‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 159 sur 252 · ACTE III, SCENE IV. 4ô · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. 4ô

EMILIE

Ose tout pour ravir Une odieuse vie à qui le fiût servir ; Il fuit plus que la mort la honte d*être esclave.

CINNA

C*est l'être avec honneur, que de Têtre d*Octave ;

Et nous voyons souvent des rois à nos genoux

Implorer la fa.veur d'esclaves tels que nous.

n abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes ;

Il nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes.;

n prend d'eux les txibuts dont il nous enrichit,

Et leur impose un joug dont il nous affitmchit

EMILIE

L'indigne ambition que ton cœur se propose !

Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose ! Aux deux bouts de la terre en est-il un si vain Qu'il prétende égaler un citoyen romain ?

Antoine sur sa tête attira notre haine En se déshonorant par l'amour d'une reine :

Attale, ce grand roi dans la pourpre blanchi. Qui du peuple romain se nommoit Paffiranchi, Quand de toute l'Asie il se iiit vu l'arbitre. Eût eneor moins prisé son trône que ce titre. Souviens-toi de ton nom, soutiens sa dignité ; Et, prenant d'un Romain la générosité.

Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait &it naître Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître.

CINNA

Le ciel a trop fait voir, en de tels attentats

Qu'il hait les assassins, et punit les ingrats ;

Et quoi qu'on entreprenne, et quoi qu'on exécute.

46 CINNA

Quand il élève un trône, il en venge la chute :

Il se met du parti de ceux qu*il fût régner ;

Le coup dont on les tue est long- temps à saigMr;

Et quand à les punir il a pu se rèsoudr»,

De pareils châtiments n^ppartiennent qu'au foudre.

EMILIS.

Dis que de leur parti toi-même tu te rends^ De te remettre au foudre à punir les tyra&s.

Je ne t'en parle plus : va, sers la tyn^fiie ; Abandonne ton âme à son lâehe génie ; Et, pour rendre le ealme à ton esprit flottant, Oublie et ta naissance et le prix qui t'attend. Sans emprunter ta main pour servir ma colère. Je saurai bien venger mon pays et mon père.

J'aurois déjà l'honneur d'un si làmeux trépas. Si l'amour jusqu'ici n'eût arrêté mon bras :

C'est lui qui, sous tes lois me tenant asservie. M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie ; Seule contre un tyran, en le faisant 'périr.

Par les mains de sa garde il me folloit mourir, Je t'eusse par ma mort dérobé ta captive ; Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive. J'ai voulu, mais en vain, me conserver pour toi. Et te donner moyen d'être digne de moi.

Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompée Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée, Et si d'un faux semblant mon esprit abusé A fait choix d'un esclave en son lieu supposé. Je t'aime toutefois, que) que tu puisses être ; Et si, pour me gagner; il faut trahir ton maître,

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