SCENE IL
POLYEUCTE
(Les gardes se retirent aux coins du théâtre.)
Source, délicieuse, en misères féconde, Que voulez- vous de moi, flatteuses voluptés? Honteux attachements de la chair et du monde, Que ne me quittez-vous quand je vous ai quittés ! Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre :
Toute votre félicité,
Sujette à l'instabilité.
En moins de rien tombe par terre ;
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité.
138 POLYEUCTE
Ainsi n'espérez pas qii*iq>rès vous je soupire.
Vous étalez en vain vos charmes impuissants ;
Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire ;
Les ennemis de Dieu pompeux et florissants.
Il étale à son tour des revers équitables.
Par qui les grands sont confondus; Et les glaives qu'il tient pendus Sur les plus fortunés coupables Sont d'autant plus inévitables Que leurs coups sont moins attendus.
Tigre altéré de sang, Décie impitoyable, Ce Dieu t'a trop long-temps abandonné les siens : De ton heureux destin vois la suite efl&ojrable. Le Scythe va venger la Perse et les chrétiens. Encore un peu plus outre, et ton heure est venue ;
Rien ne t'en sauroit garantir;
Et la fondre qui va partir.
Toute prête à crever la nue,
Ne peut plus être retenue
Par l'attente du repentir.
Que cependant Félix m'immole à ta colère ; Qu'un rival plus puissant éblouisse ses yeux ; Qu'aux dépens dtt ma vie il s'en fasse beau-père, Et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux : Je consens, ou plutôt j'aspire à ma ruine.
Monde, pour moi tu n'as plus rien :
Je porte en un cœur tout chrétien