ACTE II, SCENE III
Don Diègue est trop altîer, et je connois mon père. Je sens eouler des pleurs que je veux retenir: Le passé me tourmente, et je crains l'avenir;
l'infante.
Que crains-tu ? d'un vieillard l'impuissante foiblesse ?
CHIMENE
Kodrigue a du courage.
l'in fante.
n a trop de jeunesse.
Les hommes valeureux le sont du premier coup.
l'infante.
Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup. Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire. Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.
CHIMENE
S'il ne m'obéit point, quel comble à mon ennui ! Et s'il peut m'obéir, que dira^-t-on de lui ? Etant né ce qu'il est, souffirir un tel outrage ! Soit qu'il cède on résiste au feu qui me l'engage. Mon esprit ne peut qu'être ou honteux ou confus De son trop de respect, ou d'un juste refus.
l'infante.
Chimène est généreuse, et, quoique intéressée. Elle ne peut souffiir une lâche pensée :
Mais si, jusques au jour de l'accommodement.
Je fais mon prisonnier de ce parfait amant.
Et que j'empêche ainsi l'c£fet de son courage, Ton esprit amoureux n'aura^t-il point d'ombrage ?
CHIMENE
Ah, madame ! en ce cas je n'ai plus de souci.