‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 142 sur 252 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Sous les lois d'un monarque ou d'une république ; Votre avis est ma règle ; et, par ce seul moyen. Je veux être empereur, ou simple citoyen.

CINNA

Malgré notre surprise et mon insuffisance, Je vous ol>éirai, seigneur, sans complaisance. Et mets bas le respect qui pourroit m'empêcher De combattre un avis où vous semblez penicher. Souffirez-le d'un esprit jaloux de votre gloire Que vous allez sotiiller d'une tache trop noire. Si vous ouvm'votre âme à ces impressions, Jusques à condamner toutes vos actions.

On ne renonce point aux grandeurs légitimes ; On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes ; Et plus le bien qu'on quitte est noble, grand, exquis, Plus qui l'ose quitter le juge mal acquis.

N'imprimez pas, seigneur, cette honteuse'marque A ces rares vertus qui vous ont fait monarque : Vous l'êtes justement, et c'est sans attentat Que vous avez changé la forme de l'état Rome est dessous vos lois par le droit de la guerre Qui sous les lois de Rome a mis toute la terre : Vos armes l'ont ccmquise ; et tous les conquérants. Pour être usurpateurs, ne sont pas des tyrans. Quand ils ont sous leurs lois asservi des provinces, Gouvernant justement ils s'en font justes princes. C'est ce que fit César: il w>us fout aujourd'hui Condamner sa mémoire, ou faire comme lui.

Si le pouvoir suprême est blâmé par Auguste, César fut un. tyran, et son trépas fut juste ;

22 CINNA

Et vous devez aux dieux compte de tout le saog Dont vous l'avez vengé pour monter à son rang. N'en craignez point, seigneur, les tristes destinées ; Un plus puissant démon veille sur vos années : On a dix fois sur vous attenté sans eflfet:

Et qui Ta voulu perdre, au même instant Pa fiât Ob entreprend assez, mais aucun n'exécute ; Il est des assassins, mais il n'est plus de Brute : Enfin, s'il fiiut attendre un semblable revers, Il est beau de mourir maître de Punivers.

C'est ce qu'en peu de mots j'ose dire ; «kJtaBtime Que ce peu que j'ai dit est l'avis de Maxime.

MAXIME

Oui ; j'accorde qu'Auguste a droit de conserver^ L'empire où sa vertu Ta fiût seule arriver, Et qu'au prix de son sang, au péril de sa tête. Il a fait de l'état une juste conquête :

Mais que, sans se noircir, il ne puisse quitter Le fardeau que sa main est lassé de porter ;

Qu'il accuse par là César de tyrannie.

Qu'il approuve sa mort; c'est ce que je dénie.

Rome est à vous, seigneur ; l'empire est votre bien ; Chacun en liberté peut disposer du sien ; Il le peut, à son choix, garder ou s'en défaire : Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire ! Et seriez devenu, pour avoir tout domté.

Esclave ^es grandeurs où vous êtes monté ! Possédez-les, seigneur, sans qu'elles vous possèdent ; Loin de vous captiver, soufirez qu'elles vous cèdent ; Et faites hautement connoitre enfin à tous

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