SCENE I
LE VIEIL HORACE, HORACE
LE VIEIL HORACE
Retirons nos regards de cet objet funeste,
Pour admirer ici le jugement céleste ,
Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut
Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut ;
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ;
Il mêle à nos vertus des marques de foiblesse,
Et rarement accorde à notre ambition
L'entier et pur honneur d'une bonne action.
Je ne plains point Camille, elle étoit criminelle;
Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu'elle;
Moi, d'avoir mis au jour un cœur si peu romain ;
Toi, d'avoir par sa mort déshonoré ta main.
Je ne la trouve point injuste ni trop prompte ;
Mais tu pouvois, mon fils, t'en épargner la honte ;
Son crime, quoiqu'énorme et digne du trépas,
Etoit mieux impuni, que puni par ton bras.
Disposez de mon sang, les lois vous en font maître : J'ai cru devoir le sien aux lieux qui m'ont vu maître : Si dans vos sentiments mon zèle est criminel, S'il m'en faut recevoir un reproche éternel.
Si ma maiu en devient honteuse et profanée, Vous pouvez d'un seul mot trancher ma destinée, Reprenez tout ce sang de qui ma lâcheté A si brutalement souillé la pureté.
Ma main n'a pu souffiir de crime en votre race ; Ne souffrez point de tâche en la maison d*Horace. C*est en ces actions dont Thonneur est blessé Qu'un père tel que vous se montre intéressé : Son amour doit se taire où toute excuse est nulle, Lui-même il y prend part lorsqu'il les dissimule; £t de sa propre gloire il fiût trop peu de cas Quand il ne punit point ce qu'il n'approuve pas.
Il n'use pas toujours d'une rigueur extrême ;
Il épargne ses fils bien souvent pour soi-même ;
Sa vicillese sur eux aime à se soutenir.
Et ne les punit point, de peur de se punir.
Je te vois d'un autre œil que tu ne te regardes ;
Je sais...Mais le roi vient ; je vois entrer ses gardes.