‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 212 sur 252 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Quelque haute raison qui règle leur courage,

L'un conçoit de Tenvie, et Tautre de l'ombrage ;

La honte d'un afiîront que chacun d'eux croit voir

Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir,

Consumant dès l'abord toute leur patience,

Forme de la colère et de la défiance.

Et, saisissant ensemble et l'époux et l'amant,

En dépit d'eux les livre à leur ressentiment

Mais que je me figure une étrange chimère !

Et que je traite mal Polyeucte et Sévère,

Comme si la vertu de ces fameux rivaux

Ne pouvoit s'affiranchir de ces communs défauts !

Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses

Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses ;

Ils se verront au temple en hommes généreux.

Mais, las! ils se verront, et c'est beaucoup pour eux:

Que sert à mon époux d'être dans Mélitène,

Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine.

Si mon père y commande, et craint ce favori.

Et se repent déjà du choix de mon mari ?

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte ;

En naissant il avorte, et fait place à la crainte ;

Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper.

Dieux, fiaiites que ma peur puisse enfin se tromper!

Mais sachons-en l'issue.

Idl) Pi>LYELXTE.

Page 1