‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 85 sur 252 · CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE

CAMILLE

Iras-tu, Curiace? et ce funeste lionneur Teplait-il aux dépens de tout notre bonheur ?

CURIACE

Hélas! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fsuse, Mourir ou de douleur, ou de la main d'Horace. Je vais, comme au supplice, à cet illustre emploi -, Je maudis mille fois Pétat qu'on fait de moi ; Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime : Ma flamme au désespoir passe jusques au crime, Elle se prend au ciel, et Pose quereller ; Je vous plains, je me plains : mais il y faut aller.

CAMILLE

Non, je te connois mieux ; tultreux que je te prie, Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie. Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits : Albe a reçu par eux tout ce que tu lui dois.

Antre n'a mieux que toi soutenu cette guerre. Antre de plus de morts n'a couvert notre terre : Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien : SoulBfre qu'un autre ici puisse ennoblir le sien.

CUEIACE.

Que je souffire à mes yeux qu'on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m'apprête; Ou que tout mon pays reproche à ma vertu Qu'il auroit triomphé si j'avois combattu,

Et

C'omrommt taat «Texploits finie teDe nfiuûe !, Non, Albe, a|vès rkonncvr <i«e j'ai reçu de toi. Ta ne soccomberas ni TÛncns que par moi?

Ta m*as commb ton soit, je t'en iciidni bon compte; Je Tivrai sans refwoehe, oa périra sans honte.

CAMILUS.

Qnoi! ta ne veox pas Toir qu'ainsi ta me trahis!

CUKIACE.

Avant que d'être à tdqs, je suis à mon pajrSb

CAXILJ.E.

Mais te priver pour loi toi-même d'an bean-firèie. Ta sœur de son mari!

crniACB.

Tdle est notre misères Le choix d'Albe et de Rome ôte toute douceur Aux noms jadis si doux de bean-firère et de sœur.

CAMILLE

Tu pourras donc, cruel, me présenter sa tête. Et demander ma main pour prix de ta conquête!

CURIACE

Il n*y faut plus penser : en l'état où je suis. Vous aimer sans espoir c^est tout ce que je puis. Vous en pleurez, Camille !

CAMILLE

Il faut bien que je pleure> Mon insensible amant ordonne que je meure; Et quand l'hymen pour nous allume son flambeau 11 Péteint de sa main pour m'ouvrir le tombeau.

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