N0TE
CiNNA reparait, uon fuiienx de patriotisme et avide da sao]? d'Auou8TB, comme on l'a va jusqu'ici, mais tourmenté de remordfi, et ne pouvant se résoudre à une action qui lui semblait» il y a quelques instaiis, devoir immortaliser son nom. Ces remords, qui ne peuvent cependant le décider à s*abstenir d*un crime qu'il déteste maintenant, ne le quittent plus ; car, lors-méme qu*E> MIL», à force de reproches, a repris son empire sur lai, ce n'est qu'avec le désespoir dans l'âme qu'il se décide à lui obéir, et il la quitte en lui annonçant que sa propre mort suivra celle d'AcousTB. Ce ne sont plus là les sentimeas d'un honnête homme, ni la fermeté d'an Romain ; et un héros qui balance aind entre le crime et la vertu n'est guère fait pour inspirer l'estime et gagner l'intérêt.
Le quatrième acte a aussi de grands défauts. Le personni^ d'EuPHORBB, la prétendue mort de Maximb et son espèce de résurrection sont indignes de la tragédie, et, comme l'a remarqué Voltaire, ladèclaration d'amourde Maxivx est presque comique, et achève de rendre ce rôle insupportable.
Tous ces défauts sont cependant rachetés par de grandes beautés. Telles sont l'énergique fierté du rôle d'EMiLiB qui ne se démentjamais, la scène vive et animée qu'elle a au troisième acte avecCiNNA, le contraste de sa fermeté avec la faiblesse et les irrésolutions de son amant, et sa sortie à la fin de cet acte qu'elle termine par ces beaux vers:
QuUl dégage sa foi.
Et qu*il chmiisse après, de la mort ou de mou
Mais c'est surtout le monologue d' Auguste, au cinquième acte, qui a fait la fortune de cette tragédie. La beauté des vers et la simplicité du style font voir que si l'auteur est redevable à Sénèque de tout le fond de cette scène, il avait dans son âme le sentiment de la vraie grandeur, et en connaissait l'expression. ** Tel est, dit un critique célèbre, l'avantage inappréciable des beaux vers, et la supériorité qu'ils ont sur la meilleure prose, qoe la mesure et l'harmonie ont gravé dans tous les esprits et mis dans toutes les bouclies, ce qui demeurait comme ensevelie dans les écrits d'un philosophe. Cette précision, commandée par le rhythme poétique a tellement consacré les paroles que Corneille prête à Auguste qu'on croirait qu'il n'a pu s'exprimer autrement ; et la conversation d*Auguste et de Cinna ne sera jamais antre chose que les vers qu'où a retenus de Corneille."
NOTES
POLYEUCTE
La relation du martyre de saint Polyeucté, parSoriiig, qni le fixe à Tan 250, n'a fouftii à Corneille qne la liaison étroite de ee jeune néopliyte avec Néarque, qui Tavait converti an Cliristianisme ; son mariage avec Pauline, fille de Félix, proconsnl romain; l'action de Polyeucte qui déchira en public l'édit de l'empereur ; et la vengeance qu'en tira Félix, qui, après avoir inutilement employé les prières de Pauline pour ramener son gendre à la religion de son pays, fnt obligé de le condamner à la mort. Le songe de Pauline, l'amour de Sév^, le baptême effectif de Polyeucte, le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la mort de Néarque, et la conversion de Félix et de Pauline sont de l'invention du poète.
Cette tragédie est donc, de toutes celles de Corneille, celle où il a rois le plus d'invention, et cette invention est en partie très heureuse. II a dit Ini-même dans l'examen de Polyeucte : «Je n'ai point fait de pièce où l'ordre du théâtre soit plus beau, et l'encbaînement des scènes mieux ménagé." II fitut avouer cependant que 1 Intrigue, quoique nouée avec art, ne l'est pas toujours avec la dignité qu'exige le sujet et le genre, et que la fable, quoiqu'en général bien conçue, est fondée en partie sur des invraisemblances assez fortes. Il est sans doute difficile de croire que Severb arrive dans le palais du gouverneur d'Arménie, et jusque dans l'appartement de Pauline, sans apprendre qu'elle a, depuis quinze jours, épousé Polybuctb. Il n'est pas vrai-
NOTES
semblable qui Tempereiir, après la victoire de Sbvkbc sur les Pênes, l'envoie en Arménie poor faire nn sacrifice anx dieux ; et il ne Test pas non plus qae Fkliz qîil craint tant ses resaeatimena et sog crédit auprès de Décle, n'aille pas au-devant de lui, et que Pauline le voie avant qu'il ait vu son père !
Les r61es de Sbvbrb et de Padlinb sont parËdts en leur genre, et Ton convient que leur amour forme un nœud intéressant, parceque le danger de Poltedctb les met tous deux dans une situation propre à déployer la noblesse de leurs sentimens. Le caractère de Polybuctb, quoique d*nne espèce toute différente, n'est pas moins bien tracé ni moins bien conçu. II est plein de cet enthousiasme rdigieux, nécessaire pour Justifier ses violences, et qui convient parfaitement à un chrétien qui court au martyre.
Le seul personnage de cette pièce qu'on puisse reprocher à Corneille est celui de Félix. Voltaire^ pense que Corneille aurait dû le peindre comme un Païen entêté de sa religion, et vengeant sur un sacrilège la cause de ses dieux. La remarque est fort juste, et cette idée aurait fait disparoltre de I» tragédie de Polyeucte un défout qui nuit à sa beauté.
Cette pièce a, entr*autres mérites, celui du dialogue, en général plus naturel que ne l'est celui de Corneille. La scène de Néarque avec Polyeucte {^Icte Ut Scène VI.) en est un exemple, qui le cède cependant en vivacité et en chaleur à celle où Polyeucte ne quitte le théâtre que pour être mené au supplice.
EnfiD, cette pièce offre moins de défouts qu'aucune de celles de Corneille. L'extrême beauté du rôle de Sevebb, la situation intéressante de Pauline, la force et la tendresse de son caractère, la scène admirable avec Sbverb au quatrième acte, assurent un succès éternel à cette pièce, qui non Seulement enseigne, comme l'a dit Voltaire lui-même, la vertu la plus pure, mais la perfoction du Christianisme.