ACTE 11, SCENE VII
D. FERNAND
Vous perdez le respect ; mais je pardonne à Tâge,
Et j'excuse l'ardeur en un jeune courage.
Un roi dont la prudence a de meilleurs objets
Est meilleur ménager du jsang de ses sujets ;
Je veille pour les miens, mes soucis les conservent.
Comme le chef a soin des membres qui le servent
Ainsi votre raison n'est pas raison pour moi :
Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ;
Et quoi qu'on veuille dire, et quoi qu'il ose croire,
Le comte à m'obéir ne peut perdre sa gloire.
D'ailleurs l'affi*ont me touche ; il a perdu d'honneur
Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur.
S'attaquer à mon choix, c'est se pi'eudre à moi-même,
Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.
N'en parlons plus. Au reste, on a vu dix vaisseaux
De nos vieux ennemis arborer les drapeaux ;
Vers la bouche du fleuve ils ont osé paroitrc.
D. ARIAS
Les Bflaures ont appris par force à vous connoitre ; Et, tant de fois vaincus, ils ont perdu le cœur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur.
D. FERNAND
Ils ne verront jamais, sans quelque jalousie,
Mon sceptre, en dépit d'eux, régir l'Andalousie ;
Et ce pays si beau, qu'ils ont trop possédé.
Avec un œil d'envie est toujours regardé.
C'est l'unique raison qui m'a fait dans Sôville
Placer depuis dix ans le trône de Castille
Pour les voir de plus près, et d'un ordre plus proiupt
34 LE cm.
' RenTcrser aussitôt et: qu*ils entreprendrout
D. ARIAS
Sire, ils ont trop appris, aux dépens de leurs têtes. Combien votre présence assure vos conquêtes ; Vous n'avez rien à craindre.
D. FERNAND
£t rien à négliger.
Le trop de confiance attire le danger ; Et le même ennemi que l'on vient de détruire. S'il sait prendre son temps, est capable de nuire. Toutefois j'aurois tort de jeter dans les cœurs. L'avis étant mal sûr, de paniques terreurs ; L'effi*oi que produiroit cette alarme inutile. Dans la nuit qui survient, troubleroit trop la ville. Faites doubler la garde aux murs et sur le port ; C'est assez pour ce soir.