ACTE V, SCENE II
X^es rois et les bergers y sont du même rang : "De tous les siens sur vous il vengera le sang.
FELIX
Je n'en répandrai plus; et, quoiqu'il en arrive. Dans la foi des chrétiens je soufirirai qu'on vive ; J'en serai protecteur.
POLYBUCTE.
Non, non; persécutez, £t soyez l'instrument de nos félicités:
Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffiunces; liCS plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple aux bonnes actions, PdUr comble donne en cor les persécutions.
Mais ces secrets pour vous soqt fâcheux à comprendre; Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre.
FELIX
La présence importune...
POLYEUCTE
Et de qui? de Sévère?
FELIX
Pour lui seul contre toi j'ai feint tant de colère.: Dissimule un moment jusques à son départ
POLYEUCTE
Félix, c'est donc ainsi que vous parlez sans fard? Portez à vos payons, portez à vos idoles Le suc empoisonné que sèment vos paroles.
Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien. Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien. •
FELIX
Ce zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire,
TOM. ïî. P '
158 POLYEUCTE
Si tu cours à la mort plutôt que de m'instruire.
POLTBUCTE.
Je vous en parlerois ici hors de saison, Elle est un dou du ciel, et non de la raison; Et c^cst là que bientôt, voyant Dieu ùuce à £su:e, Plus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.
FELIX
Ta perte, cependant, va me désespérer,
. POLYBUCTB.
Vous avez en vos mains de quoi la réparer :
En vous ôtant un gendre on vous en donne un autre
Dont la condition répond mieux à la vôtre ;
Ma perte n'est pour vous qu'un change avantageux.
Cesse de me tenir ces discours outrageux.
Je t*ai considéré plus que tu ne mérites ;
Mais malgré ma bonté, qui croit plus tu l'irrites.
Cette insolence enfin te rendroit odieux ;
Et je me vengerois aussi bien que nos dieux.
POLYEUCTE
Quoi ! vous changez bientôt d'humeur et de langage ! Le zèle de vos dieux rentre en votre courage ! Celui d'être chrétien s'échappe ! et, par hasard. Je vous viens d'obliger à me parler sans fard !
FELIX
Va, ne présume pas que, quoique je te jure, De tes nouveaux docteurs je suive l'imposture . Je flattois ta manie, afin de t'arracher Du honteux précipice où tu vsls trébucher ; Je voulois gagner temps pour ménager ta vie