'aux mandarins du neuvième ordre; et la gradation est si sensible, qu'on distingue au premier coup d'œil le grade et le rang de tous les hommes publics : en outre , cette gradation est si bien ménagée pour l'économie, qu'elle arrête le luxe des riches, et se proportionne aux facultés des gens peu fortunés. L'impératrice mère a dans son costume un degré de magnificence au-dessus de l'empereur : l'impératrice épouse se tient en égalité avec celui de l'empereur, ainsi que font les princes et les grands. Dans les fêtes de famille , les enfans prennent leur habit de cérémonie : par exemple , une mère a-t-elle atteint sa soixantième année, c'est un jour de fête, et le mandarin son fils vient en habit de cérémonie, avec son épouse et ses enfans, pour se prosterner devant elle.

On se doute bien que l'habit militaire aura fixé principalement les regards de la loi 5 aussi a-t-elle déterminé les uniformes et leurs ornemens particuliers pour tous les grades, depuis le simple soldat jusqu'aux omeiers supérieurs , en observant pour chaque grade des différences variées et distinctivesi

Les Chinois sont en général très-sobres. La nourriture du peuple est toujours la même : du riz bouilli , du millet, des légumes, des navets coupés par morceaux et frits dans l'huile. Les jours de régal , on assaisonne avec des épiceries. La boisson ordinaire est une infusion de feuilles de thé , que l'on boit sans sucre. Les Chinois font aussi beaucoup d'usage des fruits, tels que les pommes, les poires, les abricots, fruit fort recherché parmi eux, les concombres et les melons d'eau. H y a des préparations propres à faciliter la digestion de tous ces fruits. Ils ont aussi des moyens de faire du gland un aliment très-sain , et d'accommoder,

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pour les manger , les premiers bourgeons et les jeunes tiges du frêne odorant, les jeunes rejetons de bambou, la graine , la ileur et la racine du nénuphar , etc. , etc.

Les Chinois font quatre repas. Ils se piquent peu de grande propreté dans la cuisine , et de délicatesse dans le choix des viandes , dont ils ne mangent guère que les jours de fêtes et de réjouissances. Leur table n'est pas élevée de plus d'un pied ; on s'assied autour sur le plancher. Le vaisseau qui contient le riz étant placé sur la table , chacun en remplit son petit bassin , et le mange avec des végétaux frits, à l'aide de deux petits bâtons pointus. La préparation des viandes se fait en les coupant par petits morceaux , et en les faisant frire dans l'huile avec des racines et des herbes-, on y ajoute force vinaigre, qui tient lieu de sauce.

Il n'est aucun point de critique sur lequel les savans, tant françois qu'étrangers, soient aussi partagés qu'à l'égard de la population de la Chine. C'est assez pour l'objet qui nous occupe que de rendre compte des diverses opinions 5 il est des voyageurs qui la portent au-delà de trois cents millions. Les élémens du calcul sur lesquels ils se fondent sont suspects d'exagération. On prétend que les gazettes anglaises annoncent que , d'après les nouvelles reçues de la société savante établie à Calcutta , et très à portée, par sa proximité de cet empire et ses relations, de donner les renseignemens les plus sûrs , le dénombrement envoyé de la Chine, et fait en 1802, n'évaluoit sa population qu'à cinquante-cinq millions d'individus. On a répondu que tout portoit à croire que ce recensement ne contenoit que les mâles , et tout au plus les contribuables ; et on en appelle à l'autorité du père Alerstain , jésuite missionnaire, et président du tribunal des mathématiques de Pékin, qui avoit tiré son dénombrement du tribunal des subsides pour l'année 1761. La population y est évaluée à un nombre très-approchant de deux cents millions,

en redressant toutefois une erreur qui s'étoit glissée dans le total des additions partielles. C'est aussi l'opinion du père Amyot. M. de Guignes ayant élevé des doutes sur l'exactitude de ce calcul , ce savant missionnaire envoya de la Chine même les détails et toutes les preuves qui viennent à l'appui de son assertion. Enfin les rédacteurs des mémoires de la Chine, publiés en 1780, sous le ministère de M. Berlin, pour démontrer la nécessité de se rendre à l'autorité du père Amyot , produisent une pièce originale de son dénombrement, reçue cette même année de la Chine , et tirée du tribunal des fermes. Il faut sans doute autre chose que des raisonnemens et des conjectures, pour détruire des faits aussi précis et aussi authentiques. On les trouvera au tome VI, pages 292 et suivantes , des mémoires cités ci-dessus. Observons encore qu'il ne s'agit ici que de la Chine proprement dite -, il faudroit encore y ajouter près de soixante millions, si on y faisoit entrer la population des états voisins de cet empire, et qui sont sous sa dépendance.

Il v a dans le même volume un mémoire très-curieux sur le montant des revenus en numéraire, qui entrent chaque année dans le trésor public de l'empereur. Le revenu fixe et invariable est évalué au moins à deux cent cinquante-cinq millions et plus, qui proviennent de l'impôt sur les terres. Les autres branches de la recette publique se composent du revenu des domaines particuliers du souverain, des haras, d'où il sort chaque année une multitude de chevaux, de la pèche des perles dans le Hetong-Kian, des produits des douanes qui sont considérables et des confiscations qu'elles opèrent en fort grand nombre, des droits sur les vaisseaux de l'Europe qui abordent à Canton, des revenus en nature qui lui sont fournis en abondance , tels que le riz , la soie , et beaucoup d'autres marchandises 5 enfin de la vente exclusive du jen-cheng,

dont il se fait une consommation si forte dans tout l'empire. Le poids du jen-cheng se paie au moins cinquante fois plus cher que le poids de l'or. Un objet qui doit entrer pour beaucoup en ligne de compte dans la recette générale , consiste dans tout ce que l'empereur reçoit à titre t, de présens , et à des occasions qui se renouvellent fréquemment , tant des grands officiers des provinces et de tous les mandarins, que des douaniers et des fermiers préposés à l'administration des finances. On ne pourra, enlisant les détails et les preuves qui les confirment , s'empêcher de convenir que si , à raison de l'immensité du territoire, les impositions sont modiques , il en résulte un total qui place l'empereur de la Chine au premier rang parmi les princes les plus, riches de l'univers.

Il seroit trop long d'entrer dans rémunération des richesses territoriales et des productions de la Chine. Ce vaste empire possède à peu près , et en abondance, tout ce que l'on trouve dans les autres parties du monde , et il y a beaucoup d'objets qui lui sont particuliers. La plupart des légumes viennent spontanément , ou par une culture trèslégère, dans un grand nombre de ses provinces. Les légumes font, avec le riz et les fruits , la partie la plus ordinaire et la plus essentielle de la nourriture des Chinois. Le thé , devenu une denrée de première nécessité pour les nations européennes , procure à la Chine des profits immenses. Les vernis de Chine si estimés, et qui font une branche de commerce considérable , sont faits avec la gomme qu'on tire par incision d'un arbre appelé tchi-shu.

L'arbre d'a/oe, de la hauteur et delà figure d'un olivier, renferme sous son écorce trois sortes de bois ; le premier, appelé bois de l'aigle, est noir, compacte et pesant; le second, nommé le calambour, est léger comme le bois pourri; le troisième , qui est vers le cœur de l'arbre , s'appelle le calumba ; il se vend danslTnde au poids de l'or. Son odeur

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est exquise ; c'est un excellent cordial dans l'épuisement ou la paralysie. On se sert des feuilles de cet arbre pour couvrir les maisons : on leur donne aussi la forme de plats et d'assiettes. Les fibres des feuilles donnent une espèce de chanvre dont on fait de la filasse. Les pointes qu'on trouve sur les branches servent à faire des clous , des dards et des alênes. En arrachant les boutons de l'arbre, il en sort une liqueur vineuse et sucrée , qui se change quelquefois en excellent vinaigre. Le bois des branches est bon à mauger, et il a le goût d'un citron confit.

Il se trouve des forêts immenses dans les parties occidentales de la Chine.

Outre les animaux domestiques connus dans tous les autres états , on trouve à la Chine des chameaux , des éléphans, qui sont très-communs dans le midi ; le rhinocéros, le sanglier, le tigre, plusieurs espèces de singes, le gibbon aux longs bras, le magot à face hideuse, le pithèque, qui imite les gestes et jusqu'au rire de l'homme.

Le règne minéral n'est ni moins riche ni moins abondant en productions. Bornons-nous à nommer les produits des mines : l'argent , le cuivre jaune, le plomb et l'étain, l'arsenic sulfuré, le lazulite, le jaspe, le cristal de roche, l'aimant, le granit, le porphyre, et différentes espèces de marbres-, enfin, dans quelques provinces, le charbon de terre est abondant.

Les dépôts de sel gemme et de salpêtre sont inépuisables dans le nord et à l'ouest de la Chine.

Le bambou , le plus grand des roseaux , est , à raison de la légèreté de ses tiges , employé à une multitude d'usages. Jeunes, on les coupe et on en fait des nattes et un papier grossier ; vieilles, elles deviennent d'une dureté qui égale celle du bois de construction le plus fort.

Le commerce extérieur n'est pas très-considérable à la Chine; mais le commerce intérieur est en grande activité.

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L'immensité du territoire de cet empire lui ouvre des sources de richesses commerciales assez considérables pour que les Chinois cherchent les moyens d'établir de grandes relations de commerce avec les étrangers.

Pour peu que l'on considère, d'un côté , la vie sobre, active, laborieuse, la simplicité des mœurs etl'éloignement de tout faste et de tout luxe du peuple chinois , et que de l'autre on réfléchisse sur l'abondance du sol en tout genre, sur l'extrême facilité de la culture, le génie industrieux des Chinois , et l'art de convertir en aliment et en boisson un grand nombre de productions végétales dont on ne sait tirer aucun parti chez les autres peuples , on sera peu surpris de la population prodigieuse de ce pays, sur laquelle s'accordent la plupart des voyageurs et des écrivains. La vraisemblance est bien près de se changer en certitude, si on pense surtout à l'état florissant de l'agriculture dans toutes les provinces, et à l'esprit public qui en recommande les travaux à tous les ordres de l'état , aux militaires mêmes, comme étant la source delà richesse d'un empire, et la profession la plus digne de l'homme et la plus honorable.

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