FRAGMENTS DE DEUX AUTRES LETTRES
Progrès de la foi chez les Français Wtawak et chez les autres nations. — Industrie des Jésuites pour attirer les sauvages. — Prodige miraculeux en faveur du baptême > etc.» etc.
Mon très-cher Fils,
J'ai cru devoir vous faire un petit abrégé des nouvelles de cette Eglise en attendant que la relation vous en donne de plus amples. Vous saurez *donc que les ouvriers de TEvangile sont répandus dans toutes les nations iroquoîses , où ils ont été reçus comme des personnes très-considérables en toutes manières. Le B. P. Pierron qui seul gouverne les villages et les bourgs des Agneronnons , a tellement gagné ces peuples , qu'ils le regardent comme un des plus grands génies du monde. Il a eu de très-grandes peines à les réduire à la raison , à cause des boissons que les Anglais et les Flamands leur donnent.
Gomme le Père a divers vices à combattre y il a aussi besoin de différentes armes pour les surmonter. Il s'en trouvait plusieurs qui ne voulaient pas écouter la parole de Uieu , et qui se bouchaient les oreilles lorsqu'il les voulait instruire. Pour vaincre cet obstacle, il s'est avisé d'une invention admirable, qui est de faire des figures pour leur faire voir des yeux, ce qu'il leur prêche de pa-
rôle. Il instroit le jour, et la nuit il fait des tableaai , car il est assez bon peintre. Il en a fait on oùTenfer est représenté tout nmpUdç dénions si borribies^ tant par lears figores qae par les chfttimento qa*îis font souffrir aux saayages damnés, qu'on ne les peAt voir sans fréqnir. Il y a dépeint une vieille Iroquoise qui se bouche les oreilles pour ne point écouter un Jésuite qui la veut instruire. £l|e est environnée de diables qui lui jettent du (eu dans les oreilles , et qui la tourmentent dans les autres parties de son corps. Il représente les autres vices par d'autres figures convenables , avee les diables qui président à ces vices-là, et qui tourmentent ceux qui s'y laissent aller durant leur vie. Il a aussi fait le tableau du paradis, où les anges sont représentés qui emportent dans le ciel les âmes de ceux qui meurent après avoir reçu le saint baptême; enfin il fait ce qu'il veut par le moyeft de ses peintures. Tous les Iroquois de cette mission en sont si touchés, qu'ils ne parlent que de ces matières dans leurs conseils , et se donnent bien de garde de se boucher les oreilles quand on les instruit. Ils écoutent lePère avec une avidité admirable, et le tienident . pour un homme extraordinaire. On p^rle de ces peintures dans les autres nations vobinçs, et les autres missionnaires en vopdraient avoir .4^ ^mblables, mais tous ne sopt pas peintres comme lui.
Je ne fermerai pas cette matière des missions
^ns TOUS dire ud mot du bon Boquet, qui ne fait qu'aller et venir par toutes les missions; aussi l'appelle-t-on, par divertissement, le courrier apostolique, parce que dès son enfance) il s'el^t vouéau service des missions. Il s'acquitte de son office avec une générosité non pareille ; il fait le tour des lieux où sont les Pères, et à peine est-il de retour qu'il part pour recommencer ses courses, et faire des voyages immenses parmi des hasards continuels. Dieu lui donne des forces pour de si grandes fatigues. Il ne se soucie pas plus de sa vie que de la paille; il est sans cesse en danger de la perdre par quelque coup de haf he. Il est connu de tous les sauvages qui le craignent et Testiment, car comme il sait les langues , il leur rend sans <^sse le change quand ils font quelque insolence. Il sait parfaitement tous les chemins , c'est pourquoi il conduit nos Pères dans leurs missions^ traînant à son cou leurs hardes et leurs provisions. Etant arrivé, il ne se repose point, il pense à pourvoir les Pères de leurs nécessités; il va à la pèche du poisson qu'il fait sécher et boucaner pour assaisonner leurs sagamit^s. On le nomme le courrier apostolique ; je le nommerais volontiers le visiteur évangélique , car il va de mission en mission visiter les ouvriers de l'Evangile, et partout il fait ce que je viens de dire. Il nous apporte de leurs nouvelles et leur reporte des nôtres. Il est de retour depuis huit jours et nous a appris que tous nos Pères sont en bonne santé, qu'ils font de grands fruits chacan de leur côté , et
qu^ils ont baptisé beaucoup de sauvages. Les lettres que les Pères out écrites confirment la même chose.
Les missions des Wtawai^ sont florissantes : les missionnaires néanmoins y souffrent de grands travaux, particulièrement par le défaut de vivres; mais ils ont cette consolation que Ton ne porte point de boissons dans un pays si éloigné. Ces peuples les écoutent avec un respect incroyable. Le R. P. DalloiSy qui entend six langues sauvages , en a plus particulièrement le soin, et comme ces pauvres gens n'avaient jamais vu de Français, ils vont audevant de lui les mains jointes , s'inclinaat et l'appelant le bonManitow, quiest un nom d'honneur. Ces peuples sont les plus éloignés et les derniers découverts.
Ce Père qui les instruit, est un miracle de la grâce : à le voir , on dirait qu'il n'a ni force ni santé y et cependant il est infatigable et on ne peut rien voir de plus laborieux. On a découvert encore une autre nation qui aboutit à des peuples innom* brables. Le B. P. Marquet y a été envoyé , et parce que la moisson est grande , on a adjoint tant à lui qu'aux autres un secours considérable d'ouvriers.
Il est arrivé une chose bien remarquable, et qui a donné une grande estime du baptême en la mission du B. P. Dablon : Un enfant mourut incontinent après avoir reçu ce sacrement , et comme la terre était toute couverte de neige ^ en sorte que les pa-
rents ne le pouvaient mettre en terre , ils rélevèrent en Pdir sur un échafaud, où, pour lui faire bonheur, ils Tornèrent et Tentourèrent dé peaux et de porcelaines. Une nuit les loups afTamés sentant l'odeur d'un corps mort, sortirent du bois et montèrent sur Técharaud. Ils dévorèrent les peaux^ les porcelaines et tout ce qui ornait Penfant , mais ils ne toucbèrent pas à ce petit ange. Le matin étant venu, les sauvages vinrent voir cette merveille et tous commencèrent a louer et estimer le saint baptême. Ce miracle n'a pas seulement eu son elTet au lieu où îFest arrivé, mais s'étant répandu dans les nations voisines , il a donné partout un grand crédit à la foi. Gela est arrivé au lieu où l'on a fait une maison fixe pour assembler les missionnaires de temps en temps, et où on leur porte d'ici tout ce dontils ont besoin.
Pour ce qui est des affaires temporelles, le Roi fait ici de grandes dépenses. M. Talon fait exactement garder les ordres du roi. Il a commande qu'on fasse cultiver du chanvre, qu'on fasse des toiles et des serges ; cela a commencé et grossira peu à peu. Il fait faire une halle à Québec, une brasserie et une tannerie à cause du nombre prodigieux de bêtes qu'il y a en ce pays. Ces manufactures n'étaient point en usage par le passé au Canada , mais si elles réussissent, elles diminueront beaucoup les grandes dépenses qu'il laut faire pour
faire Umi venir de France. Oo piesae tant qu'on peut 1^ femmes et les Glies d'apprendre k 61er. On vent qae nous l'apprenions à nos sémioarisles tant françaises qoe sauvages, et on nous offre de la ma* tière pour cela.
Oo introduit encore un triple coramefee en France , aux lies de l'Amérique et à Québec* Trois vaisseaux chargés de (hanches de pins , de pw et de blé dinde, vont partir pour aller aux tlês; là ils déchargeront leurs marchandises , et se chaigeront de sucre pour la France , d'où ils apporteront m ks choses nécessaires pour fournir tout lo pays, et ce triple commerce se fera ea un an. On lait eneore la pèche des morues à cent lieues d'id , laquelle « étant bien entretenue , produira des revenus immenses. Yoiià pour (aire avec le temps un grand pays qui enrichira les marchands. Pour nous, notre fortune est faite ; nous sommes la portion d^ Jésus- Christ , et Jésus-Christ est notre portioo , et nos gains sont de tâcher de le posséder en pratiquant nos règles, et faisant ses volontés; priez la divine Majesté de nous faire cette gr&ce.
I4ETTRE L. — An même.
Guerre allumée entre les Sonontwaos et les Watwak. — Progrès mer* Teilleux de la foi dans les iiations du nord. — Météores et phénomènes.
Mon très-ghek Fils , Je vous écris avant d'avoir reçu de vos nouvelles.
pour V0U9 assurer delà protection de Dieu sur vous et sur moi en particulier , qui suis eu assea bonue sauté pour mou &ge , grâces à la divine bonté. Et pour prévenir l'embarras de la décharge des vaisseaux , je vais vous faire un petit abrégé de ce qui s'est passé en ce pays depuis notre dernier entretien.
Premièrement Y les Sonontwans ont remué pour faire la guerre aux Wtav^rak , monsieur notre gouverneur a tellement intimidé les uns et les autres, qu'il les a rendus amis. Néanmoins , comme l'on ne se peut entièrement 6er aux sauvages , afi» de leur faire voir qu'on les pourra humilier quand on voudra y il a pris sans faire de bruit une troupe de Français, et s'est embarqué avec eux dans des bateaux et dans des canots qu'il a conduits par des rapides et bouillons , où jamais les sauvages n'avaient pu passer, quoiqu'ils soient très-habiles à canoter. Il arriva heureusement à Quinte , qui est une habitation d'Iroquois; ces barbares furent tellement effrayés^ qu'après avoir tenu longtemps la main sur la bouche pour marque de leur étonnement , ils s'écrièrent que les Français étaient des diables qui venaient à bout de tout ce qu'ils voulaient, et qu'Onontio était l'incomparable. M. le gouverneur leur dit qu'il perdrait tous ceux qui feraient révolte , et qu'il prendrait et détruirait leur pays quand il voudrait. Vous remarquerez qu'avant ces troubles les Sonontwans étaient d'intelligence avec les Anglais^
pour leur mener les Wta^ak , aBo de fruslrer la traite des Français» ce qui e&t perdu toutie oommerce. Mais les Anglais ayant appris ce voyage de M. le gouverneur chez les sauvages , ne furent pas moins effrayés que les sauvages mêmes , et eurent crainte qu'on n*allât les attaquer pour les chasser de leur lieu. Tous les Iroquois sont si petits et si hu^ milles depuis que les Français les ont brûlés, que dans la crainte qu'ils ne le fassent encore » ils sont doux comme des agneaui , et se laissent instruire comme des enfants. Dieu se sert de tout pour le salut des âmes.
L'automne dernier, H. l'intendant envoya un gentilhomme aux Wtawak, pour reconnaître tous ce pays et en prendre possession pour le roi. Il doit être deux ans à toutes ces recherches , durant lequel temps il accompagnera les Pères dans les missions pour prendre toutes ces connaissances. Le R. P. Dallois^â poussé jusque dans une nation encore bien plus éloignée. Les chemins ont été fort scabreux et difficiles ; après quoi , il a trouvé un pays merveilleusement peuplé et le plus beau du monde. Les sauvages, qui l'ont reçu comme un ange. Tout écouté et beaucoup remercié de leur avoir apporté des nouvelles dont ils n'avaient jamais entendu parler; savoir qu'il y a un Dieu, un paradis, un enfer et autres choses semblables ; et après tout , de leur avoir procuré l'amitié des Français, qu'on leur avait dit être si bons à tout le monde. Sur cela, le
Père 6t paraître M. de SaÎDt-Luçon, qui était le gentilhomme député, et leur dit qu'il était envoyé vers eux de la part du grand capitaine des Français, dont ils avaient entendu dire tant de bien. Ces lions sauvages avaient envoyé dans les nations voisines, pour leur donner avis que les Français voulaient faire alliance avec eux. A ces nouvelles^ il vint des ambassadeurs de dix ou douze nations^ auxquels le Père, qui servait d'interprète au député, fit un dis(X)urs ravissant des grandeurs et de la majesté du roi de France^ qui les voulait prendre en sa protection , pourvu qu'ils voulussent être ses fidèles sujets. Tous y consentirent avec des cris de joie et d'applaudissement , et ensuite l'on planta la croix comme le trophée de notre salut, que le roi et tous ses fidèles sujets adoraient. On mit vis-à-vis un poteau, où les armes de France étaient attachées, et de la sorte , l'on prit possession de tous ces pays pour Sa Majesté. Ce R. P. fait merveille avec tous ces bons néophytes , et il aurait besoin de quatre ou cinq Pères avec lui pour la grandeur du champ que Dieu lui a donné à défricher et à cultiver.
Le B. P. André a fait un bon noviciat en sa mission , où il n'est que de l'été dernier : je ne sais comment lui et son compagnon s'égarèrent du chemin qui les conduisait au lieu où ils devaient hiverner. La famine les saisit de telle façon , qu'ils sont quasi morts de faim , n'ayant vécu dans leur égarement que de vieilles peaux et de mousse. Son homme
aïequi efi de DOf qaartieis de TooraÎAe, Bi*a asiuré qa'ils étaîeot pièU d'expirer quand îb loot ac rifés à la résideoce de leuis pères. Il but être pniwam meot animé de l'esprit de Diea, pour se résoudiBà looflrir de semblables tra? aux.
Les révérends Pères qui oMotent le long des Wtawak , où est lear maison fiie , j Ibot des biens non pareils pour la oonvenion de ces peuples. Ges bons Pères étant allés à quelques lieues de là pour une aflaire qui regarde la gloire de Dieu $ la maîsoB qui était demeurée seule, a été consumée par le foi, avec l'église , et tout ce qui était dedans. L*on croit avec raison que le diable, enragé de voir tant de progrès^ a fait ce malheureux coup. Au fort de rincendie, unlx>n frère, qui venait de la campagne, se jeta dans le feu et sauva le trèfr^nt Sacrement, laissant le reste à la merci des fiammes. Avant cet embrasement, les Pères avaient baptisé trois cents sauvages ; c'est le grief des démons. Les Pères étant de retour et se voyant dénués de tout ce qu'ils avaient (car c'était là que l'on portait en réserve tout ce qui était nécessaire pour l'entretien des mis^ siQDs) , ne perdirent pas courage. Us se mirent aussitôt avec leurs gens et quelques Français affection* nés, à charpenter une église et une maison plus belle et plus spacieuse que la première. Ces bâti* meots sont de poutres écarrées et posées les unes sur les autres : tout est de bois, excepté la cheminée , les couvertures mêmes sont de planches de pin.
L'église ne fut pas plutôt refaite, qu'on y apporta quarante enfants pour être baptisés; et il ne faut point douter que les démons n'enrageassent de voir qu'ils avaient plus perdu que gagné dans l'embrasement qu'ils avaient excité. L'on a vu dans la même mission des choses miraculeuses pour preuve de notre sainte foi, ceux qui les ont vues m'eà ont assuré. Ces missions , du côté des Wtawak, sont les plus florissantes pour le présent, et c'est un bonheur pour ces peuples et pour l'établissement de la foi , de ce qu'ils sont éloignés des Français , et par conséquent des mauvais exemples et des boissons qui peuvent enivrer. Il paraît que la bonté divine veut sauver tous ces peuples. Il y a plusieurs années qu'on cherche un passage par terre pour aller à la grande baie du Nord. L'on avait tenté diverses routes, mais en vain , parce qu'on y voyait les grandes montagnes du Nord , qui en fermaient les avenues.
Par une providence toute particulière , les sauvages dé ce pays-là sont venus au nombre de quarante canots , pour traiter avec les Français , qui les ont reçus avec accueil aussi bien que les sauvages de ces contrées. Il est sans doute que c'est Dieu qui leur a inspiré ce voyage pour leur salut.
II y a quelques années qu'un honnête homme de nos amis voulut sonder s'il pourrait trouver ce chemin, plus par désir de la conversion de ces peuples que pour des profits temporels. Quoique ce fût en été, la mer était pleine de glaces. Aussi est-elle ap-
pelé« mer Glaciale. Il avait udc bonne barque, sans quoi il aurait été perdu. Chemin faisant, il rencontra un port où il y avait un grand nombre de sauf:^es qui le flattèrent de paroles lui et les siens , poar obliger qnelqa*nn de les aller trouver. Un jeaoe homme fut assez hardi ou plutôt assez simple pour descendre. Ces barbares , le voyant à terre , grinçaient les dents comme des chiens en colère, lis le prirent, le percèrent de coups de couteau et l'eussent tué et mangé ensuite , si ceux de la barque ne M*eus5ent promptement secouru. Le chef, voyant tant d'écueils et tant de glaces, qui ne lui laissaient qu*une petite voie libre pour la navigation , reconnaissant encore la malignité de ces peuples , rebroussa chemin et se sauva par miracle. Je vous dis ceci pour vous faire voir la providence de Dieu , en ce que ces peuples, qui auparavant étaient sî téroces , sont devenus d'eux- mtmes d'une douceur et d'une bénignité inconcevable. Le B. P. Albanel est parti avec eux pour porter la foi en leur pays. II sait en perfection la langue montagnèze , qui est celle de ce peuple. M. l'intendant a envoyé des Français avec le Père pour prendre possession de ces grands pays, qui, outre la foi, qui est la Gn principale , sont très-avantageux pour le commerce. Il y a loin d'ici , et peut-être n'entendrons-nous de deux ans des nouvelles de cette mission. L'on vient de ramener de la mission d'Oiognen le R. P. de Carhait, très-digne missionnaire et très-saint homme.
L'hiver dernier, ayant été obligé, par nécessité , d'être longtemps dans l'eau , pour assister quelques sauvages , les nerfs se sont refroidis et retirés de telle sorte, que tout un côté est replié en double, et comme il a été longtemps sans être secouru , le mal est devenu incurable. C'est un jeune homme d'environ trente-cinq ans , fervent au possible , savant daûs les langues iroquoises et plein de belles qualités; le voilà néanmoins perclus sur le lit pour le reste de ses jours. 11 ne se peut exprimer combien les ouvriers de TEvangile souffrent de travaux, ni à combien de périls ils s'exposent pour gagner des âmes à Jésus-Christ.
Nous avons extrait des mémoires qu'on a apportés des Wtawak ce qu'il y a de plus rare et de plus considérable. J'en dirai ici quelque chose que vous ne serez pas marri de savoir, le tout est très-véritable.
Le 21 de janvier de cette année, on vit un parélie dans la baie des Puants , une heure ou deux avant le coucher du soleil. L'on voyait en haut un grand croissant, dont les cornes regardaient le ciel, et aux deux côtés du soleil deux autres soleils également différents du vrai soleil, qui tenait le milieu. Il est vrai qu'on ne les découvrait pas entièrement, parce qu'ils étaient couverts, partie d'un nuage de couleur d'arc-jen-ciel , partie d'une grande écharpe blanche qui empêchait l'œil de bien distinguer. Les sauvages voyant cela, disaient que c'était signe d'un grand
froid, qui, en eiïei, fat très- violent le jour suiyant.
Le 6® de mars , ou vit encore un parélie en trois endroits diiïérents, et éloignés les uns des autres de plus de trente lieues.
Il fut encore vu , en la mission de Saint-Ignace, à Missilimakinak, trois soleils , distants les uns des autres comme d*une demi-lieue en ^apparence. En voici trois circonstances considérables que Ton a remarquées. La première est qu'ils se firent voirdeax fois le même jour, savoir : le matin, une heure après le soleil levé , et le soir, une heure avant le soleil couché. La deuxième, que celui des trois, qui le ma* tin était du côté du midi, se trouva le soir du doté du septentrion , et, en outre , celui qui le matin se voyait du côté du septentrion , se voyait, plus bas que celui du milieu, et, le soir, ayant changé de situation , et pris le côté du midi , s'était placé plus haut que le vrai soleil. La troisième circonstance est touchant la figure des deux faux soleils; car celui qui était du côté du midi était si bien formé, qa^à peine le pouvait-on distinguer du vrai soleil , sinon qu'il paraissait orné d'une bande rouge en façon d'écarlate du côté qu'il regardait le vrai soleil ; mais l'autre, qui tenait la gauche, avait beaucoup plus d'apparence d'un iris en ovale que d'un soleil; on voyait bien , néanmoins , que c'en était une imagio en laquelle le peintre n'avait pas si bien réussi , quoiqu'il tiii comme couronné d'un filet d'or qui lui donnait fort bonne grâce.
Ce roèmé parélie fut vu le même jour en l*ile do KaeDtouioq » daos le lac des Hurpns , à plus de quarante lieues des Missilimakinaks.
Voici ce que Ton y a remarqué de curieux : Trois soleils parurent en même temps du côté du couchant; ils étaient parallèles à la terre et égaux en grosseur, piais non pas en beauté. Le véritable sq* leil était à l'ouest sous-ouest. On vit en même temps . deux parties du cercle parallèle a Tborizon , tenant beaucoup des couleurs de Tarc-en-ciel. Le bleu était en dedans , la couleur aurore au milieu et le gris obscur ou cendré à Textérieur. Pe plus , un l^rcle perpendiculaire à l'horizon, presque de même couleur , touchait le faux soleil , qUi était au souspuesty et coupant le demi-cercle parallèle à l'horizon, se confondait et se perdait en cette rencontre , où le - faux soleil paraissait. Le ciel n'était pas si net du pôté des soleils que partout ailleurs, où l'on ne voyait aucun nuage , mais seulement l'air médiocrement ^erein.On découvrait nettement la )une, et s'il eût été nuit, les étoiles auraient. aisément paru, L'air pouvait soutenir les {mu soleils pendant un temps assez notable , mais non pas le véritable. Ces trois soleils ensemble ne faisaient pas tant de lumière ^ue le vrai soleil en faisait quand le ciel était bien pur; Il y ayait apparence de vent en l'air, parce que les faux soleils disparaissaient de temps en temps et même le véritable, au-dessus duquel enfin parut un quatrième soleil^ posé en ligne droite et à même dis*
— 3fâ —
laDce qae paraissaieot les deux autres qui tenaient lescAtés. Ce troisième foui soleil dura peu» mais les deux premiers oe se dissipèrent pas sîtAt Lorsque les deux faux soleils cessèrent de paraître, ils laissèrent après eux deux arcs-en-ciei comme deux beaux restes de leur lumière. Les sauvages qui tiennent toutes ces choses extraordinaires pour des génies, et qui estiment que ces génies sont mariés, demandaient au Père qui les instruisait si ce n'étaient pas les femmes du soleil qu'il contemplait si curieusement. Il leur dit que Celui qui a tout fait les voulait instruire du mystère de la Sainte-Trinité et les désabuser par le soleil même qu'ils adoraient. Cette réflexion eut son effet, parce que dès le lendemain les femmes qui ne voulaient pas auparavant entendre parler de la prière présentèrent leurs enfants pour être baptisés.
Enfin, le même phénomène s'est fait voir le même jour au Saut , mais d'une façon bien différente et plus admirable , parce qu'outre les trois soleils qui parurent le matin , on en vit huit ensemble un peu après midi. Voici comment ils étaient arrangés : Le véritable soleil était couronné d'un cercle formé des couleurs de l'arc-en-ciel,dont il était le centre ; il avait à ses côtés deux soleils contrefaits et deux autres étaient , l'un sur sa tète , l'autre comme à ses pieds. Ces quatre soleils derniers étaient placés sur la circonférence de ce cercle, en égale distance, et directement opposés les uns aux
autres. De plus , on voyait un autre cercle de môme couleur que le premier , mais iieaucoup plus grand, qui passait par en haut , par le centre du vrai soleil, et avait le bas et les deux côtés chargés de trois soleils apparents, et ces huit luminaires faisaient ensemble un spectacle très-agréable à la >ue.
Voilà un petit récit de ce qui s'est passé de plus curieux dans les nations : j'ai parlé plus haut de ce qui s'y est passé de plus saint, savoir de la convecr sion des âmes et de l'établissement de notre sainte foi. J'ai tiré l'un et l'autre des mémoires de nos révérends Pères, dont la sincérité m'est si connue, que j'ose bien vous réitérer qu'il n'y a rien qui ne soit assuré.
L'on vient d'apprendre que quelques-uns de ceux qui sont en route pour la grande baie du nord, ont rebroussé chemin pour porter la nouvelle que des sauvages , dont ils ont fait rencontre , les ont assuré qi^'il y était arrivé deux grands vaisseaux et trois pinasses d'Angleterre , à dessein de s'emparer du port et du pays; que les deux vaisseaux s'en sont retournés chargés de pelleterie, et que les deux pinasses j vont hiverner. Voilà une mauvaise affaire pour le temporel , peut-être aussi pour le spirituel, puisque le pays tombe sous la domination des infidèles. Si l'on y eût envoyé de France , comme l'on en était averti, cette perte ne serait pas arrivée. Ceux qui sont partis d'ici pour cette découverte ne
pour leur mener les Wta^ak , afin de frustrer la traite des Français, ce qui eilt perdu tout le oommerce. Mais les Anglais ayant appris ce voyage de M. le gouverneur chez les sauvages , ne furent pas moins efTrayés que les sauvages mêmes , et eurent crainte qu'on n'allftt les attaquer pour les chasser de leur lieu. Tous les Iroquois sont si petits et si humiliés depuis que les Français les ont brûlés, que dans la crainte qu'ils ne le fassent encore , ils sont doux comme des agneaux y et se laissent instruire comme des enfants. Dieu se sert de tout pour le saint des âmes.
L'automne dernier , M. l'intendant envoya un gentilhomme aux Wtawak, pour reconnaître tous ce pays et en prendre possession pour le roi. Il doit être deux ans à toutes ces recherches y durant lequel temps il accompagnera les Pères dans les missions pour prendre toutes ces connabsances. Le R. P. Dallois^a poussé jusque dans une nation encore bien plus éloignée. Les chemins ont été fort scabreux et difficiles ; après quoi , il a trouvé un pays merveilleusement peuplé et le plus beau du monde. Les sauvages , qui l'ont reçu comme un ange , Tont écouté et beaucoup remercié de leur avoir apporté des nouvelles dont ils n'avaient jamais entendu parler; savoir qu'il y a un Dieu, un paradis, an enfer et autres choses semblables ; et après tout , de leur avoir procuré l'amitié des Français, qu'on leur avait dit être si bons à tout le monde. Sur cela, le
Père fit paraître M. de Saiot-Luçon, qui était le gentilhomme député, et leur dit qu'il était envoyé vers eux de la part du grand capitaine des Français, 4]ont ils avaient entendu dire tant de bien. Ces îjons sauvages avaient envoyé dans les nations voisines , pour leur donner avis que les Français voulaient faire alliance avec eux. A ces nouvelles, il vint des ambassadeurs de dix ou douze nations, auxquels le Père , qui servait d'interprète au député , fit un disœurs ravissant des grandeurs et de la majesté du roi de France, qui les voulait prendre en sa protection , pourvu qu'ils voulussent être ses fidèles sujets. Tous y consentirent avec des cris de joie et d'applaudissement , et ensuite l'on planta la croix comme le trophée de notre salut, que le roi et tous ses fidèles sujets adoraient. On mit vis-à-vis un poteau, où les armes de France étaient attachées , et de la sorte , l'on prit possession de tous ces pays pour Sa Majesté. Ce R. P. fait merveille avec tous tes bons néophytes , et il aurait besoin de quatre ou cinq Pères avec lui pour la grandeur du champ que Dieu lui a donné à défricher et h cultiver.
Le R. P. André a fait un bon noviciat en sa mission , oiù il n'est que de l'été dernier : je ne sais comment lui et son compagnon s'égarèrent du chemin qui les conduisait au lieu où ils devaient hiverner. La famine les saisit de telle façon , qu'ils sont quasi morts de faim , n'ayant vécu dans leur égarement que de vieilles peaux et de mousse. Son homme
Lettre xiv .— A une supérieure de la Visitation . 38
Ferveur des femmes sauvages. — Désir du martyre.
Lettre xv. — A une religieuse de la Visitation, 43 Salut en langue sauvage. — Foi héroïque d'un nouveau converti.
Lettre xvi (précis). — A la supérieure desUr-
sulines de Tours 48
Persécution chez les Hnrons. —.Zèle des Pères Jésuites.
Lettre xvii. — A une supérieure 53
Elle témoigne sa joie d'être dans un pays où elle peut devenir sainte. Lettre xviii. — A la supérieure de Tours. . . 57 Attaque des Iroqnois. — Ils sont chassés par les Français.
Lettre xix. — A une religieuse 60
Progrès de la foi. — Remercîments, etc.
Lettre xx. — A la supérieure des Ursulines^ 62
zèle des sauvages à prêcher la foi. — Anecdotes intéressantes.
Lettre. XXI. -=-'A une religieuse iirsuline 86
Récit du zèle héroïque d'un homme et d'une femme sauvages.
Lettre xxii, — A son fils 88
Progrès de la foi. — Persécution des Iroqoojs.
Lettre xxiii. — A la sœur Marie Roland,'. . . 96
Zèle des sauvages convertis à punir les coupables.
Lettre xxiv, — A son fils ... 97
Délivrance du révérend père Jogues. — Forme des habits et des maisons. — Foi des nouveaux convertis.
Lettre xxv. — Au même 111
La paix entre les Français, les Iroquois et les antres nations du Canada. — Vision remarquable d'un sauvage.
Lettre xxvi. — Au même 137
Progrès de la foi dans le Canada. — Confirmation du traité de paix. — La précieuse mort des pères Dénoue et Masse, jésuites, etc.
Lettre xxyii. — Au même , . 162
Rupture de la paix. — Précieuse mort du père Isaac Jogues — Progrès de l'Evangile.
Lettre xxviii. — A la communauté des Ursu-
Unes de Tours 192
Relation du martyre des révérends pèros Anto'ne Daniel, Jean de Brebonf et Gabriel Lallcmant.
Lettre xxix. — A son fils. 197
Martyre des Révérends Pères de la Compagnie de Jésas.
Lettre xxx. — Au même 201
Récit de l'embrasement et do la reconstruction de son monastère, tiré de deux lettres.
Lettre xxxi. — : Au même 213
Fragment de deux lettres sur le même sujet. — Dispositions intérieures de la Mère de rinrarnation au moment de l'embrasement.
Lettre xxxii. — A la supérieure des Ursulines
de Dijon 218
Les Iroquois feignent de chercher la paix.
Lettre xxxiii. — A son fils. 224
Toutes les nations îroquoises concourent à demander la paix.
Lettre xxxiv. — Au même 233
La paix devient universelle.
Lettre xxxv. — Au même 244
Conjuration des Iroquois contre les révérends pères Jésuites elles Français , qui , en étant avertis , se retirent secrètement à Mont- Real.* — Projet des mêmes Pères de retourner vers les Iroquois.
Lettre xxxvi. — Au même 254
Dessein des Iroquois sur Québec. — Défaite des Français y des Algonquins et des Hurons par ces barbares.
-Lettre xxxvii. — Au même 275
Désordre cause par la boisson du vin et de l'eau-de-vie. — Monsieur l'évéque de Pétrée va en France pour y apporter le remède.
-Lettre xxxviii . — Au même 278
Relation du tremblement de terre arrivé cette année au Canada , et de ses effets merveilleux.
■Lettre xxxix. — A la mère de la Troche , religieuse du Calvaire 299
Elle lui fait le récit de la translation du corps de la mère Maric- ^ Joseph, sa sœur , de ses anciens cercueils en d'autrcsnonveaux. .
Lettre xl. — A son fils 303
Bestes des tremblements de terre. — Nouvelles hostilités des Iroquois. — Entrée 4e la foi chez les Papinachois. — Foi d'un*», femme sauvage.
Lettre xli. — Au même 314
Arrivée de M. de Tracy à Québec. — Il se dispose à combattre les
Iroqiiois. — Divers niétôores et phénomènes qui ont paru celte année.
Lkttbb xlii. — Au même 319
Embrasement de réalise et du fort de Tadoussac. — Accident funeste surrenu aux Ursulines. — Arrivée de l'armée franj»ise à Québec.— Quelques effets miraculeux par la déYotionèi la Sainte- Famille.
Lettre \liu. — Au même ^
Cérémonie remarquable faite à Québec, en la translation de saint Flavien et de sainte Félicité. — Arrivée de rarmée fraiifaise ao pays des Iroquois.
Lettre xliv. — Au même 327
Les Français s^emparent des villages des Iroquois » les piWent et r mettent le feu.
Lettre xlv. — Au même 339
Les Iroquois demandent la paix aux Français. — Mission anx Wtawak et autres nations plus éloignées. — Retour de M. de Tracy en France.
Lettre xlvi. — Au même* 345
Alliance des Français avec les Anglais établis dans la Nouvelle-Hollande. — Progrés des missions dans les nationâ iroquoises , montagnèses et autres nlus éloignées. — Nouvelle comète. — /Nouveau tremblement ae terre.
Lettre xlvii. — Au même • 354
Description touchante de sa vocation à Tétat religieux et de la conduite de Dieu sur elle et sur son fils.
Lettre xlviii. — Au même 358
Elle répond à auelques demandes qui lui avaient été faites toocliant la religion , les mœurs et la police des sauvages.
Lettre xlix. — Au même 367
Fragment de deux autres lettres. — Progrès de la foi chez les Wtawak et chez les autres nations. — Industrie des Jésuites pour attirer les sauvages. — Prodiges miraculeux en faveur du bap' téme^ete.
Lettre l. — Au même 372
Guerre allumée entre les Sonontwans et les Wtawak. — Progrès merveilleux de la foi dans les nations du Nord. — Météores et phénomènes.
CLERMO^Ty IMPRIMERIE DE rERDINAND TRIBAUDy LIBRAiaE.