ACTE m, SCENE IV
En me Teo^BSït heureux vous me rendez infâme : Cette bonté d'Auguste ....
EMILIE
Il suffît je t'entends ; Je vois ton repentir et tes vœux inconstants. Les faveurs du t3rran emportent tes propiesses ; Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses $ Et ton. esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste pouvant tout peut aussi me donner ; Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne : •Mais ne crois pas qu'ainsi jamais je t'appartienne. 11 peut faire trembler la terre sous ses pas, Mettre un roi hors du trône et donner ses états, De ses proscriptions rougir la terre et l'onde, Et changer à son gré l'ordre de tout le monde ; Mais le cœur d'&nilie est hors de son pouvoir.
CINNA
Aussi n'est-ce qu'à vous que je veux le devoir.
Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure :
La pitié que' je sens ne me rend point paijure ;
J*obéis sans réserve à tous vos sentiments,
Et prends vos intérêts par-delà mes serments.
J'ai pu, vous le savez, sans paijure et sans erime^
Vous laisser échapper cette illustre victime :
César, se dépouillant du pouvoir souverain,
Nous ôtoit tout prétexte à lui percer le sein ;
La conjuration s'en alloit dissipée.
Vos desseins avortés, votre haine trompée :
Moi seul j'ai raffermi son esprit étonné ^
Et pour vous l'immoler ma main l'a couronné.
44 CINNA
BMILIB.
Four me l'immoler, traître! £t ta veux que moi-même Je retienne ta main, qu'il vive, et que je Taime, Que je sois le butin de qui l'ose épargner, £t le prix du conseil qui le force à régner!
CnfHA.
Ne me condamnez point quand je vous ai servie t Sans moi vous n*auriez plus de pouvoir sur sa vie; Et, malgré ses bienfuts, je rends tout à l'amour. Quand je veux qu'il périsse, ou vous doive le jour. Avec les premiers vœux de mon obéissanee.
Souffi%z ce foible eflfort de ma reconnoissance; Que je tâche de vaincre un indigne courroux, Et vous donner pour lui l'amour qu'il a pour vous. Une âme généreuse, et que la vertu guide.
Fuit la honte des noms d'ingrate et de perfide; Elle en hait Tinfiaunie attachée au bonheur.
Et n'accepte aucun bien aux dépens de l'honneur.
BMIUB.
Je fiûs gloire, pour moi, de cette ignominie :
La perfidie est noble envers la tyrannie ;
Et quand on rompt le cours d'un sort si malheureux,
Les cœurs les plus ingrats sont les plus généreux.
CINNA
Vous faites des vertus au gré de votre haine.
EMILIE
Je me fais des vertus dignes d'une Romaine.
CINNA
Un cœur vraiment romain ....