ACTE III, SCENE II
Que si sur Pun et l'autre ils manquent de pouvoir, Je ne prendrai conseil que de mon désespoir.
Apprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.
8TRATONICB.
C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y pepser sans frémir à l'instant.
Et crains de faire un crime en vous la racontant. Apprenez en deux mots leur brutale insolence.
Le prêtre avoit à peine obtenu du silence, Et devers l\)rient assuré son aspect, Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect. A chaque occasion de la cérémonie, A Penvi l'un et l'autre étaloit sa manie, Des mystères sacrés hautement se moquoit.
Et traitoit de mépris les dieux qu'on invoquoit Tout le peuple en murmure, et Félix s'en offense: Mais tous deux s'emportant à plus d'irrévérence : " Quoi ! lui dit Polyeucte en élevant sa voix. Adorez- vous des dieux ou de pien'C ou de bois ?"
Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes : L'adultère et l'inceste en étoient le plus doux. " Oyez, dit-il ensuite, oyez, peuple ; oyez tous : Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque De la terre et du ciel est l'absolu monarque. Seul être indépendant, seul maître du destin. Seul principe étemel, et souveraine fin.
C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie Des victoires qu'il donne à l'empereur Décie ; Lui seul tient en sa main le succès des combats,
1^4 POLYEUCTE
n le veut élever, U le peut mettre à bas; Sa bonté, son pouvoir, sa juatiee est imfiHTMft ; C^est lui seul qui punit, lui seul qui récompeiue: Vous adorez en vain des monstres impuissants." Se jetant à ces mots sur le vin et l'emMaas, Après en avoir mis les saints vases par terre. Sans crainte de Félix, sans crainte du tonnerre. D'une fureur pareille ils courent à PonteL Cieux ! a-t-on vu jamais, o-t-ou rien vu de tel! Du plus puissant des dieux nous voyons la statue Par une main impie à leurs pieds abattu^ Les mystères troublés, le temple pro&né, La fuite et les clameurs d'un peuple mutiné, Qui craint d'être accablé sous le courroux céleste. Félix. . . . Mats le voici qui vous dira le reste.
PAUI.IKB.
Que son visage est sombre, et plein d'émcrtion ! Qu'il montre de tristesse et d'indignation !