‹ Choix des lettres historiques de la vénérable mère Marie de l'IncarnationChapitre 7 sur 8 · II. — S* ils adoraient quelque divinité^ et quel · texte numérisé non relu

II. — S* ils adoraient quelque divinité^ et quel

culte iU lui rendaient?

Quelques-uns adoraient le soleil et lui effraient des sacrifices, jetant dans le feu de la graisse d'ours, d'orignac et d'autres bêtes, et faisant brûler du petun et de la farine de blé d'Inde. Il y en avait qui reconnaissaient un certain Messou qui a réparé le monde. Cette connaissance est belle , et a bien rapport à la venue du Messie , qui a été le réparateur du monde. Mais l'aveuglement de Tinfidélité a obscurci cette belle lumière par une fable des plus ridicules , parce que les Hurons , qui sont ceux qui avaient cette connaissance , disaient que ce Messou avait réparé le monde par le moyen d'un rat et d'une ratfi^usqaés. Quelques autres avaient re^ cours a certains génies qu'ils disaient présider sur les eaux , dans les bois , sur les montagnes , dans les vallées et en d'autres lieux. Mais tous obéissaient

aux songes comme à une divitiH^^» observant exactement ce qui leur avait été représenté dans le sommeil. Si u6 homme avait songé qu'il tuait lio autre homme, dès qu'il étdit levé, il Tallait trouver^ et, le surprenant, il le tuait. Ceux qiii n^ont pas la Toi le font encore , parce qu'ils ^ croient obligés d'obéir à leurs songes, et ce mal est un des plus grande obs-^ tacles a la foi. Je Tiens d'apprehdre deux nouyelleft qui confirment ce que je viens de dire , et qui sont capables d'émouvoii' les cœurs de ceux qui sont nés dans le christianisme , à rendre grâces à la divine bonté d'une vocation tà prêteuse , si pure , si éloi^ gnée de l'ei'reur«

Un sauvage, qui était bien avant dans le pajr^deâ Iroqùois , ayant songé qu'il fallait qu'il tu&t sa fënn me, qui était pour lors à Mont-Réardans tide hùùt* gade dé sauviiges où il y a un grand nombre d'Ifo-^. quois, Ée leva promptement et vint en ee village « qui est à plus de cent lieues de son pays^ pour tuer cette femme qui est chrétienne. Les Pères ayant ap^ pris la furie de cet homme > la font cacher dans une cabane fermée. Ce furieux néanmoins y entra tout effrayé avec des chiens qui suivaient la femme à la piste , car ces animaux sont dressés à cela. On la fait monter au grenier, les chiens la suivent; enGn elle se jette k terre , elle fuit , et on la met en la garde des sauvages. Vôye2 l'aveuglement de ces peuples infidèles , de faire plus de cent lieues de chemin pour obéir à un songe. Un autre songea qu'il fallait

qu^l enlevât une fille , et Ri autant de chennio qae l'autre pour obéir à son songe. Elle s'enfuît chez les Pères qui la cachèrent; l'autre jetait feu et ftammes, menaçant de tout tuer si on ne lui donnait cette fille. Pendant qu'un Père l'entretenait pour l'aniaser , on la met dans un canot pour ia faire évader; l'autre court après; on la mène à Chambiy qui est un des forts du passage des Iroquois; il la suit toujours ; on ia conduit en divers lieux ; il D'abanâcooe point ses poursuites; enfin il l'attrape et l'ealève. N'est-ce pas là une étrange barbarie? Ge qui la rend plus effroyable , ce sont les boissons que les Français donnent aux sauvages : car qi^and ceux-ci ont bu une fois de l'eau-de-vie , outre le songe» ils idolâtrent encore l'ivresse, et ces deux choses étant jointes ensemble , on ne peut rien voir de plus fé-r roce , car ils se tuent les uns les autres; ils se coupent le nez et les oreilles , et l'on en voit un grand •nombre de mutilés; mais revenons à nos questions.

III. — Croyaient-ils à fimmnrtalilé de râme^ et , supposé qu'ib la crttsseni , que devenait Vàme

après la mort ?

Ils croyaient a l'immortalité de l'âme, et l'honneur qu'ils rendaient aux corps en est une preuve. Ils estimaient que les âmes étant séparées des corps, sVn allaient au delà de la mer, ou elles demeu-

raient en repos. Pour faire ce voyage , ils leur donnaient un viatique, faisant brûler quelques graisses près du tombeau du défunt. Ils leur fournissaient inème quelques armes et autres choses nécessaires pour ce voyage. Généralement parlant, tous les peuples de rÂmérique croient que Tàme est immortelle, et qu'elle s'en va après la mort au lieu où le soleil se couche , et d'où il ne se lève jamais. Ils étaient si fort en cette pensée , avant qu'ils eussent vu des Européens, que , quand on les catéchisait et qu'on leur parlait du paradis^ ils disaient qu'ils n'y voulaient pas aller, mais au pays des âmes où allaient leurs parents. Ils croyaient que là elles vivaient des âmes des castors , des originaux et des autres animaux dont ils avaient mangé les corps durant leur vie. Cette croyance de l'immortalité des âmes leuf sert beaucoup pour leur conversion.

IV. — S'ils avaient quelque police pour la paix ^ pour la guerre , pour le gouvernement ?

Oui , ils en avaient : ils envoient des ambassadeurs les uns chez les autres pour traiter de paix, mais ils tuent souvent les ambassadeurs contre le droit des gens. Ils font la guerre en se surprenant les uns les autres. Ils assiègent quelquefois les bourgs et les prennent ; quelquefois aussi ils lèvent le siège. Ils se battent peu en bataille rangée. Leur gouvernement n'est pas absolu ; les chefs disposent de la

jeunesse par humbles remontrances ; mais ils sont éloqiKots et persnasirs pour les gagner.

V. — 'Avaient-Us quelques connaissances de la création du monde et du déluge^ et quelque Ecriture qui approchât de l'Evangile ?

Non pas du premier^ sinon que, par le raisonner ment, ils inféraient de l'harmonie du monde, qu'il y aYait quelque grand génie qui l'avait fait , et qui le conservait dans un ordre si constant et si réglé> ainsi que j*ai déjà remarqué. Pour le seeoud , ils ont leurs fables qui ont quelque rapport avec.ce que l'Ecriture dit du déluge. Les Abnakiwois, qui sont des peuples du côté du Sud , parlent d'une fille vierge qui enfanta un grand homme. Ces peuples n'ont pas plutôt connu les Européens que les au-f très nations de l'Amérique , et , par conséquent , la connaissance de cette vierge-mère est extraordi* naire et surprenante. Il en est de même de ce grand homme, dont elle est mère, parce que c'est ce Messon, dont j'ai déjà parlé, que les Hurons disent avoir réparé le monde par un rat et une rate musqués.

VI. — De quelles manières conservaient-ils la tra^ dition de leurs histoires , et s'ils n^ avaient point de lettres pour le faire ?

Ils conservaient la tradition de leurs histoires p^A*

ie récit que les Pères en faisaient à leurs enfants , et les anciens aux jeunes gens , car ils n'ont point l'usage de récriture ni d'aucun caractère. Ce défaut d'écriture est cause que leurs traditions sont mêlées de beaucoup de fibles et d'impertinences , qui grossissent toujours avec le temps. Ils ne peuvent comprendre comment par les lettres nous pouvons savoir ce qui se passe en France et ailleurs. Ils s'affermissent dans la foi quand on leur dit que l'Ecriture nous enseigne nos mystères. S'ils sont à trois ou quatre cents lieues, et que leurs gens qui sont venus ici en traite , s'en retournant , portent des lettres aux Pères qui les gouvernent , ils sont tout extasiés quand ces Pères leur disent tout ce qu'ils ont fait et dit à Québec. Ils ne peuvent concevoir commentja lettre qu'ils ont portée peut difo de si grandes vérités sans jamais se tromper. Ce qui fait qu'ils tiennent les Pères pour des Manitoux, à qui rien n'est caché ou impossible , et cela sert beaucoup à la foi.

VU. — De quelles armes ils se servaient en guerre p et avec quels instruments ils les faisaient ?

Ils se servaient de massues de bois , xl'arcs et de flèches, dont la pointe était d'os d'orignal et de caribou , ou de pierres qu'ils affilaient. Us en portaient un Gaisceau derrière le dos quand ils aIJaient en guerre.

VllL — De quelle manière ils vivaient ^ n^ ayant point d'ustensiles de cuisine ni Vusage du feu ; ou s'ils avaient du feu , comment ils le conservai^t ?

Ils se servaient de plats d'écorce très-bien faits. Avant qu'ils eussent commerce avec les Européens, ils avaient l'usage du feu par le moyen des pierres, dont ils ne manquaient pas. Et pour faire cuire leur viande , ou ils la rôtissaient au feu , ou ils la faisaient bouillir dans de grands plats d'écorce qu'ils remplissaient d'eau , puis faisant chauffer jusqu'à rougir un grand nombre de pierres, ils les mettaient dedans pour échauffer Teau et la faire bouillir, jusqu'à ce que la viande fût cuite. Pour faire rôtir les chairs , ils font des cordes d*écorces de bois tendre, ils y attachent la viande et la suspendent» puis ils la tournent et retournent devant le feu jusqu'à ce qu'elle soit rôtie. Ils font aussi du fil d*ortie, qu'ils filent sans fuseau , le tordant sur le genou avec la paume de la main. Ils en font leurs petits ouvrages, qu'ils ornent avec du poil de porc-épic blanc et noir, le mêlant avec d'autre bouilli en des racines, qui le font aussi beau que la cochenille fait en France l'écarlate. J'ai fait voir ce que je viens d'écrire à un de nos révérends Pères , fort savant en ces matières , afin de ne vous rien ikiander qui ne soit bien assuré : je vous renvoie avec son approbation.

Québec, 1670.

IJËTTRE XMSJL. — Au même.

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