‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 46 sur 252 · I-'INFANTE, CHIMENE, LÊONOR, ELVIRE · texte numérisé non relu

I-'INFANTE, CHIMENE, LÊONOR, ELVIRE

l'infante.

"'^ 5e viens pas ici consoler tes douleurs ;

^ viens plutôt mêler mes soupirs à tes pleurs.

CHIMENE

5*^e2 bien plutôt part à la commune joie :

* goûtez le bonheur que le ciel vous envoie, ^^^ame, outre que moi n'a droit de soupirer : ^ péril dont Rodrigue a su vous retirer, * le salut publie que vous rendent ses armes, ^oi seule aujourd'hui permet encor les larmes. ^ sauvé la ville, il a servi son roi, ^ son bras valeureux n'est funeste qu'à moi.

l'infante.

^^ Chimène, il est vrai qu'il a fait des merveilles.

CHIMENE

^à ce bruit fâcheux a frappé mes oreilles ; '^'^ je l'entends par-tout publier hautement "^^ïssi brave guerrier que malheureux amant.

l'infante.

^^'a de fâcheux pour toi ce discours populaire ? ^« jeune Mars qu'on loue a su jadis te plaire ;

" possécloit ton âme, il vivoit sous tes lois ;

^t vanter sa valeur, c'est honorer ton choix.

60 LE cm.

Chacun peut la Tsnter avec quelque justioe ;

Mais pour moi sa louange est un noUTean suj^lice.

On aigrit ma douleur en l'élevant si haut;

Je sens ce que je perds, quand je vois ce qu'il vaut.

Ah, cruels déplaisirs à l'esprit d'une amante !

Plus j'apprends son mérite, et plus mon feu s'augmente.

Cependant mon devoir est toujours le plus fort,

Et, malgré mon amour, va poursuivre sa mort.

l'infaute.

Hier ce devoir te mit en une haute estime; L'effort que tu te fis parut si magnanime, Si digne d'un grand cœur, que chacun à la cour Admiroit ton courage, et plaignoit ton amour. Mais croirois*tu l'avis d'une amitié fidèle ^

CHIMENE

Ne vous obéir pas me rendroit criminelle.

l'infante.

Ce qui fut juste alors ne l'est plus aujourd'hui. Rodrigue maintenant est notre unique appui, L'espérance et l'amour d'un peuple qui l'adore, Le soutien de Castille, et la terreur du Maure ; Ses £eûts nous ont rendu ce qu'ils nous ont ôté ; Et ton père en lui seul se voit ressuscité ; Et si tu veux enfin qu'en deux mots je m'explique. Tu poursuis en sa mort la ruine publique.

Quoi ! pour venger un père est-il jamais permis De livrer sa patrie aux mains des ennemis ?

Contre nous ta poursuite est-elle légitime ?

Et, pour être punis, avons-nous part au crime ?

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