‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 76 sur 252 · ACTE U SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE U SCENE III

Au pied de l^-Vventin prédit nos destinées ;

Lui qu'Apollon jamais n*a fiait parler à faux,

He promit par ces vers la fin de mes travaux :

" Albe et Rome donain prendront une autre face :

Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix ;

£t tu seras unie avec ton Curiace,

Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais."

Je pris sur cet oracle une entière assurance ;

Et, comme le succès passoit mon espérance,

J'abandonnai mon âme à des ravissements

Qui passoient les transports des plus heureux amants.

Jugez de leur excès: je rencontrai Valère ;

Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire.

Il me parla d'amour sans me donner d'ennui :

Je ne m'aperçus pas que je parlois à lui ;

Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace ;

Tout ce que je voyois me sembloit Curiace,

Tout ce qu^on me disoit mç parloit de ses feux.

Tout ce que je disois Tassuroit de mes vœux.

Le combat général aujourd'hui se hasarde, ■

J'en sus hier la nouvelle, et je n'y pris pas garde;

Mon esprit rejetoit ces funestes objets,

Charmé des doux pensers d'hymen et de la paix.

La nuit a dissipé des erreurs si charmantes ;

Mille songes a&eux, mille images sanglantes.

Ou plutôt mille amas de carnage et d'horreur.

M'ont arraché ma joie et rendu ma terreur :

J'a vu du sang, des morts, et n'ai rien vu de suite ;

Un spectre, en paroissant, prenoit soudain la fuite;

100 HOILVCE.

Ils s'effiiçoient l*iui l'autre ; et chaque illusion Redoubluît mon effiroi par sa confusion.

JULIE

C'est en contraire sens qu'un songe s'interprète.

CAMILLE

Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite'ï Mais je me trouve enfin, malgré tous mes souhaits, Au jour d'une bataille, et non pas d'une paix.

JULIE

Par là finit la guerre, et la paix lui succède.

CAMILLE

Dure à jamais le mal s'il y faut ce remède!

Soit que Rome y succombe, ou qu'Albe ait le dessous, Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux; Jamais, jamais ce nom ne sera pour un homme Qui soit, ou le vainqueur, ou l'esclave de Rome.

Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux? Est-ce toi, Curiace ? en croirai-je mes yeux ?

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