‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 143 sur 252 · ACTE II, SCENE I. 2S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 2S

Que tout ce qu'elles ont est au-dessous de vous.

Votre Rome autrefois tous donna la naissance ;

Vous lui voulez donner votre toute-puissance ;

Et Cinna vous impute à crime capital

La libéralité vers le pays natal !

11 appelle remords Pamour de la patrie !

Par la haute vertu la gloire est donc flétrie,

Et ce n'est qu'un objet digne de nos mépris,

Si de ses pleins e£fets TinÊunie est le prix.

Je veux bien avouer qu'une action si belle

Donne à RooÉtlâen {dus que vous ne tenez d'elle :

Mais conmiet-im un crime indigne de pardon.

Quand la reconnoissance est au-dessus du don ?

Suivez, suivez, seigneur, le ciel qui vous inspire ;

Votre gloire redouble à mépriser Tempire ;

Et vous serez fiuneux chez la postérité,

Moins pour l'avoir conquis, que pour Pavoir quitté.

Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême ;

Mais pour j renoncer, il &ut la vertu même;

Et peu de généreux vont jusqu'à dédaigner, .

Après un sc^tre acquis, la douceur de régner.

Considérez d'ailleurs que vous régnez dans Rome,

Où, de quelque &çon que votre cour vous nomme,

On hait la monarchie ; et le nom d'empereur,

Cachant celui de roi, ne fait pas moins d'horreur:

Il passe pour tyran quiconque s'y fait maître.

Qui le sert, pour esclave, et qui Paime, pour traître ; .

Qui le souffire a le cœur lâche, mol, abattu.

Et pour s'en affiunchir tout s'appelle vertu.

Vous en avez, seigneur, des preuves trop certaines :

24 CINNA

On a fait contre voas dix enterprises vaines, Peut-être que Ponzième est prête d'édater.

Et que ce mouvement qui tous Tient d'agiter N'est qu'un avis secret que le ciel vous envoie, Qui, pour vous conserver, n'a plus que cette voie^ Ne vous exposez plus à ces &meux reven :

Il est beau de mourir maître de l'univers ; Mais la plus belle mort souille notre mémoire Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.

CIMNA.

Si l'amour du pays doit ici prévaloir, fê^ C'est son bien seulement que vous deves vouloir; £t cette liberté, qui lui semble si chère.

N'est pour Rome, seigneur, qu'un bien imaginaire, Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas De celui qu'un bon prince apporte à ses états. Avec ordre et raison les honneurs il dispense, Avec discernement punit et récompense, Et dispose de tout en juste possesseur, Sans rien précipiter de peur d'un successeur. Mais quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte ; La voix de la raison jamais ne se consulte ; Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux ; L'autorité livrée aux plus séditieux :

Ces petits souverains qu'il fait pour une année, Voyant d'un temps si court leur puissance bornée, Des plus heureux desseins font avorter le fruit. De peur de le laisser à celui qui les suit ; Comme ils ont peu de part au bien dont ils ordonnent, Dans le champ du public largement ils moissonnent,

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