ACTE m, SCENE V
LE YIEIL HORACE.
Lom de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,
Je crois faire beaucoup de m*en pouvoir défendre,
£t céderois peut-être à de si rudes coups,
Si je prenois ici même intérêt que vous :
Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères,
Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;
Mais enfin l'amitié n'est pas de mêm& rang.
Et n'a point les efièts de l'amour ni du sang :
Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente
Sabine comme sœur, Camille comme amante ;
Je puis les regarder comme nos ennemis.
Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.
Ils sont, grâces aux dieux, dignes de leur patrie :
Aucun étonnement n'a leur gloire flétrie ;
Et j'ai vu leur honneur croître de la moitié,
Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.
Si par quelque foiblesse ils Pavoient mendiée.
Si leur haute vertu ne Teût répudiée.
Ma main bientôt sur eux m'eût vengé hautement
De l'afifront que m'eût fait ce mol consentement
Mais lorsqu'en dépit deux on en a voulu d'autres,
Je ne le cèle point, j'ai joint mes vœux aux vôtres.
Si le ciel pitoyable eût écouté ma voix,
Albe seroit réduite à faire un autre choix :
Nous pourrions voir tantôt triompher les Horaces,
Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces ;
Et de l'événement d'un combat plus humain
Dépendroit maintenant l'honneur du nom romain.
La prudence des dieux autrement en dispose :
Sur leur ordre étemel mon esprit se repose ;
II s^arme en ce besoin de générosité,
Et du bonheur public fût sa félicité.
Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines,
Et songez toutes deux que vous êtes Romaines ;
Vous l'êtes devenues, et vous Pêtes encor :
Un si glorieux titre est un digne trésor. t
Un jour, un jour viendra que par toute la terre
Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre ;
Et que, tout l'univers tremblant dessous ses lois, "*
Ce grand nom deviendra l'ambition des rois.
Les dieux à notre Enée ont promis cette gloire.