ACTE V, SCENE II
Et qu'à ce même but nous voulons arriver, Lui pour flétrir ma gloire, et moi pour la sauver. Sire, c'est nunement qu'il souffre une matière A montrer d'un grand cœur la vertu tout entière ; Suivant l'occasion elle agit plus ou moins, Et paroît forte ou foible aux yeux de ses témoins. Le peuple, qui voit tout seulement par Técorcc, S'attache à son efièt pour juger de sa force ; n veut que ses dehors gardent un même cours, Qu'ayant fiût un miracle elle en fasse toujours : Après une action pleine, haute, éclatante Tout ce qui brille moins remplit mal son attente : n veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux ; n n'eicamine point si lors on pouvoit mieux.
Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille, L'occdaon est moindre, et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds; Et quand la renommée a passé l'ordinaire, Si Ton n'en veut déchoir il £Eiut ne plus rien faire. Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre nujesté, sire, a vu mes trois combats : n est bien mal-aisé qu'un pareil les seconde, Qu'une autre occasion à celle-ci réponde, Et que tout mon courage, l^)rès de si grands coups, Parvienne à des succès qui n'aillent au-dessous ; Si bien que, pour laisser une illustre mémoire, La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire : Encor la fiUloit-il sitôt que j'eus vaincu.
Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu.
Un homme tel que moi voit §a gloire temie.
Quand il tombe en péril de quelque igaamiaie ; Et ma main auroit su déjà m'co garantir; Mais sans votre congé mon sang n'ose sortir j; CoDune il vous appartient» votre aveu doit se preAAw^ C'est vous le dérober qu'autrem^t le répaadre. Rome ne manque point de généreux guerrière; Assez d'autres sans moi soutiendront vos laniierit Que votre majesté désormais m'en dispense; Et si ce que j'ai £ût vaut quelque récompense^ Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqaenr Je m'immole à ma gloire, et non pas à ma sœuiv