ACTE V, SCENE II
CINNA
Que FOUS, m'ajez séduit, et que je souffre encore
D'être déshonoré par celle que j'adore!
Seigneur, la vérité doit ici s'exprimer :
J'avois £ût ce dessein avant que de Taimer.
A mes plus saints désirs la trouvant inflexible,
Je crus qu'à d*autres soins elle seroit sensible ;
Je parlai de son père et de votre rigueur,
Et l'ofire de mon bras suivit celle du cœur.
Que la vengeaiie«r<M douce à Tesprit d'une femme !
Je l'attaquai par là» par là je pris son âme.
Dans mon pen de mérite elle me négligeoit.
Et ne put négliger le bras qpi la vengeoit.
Elle n'a conspiré que par mon artifice j
J'en suis le seul auteur, elle n'est que complice.
EMILIE
Cinna, qu'oses-tu dire? Est-ce là me chérir, Que de m'ôter l'honneur quand il me faut mourir?
CINNA
Mourez; mais en mourrant ne souillez point ma gloire.
EMILIE
La mienne se flétrit si César te veut croire.
CINNA
Et la mienne se perd, si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups. j^
EMILIE. ^i|^
Hé bien! prends-en ta part, et me laisse la mienne; Ce seroit l'aflfoiblir que d'afibiblir la tienne : La gloire et le plaisir, la honte et le^ tourments, Tout doit être conunun entre de vrais amants.
TOM. II. u
74 CINNA
Nos deux âmes, seigneur, sont deux âmes romaines: Unissant nos désirs, nous unissons nés haines. De nos parents perdus le vif ressentiment Nous apprit nos devoirs en un même moment; En ce noble dessein nos cœurs se rmeontrèrent, Nos esprits généreux ensemble se formèrent.
Ensemble nous cherchons Thonneur d'un beaa trépas: Vous vouliez nous miir, ne nous séparez pas.
AUGUSTE
Oui, je vous unirai, couple ingrat et perfide. Et plus mon ennemi qu'Antoine ni Lépide:
Oui, je vous unirai, puisque vous le voulez:
Il faut bien sadsfoire aux feux dont vous brûlez; Et que tout Tunivers, sachant ce qui m^anime, S'étonne du supplice aussi bien que du crime...
Mais enfin le ciel m'aime, et ses bienfaits nouveaux Ont arraché Maxime à la fureur des eaux.