‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 201 sur 252 · ACTE II, SCENE II. \0ô · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. \0ô

Et toute la rigueur de votre premier sort

Contre votre mérite eût fait un vain effort.

Je découvris en vous d'assez illustres marques,

Cour vous préférer même aux plus heureux monarques:

Mais puisque mon devoir m'imposoit d autres lois,

De quelqu'amant pour moi que mon père eût fait

choix, Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne ; • Quand je vous aurois vu, quand je Taurois haï. J'en aurois soupiré, mais j'aurois obéi, Et sur mes passions ma raison souveraine Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.

SEVERE

Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirs

Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs!

Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue.

Les plus grands changements vous trouvent résolue;

De la plus forte ardeur vous portez vos esprits

Jusqu'à rindifierence, et peut-être au mépris:

Et votre fermeté fait succéder sans peine

La faveur au dédain, et l^amour à la haine.

Qu'un peu -de votre humeur, ou de votre vertu,

Soulageroit les maux de ce cœur abattu !

Un soupir, une larme à regret épandue,

M'auroit déjà guéri de vous avoir perdue.

Ma raison pourroit tout sur l'amour affoibli,

Et de rindifierence iroit jusqu'à Toubli;

Et, mon feu désormais se réglant sur le vôtre,

Je me tiendrois heureux entre les bras d'une autre.

I(M) POLYEUCTE

O trop aimable objet qui m'avez trop charmé, Est-ce là comme on aime? et m'avez-vous aimé?

PAUUNB.

Je vous Pai trop £ût voir, seigneur; et si mon âme Pouvoit bien étouflfer les restes de sa flamme, Dieux ! que j'éviterois de rigoureux tourments! Ma raison, il est vrai, domte mes sentiments; Mais, quelqu'autorité que sur eux elle ait prise, Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ; Et, quoique le dehors soit sans émotion, Le dedans n'est que trouble et que sédition.

Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte Votre mérite est grand, si ma raison est -forte. Je le vois encore tel qu'il alluma mes feux D'autant plus puissament solliciter mes vœux, Qu'il est environné de puissance et de gloire, Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire. Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a pas déçu Le généreux espoir que j'en avois conçu.

Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome, Et qui me range ici dessous les lois d'un honune. Repousse encor si bien l'effort de tant d*appas. Qu'il déchire mon âme, et ne l'ébranlé pas.

C'est cette vertu même à nos désirs cruelle Que vous louiez alors en blasphémant contre elle. Plaignez- vous-cn encor : mais louez sa rigueur. Qui triomphe à-la-fois de vous et de mon cœur; Et voyez qu'un devoir moins feiinc et moins sincère N'auroit pas mérité l'amour du grand Sévère.

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