‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 128 sur 252 · CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE

Vous qui livrez la terre aux discordes civiles. Si vous vengez sa mort, dieux, épargnez nos villes ! N'importez rien aux lieux, reconnoissez les mains ; Le crime de l'Egypte est fait par des Romains. Mais que fait et que dit ce généreux courage ?

ACHOREE.

D'un des pans de sa robe il couvre son visage, A son mauvais destin en aveugle obéit,

Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit,

De peur que d'un coup-d'œil conti^ une telle offisnse

Il ne semble implorer son aide ou sa vengeance.

Aucun gémissement, à son cœur échappé,

Ne le montre, en mourant, digne d^être frappé :

Immobile à leui*s coups, en lui-même il rappelle

Ce qu^eut de beau sa vie, et ce qu*on dira d*eUe ;

Et tient la tiuhison que le roi leur prescrit

Trop au-dessous de lui pour y prêter Tesprit

Sa vertu dans leur crime augmente ainsi son lustre ;

Et son dernier soupir est un soupir illustre,

Qui, de cette grande âme achevant les destins,

Etale tout Pompée aux yeux des assassins.

Sur les bords de l'esquif sa tête enfin penchée,

Par le traître Septime indignement tranchée,

Passe au bout d'une lance en la main d*Achillas,

Ainsi qu'un grand trophée après de grands combats ;

On descend ; et, pour comble à sa noire aventure.

On donne à ce héros la mer pour sépulture.

Et le tronc sous les flots roule dorénavant

Au gré de la fortune, et de Ponde, et du vent

La triste Comélie, à cet affi^eux spectacle.

Par de longs cris aigus tâche d*y mettre obstacle.

Défend ce cher époux de la voix et des yeux.

Puis, n'espérant plus rien, lève les mains aux cieuxj

Et, cédant tout-à-coup à la douleur plus forte.

Tombe, dans sa galère, évanouie ou morte.

Les siens en ce désastre, à force de ramer,

L'éloignent de la rive et regagnent la mer.

Mais sa fuite est mal sûre ; et l'infâme Septime, •

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