‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 202 sur 252 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

SEVERE

Ah\ madame, excusez une aveugle douleur

Qui ne connoit plus rien que Pexcès du malheur:

Je nommois inconstanee et prenois pour un crime

De ce juste devoir l'effort le plus sublime.

De grâce, montrez moins à mes sens désolés

La grandeur de ma perte, et ce que vous valez:

Et, cachant par pitié cette vertu si rare

Qui redouble mes feux lorsqu'on nous sépare,

Faites voir des défauts qui puissent à leur tour

Affoiblir ma douleur avecque mon amour.

PAULINE

Hélas! cette vertu, quoiqu'enfin invincible.

Ne laisse que trop voir une âme trop sensible. Ces pleurs en sont témoins, et ces lâches soupirs Qu'arrachent de nos feux les cruels souvenirs: Trop rigoureux effets d'ime aimable présence Contre qui mon devoir a trop peu de défense ! Mais si vous estimez ce vertueux devoir. Conservez-m'en la gloire, et cessez de me voir. Epargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte; Bpargnez-moi des feux qu*à regret je surmonte; Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens.

Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.

SEVERE

Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste!

PAULINE

Sauvez-vous d'une vue à tous les deux funeste.

SEVERE

Quel prix de mon amour! quel fruit de mes travaux!

108 POLYEUCTE

PAULINE

C'est le remède seul qui peat guérir nos maux.

SETBRE.

Je veux mourir des miens; aimez-en la mémoire.

PAULINE

Je veux guérir les miens; ils souilleroient ma gloire.

SEVERE

Ah ! puisque votre gloire en prononce l*arrêt. Il faut que ma douleur cède à son intérêt.

Est-il rien que sur moi cette gloire n'obtienne? Elle me rend les soins que je dois à la mienne. Âdicu : je vais chercher au milieu des combats Cette immortalité que donne un beau trépas, Et remplir dignement, par une mort pompeuse, De mes premiers exploits l'attente avantageuse; Si toutefois, après ce coup mortel du sort. J'ai de la vie assez pour chercher une mort.

PAULINE

Et moi, dont votre vue augmente le supplice.

Je réviterai même en votre sacrifice; Et, seule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vais pour vous aux dieux faire des vœux secrets.

SEVERE

Puisse le juste ciel, content de ma ruine.

Combler d'heur et de jours Polyeucte et Pauline!

PAULINE

Puisse trouver Sévère, après tant de malheur. Une félicité digue de sa valeur !

SEVERE

Il la trouvoit en vous.

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