‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 11 sur 252 · ACTE I. SCENE VI. , Il · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE VI. , Il

LE COMTE

A de plus hauts parti» Rodrigue dort prétendre ; Et le nouvel éclat d« votre dignité Lui doit enfler le cœur d'une autre vanité.

Exercez-la, monsieur, et gouvernez le prince j Montrez-lui comme il faut régir une province, Faire trembler par-tout les peuples sous sa loi, Remplir les bons d'amour, et les méchants d'èffix>i. Joignez à ces vertus celles d'un capitaine ; Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine, . Dans le métier de Mars se rendre sans égal, Passer les jours entiers et les nuits à cheval, Reposer tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu'à soi lé gain d'une bataille. Instruisez-le d'exemple, et vous ressouvenez du'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez.

D. DIEGUE

Pour s'instruire d'exemple, en dépit de l'envie. Il lira seulement l'histoire de ma vie.

Là, dans un long tissu de belles actions, ' Il verra conmie il faut domter des nations.

Attaquer une place, ordonner une armée.

Et sur de grands exploits bâtir sa renommée.

LE COMTE

Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir; Un prince dans un livre apprend mal son devoir Et qu'a fait, après tout, ce grand nombre d'années, Que ne puisse égaler une de mes journées ?

Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd'hui. Et ce bras du royaume est le plus ferme appui.

Grenade et PAragon tremblent quand ce fer brille ; Mon nom 'sert de rempart à toute la Castille ; ' * Sans moi vous passeriez bientôt sous d'autres lois, Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois. Chaque jour^ chaque instant^ pour rehausser ma gloire, Met lauriers sur lauriers, victoire sur victoire. Le prince> à mes côtés, fèroit dans les combats L'essai de son courage à Pombre de mon bras ; Il apprendroit à vaincre en me regardant fidre ; Et, pour répondre en hâte à son grand caractère, Il verroit ....

D. DIEGUE

Je le sais, vous servez bien le roi ; Je vous ai vu combattre et commander sous moi : Quand Page dans mes nerfs a fait couler sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place ; Enfin, pour épargner des discours superflus. Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence.

LE COMTE

Ce que je méritois vous Pavez emporté.

D. DIEGUE

Qui l'a gagné sur vous l'avoit mieux mérité.

Lti COMTE.

Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne.

D. DIEGUË.

En être refusé n'en est pas un bon signe.

LE COMTE.-

Vous Pavez eu par brigue, étant vieux courtisan.

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