SCENE III
L'INFANTE, CHIMENE, LÉONOR
l'infante.
Appaîse, ma Chimène, appaise ta douleur.
Fais agir ta constance en ce coup de malheur, Tu reverras le calme après ce foible orage ; Ton bonheur n'est couvert que d'un peu de nuage, Et tu n'as rien perdu pour le voir difiérer.
CHIMENE
Mon cœur, outré d'ennuis, n'ose rien espérer. Un orage si prompt qui trouble une bonace D'un naufrage certain nous porte la menace ; Je n'en saurois douter, je péris dans le port
J'aimois, j'étois aimée, et nos pères d'accord ;
Et je vous en contois la première nouvelle,
Au malheureux moment que naissoit leur querelle,
Dont le récit fatal, sitôt qu'on vous Pa fait,
D'une si douce attente a ruiné l'effet.
Maudite ambition, détestable manie.
Dont les plus généreux souffirent la tyrannie;
Impitoyable honneur, moilel à mes plaisirs.
Que tu me vas coûter de pleui-s et de soupirs !
l'infante.
Tu n'as dans leur querelle aucun sujet de craindre ; Un moment l'a fait naître, un moment va l'éteindre ; Elle a fait trop de bruit pour ne pas s'accorder, Puisque déjà le roi les veut accommoder:
Et tu sais que mon' âme à tes ennuis sensible Pour en tarir la source y fera l'impossible.
CHIMENE
Les acconmiodements ne font rien en ce point ; Les afironts à l'honneur ne se réparent point. En vain on fait agir la force et la prudence ; Si l'on guérit le mal, ce n'est qu'en apparence; La haine que les cœurs conservent au-dedans Nourrit des feux cachés, mais d'autant plus ardents.
l'infante.
Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimène Des pères ennemis dissipera la haine ; Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort. Par un heureux hymen, étouffer ce discord.
CHIMENE
Je le souhaite ainsi, plus que je ne l'espère.