‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 63 sur 252 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CHIMENE, ELVIRE

CHIMBME.

Ëlvire, que jcf souffre ! et que je suis à plaindre !

Je ne sais qu'espérer ; et je vois tout à craindre.

Aucun vœu ne m'échappe où j'ose consentir ;

Je ne souhaite rien sans un prompt repentir :

A deux rivaux pour moi je fids prendre les armes ;

Le plus heureux succès me coûtera des larmes ;

Et, quoi qu'en ma Êiveur en ordonne le sort,

Mon père est sans vengeance, ou mon amant est mort.

ELVIRE

D'un et d'ature côté je vous vois soulagée ; On vous avez Rodrigue, ou vous êtes vengée :

Et quoi que le destin puisse ordonner de vous, Il soutient votre gloire, et vous donne un époux.

CHIMENE

Quoi ! Tobjet de ma h£Ûne, ou bien de ma colère !

L'assasân de Rodrigue, ou celui de mon père !

De tous les deux côtés on me donne un mari

Encor tout teint du sang que j'ai le plus chéri.

De tous les deux côtés mon âme se rebelle ;

Je crains plus que la mort la fin de ma querelle :

Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits,

VoiSs n'avez point pour moi de douceurs à ce prix.

Et toi, puissant moteur du destin qui m'outrage,

Termine ce combat sans aucun avantage,

Sans faire aucun des deux ni vaincu, ni vainqueur.

82 LE cm.

ELTI&E.

Ce seroit vous traiter avec trop de rigueur.

Ce combat pour votre âme est un nouveau supplice,

S'il vous laisse obligée à demander justice,

A témoigner toujours ce haut ressentiment.

Et poursuivre toujours la mort de votre amant.

Madame, il vaut bien mieux que sa rare vaillance,

Lui couronnant le front, vous impose silence.

Que la loi du combat étouffe vos soupirs,

Et que le roi vous force à suivre vos désirs.

CHIMBNE.

Quand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende ? Mon devoir est trop fort, et ma perte trop grande ; Et ce n'est pas assez, pour leur faire la loi. Que celle du combat, et le vouloir du roi.

Il peut vaincre don Sanche avec fort peu de peine. Mais non pas avec lui la gloire de Chimène :

Et, quoi qu'à sa victoire un monarque ait proâiis, Mon honneur lui fera mille autres ennemis.

ELYIRE.

Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange. Que le ciel à la fin ne souffî'e qu'on vous venge. Quoi ! vous voulez eneor refuser le bonheur De pouvoir maintenant vous taire avec honneur. Que prétend ce devoir, et qu'est-ce qu'il espère? La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père ? Est-ce trop peu pour vous que d'un coup de malheur? Faut-il perte sur perte, et douleur sur douleur? Allez, dans le caprice où votre humeur s'obstine. Vous ne méritez pas l'amant qu'on vous destine,

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